Journées Européennes de la Culture et du Patrimoine Juifs 2020

8ème édition des Journées Européennes de la Culture et du Patrimoine Juifs des Alpes-Maritimes

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Les Journées Européennes de la Culture et du Patrimoine Juifs poursuivent cette année leur belle aventure au mois de septembre. Certes, le Covid-19 a perturbé sa programmation, mais des partages originaux ont été mis en place. Rencontre avec Thierry Koch, président du JECPJ-France.

Jguideeurope : Comment s’adapte l’édition des Journées européennes de 2020 aux conséquences du Covid-19 ?

Thierry Koch : La Covid-19 a bien sûr perturbé l’édition 2020 des Journées Européennes de la Culture Juive. Les Journées ayant lieu chaque année début septembre, leur programmation se fait principalement au début du printemps, parfois même en amont, lorsque la participation de personnalités de la culture, littérature, musique ou spectacle est sollicitée. Le risque d’annulation était trop grand cette année pour engager certains projets ambitieux et l’annulation complète de l’édition 2020 a même fait partie des hypothèses envisagées an mars quand la « vague » épidémique a touché la plupart des pays du continent. L’AEPJ (Association Européenne pour le Patrimoine Juif), coordinatrice des Journées en Europe, suivie par JECPJ-France, coordinatrice pour la France, ont finalement fait le pari de l’adaptation.

Grande synagogue de Marseille. Photo des Journées Européennes 2019

L’AEPJ a donné l’exemple en décidant très tôt de monter pour le dimanche 6 septembre un programme on-line associant concert, conférences (en trois langues différentes) et vidéos sur la culture et le patrimoine juifs (vidéos fournies par ses membres). Ainsi, quoi qu’il arrive et en mettant les choses au pire, un minimum – qui plus est commun – pouvait être proposé au public dans tous les pays participants. On sait que finalement la situation sanitaire ne sera pas aussi dégradée et que des manifestations pourront avoir lieu en « présentiel » sous réserve d’appliquer les consignes de distanciation en vigueur. L’une des difficultés aura été d’anticiper le degré réel de sévérité de ces consignes. Nous avons laissé toute latitude à nos organisateurs en régions pour s’adapter et prendre leurs responsabilités. Une des réponses a été de multiplier les manifestations en plein air, comme des projections de films dans l’espace public, des concerts à l’air libre, des visites guidées de cimetières ou encore des marches découverte. Par ailleurs, certains, suivant l’exemple de l’AEPJ, ont fait le choix du virtuel, soit en relayant le programme on-line de l’AEPJ, soit en montant leurs propres évènements proposés en visioconférence….

Chamalières. Photo des Journées Européennes 2019

Y a-t-il un thème particulier ou un focus choisi ?

Oui, chaque année les Journées Européennes de la Culture Juive mettent en avant un thème particulier, commun à tous les pays participants. Ce thème fédérateur est choisi au sein des instances de l’organisation coordinatrice des Journées au niveau continental : l’AEPJ. Cette année le thème choisi est « Jewish Journeys » que nous avons traduit par « Voyages et Migrations » afin de rendre la richesse du mot anglais « journey » qui regroupe les notions de voyage, bien sûr, mais aussi d’itinéraire, de déplacement et de périple. Le thème ne s’impose bien sûr pas à chaque évènement programmé, mais il permet d’inspirer les organisateurs qui le souhaitent en leur permettant de se renouveler d’année en année. Par ailleurs, l’AEPJ est partenaire de la Bibliothèque Nationale d’Israël. Celle-ci réalise chaque année une exposition en langue anglaise sur le thème choisi par l’AEPJ pour les Journées. Cette exposition est mise à la disposition des organisateurs. Pour la première fois cette année, l’exposition a pu être adaptée en français et plusieurs jeux de kakémonos en ont été réalisés, afin que l’exposition circule dans des villes participantes de différentes régions.

Place de la République à Metz. Photo Journées Européennes 2019

Comment percevez-vous l’évolution de ces journées depuis le début du projet ?

Les Journées ont effectivement évolué depuis le début projet, tant sur le plan qualitatif que quantitatif. Les premières Journées Européennes remontent à 1999. Elles associaient alors cinq pays : France, Allemagne, Suisse, Italie et Espagne. Aujourd’hui, le projet réunit plus de trente pays d’Europe. Au départ, le projet à 5 pays se présentait comme l’extension d’une idée qui avait été mise en œuvre en Alsace par quelques pionniers dès 1997. Il s’agissait alors essentiellement de valoriser un patrimoine matériel constitué de synagogues et de cimetières. Les organisateurs étaient des associations juives cherchant à attirer l’attention sur un patrimoine en danger.

Concert à la Synagogue de Nice. Photo des Journées Européennes 2019

L’arrivée de professionnels du tourisme (Agence Départementale du Tourisme en Alsace) donna rapidement une impulsion déterminante au projet dans la direction du « tourisme culturel ». Celle de l’Espagne, un pays « sans juifs » montra que ce projet pouvait être l’affaire de tous, un exemple pour de nombreux pays d’Europe dont l’histoire tragique du XXè siècle avait fait disparaître les communautés juives mais pas la mémoire et certains éléments de patrimoine. Désormais les municipalités, les collectivités territoriales, parfois les ministères de la culture allaient s’intéressaient à ce projet. Il s’agissait de mettre en valeur autant un patrimoine immatériel qu’un patrimoine matériel.

Sous l’impulsion de l’AEPJ, l’idée initiale de « journées du patrimoine juif » donna alors naissance à deux projets distincts, un projet de « Route Européenne du Patrimoine Juif » – itinéraire culturel du Conseil de l’Europe – tourné vers le tourisme culturel et celui des Journées, désormais rebaptisées « Journées Européennes de la Culture Juive », insistant sur l’aspect culturel, sur la notion de rencontre et plus encore sur l’ouverture d’un dialogue autour de la culture juive. L’enjeu devenait la mise en valeur de la participation juive au développement de la civilisation européenne et de souligner – au-delà des pogroms du 19è siècle et des tragédies du 20è siècle – les possibilités d’intégration et d’échange entre des religions et des traditions différentes.

Clermont-Ferrand. Photo des Journées Européennes 2019

Quel est pour vous le défi majeur dans le partage de ce patrimoine européen?

Pour moi, le défi majeur – par le biais de notre travail de partage de ce patrimoine européen – est celui de prendre notre part à la construction d’une identité européenne ouverte, respectueuse de la diversité de pensée, de la variété des traditions régionales, religieuses ou  « ethniques », en sachant trouver dans le passé, histoire et patrimoine, des exemples permettant de mieux aborder la complexité du changement et de résister à la tentation du repli sur soi. A cet égard, le thème « Voyages et Migrations » fournit une riche matière pour réfléchir à la mobilité, aux évolutions démographiques, à la perméabilité des frontières, à ce qui fait que la Terre est monde…