Espagne / Castille-La Manche / Castille-León

Tolède

Synagogue du Tránsito et Musée Sefardí

Calle de Alcántara, 5, 45006 Toledo, Toledo, Spain

Synagogue Santa María la Blanca

Calle de los Reyes Católicos, 4, 45002 Toledo

 La « Jérusalem » des juifs séfarades est connue dans le monde entier pour la beauté de ses synagogues et de son quartier juif. Par ailleurs, le souvenir de cette communauté est toujours resté présent dans la ville, ce qui a permis aux historiens , depuis les XIIIe et XIVe siècles, de nous donner des informations assez précises sur la localisation et l’histoire des juifs dans cette ville-musée, aujourd’hui inscrite au patrimoine mondial de l’humanité.

Au moment de sa plus grande splendeur, à la veille de 1391, Tolède possédait dix synagogues et cinq à sept yeshivot. En 1492, il existait cinq grandes synagogues . Deux subsistent : la synagogue du Tránsito, aujourd’hui musée  Sefardí, et celle de Santa María la Blanca.

Des archéologues ont retrouvé un bougeoir décoré d’une menorah datant du IVe siècle, attestant ainsi la présence des juifs dans la ville depuis cette période au moins.

À la conquête de la ville par les musulmans, les juifs de Tolède occupent un quartier au sud-est de la ville, appelé madinat al-Yahud, la ville des Juifs. Un chroniqueur arabe rapporte que ce quartier était cerné d’un mur en 820. Ce quartier se divisait en deux partie, le centre-ville, et une section résidentielle, nommée Alacava.

Le quartier juif

L’architecture de cette partie de la ville ne diffère en rien du reste de Tolède. Le quartier orbite entre les deux anciennes synagogue : Santa María la Blanca et Tránsito. Il est difficile de retrouver avec certitude la topographie de l’ancien quartier juif. Tout d’abord, seuls de très rares écrits ou témoignages ont été retrouvés à ce jour. De plus, la communauté juive quitta la ville après le violent pogrom de 1391, et encore en 1492. Le quartier juif tomba totalement en ruines jusqu’à la deuxième moitié du XIXe siècle, où d’important travaux de reconstruction eurent lieu. La redécouverte et la réhabilitation de ce quartier date du XXe siècle. Les chercheurs ont cependant retracé avec certitude l’existence de plusieurs sous-quartiers : Arriasa, Sofer, Hamanzeit, Mármol (le marbre), et Degolladero (l’abattoir).

Synagogue du Tránsito, Tolède ©Antonio Velez

La synagogue du Tránsito

La synagogue du Tránsito a été construite en 1357 sur ordre du trésorier du roi Pierre Ier, Samuel Levi. Des fouilles archéologiques laissent penser que cette construction imposante est probablement sise sur le terrain d’une synagogue plus ancienne. En 1492, les Rois catholiques en font don à l’ordre militaire de Calatrava qui la transforme en prieuré. Pendant les guerres napoléoniennes, elle fait office de caserne mais, dès 1877, elle est déclarée monument national. Avec le renouveau de la communauté juive en Espagne, elle s’est vue adjoindre le musée Sefardí, dans les dépendances voisine. Comme bien souvent, la façade de brique est austère et sans décoration, mais l’intérieur est d’une grande beauté. C’est probablement l’un des meilleurs exemples du style mudéjar en Espagne. De dimensions harmonieuses (23 m sur 9,50 et 17 m de haut), elle possède un plafond à caisson en mélèze, richement orné. Dotée d’une entrée particulière, la garderie des dames est bien éclairée par cinq grande fenêtres. C’est la décoration intérieure qui a rendu célèbre cet édifice : le mur qui accueille la niche réservée aux sifrei torah, est recouvert de panneaux et d’une frise de plâtre sculptée dans la tradition orientale. De nombreuses inscriptions courent le long des murs : elles commémorent le nom de Samuel Levi et de Pierre Ier. Des extraits des psaumes complètent le décor éclairé par des fenêtres finement décorées de petites colonnes et de moucharabiehs de dentelle de pierre. Dans les dépendances, le musée expose des dons et des pièces recueillies dans toute l’Espagne, ce qui vous permettra de parcourir toute l’histoire du judaïsme espagnol. Vous admirerez, en particulier, des pierres tombales du León ; la plus vieille, trouvée à Tarragone, est un sarcophage d’enfant qui porte une inscription trilingue, en hébreu, grec et latin ; elle est, en outre, ornée de paons royaux, d’un arbre de vie, d’un chofar et d’une menorah. De séminaires, des cours et des conférences, sont organisés pendant l’année, sur des thèmes touchant au judaïsme espagnol. La synagogue n’est pas utilisée pour le culte.

Santa María la Blanca, Tolède ©E. Marber

Santa María la Blanca

La seconde synagogue porte actuellement le nom de  Santa María la Blanca. Bâtie à l’aube du XIIIe siècle, elle est consacrée au christianisme en 1411, par le prédicateur San Vicente Ferrer, déjà responsable de la vague de conversions de 1391. De 1600 à 1791, elle devient un simple oratoire, puis sert de caserne. Elle est restaurée en 1851 et déclarée monument national. Elle appartient à une institution religieuse, et n’est plus ouverte au culte, ni juif ni catholique. De style mudéjar, elles est moins riche que la synagogue du Tránsito. Ses vingt-cinq arcs en fer à cheval et ses trente-deux colonnes donnent l’impression d’un espace imposant. Vous noterez la variété et la qualité des chapiteaux et la ressemblance de l’édifice avec les mosquées andalouses. N’oubliez pas, en outre, de vous promener dans le lacis des rues de l’ancienne judería, autour de la rue Santo Tome qui, malgré de nombreux remaniements, a néanmoins conservé un cachet certain.

Le « Saint Enfant Innocent »

Les juifs de deux petits villages, Tembleque et La Guardia, près de Tolède, sont accusés du meurtre rituel d’un enfant qui devient immédiatement une figure de légende populaire, sous le nom de « Saint Enfant Innocent ». Les accusés ont traînés devant l’Inquisition, à Avila, en 1490 et 1491. Ils sont condamnés. Cette histoire a un tel retentissement que Lope de Vega, le grand dramaturge espagnol du siècle d’or, en fait une tragédie, L’enfant Innocent, et Bayeu, le beau-père de Goya, peint un tableau sur ce thème, toujours exposé dans la cathédrale de Tolède. La ferveur populaire édifie une chapelle, sur la route de Madrid, qui existe toujours. Bien entendu, les historiens ont démontré depuis qu’il s’agissait d’une accusation dans fondement, quoique souvent reprise.

Itinéraires conseillé dans le quartier juif médiéval

Dans son ouvrage Le quartier juif médiéval de Tolède, dont nous vivement recommandons la lecture à quiconque s’intéresse au patrimoine juif de la ville, Jean Passini propose trois itinéraires de visites de la ville. Chacun d’entre eux vous prendra environ une heure. Si la majorité des bâtiments sont détruits, vous y retrouverez cependant certains vestiges, et prendrez compte de l’atmosphère ce qui qui fut autrefois l’un des quartiers juifs les plus florissants d’Europe du sud.

Itinéraire I : Les frontières du quartier juif médiéval

La visite commence Plaza del Salvador, où se situait le « magasin et cave à vin du Juif Fernando Garbal » en 1491. Le bâtiment se trouve au pied de l’Église San Salvador. Marchez ensuite vers la Plaza de Marrón, où siégeait la synagogue Caleros au XVe siècle. Prenez ensuite les rues Alfonse XII, San Pedro Mártir, Traversia de San Clemente. Vous arriverez ainsi Plaza de la Cruz, où se trouvait la porte nord du quartier juif. La maison au Numéro 1 de la place appartenait Maître Alfonso, pharmacien. En dépassant la rue Doncellas, on trouve une cave avec une coupole octogonale, typique des bâtisses juives médiévales. On peut la visiter sur rendez-vous. Au numéro 11 de la rue Doncellas se trouvait un four de cuisson. Empruntez les rues Cuesta de Santa Leocadia, et Calle de San Martin pour arriver Callejón (place) San Martin. Sur votre gauche, vous verrez des maisons bâties contre ce qui était la muraille du quartier juif en 1637. Au numéro 11 de la Calle Alamillos de San Martin, vous trouverez l’unique mur rescapé de ce qui fut une taverne médiévale. À la fin de la rue Molino del Degolladero, vous trouverez également des restes de la muraille. Sur votre droite, prenez Bajada de Santa Anna où se trouvait un château médiéval juif. Vous passez ensuite devant la vieille synagogue avant de vous retrouver à votre point de départ, Plaza del Salvador.

Itinéraire II : le quartier juif principal

De la Plaza del Salvador, dirigez-vous vers Calle Taler del Moro, pour atteindre Paseo de San Cristóbal. Revenez sur vos pas vers Plaza del Conde, puis vers le Musée grec. Ce musée est abrité dans ce qui fut la maison de Samuel Levi. Deux caves sont conservées en sous-sol. On y a également retrouvé une cour et deux salles. Vous arriverez ensuite à la synagogue du Tránsito, puis à l’ancienne boucherie rituelle. Empruntez ensuite Bajada de Santa Anna, Bajada de San Juan de los Reyes, Calle de los Reyes Católicos où se trouvait la synagogue Sofer du XIIe au XIVe siècle. En tournant à gauche Calle del Ángel, vous passerez sous de petites arches qui marquaient l’entrée de l’Alacava. En descendant les escaliers de Calle de Santa Maria la Blanca, vous passerez devant la synagogue du même nom. Continuez jusqu’à Traversía de la Judería. Au numéro 4, vous trouverez la Casa del Judío, la maison du Juif, dont vous pouvez visiter la cour. Prenez la Calle de San Juan de Dios, originellement la rue principale du quartier juif. Vous arriverez Calle, puis Plaza de Santo Tomé, où se trouvaient le marché, des magasins et des échoppes.

Itinéraire III : El Alacava

Commencez Plaza del Salvador, puis Calle Alfonso XII, plaza de Valdecaleros, Calle de las Bulas, Callejón de los Golondrinos. Aux numéros 29, 31 et 33 de cette rue, se trouvaient une synagogue et les bâtiments communautaires attenants. De laPlaza Virgen de Gracia, puis Calle del Ángel, rendez-vous Arquillo de la Judería, puis Callejón de los Jacintos, Calle Reyes Católicos, Plaza de Barrio Nuevo, Calle de Samuel Levi, Calle de San Juan de Dios, Plaza, puis Calle de Santo Tomé.