Portalet de la Juderia de Sagunto. Photo de Joanbanjo – Wikipedia

Ville construite sur les ruines de la cité romaine Saguntum et également appelée Murviedro, Sagunto atteste probablement d’une des plus anciennes traces de la présence juive d’Espagne, datant probablement du 2e siècle. Des plaques en plomb avec des inscriptions hébraïques ont été découvertes sur le château de la ville.

Lors de la conquête de la ville par le roi d’Aragon, la famille Vives reçut une boulangerie en guise de remerciement pour ses efforts pendant le siège. De nombreuses autres personnalités telles Salomon de la Cavalleria et Joseph ibn Saprut servirent également la monarchie. Le quartier juif médiéval était situé entre les rues Segovia et Ramos. En 1321, les juifs furent autorisés à fortifier leur quartier pour se protéger des attaques.

Trouvant refuge dans la forteresse durant les persécutions de 1391, les juifs de Sagunto demeurèrent une des seules communautés de la région suite à celles-ci. Au tournant du siècle, la population juive, estimée à 600, bénéficia d’une relative liberté et protection royale, devenant une des plus grandes du Royaume de Valence. Le développement fut tel, que les juifs représentèrent à un moment près du tiers de la population de Sagunto.

Mikvé de Sagunto. Photo de Joanbanjo – Wikipedia

Néanmoins, suite à l’Inquisition de 1492 et les conversions massives, la plupart des juifs quittèrent la vile, principalement pour se réfugier à Oran et Naples. La  synagogue se situait probablement au coin des rues Sang Vella et Segovia. Un mur a été conservé.

L’ancien quartier juif est toutefois un des mieux préservés d’Espagne grâce à la protection accordée lors des persécutions de 1391. Son entrée est située au  Portalet de la juderia, près du théâtre romain. Cette porte, construite lors des fortifications du quartier, est un des seuls vestiges de la vie juive de cette époque.

Un mikvé a également été retrouvé dans le quartier, auquel on peut avoir accès en descendant quelques marches. Sur une colline proche du château se situe une importante  nécropole juive dont certains objets sont exposés au château. Les plaques de plomb mentionnées au début de l’article sont actuellement exposées au  Musée historique de la ville.

Sources : Redjuderias.org, Encyclopaedia Judaica, Wikipedia

Tarazona. Photo de Diego Delso – Wikipedia

La présence juive dans la très ancienne ville de Tarazona date au moins du 12e siècle. Si ancienne, qu’elle pourrait même avoir été présente à l’époque romaine. Cette présence se développa surtout au siècle suivant. La localisation de la ville, jouxtant la Navarre et la Castille, participa à son essor commercial et stratégique.

La communauté juive de Tarazona fut une des plus importantes du royaume d’Aragon, y jouissant de longues périodes de prospérité, avec certaines grandes familles tels les Portella. La figure centrale fut Moshe de Portella, financier auprès du roi d’Aragon et dont une association porte le nom aujourd’hui, faisant des recherches sur le patrimoine culturel juif de la ville.

Juderia de Tarazona. Photo de LBM1948 – Wikipedia

Cette évolution se matérialisa à tel point, qu’il y avait deux quartiers juifs, l’un précédant l’autre dans le temps. Chacun disposant d’une synagogue. L’ancien quartier se situait entre les rues  Rua Alta et Conde. Une rue du quartier porte encore le nom de « rue des Juifs ». On y trouve également la façade subsistante de la synagogue. Le quartier le plus récent se trouvait près de la rue Aires. Un cimetière juif se situait à proximité de ces quartiers.

La situation des juifs de Tarazona évolua quelque peu différemment à la fin du 14e siècle et au début du 15e comparée à celle des autres villes espagnoles. Ils bénéficièrent même d’une protection officielle décrétée par les autorités municipales et une période de prospérité sous Alfonso V et Juan II dans les années 1430 et 1440. Cela avant l’inévitable Inquisition décrétée par le pouvoir central en 1492.

Une soixantaine de documents médiévaux en hébreu ayant été trouvé à Tarazona au tournant du 21e siècle développa les recherches locales. Un festival sur le retour des séfarades à Tarazona fut organisé par la suite.

Sources : Encyclopaedia Judaica, Redjuderias.org, Jta.org

Tui. Photo de Luis Miguel Bugallo Sanchez – Wikipedia

La présence juive à Tui date probablement du début du Moyen Age. Néanmoins, des archives municipales ayant été perdues, les premières traces écrites se référant à cette présence datent du 15e siècle.

Dont certaines qui évoquent des commandes effectuées par une cathédrale à des orfèvres juifs, Abraan et Jago. Les juifs y pratiquèrent une variété d’activités, dont la médecine et le commerce.

Les conflits régionaux et le climat grandissant de l’intolérance qui se manifestèrent au 14e et 15e siècles rendirent cette vie très difficile. La synagogue fut transformée en écurie.

Cathédrale de Tui. Photo de Grzegorz Polak – Wikipedia.jpg

Des documents font référence également à un probable mikvé et une boucherie cachère, qui ont, eux aussi, disparus. Selon des recherches effectuées,  l’ancienne synagogue se trouvait dans la Juderia proche des rues Las Monjas et Bispo Castanon qui gardent encore aujourd’hui de nombreuses maisons rappelant le passé médiéval. Dans cette dernière se situe l’ancienne maison du marchand Salomon Caadia. Le manoir Sarmiento-Celeva serait construit sur l’emplacement de la synagogue. La rue Tyde accueillit un nombre non négligeable de juifs à cette époque.

Sur la  cathédrale de Tui, on peut trouver l’étonnante gravure d’une menorah. Au  Musée diocésain sont exposés des objets liés à ce passé. Parmi eux cinq tableaux évoquant l’Inquisition et ses crimes.

Source : Redjuderias.org

Puerta del Sol à Plasencia. Photo de Olarcos – Wikipedia

La présence juive dans a ville de Plasencia date probablement de quelques années après la fondation de la ville en 1186 par Alphonse VIII. Ils vécurent principalement dans le quartier de la Mota, autour de la synagogue. Néanmoins, certaines familles s’installèrent dans d’autres quartiers de Plasencia.

Le 13e siècle a connu différents degrés de tolérance. Suite à quelques décennies permettant le développement de la vie juive, les droits furent limités. Les citoyens juifs furent également soumis à des impôts supplémentaires, notamment concernant les contributions au trésor royal. Ils ne constituèrent qu’une cinquantaine de familles à la fin du siècle suivant.

Les persécutons qui s’en suivirent, surtout celles de l’Inquisition de 1492, encouragèrent leur départ.

Parador de Plasencia. Photo de Paradores – Wikipedia

Il y avait plusieurs synagogues à Plasencia. Une d’entre elles fut transformée en église, nommée Santa Isabel, en référence à la reine. Une autre subit le même sort, devenant l’église San Vicente. Le cimetière juif fut pareillement confisqué.

Des traces de cette vie juive subsistent aujourd’hui à Plasencia. Notamment dans l’ancien quartier juif. Les restes d’une des deux anciennes synagogues se trouvent sous le  Parador Nacional de Turismo. Dans ce qui est nommé le « nouveau quartier juif », près de Trujillo et Zapateria, des plaques ont été posées, rappelant le souvenir de familles juives qui y vivaient. L’ancien  cimetière juif peut être visité, se situant dans la zone du El Berrocal. De nombreux documents médiévaux ont été retrouvés et étudiés par le professeur Roger Louis Martinez Davila et ses étudiants dans le cadre de recherches menant à une publication.

Sources : Redjuderias.org, Encyclopaedia Judaica, Times of Israel

Une magnifique exposition itinérante propose de (re)découvrir l’histoire juive portugaise. Elle a la particularité d’inscrire cette histoire dans celle de l’Europe moderne et couvre ainsi six siècles et d’où seront issues les familles de Baruch Spinoza et Pierre Mendès France. Rencontre avec Livia Parnes, qui a conçu cette exposition proposée par les éditions Chandeigne.

Livia Parnes & Anne Lima

Jguideeurope : Comment est né ce projet d’exposition ?

Livia Parnes : Les éditions Chandeigne, spécialisées dans le monde lusophone, proposent cette exposition dans le prolongement de l’une de leur collection Péninsules, fondée et dirigée par Anne Lima. Publiant des documents et des essais sur la question de l’identité et de l’acculturation, notamment sous le prisme des relations entre religions, elle cherche notamment à faire mieux connaître la spécificité de l’histoire juive portugaise, qui reste encore peu connue, voire ignorée, ou trop associée à celle du judaïsme espagnol. Pourtant, l’histoire du judaïsme portugais présente des caractéristiques différentes qui auront des conséquences majeures sur son évolution. Il s’agit d’une histoire religieuse, socio-économique, intellectuelle et mondiale que nous avons voulu partager et faire connaître. L’exposition inscrit l’histoire de la diaspora judéo-portugaise dans celle de l’Europe moderne et couvre six siècles.

Dans cette perspective, l’idée de faire une exposition s’inscrit dans le prolongement de l’une des ambitions des éditions Chandeigne : faire vivre les livres au-delà des livres, et les lier à d’autres formes artistiques. Depuis des années, les éditions organisent lectures musicales, concerts, ateliers, adaptations théâtrales. L’objectif est de rendre accessible la richesse de cette histoire foisonnante à un public très vaste, averti ou non. Synthétique, didactique et richement illustrée (photos, reproductions de tableaux, de manuscrits et de frontispices, cartes…), l’exposition se déploie sur 20 panneaux, facilement adaptables aux divers espaces et pouvant être présentés dans divers lieux : bibliothèques, centres culturels ou de recherches, musées, mairies, écoles…

 

La Synagogue des paradesi dans la rue Jew Town, quartier de Mattancherry (Cochin). Enrico Isacco, 1981. © Bibliothèque de l’AIU – Paris

Un des éléments fascinants est le nombre de pays où la diaspora juive portugaise a migré, comment expliquez-vous cela ?

Tout d’abord, il s’agit d’une persécution et de personnes traquées par l’Inquisition, instaurée en 1536 au Portugal. Une des grandes différences avec l’Espagne est que ces migrants avaient été convertis de force auparavant (1497) ; ils partent en tant que « nouveaux chrétiens ». Parmi eux, de nombreux commerçants, parfois même assez aisés. Ils émigrent pour chercher des lieux où pratiquer plus ou moins librement leur judaïsme, notamment dans l’Empire ottoman, mais aussi à la recherche de meilleures conditions de vie. Le moment est propice : c’est l’aube du mercantilisme, et, pour les Portugais, c’est le début de l’expansion maritime et du colonialisme. Ainsi, à la fois victimes et agents des grands empires coloniaux, ils s’engagent rapidement dans tous les secteurs du commerce atlantique naissant et de la première « économie-monde » : épices, sucre, tabac, textile, vin, pierres précieuses, argent. Certains participent aussi à la contrebande et à la traite négrière. Leurs réseaux familiaux, commerciaux et financiers vont en effet se déployer à l’échelle planétaire : de Lisbonne à Goa, via l’Europe du Nord ou le Moyen-Orient, mais aussi de Lisbonne aux Caraïbes et aux Amériques. Enfin, comme on le voit dans l’exposition, dans plusieurs endroits, guidés par un certain « philosémitisme mercantile », les autorités locales (princes, ducs, municipalités) les accueillent, leur accordant privilèges et protection religieuse. Cela, en raison des bénéfices qu’elles espèrent tirer de leur activité marchande et de leurs réseaux commerciaux. C’est notamment le cas dans des villes italiennes (Ancône, Livourne, Venise, Ferrare), en France, à Amsterdam, à Londres, à Hambourg…

 

La synagogue de Newport, dite Touro, la plus ancienne aux États-Unis (1763)

Quelle découverte, lors des recherches pour l’exposition, vous étonna particulièrement ?

Sans que cela soit véritablement une découverte, l’exposition nous a permis de véritablement saisir comment, malgré la grande dispersion géographique mais aussi religieuse de cette diaspora, les judéo-portugais vont créer au fil des générations un espace intercommunautaire dynamique, dont les facteurs d’unité s’expriment à travers la langue, la littérature, la liturgie, l’architecture, les patronymes ou encore l’art funéraire. Bien que de nature composite, cette diaspora a su partager une communauté de destin et nourrir un lien mémoriel fort avec le Portugal tout en marquant de son empreinte les communautés d’accueil. De cette dispersion est même née une nouvelle forme d’appartenance collective inédite, désignée par le mot « A Nação » (la Nation) ou « la Nation juive portugaise », qui perpétue la mémoire et leurs attaches juives et portugaises.

De même, l’exposition rend perceptible le fait que les premières présences juives en Amérique du Nord dès le XVIIe siècle – d’abord à la Nouvelle Amsterdam, future New York, puis dans cinq autres villes – sont des communautés de juifs portugais et espagnols, avant la grande vague des juifs ashkénazes. Il était également intéressant de constater que le courant juif reformé a pris naissance au sein des communautés juives portugaises (Charleston, Savannah…)

Enfin, au terme des quelques mois que nous exposons, cette expérience confirme notre point de départ et ce qui nous a motivé pour concevoir ce projet à savoir que cette riche et longue histoire du judaïsme portugais reste encore très peu connue. Les personnes ayant visité l’exposition semblent découvrir tout un nouveau pan de l’histoire juive et de l’histoire européenne, ce qui, pour nous, est l’un des plus grands mérites de cette exposition.

 

Vue de l’intérieur de la synagogue de la nation juive de Livourne, Moisé Joseph del Conte, dessin, 1791. © ACEL

Quelles sont les prochaines villes qui accueilleront l’exposition et est-elle disponible en ligne ?

A Paris, après plusieurs lieux qui ont accueilli l’exposition avant l’été (la bibliothèque Marguerite Audoux, la mairie de Paris Centre), l’exposition sera présentée dans le cadre de la Saison Croisée France-Portugal à la Maison du Portugal – Cité internationale universitaire. Bd Jourdan, 75014 Paris. Du 10 septembre au 4 octobre 2022.

Le 27 septembre à 20h, nous organisons un concert de piano solo et à 4 mains Chemins musicaux avec un programme inédit des œuvres de compositeurs d’origine juive et portugaise du XXe siècle jusqu’à aujourd’hui où des motifs de la musique juive se mêlent aux airs traditionnels portugais. Galerie Hus – 4 rue Aristide Bruant – Paris 18.

Bol à punch avec couvercle. Peinture multicolore représentant une vue de la synagogue portugaise. Porcelaine, 1779-1790. © Rijksmuseum

A Blois, l’exposition sera présentée dans le cadre du festival Les Rendez-vous de l’histoire Hall INSA – 3 rue de la Chocolaterie, Blois, 41000. Du lundi 3 octobre au 9 octobre 2022.

A Lisbonne, une version portugaise de l’exposition sera présentée en partenariat avec l’association Hagada et le futur musée juif de Lisbonne à la Biblioteca Palácio Galveias. Du 12 au 29 octobre 2022

A Bourges, l’exposition sera présentée à l’Hotel de Ville, Hall d’exposition, au 11 rue Jacques Rimbault, 18000 Bourges. Du 20 octobre au 3 novembre 2022. Une conférence est prévue à l’Hotel de Ville le premier jour de l’exposition.

A Bordeaux, l’exposition sera présentée dans le cadre de l’anniversaire des 140 ans de la synagogue de Bordeaux (ville extrêmement importante dans l’histoire des juifs portugais, où est installée entre autres la famille de Pierre Mendès France !). Elle est présentée dans la synagogue, du 9 novembre au 15 décembre.

L’exposition comprend une quinzaine des QR codes qui renvoient vers un site compagnon Exposition itinérante La diaspora juive portugaise qui propose des prolongements de la visite pour ceux qui souhaitent un approfondissement sur certains aspects. On peut trouver sur le site des articles, des images supplémentaires et quelques vidéos.

 

Lieu incontournable de la vie artistique juive depuis près d’un demi-siècle, la galerie Saphir est avant tout l’œuvre d’Elie et Francine Szapiro. Un couple impliqué dans les (re)trouvailles et le partage d’un patrimoine culturel qui refuse d’être perdu, malgré les coups de l’Histoire. Artistes confirmés et révélations, tant furent exposés au rez-de-chaussée de la galerie ou dans le sous-sol qui est une œuvre architecturale en soi, datant de plusieurs siècles. Francine Szapiro nous reçoit, évoquant la genèse de la galerie, mais aussi son rôle contemporain. Notamment dans le cadre des Journées Européennes de la Culture Juive, avec l’exposition « Combats plasticiens : hommage à l’Ukraine ».

 

RYBACK Issachar – Le porteur de pommes

Jguideeurope : Comment est née la galerie Saphir ?

Francine Szapiro : En 1979, j’étais une journaliste passionnée par l’art, travaillant pour l’Arche, l’Agence télégraphique juive et d’autres médias. Mon mari était un médecin passionné d’histoire, membre fondateur de la Commission française des archives juives. En cette époque de reconstruction culturelle juive, nous avions le rêve commun d’ouvrir une galerie où seraient présentés tous les aspects de cette culture, ses manifestations, les objets rituels et livres anciens… sans l’enfermer dans un ghetto, motivés par l’envie de montrer l’apport réciproque des cultures environnantes.

 

Qui furent les premiers artistes exposés ?

Il y en a eu tant ! Mon mari et moi étions passionnés par le partage de nos coups de cœur et de nos découvertes dans un lieu de rencontres et d’échanges. Et le rêve a fini par aboutir. Notre première galerie était située boulevard Saint-Germain, et fut inaugurée par Elie Wiesel autour d’une expo sur les cartes postales et le judaïsme visant à montrer la diversité du monde juif. On a commencé par exposer Alain Kleinmann, puis Shelomo Selinger. Cette petite galerie de 15 m² a accueilli de nombreuses autres grandes manifestations par la suite.

 

KIRCH Michel – Le 5ème jour

Comment percevez-vous l’évolution de l’intérêt pour l’art juif ?

J’aimerais bien un jour pouvoir me poser et raconter cela en détails. Mon mari et moi faisions partis de cette génération qui souhaita reconstruire un patrimoine détruit ou dispersé pendant la guerre. On a connu à l’époque des grands collectionneurs comme Victor Klagsbald, qui est le père de Laurence Sigal, l’ancienne directrice du mahJ. Au lendemain de la guerre, ces collectionneurs cherchèrent partout des témoignages de la vie juive d’antan, aux Puces ou en d’autres lieux de vente. Mon mari a organisé la première vente de judaica au niveau international. Les gens, réalisant ensuite que cela pouvait avoir une valeur marchande, permirent de sauver des objets picturaux ou écrits de la perte et de la destruction. Ainsi, on a vu à la galerie deux générations se succéder. Celle de ceux qui ont voulu reconstruire la vie dispersée, puis celle qui souhaita affirmer son insertion dans le siècle, la volonté d’intégration et d’assimilation, s’éloignant un peu de cette quète à tout prix de traces. Ce qui n’empêcha pas certains jeunes d’être très intéressés et impliqués dans la recherche du patrimoine culturel juif. Une volonté constatée notamment lors des Journées Européennes de la Culture Juive. Ce désir européen de rassembler est très important. Nous avons le plaisir de participer à ces journées depuis le début.

 

KANTOROWICZ Serge – Synagogue

Lors des JECJ 2022, l’Ukraine est à l’honneur à la galerie.

Nous avions présenté l’expo « Combats plasticiens » juste avant l’été avec différents artistes qu’on va reprendre. Parmi eux, l’écrivain Hubert Haddad qu’on découvre comme peintre imprégné de kabbale ou Bruno Edan, artiste décédé en 1981 à l’age de 23 ans et à qui l’historienne d l’art Delphine Durand a consacré une magnifique monographie. Trois artistes d’origine ukrainienne y participent aussi. Serge Kantorowicz, qui était réfugié en France pendant la guerre, et qui a perdu une grande partie de sa famille en Ukraine pendant la Shoah.

HADDAD Hubert – La lettre de l’abîme

Il s’est reconstruit par la peinture, travaillant dans les ateliers Maeght où il s’est lié avec d’immenses artistes. Sam Szafran est d’ailleurs son cousin. Serge a développé un monde très poétique et personnel qui sort des représentations traditionnelles. On a également accueilli à la galerie l’œuvre d’Igor Pototsky, un réfugié ukrainien rencontré récemment, considéré comme un grand écrivain, poète et illustrateur. Et enfin la jeune artiste ukrainienne Yana Bystrova. Cette artiste plasticienne traverse des moments difficiles, ne sachant pas ce que sont devenues ses œuvres restées à Kiev pour une expo. Arrivent chez nous de nombreux artistes et écrivains ukrainiens, âmes en peine qui essayent de retrouver  des liens. D’autres artistes sont présentés lors de cette expo.

BIRGA Sergio – Un Rêve

Parmi eux, Sergio Birga, décédé il y a un an. Un Florentin qui est allé à la rencontre des grands expressionnistes allemands, autrichiens et belges qui avaient survécu à la Shoah. Il s’est immergé pendant 50 ans dans l’univers de Kafka, construisant une œuvre très expressionniste autour de l’écrivain. Birga était également un immense graveur sur bois.

On a souhaité abattre les domaines de création entre la gravure, la sculpture, la peinture et même la photographie. En présentant, par exemple, les œuvres du photographe contemporain Jorge Amat, auteur d’un très beau film sur Serge Kantorowicz et de nombreux autres sur l’art et le cinéma. Sans oublier l’œuvre de Michel Kirch, fils de rabbin, dont le travail est le témoignage d’une quête identitaire et spirituelle.

La galerie est donc avant tout un lieu de rencontres, de retrouvailles et de partages d’une culture juive et qui dans le cadre de cette expo célèbre l’élan vital d’une Ukraine combattante.

Galerie Saphir, 69 rue du Temple, 75003 Paris

 

Autres événements organisés à Paris lors des Journées Européennes de la Culture Juive :

« L’Ukraine et ses confins » le 4 septembre au mahJ

« Promenade à travers la culture yiddish » le 18 septembre à la Maison de la culture yiddish

« Exilonde » le 16 octobre au Théâtre de la Comédie Nation

« Conférence musicale sur le renouveau du klezmer » le 18 octobre au Centre Medem

« Lettre à Antonio Saura » le 24 novembre à l’Institut Cervantès

Les Journées Européennes de la Culture Juive 2022 sont l’occasion en Lorraine de célébrer, comme le reflète le thème de Renouveau choisi cette année, le passé et le présent dans un esprit de partage et d’enthousiasme. Un programme très varié dans ses partenariats son contenu (exposition Benjamin Fondane, concert Tsuzamen, pièces de Hanokh Levin et J-C Grumberg, événements en soutien à l’Ukraine…) Rencontre avec Désirée Mayer, Présidente des JECJ-Lorraine.

Désirée Mayer

Jguideeurope : Quel événement va ouvrir le Festival en Lorraine ?

Désirée Mayer : Nous n’avons jamais perçu les Journées Européennes de la Culture juive comme un festival. Et cela, pour plusieurs raisons. Tout d’abord, parce que l’histoire juive européenne n’a rien d’un « festival » et que la culture juive que nous souhaitons mettre en partage par nos programmations, doit refléter cette histoire : tragique, mais aussi constructive, généreuse et résiliente. Or Metz a connu un passé juif intense : de Rav Gershon Méor Hagolah, au Moyen-âge, à la première grande Yeshiva en France au 19e. L’idée fut donc de ne pas limiter ce moment à un festival ou à une journée, mais d’inscrire ce partage culturel dans l’existence de nos concitoyens par une programmation artistique et culturelle déployée dans la durée. Nous proposons donc une saison culturelle annuelle, sur une période de quatre mois, voire cinq mois pour l’édition 2022.

Le premier événement, en avant-première du lancement européen du 4 septembre, sera une double exposition consacrée au poète et philosophe Benjamin Fondane, qui se déroulera, aux Archives Municipales de Metz, dans le superbe Cloître des Récollets. Dans cette démarche, le Renouveau (thème 2022 des JECJ), tient un peu de la « réparation ». L’exposition Fondane du Mémorial de la Shoah et surtout les œuvres picturales de l’artiste Marina Haccoun-Levikoff, qui illustrent les poèmes de Fondane – redonnent la vie – sinon à l’homme exterminé à Auschwitz – du moins à son œuvre. Intitulée « A la lisière du temps », cette exposition liminaire, est organisée en étroite collaboration avec la Société d’études Benjamin Fondane.

Exposition Benjamin Fondane

Quels sont les autres événements prévus ?

Pour mettre en partage la culture juive, nous ne nous contentons pas d’une visite des Synagogues, d’un concert, d’une conférence ou d’un colloque. Notre programme, volontairement très varié, se présente dans des espaces différents (parfois 40 lieux divers rien qu’à Metz et ses environs) et il privilégie grandement les partenariats institutionnels et associatifs. Ainsi pour le 4 septembre, jour du lancement européen, avec le soutien de la Ville de Metz, nous proposons au public une manifestation festive inter-associative. Toujours dans le cadre des Récollets, afin d’animer nos expositions, une dizaine d’associations et institutions proposeront, du théâtre, de la musique, des ateliers, un studio d’enregistrement, des films, un peu de restauration juive et beaucoup de convivialité… Qu’il s’agisse de la radio RCF Jerico Moselle, de Cinéart, du Cercle lyrique, des bibliothèques municipales et d’autres qui seront présents, nous ciblons une diversification des publics et des activités. Le reste du programme annuel repose également sur des partenariats. Cela nous permet – entre autres – de proposer des événements très prestigieux. Parmi eux, le concert Tsuzamen du Sirba Octet (02/10) à l’Arsenal, avec la Maîtrise de la Cathédrale de Metz, le colloque annuel à l’Hôtel de Ville, en partenariat avec l’Académie Nationale de Metz (27/11), l’Orchestre Naoni, d’Ukraine, un beau festival de cinéma, une pièce de Hanokh Levin, ou « La plus précieuse des marchandises », de J.C. Grumberg, à l’Opéra-Théâtre de Metz… Bref, cinq mois de partages artistiques et culturels !

Raphael Glucksmann

L’Ukraine sera également à l’honneur, semble-t-il.

En mars 2022, en pleine guerre, Czernowitz et Metz se sont jumelées. Lorsque notre Maire, M. Grosdidier est parti signer le jumelage, des journalistes ukrainiens ont rappelé que Czernowitz était appelée autrefois « la petite Jérusalem de l’Est ». A plusieurs milliers de kilomètres, en territoire de guerre, ils ont évoqué les JECJ-Lorraine et demandé si des partenariats pouvaient se dérouler à ce niveau-là également. Honorés par cette notoriété, nous sommes partenaires aujourd’hui. Nous allons faire venir un ensemble musical de Czernowitz, le concert Naoni, avec une quarantaine d’instruments folkloriques qui vont jouer de la musique juive et ukrainienne, en présence du maire de Czernowitz. Le 29 septembre, ce concert se déroulera dans la prestigieuse salle de l’Arsenal, à la cité musicale de Metz. De nombreux événements se dérouleront avec le soutien de la ville de Metz, de l’Eurométropole de Metz et de l’association Échanges Lorraine Ukraine (ELU). Le 24 novembre, le député européen, Raphaël Glucksmann, spécialiste de l’Ukraine, donnera une conférence dans ce cadre.

Concert du Sirba Octet

Le thème de cette année étant le renouveau, constatez-vous un regain d’intérêt concernant le patrimoine culturel juif en des lieux où il avait été oublié ou bien une réinstallation des juifs en certaines villes ?

Les deux. La ville de Metz, qui a le privilège d’avoir une école juive et un collège, a encouragé la venue de personnes ou familles désirant s’installer dans une ville où la vie est très douce, et les relations intercommunautaires ou interculturelles particulièrement apaisées. Le consistoire de la Moselle et la communauté juive de Metz ont effectué des efforts dans ce sens : avec un certain succès. Ceci pour l’installation ou la réinstallation.

Quant à l’intérêt de nos concitoyens pour le patrimoine juif, il y a deux ans, nous avons fêté les vingt ans des JECJ. Les animations dans les différents lieux de Metz, telles les synagogues, ne désemplissent pas. Avec les visites, conférences, concerts, nous accueillons annuellement plus de 1000 visiteurs le jour du patrimoine national.

Pièce de Jean-Claude Grumberg

Culturelle et non pas cultuelle, très ouverte sur la cité, notre association est reconnue et soutenue par la DRAC, la Région Grand Est, le Département de la Moselle, l’Eurométropole, la Ville de Metz… et aussi par des mécènes et des organismes qui apprécient notre travail d’harmonisation sociale. Nous avons été sollicités par des villes voisines, comme Forbach en Moselle, pour proposer des animations culturelles juives. Passant les frontières, nous avons été sollicités par la Région Sarre, en Allemagne, pour le prêt d’une très belle exposition « Salon Judaïca », conçue par les JECJ-Lorraine et réalisée par l’artiste Jean-Christophe Roelens. Le vernissage de cette exposition aura lieu le 21/09 dans l’hôtel de Région de la Sarre, en Allemagne, dans le cadre d’actions menées contre l’antisémitisme.

Synagogue consistoriale de Metz

L’intérêt accordé au patrimoine culturel juif, se manifeste également dans les autres villes de la région. Verdun a pu refaire sa synagogue de style florentin, grâce à une aide de la Fondation du patrimoine. Sa communauté est réduite, mais dynamique. A Nancy, le centre communautaire organise de nombreux événements, notamment pendant les JECJ. A Sarreguemines, dans les Vosges et ailleurs, la culture juive vient apporter un peu de ses trésors plurimillénaires à nos concitoyens

On peut donc dire que ces Journées ont participé régionalement à un regain de la vitalité culturelle et de l’ouverture à l’autre, elles permettent de reconsidérer le patrimoine culturel juif sous un autre angle. Notre travail étant de le mettre en partage, d’expliquer à tout un chacun ce qu’a dit magnifiquement Madame Trautmann lorsqu’elle était ministre de la Culture, à savoir que « le patrimoine culturel juif n’appartient pas seulement aux juifs, mais à quiconque s’intéresse au patrimoine culturel et à la culture en général ».

Le MEIS représentait un défi dès sa construction, à savoir transformer un lieu d’enfermement en un espace ouvert et inclusif. Rencontre avec Rachel Silvera, Directrice de la communication du MEIS, qui nous parle de ce lieu important du patrimoine culturel juif italien et des nombreux projets qu’il organise.

MEIS building. Photo de Bruno Leggieri

Jguideeurope : Pouvez-vous nous présenter certains des objets exposés dans l’exposition permanente consacrée à l’histoire des Juifs d’Italie ?

Rachel Silvera : Dans notre exposition permanente « Les Juifs, une histoire italienne », nous présentons des objets prêtés par d’autres musées italiens, des reconstitutions et des installations multimédia. Par exemple, nos visiteurs peuvent admirer le relief de l’Arc de Titus montrant le butin du Temple, une reproduction en plâtre réalisée en 1930. Le relief représente la procession triomphale de Titus à Rome après la campagne militaire en Judée, paradant les butins pillés du Temple de Jérusalem. On trouve également des reconstitutions de catacombes juives, à Rome (comme la Villa Torlonia et la Vigna Randanini) et dans le sud de l’Italie (Venosa).

Comment percevez-vous l’évolution de l’intérêt pour les études sur la Shoah en Italie ?

C’est un moyen fondamental : 1) de connaître l’histoire et de renforcer la prise de conscience ; 2) d’offrir des outils utiles aux étudiants et de transmettre des valeurs à la prochaine génération ; 3) de combattre le déni et la déformation de l’Holocauste.

Catacombes juives. Photo de Marco Caselli Nirmal

Quels projets éducatifs axés sur la Shoah sont menés par le musée ?

Pendant la pandémie, nous avons organisé deux importants événements en ligne pour les élèves, consacrés à la Shoah et à l’avenir de la mémoire. Nous avons touché plus de 12 000 élèves. Chaque année, nous proposons également un cours en ligne destiné aux enseignants et axé sur l’histoire de la Shoah et la relation avec les nouveaux médias. Nous travaillons également sur un projet financé par le ministère de l’éducation publique avec un lycée de Ferrare (Liceo Roiti) et l’Institut d’histoire contemporaine de Ferrare : les étudiants travaillent avec nous pour créer une exposition sur les lois raciales et la persécution.

Pouvez-vous nous raconter une rencontre émouvante au Musée avec un visiteur ou des participants à l’exposition ?

Le Museo Nazionale dell’Ebraismo Italiano e della Shoah (musée national du judaïsme italien et de la Shoah) se trouve à Ferrare, dans les anciennes prisons de la via Piangipane. Pendant la guerre, ses murs ont emprisonné des opposants antifascistes et des Juifs, dont l’écrivain Giorgio Bassani, Matilde Bassani et Corrado Israel De Benedetti. Le défi consistait à transformer un lieu d’enfermement en un espace ouvert et inclusif.

Lors de la dernière Journée internationale de commémoration de l’Holocauste, nous avons dévoilé une plaque commémorative qui rappelle l’histoire de ce lieu. L’invité spécial était Patrizio Bianchi, le ministre italien de l’éducation. Ce fut un moment très émouvant.

Quel sera le thème de la prochaine exposition temporaire ?

L’exposition portera sur les nombreuses significations de la fête de Souccot. Le vernissage aura lieu le 14 octobre. L’idée est de présenter au public un aperçu des préceptes religieux, de la manière dont la fête est célébrée, de son lien avec la nature et des nombreuses expressions qu’elle génère. L’exposition sera réalisée par le directeur du MEIS, Amedeo Spagnoletto, la conservatrice Sharon Reichel et l’architecte Giulia Gallerani.

Le récit de l’exposition commence par l’évaluation de la fête de Souccot, avec la description des sept jours de la fête, une introduction qui donnera aux visiteurs les notions de base pour comprendre le reste de l’exposition, puisqu’à partir de là, ils seront encouragés à s’engager directement, en découvrant les contenus par l’interaction. Nous exposerons également les 10 panneaux de la « Sukkah de Praglia », des panneaux en bois peint provenant d’une sukkah, produite dans la région vénitienne probablement à la fin du XVIIIe ou au XIXe siècle, appartenant à l’Abbazia di Praglia à Teolo (Padoue).

La sukkah de Praglia comprend dix panneaux, peints de sujets bibliques et accompagnés d’écritures hébraïques. Certains panneaux évoquent les fêtes juives de Pessah et la construction de la souccah (Sukkot). D’autres illustrent plusieurs personnages bibliques importants, tels qu’Abraham, Melchizédek, Isaac et Rebecca, Jacob, Rachel, Josué, le roi David, Moïse et Élie.

Rencontre avec Zanet Battinou, Directrice du Musée juif de Grèce, au sujet des événements organisés dans le cadre des Journées européennes de la culture juive, notamment le projet Hannah, luttant contre l’antisémitisme par l’éducation et le savoir. 

Statues, tissus et autres objets liés au patrimoine juif de Grèce présentés au musée
Musée juif de Grèce. Photo de Tilemahos Efhtimiadis – Wikipedia

Jguideeurope : Participez-vous aux Journées européennes de la culture juive de cette année ? 

Zanet Battinou : Nous y participons. Nous proposerons un programme éducatif pour les familles avec des enfants âgés de 9 à 15 ans intitulé « Les mots et les lettres à travers le temps », basé sur la nouvelle exposition d’art « L’art de la mémoire et de la commémoration ». En outre, nous organisons une conférence nationale dans le cadre du projet « CHallenging And DebuNkiNg Antisemitic MytHs (HANNAH) » et nous proposons une visite guidée de la nouvelle exposition contemporaine « Chemins de pierre – Histoires en pierre : Inscriptions juives en Grèce » , combinée avec la projection d’un film documentaire – faisant partie de la série de documentaires du projet HANNAH, qui se concentre sur l’histoire, la culture et la vie juives, le phénomène de l’antisémitisme et les différentes approches pour le combattre dans cinq villes européennes : Athènes, Dresde, Hambourg, Cracovie et Novi Sad.

Talith et autres tenues juives d'époque montrées au Musée juif de Grèce
Musée juif de Grèce. Photo de Tilemahos Efhtimiadis – Wikipedia

Y a-t-il des projets éducatifs proposés par le JMG et comment la ville d’Athènes participe-t-elle au partage de la culture juive ?

La ville d’Athènes organise habituellement des événements en octobre, date de la libération de la ville, qui comprennent des expositions ou des conférences basées sur des témoignages juifs. En outre, le 27 janvier, journée internationale de commémoration de l’Holocauste, de nombreux événements commémoratifs ont lieu. Cette année, le bâtiment du Parlement a présenté pour la première fois sur sa façade une diapositive lumineuse commémorant l’Holocauste.

 

Quels sont les aspects de la culture juive de la Grèce qui intéressent le plus les touristes d’été ?

En fait, nous avons remarqué qu’ils sont intéressés par la visite de tous les sites juifs dans les régions qu’ils visitent – à Athènes, le JMG est l’un de leurs principaux centres d’intérêt, ainsi que la synagogue.

Peu de gens le savent, mais le musée juif de Lecce est contruit dans le quartier où se trouvait la communauté juive au Moyen-Age. Retour sur celien ancien à Lecce et discussion sur les projets et ambitions de ce musée avec Fabrizio Lelli, Professeur associé de langue et littérature hébraïques à l’Université de Salento 

Inscriptions hebraiques sur un mur de la ville de Lecce
Inscription en hébreu retrouvée dans la giudecca de Lecce

Jguideeurope : Pouvez-vous nous dire comment le musée a été créé ?

Fabrizio Lelli : Le musée juif de Lecce a été inauguré en mai 2016. Le projet est parti de l’initiative d’investisseurs privés qui souhaitaient faire la lumière sur un pan méconnu de l’histoire locale. Contrairement à la plupart des villes italiennes, Lecce semble avoir effacé toute trace de son passé médiéval. Malgré l’absence presque totale de témoignages matériels, les archives documentent le rôle important joué par les Juifs à Lecce pendant dix siècles, lorsque la ville était un centre important d’activités économiques et intellectuelles.  

La communauté juive est l’un des groupes les plus importants qui ont peuplé le Salento médiéval : une présence abondante et fortement enracinée depuis les débuts de la diaspora juive en Europe occidentale, qui remonte à l’époque romaine. Tout au long du Moyen Âge, les juifs ont joué un rôle social important, en particulier à partir du XIVe siècle, lorsqu’ils se sont installés dans le quartier où se trouve actuellement le musée. 

Le projet est en constante évolution et, grâce à l’aide de ceux qui y croient, le musée est devenu un centre culturel qui organise des événements et des expositions s’adressant à la fois aux locaux et aux visiteurs internationaux. Nous nous concentrons sur l’identité juive et le dialogue interculturel, du passé au présent. Les enseignants et les étudiants sont les bienvenus pour assister à des séminaires, des ateliers approfondis, des expositions temporaires et des représentations théâtrales.

Photo de nuit de la ville de Lecce dans la région des Pouilles
Ville de Lecce. Photo by Tango7174 – Wikipedia

Y a-t-il des projets éducatifs proposés par le musée et comment la ville de Lecce participe-t-elle au partage de la culture juive ?

Depuis son ouverture, le Musée juif a toujours offert aux habitants de la ville et à ceux qui n’y habitent pas un large éventail de projets éducatifs, notamment des itinéraires historiques, des visites guidées et des ateliers destinés aux élèves des écoles primaires et secondaires. Nos activités, qui varient en fonction de l’âge des participants, visent à développer une approche engageante et stimulante de la connaissance de l’histoire, des traditions et de la culture juives de notre territoire. Plus récemment, le musée a ajouté à son offre éducative la reproduction virtuelle de l’ancien quartier juif de Lecce. Grâce aux technologies visuelles, les visiteurs peuvent se plonger dans la Lecce médiévale et se promener virtuellement dans l’ancien quartier juif.

Participez-vous aux Journées européennes de la culture juive de cette année ?

Le Musée juif a toujours joué un rôle actif dans les précédentes éditions des Journées européennes de la culture juive : nous avons organisé des expositions d’art et de documentaires, des concerts, des spectacles théâtraux. Cette année, le musée propose un riche calendrier d’événements axés sur l’expérience de visite virtuelle récemment améliorée. 

exposition au Musée médiéval juif de Lecce, dans la région des Pouilles
Musée médiéval juif de Lecce

Pouvez-vous partager une anecdote personnelle sur une rencontre émotionnelle avec un visiteur ou un chercheur lors d’un événement précédent ?

Travailler avec des visiteurs du monde entier nous offre de nombreuses rencontres émotionnelles, comme les nombreuses réunions avec les descendants des réfugiés qui ont été accueillis dans les camps DP du Salento entre 1945 et 1947. Si je devais en choisir une, je mentionnerais certainement la fois où une visiteuse locale a partagé avec nous l’histoire de sa grand-mère. Même si elle était catholique chrétienne, elle avait la tradition d’allumer une bougie le vendredi soir, suggérant ainsi qu’à Lecce les traces des conversions juives survivent jusqu’à nos jours. Ceci est une démonstration du rôle important joué par notre musée pour faire revivre les traces perdues d’une communauté longtemps oubliée.

Synagogue de Wintzenheim. Photo de Rauenstein – Wikipedia

La présence juive wintzenheimoise semble très ancienne et importante, la ville ayant été le siège d’un rabbinat dès 1808.

Si on retrouve des traces d’une synagogue au 18e siècle, celle qui subsiste aujourd’hui date probablement de 1750 et bénéficia de travaux de restauration en 1828 et 1870.

La   synagogue a été classée monument historique en 1995. En 2000, à l’occasion du 250e anniversaire de la synagogue, fut organisée une grande cérémonie. En présence de nombreuses personnalités politiques et religieuses, mais aussi de descendants de juifs wintzenheimois. Cet anniversaire marqua sa ré-inauguration, suite à des travaux effectués sur la toiture, les vitraux et l’intérieur du bâtiment.

Sources : judaisme.sdv.fr

Synagogue de Westhoffen. Photo de Ralph Hammann – Wikimedia

La présence juive westhoffenoise semble très ancienne, comme le témoigne l’existence d’une salle de prières au 17e siècle, datant probablement de 1626. Il y avait alors une centaine de juifs westhoffenois.

Le siècle suivant, la communauté bénéficia d’une synagogue, construite en 1760. Laquelle face au développement de la vie juive s’avéra rapidement trop exiguë, la ville comptant près de 300 juifs à l’époque de la Révolution française.

La décision de la construction d’une nouvelle  synagogue fut prise par la mairie en 1860 et celle-ci fut inaugurée en 1868. Néanmoins, la communauté diminua au fil du temps, avec seulement 147 membres au début du 20e siècle.

Synagogue de Westhoffen. Photo de Ralph Hammann – Wikimedia

La synagogue, de style néo-oriental, fut classée monument historique en 1990. Parmi les personnalités originaires de cette ville, on peut citer le Premier ministre du Front populaire Léon Blum et le Premier ministre du Général de Gaulle, Michel Debré.

En 2019, le  cimetière juif a subi une profanation d’une centaine de tombes, s’ajoutant malheureusement à une série longue de ce type d’événements criminels. Mais l’ampleur de ce vandalisme suscita une onde de choc en France et renforça la mobilisation nationale face à l’antisémitisme.

Sources : judaisme.sdv.fr, dna.fr

Synagogue de Soultz-sous-Forets. Photo de Lamoi – Wikipedia

La présence juive semble assez ancienne. Une synagogue accueillit les fidèles au 19e siècle. Elle fut inaugurée en 1827 et restaurée dans les années 1860. A cette époque, Soultz-sous-Forêts jouait un rôle important au sein des institutions religieuses juives.

Néanmoins, elle fut démolie en 1897 afin d’être replacée par une nouvelle  synagogue. Saccagée pendant la Shoah, la synagogue a été restaurée après-guerre et réinaugurée en 1962. Mais devenant trop grande pour une population juive diminuée, malgré l’arrivée de juifs d’Afrique du Nord, elle fut divisée en plusieurs parties. Si un oratoire y fut maintenu, on aménagea un espace pour jeune.

Classé monument historique, la synagogue fut à nouveau transformée de l’intérieur pour accueillir le Cercle d’Histoire d’Alsace du Nord. La synagogue est régulièrement ouverte aux visiteurs lors des Journées du patrimoine et des Journées européennes de la culture juive, comme ce fut encore le cas en 2018.

En 2013, des travaux de remise en état ont été effectués au  cimetière juif de Soultz-sous-Forêts.

Sources : judaisme.sdv.fr, dna.fr

Synagogue de Saverne. Photo de Ikar.us – Wikipedia

La présence juive savernoise semble dater du 12e siècle. Néanmoins, sa pérennisation date plutôt du 17e siècle. Un oratoire daterait de ce siècle et aurait été située dans le Judenhof de l’époque. A la veille de la Révolution Française fut construite, dans le même quartier, une synagogue. Elle fut néanmoins victime d’un incendie en 1850.

En 1898 commencèrent officiellement les travaux de construction de la nouvelle  synagogue, sous la direction de l’architecte Hannig. De style néo-gothique et oriental, la synagogue fut inaugurée en 1900. Un bâtiment annexe accueillit les activités scolaires et communautaires.

Cette même synagogue qui fut inaugurée par les autorités allemandes en 1900 lorsque celles-ci occupaient la région, fut saccagée pendant la Shoah quarante ans plus tard. Les juifs savernois qui représentaient plus de 200 personnes, furent chassés et arrêtés et 32 d’entre eux furent assassinés. 13 Stolpersteine, « pierres trébuchantes » de mémoire ont été posées le 4 avril 2022 afin de rendre hommage aux victimes de la Shoah.

Une reconstruction fut entreprise après la guerre. Sa ré-inauguration se déroula le 3 septembre 1950. Malgré le déclin graduel de la communauté, de nombreuses initiatives permirent de maintenir une certaine activité. En 2001, elle était constituée d’une quarantaine de personnes. Une cérémonie se déroula en 2021, accompagnée de la publication d’une brochure, afin de célébrer les 120 ans de la synagogue.

Sources : judaisme.sdv.fr

Synagogue de Guebwiller. Photo de Ralph Hammann – Wikimedia

La présence juive guebwilleroise date au moins du 13e siècle. Une dizaine de familles y vivaient. Ce qui encouragea l’inauguration d’une synagogue au début du 14e siècle.

Néanmoins, suite aux persécutions de 1349, cette communauté cessa d’exister. A l’image d’autres villes de la région au fil des siècles suivants, leur présence fut très limitée et réservée généralement au commerce diurne.

Suite à l’émancipation des juifs de France lors de la Révolution, Guebwiller attira des familles juives, lesquelles étaient au nombre de 40 à cette époque, puis de 80 familles à la veille de la guerre de 1870. Conçue par Hartmann dans un style romano-byzantin, une  synagogue fut inaugurée en 1872. Détruite en partie par les nazis pendant la Shoah, la synagogue a été restaurée en 1957. Appartenant aujourd’hui à une association, elle fut inscrite aux monuments historiques en 1984.

Sources : Encyclopaedia Judaica, judaisme.sdv.fr, leparisien.fr

Ancienne synagogue de Bischwiller. Photo de Ralph Hammann – Wikimedia

La présence juive bischwilleroise date au moins du 14e siècle, puisque lors des persécutions de 1349, des références à celles commises dans la ville furent retrouvées. Comme dans de nombreuses autres villes de la région les siècles suivants, les juifs furent autorisés à y séjourner en journée dans le cadre de certaines activités économiques, mais pas à y résider.

Ainsi, il faudra attendre les conséquences de l’émancipation des juifs sur le territoire national lors de la Révolution française pour les voir s’installer dans la ville. La révolution industrielle permettant à la ville de s’ouvrir également, des familles juives s’installèrent au début du 19e siècle, mais leur présence évolua lentement. En 1826, 17 juifs y habitent. Ils seront moins de 100 en 1851, la plupart étant originaires d’autres villes de la région. Les juifs bischwillerois participèrent activement au développement économique de la ville. Notamment dans la fabrication de draps avec Maurice Blin, connu pour leur qualité (comme en témoigna la médaille d’argent obtenue à l’exposition universelle de 1867) et dont l’usine permit jusqu’en 1976 de fournir de nombreux emplois dans la région.

Le développement démographique s’accéléra dans les années 1850, atteignant 246 juifs en 1866. Cette évolution favorisa en 1856 la décision de construire une synagogue. Un  cimetière juif fut mis à la disposition en 1857. Un an plus tard fut entreprise la construction de la synagogue, à l’angle de la rue Leclerc et de la rue des Menuisiers.

Détruite pendant la Shoah, une plaque a été posée en 1997 sur l’immeuble où se trouvait la synagogue. La Shoah fit 37 victimes parmi les juifs bischwillerois. Une reconstruction de la communauté vit le jour après la guerre. Ce qui permit à une nouvelle  synagogue d’être inaugurée en 1959. Il y avait à l’époque une soixantaine de juifs à Bischwiller, mais ce nombre baissa à quelques familles au tournant du siècle. Rachetée par la mairie en 2009, la synagogue a été transformée en Espace Harmonie trois ans plus tard. En 2015, une plaque commémorative a été posée sur le bâtiment.

Sources : judaisme.sdv.fr, dna.fr

Le JCC Ljubljana avec sa nouvelle façade. Photo de JCC

Créé en 2013, le Centre Communautaire Juif de Ljubljana a pour objectif de partager la diversité du judaïsme, en mettant l’accent sur la culture et la compréhension, en ouvrant ses portes à tous les juifs slovènes et aux touristes. Il repose sur trois piliers : l’histoire à travers un musée retraçant l’histoire des Juifs slovènes de ses débuts à la Shoah, la religion dans sa synagogue et sa salle des fêtes et enfin la culture avec un lieu dédié aux ateliers et aux expositions. La synagogue a été inaugurée en 2016. Les offices y sont célébrés pour le shabbat et les grandes fêtes. Voici notre entretien avec Robert Waltl, Directeur du JCC Ljubljana.

Jguideeurope : Y a-t-il des projets éducatifs proposés par le centre et comment la ville de Ljubljana participe-t-elle au partage de la culture juive ?

Robert Waltl : L’idée même de créer le JCC est née du constat que les enfants slovènes (et les adultes) ne savent pratiquement rien de la présence des Juifs sur le territoire actuel de la Slovénie. Que leurs connaissances sur l’Holocauste se limite aux événements qui ont eu lieu ailleurs qu’en Slovénie. Ainsi, après avoir mené des enquêtes auprès des écoliers, nous avons décidé de lancer divers programmes éducatifs et d’ériger une colonnade devant les maisons des victimes de l’Holocauste à Ljubljana, Lendava et Murska Sobota.

Le Président slovène Borut Pahor et Robert Waltl
lors d’un événement organisé au JCC. Photo de Srdjan Zivulovic /Bobo

Les premiers ont été les matinées éducatives sur l’Holocauste, que nous avons organisées dans le cadre du Festival de la tolérance. Principalement avec des survivants de l’Holocauste : le double lauréat de l’Oscar Branko Lustig et le garçon juif sauvé Tomaž Zajc, ainsi que le Dr Anica Mikuš Kos, survivante des partisans. Divers autres experts participèrent également aux discussions. Le principe était que nous regardions d’abord ensemble un film ou une représentation théâtrale sur le thème de l’Holocauste et des enfants dans l’Holocauste, comme “Villa Emma”, “Run Boy Run”, “Belle et Sebastien”, “Framed : The Adventures Of Zion Man”, “Fanny’s Journey”, “The Jewish Dog”… La représentation a été suivie d’une discussion avec un survivant de l’Holocauste et divers experts.

Retrouvailles des survivants Erika Fuerst and Branko Lustig au Festival Mini Theatre. Photo de JCC

Le programme Shalom est un pprentissage ludique du judaïsme, où nous expliquons les concepts de base, les fêtes, les croyances, la vie et la mort. Les programmes sont adaptés aux groupes d’âge. Nous avons également des programmes spéciaux pour les adultes (slovènes et étrangers) sur l’histoire de la présence juive sur le territoire de la Slovénie d’aujourd’hui. Outre le théâtre et le cinéma, nous organisons souvent diverses expositions, des concerts et des conférences en marge de nos programmes éducatifs.

La ville de Ljubljana coopère avec nous dans le cadre du projet Stolpersteine en installant des pavés à la mémoire des victimes de l’Holocauste et en sensibilisant le public à l’Holocauste à Ljubljana. La ville de Ljubljana soutient également certains de nos projets de théâtre, comme Le chien juif, Le journal d’Anne Frank, Amsterdam… Nous travaillons actuellement avec le musée municipal de Ljubljana sur la première exposition permanente sur l’Holocauste à Ljubljana, qui sera présentée dans notre musée à partir de septembre.

Programme éducatif du JCC sur la Shoah avec Tomaž Zajc. Photo du JCC

Le rabbin Alexander Grodensky organise des conférences thématiques sur le judaïsme et la religion et enseigne la Torah aux membres de la communauté. Le problème est que le centre culturel juif ne bénéficie pas du soutien permanent de la ville ou de l’État, qui ne reconnaît pas l’importance de notre centre pour les citoyens et les résidents de Slovénie.

En ces temps d’intolérance et de nouvelle guerre en Europe, notre mission devient encore plus importante. Nous lançons également un appel au public juif mondial pour qu’il nous aide, car une petite communauté juive comme la nôtre en Slovénie ne peut pas supporter seule la charge financière.

Rabbi Grodenskyin. Photo du JCC

Pouvez-vous partager une anecdote personnelle concernant une rencontre émotionnelle avec un visiteur ou un chercheur lors d’un événement précédent ?

Dans les années qui ont précédé le Corona, entre 4 et 5 000 visiteurs sont venus dans notre centre. Nous avons des centaines de témoignages émouvants de nos visiteurs qui ont reconnu nos efforts et nos efforts considérables pour tenter de revitaliser la vie juive en Slovénie, ainsi que nos programmes de sensibilisation à l’Holocauste. Si avant 2013, il n’y avait même pas un seul mémorial de la présence juive dans l’histoire de la ville, aujourd’hui nous avons une plaque commémorative sur le site où se trouvait la synagogue médiévale de Ljubljana jusqu’en 1515. Nous avons également 68 stolpersteine pour 68 victimes de l’Holocauste. En septembre, nous allons ouvrir une stolperschwelle pour 150 autres réfugiés juifs, pour la plupart expulsés de NDH-Croatie en 1941. Dans le musée, avant le début des travaux de rénovation, nous avions trois puissantes installations artistiques dédiées aux victimes slovènes de l’Holocauste, qui ont suscité un immense pouvoir de souvenir et d’émotion chez les visiteurs.

Shabbat au JCC. Photo du JCC

Outre les stolpersteine, il y avait également une collection de portraits « Undeleted », de l’artiste intermedia Vuk Čosić, qui a fait revivre les visages de nos ancêtres de la mémoire de l’oubli. Bien sûr, l’atmosphère de la maison de 500 ans, à moitié en ruine, dans laquelle nous avons travaillé jusqu’à la rénovation depuis 2 ans avec nos propres fonds, a également contribué à ce sentiment.

En plus d’un petit musée, nous ouvrirons une synagogue commémorative dédiée aux victimes slovènes de l’Holocauste, gérée par la Communauté juive libérale de Slovénie. Le bâtiment abritera également l’exposition Holocauste à Ljubljana, une collection de judaïca, une salle de réunion et une bibliothèque, ainsi que des espaces communs partagés avec le Mini Theatre, un café et des résidences pour les invités.

Allumage de Hanoukah devant le JCC. Photo du JCC

Les invités ont souvent montré leur appréciation par leurs dons, qui nous ont permis de couvrir un peu plus facilement nos frais de fonctionnement. Nous espérons qu’avec la rénovation de notre centre et les nouvelles activités, davantage de visiteurs du monde entier viendront nous rendre visite chaque année.

Qu’est-ce qui est organisé à Ljubljana pour les Journées européennes de la culture juive de cette année ?

Dès le début, les Journées européennes de la culture juive ont revêtu une importance particulière pour nous et ont été préparées avec un soin tout particulier chaque année. Cette année ne sera pas différente.

Restoration de la synagogue en 2022. Photo du JCC

Nous commençons déjà le programme le 30 août, lorsque nous mettrons en scène un spectacle de rue, un mini spectacle, « La vie juive à Ljubljana », dans la rue devant notre centre. J’ai préparé le scénario et le texte avec le prolifique écrivain et metteur en scène slovène Vinko Moederndorfer et l’ai assemblé en 8 images.

La pièce est mise en scène par le réalisateur israélien Yonatan Esterkin. Le spectacle est coproduit avec le théâtre yiddish de Tel Aviv, de sorte que la distribution comprendra 3 acteurs israéliens, 4 slovènes, 5 musiciens et un groupe de figurants pour les scènes de guerre. J’attends ce projet avec beaucoup d’impatience.

Concert au JCC. Photo du JCC

Ensuite, le 2 septembre, nous allons dévoiler un mémorial Stolperschwelle devant l’ancienne usine ugar de Cukrarna, pour les 150 réfugiés juifs, principalement de Croatie, qui y sont restés en 1941 jusqu’à leur déportation en Italie. Ce jour-là, nous nous réjouissons aussi particulièrement de l’inauguration de notre nouvelle synagogue dans nos locaux.

Nous attendons plusieurs visiteurs de l’étranger, et le programme sera dirigé par le rabbin Alexander Grodensky et le cantor Nikola David. Le soir, il y aura également une cérémonie spéciale de Shabbat.

Atelier au JCC avec Ciril Horjak Horowitz. Photo du JCC

D’autres événements culturels sont-ils prévus pour cet automne ?

Du 5 au 21 septembre, nous organiserons le 8e Festival de la Maison des Autres / Festival de la Tolérance. Il comprendra plusieurs films sur l’Holocauste, des films d’Israël et de la Diaspora, ainsi que plusieurs programmes éducatifs pour les jeunes, diverses conférences et des concerts pour les adultes. Le programme sera très riche et comprendra également cette année plusieurs de nos représentations théâtrales à succès comme « Seven second eternity », « All kinds of Birds », « The Jewish dog »…

Et pour couronner le tout, nous inaugurerons également cette année l’exposition Holocauste à Ljubljana. Ainsi, cette année, pratiquement tout le mois de septembre sera consacré aux Journées européennes de la culture juive. En septembre, nous imprimerons également le premier Kabbalat Shabat slovène-hébreu-anglais, le premier livre de prières juives en langue slovène, dont nous sommes extrêmement fiers.

Synagogue de Mulhouse. Photo de Reinhardhauke – Wikipedia

La présence juive mulhousienne est ancienne, datant probablement au moins du 13e siècle, mais suite aux massacres et expulsions, elle ne se pérennisa qu’à partir de la fin du 18e siècle. Il semble y avoir eu deux synagogues au Moyen Âge, mais les quelques juifs autorisés à y résider quittèrent la ville au fil des 15e et 16e siècles.

Lorsque Mulhouse avait le statut de République Suisse (1515-1798), les juifs et catholiques furent interdits d’y résider. Avant la Révolution française et ses conséquences pour l’émancipation des juifs de France et le rattachement de Mulhouse, les juifs furent contraints d’habiter les villages environnants. Principalement ceux de Pfastatt, Rixheim, Dornach, Zillisheim, Habsheim et Streinbrunn-le-Haut.

Graduellement donc, les limitations professionnelles et citoyennes sont levées, permettant une diversification des métiers et de lieux de résidence, à l’intérieur des villes dont celle de Mulhouse. Les juifs contribuent largement au développement économique de la ville, notamment dans le tissage, à l’image de Raphaël Dreyfus, le père du célèbre capitaine. La population juive passe de 165 en 1808, à 2132 en 1890.

René Hirschler, 1939. Photo de la Famille Hirschler – Wikipedia

Une  synagogue est construite de 1847 à 1849 par l’architecte Jean-Baptiste Schacre, dans un style néo-classique. Parmi les grandes figures rabbiniques de cette époque, Samuel Dreyfus, premier élève diplôme de l’École Centrale Rabbinique de France. Sous son impulsion fut construite la synagogue, mais aussi l’École Israélite des Arts et Métiers et l’Hôpital Israélite. Suite à la défaite de 1870, de nombreux juifs, à l’image d’autres mulhousiens, choisiront de quitter la ville afin de rester français.

Alfred Dreyfus est né à Mulhouse en 1859. La ville joua un rôle important dans l’Affaire, certains des partisans et opposants majeurs en étant originaires. La ville connut donc de grandes tensions lors de l’Affaire. Bien plus tard, suite à la réhabilitation du Capitaine Dreyfus, la ville nommera une rue hommage à son courage.

Suite à la Première Guerre mondiale, la communauté retrouvera sa stature. En grande partie grâce aux deux rabbins emblématiques Jacob Kaplan et René Hirschler. Jacob Kaplan officiera à Mulhouse de 1921 à 1928, avant de devenir Grand-rabbin de France. Il permit à la communauté de se développer, notamment d’un point de vue associatif dans le social et pour la jeunesse, avec la création d’une branche des Éclaireurs Israélites en 1928, la deuxième après celle de Paris.

Jacob Kaplan, 1978. Photo de Claude Truong-Ngoc – Wikipedia

Âgé d’à peine 23 ans, René Hirschler lui succède. Il favorise le développement des mouvements de jeunesse et l’harmonie entre différents courants. Il accorde également une grande place aux femmes et à la célébration de la bat mitsvah. En 1930, le rabbin Hirschler crée avec Simone Lévy, qui deviendra sa femme, la revue de pensée juive Kadimah. Dès 1933, René Hirschler milite activement pour l’accueil des réfugiés juifs d’Allemagne, organisant leur accueil et intégration. Un centre communautaire ouvrira en 1938. Très actifs pendant la Shoah pour venir en aide aux populations juives dispersées et traquées, René et Simone Hirschler sont capturés, déportés et assassinés. Une plaque commémorative a été posée sur la synagogue de Mulhouse en 2016, en présence de leurs descendants.

La Shoah fit de nombreuses victimes à Mulhouse. Les occupants vidèrent la synagogue. A l’occasion de son centenaire, elle fut reconstruite sous la direction d’une commission nommée pour cela et dirigée par Gaston Weill. Une grande célébration s’y déroula en 1950, en présence de Jacob Kaplan et d’autres rabbins de la région, ainsi que des représentants politiques, religieux et militaires. L’arrivée des juifs d’Afrique du Nord dans les années 1960 permet à la communauté mulhousienne de trouver un second souffle.

Un ancien cimetière juif se trouvait à l’emplacement du parc Salvator. Les juifs y étaient enterrés de 1830 à 1890. Avant cela, le cimetière de Jungholtz et d’autres de la région étaient utilisés. A la fin du 19e siècle, les tombes furent transférées au  nouveau cimetière juif.

Sources : judaisme.sdv.fr, dna.fr

Synagogue de Sélestat. Photo de Olivier Lévy – Wikipedia

La présence juive à Sélestat semble dater du 14e siècle, marquée notamment par la présence d’une synagogue rue des Clefs. Détruite en 1470, un immeuble fut acquis par la communauté rue Sainte-Barbe pour y établir une nouvelle synagogue.

Expulsés à plusieurs reprises du 14e au 17e siècles, les juifs furent autorisés à participer en journées aux foires et marchés. La Révolution Française et l’émancipation des juifs en tant que citoyen motiva une installation dans les villes à un rythme relatif. Ainsi, seules six familles juives vivaient à Sélestat en 1814, puis une vingtaine en 1836. Cette année-là une nouvelle synagogue fut construite dans un immeuble jouxtant la précédente.

Cimetière juif de Sélestat. Photo de Oie blanche – Wikipedia

Le développement de la communauté juive dans la deuxième moitié du 19e siècle encouragea la construction d’une  synagogue en 1890 d’après les plans de Jean-Jacques Stamm et Antoine Ringeisen. D’inspiration romane à l’extérieur, sa décoration intérieure est assez modeste. Elle disposait d’un mikvé. Pendant la Shoah elle fut profanée par les occupants. La synagogue fut restaurée dans les années 1950 grâce à des aides du ministère de la Reconstruction.

Le  cimetière juif de Sélestat date de 1622 et fut fondé par les juifs de la ville et de celles de la région. En 1948 y fut érigé un Mémorial de la Déportation. Le cimetière a été classé monument historique en 1995. 4000 tombes y ont été identifiées. Des visites sont organisées, notamment lors des Journées européennes de la culture juive, comme ce fut le cas encore en 2021.

Sources : judaisme.sdv.fr dna.fr

Synagogue de Schirmeck. Photo de Ralph Hammann – Wikimedia

En 1905, un marchand de bois vendit son terrain, sur lequel fut construite une synagogue. Il y a avait alors 36 juifs à Schirmeck, 23 à La Broque et 19 à Wisches. La synagogue permit donc aux habitants juifs de Schirmeck et des villages environnants de bénéficier d’un lieu de culte, pour une communauté formée de 79 personnes.

Le  cimetière de Schirmeck a été ouvert à la communauté juive en 1895. Auparavant, les juifs furent enterrés au cimetière de Rosenwiller. La partie juive du cimetière de Schirmeck renferme 54 tombes. La dernière inhumation s’y déroula en 1979.

Pendant la Shoah, la  synagogue fut saccagée. La réouverture officielle se déroula en 1946. Le nombre déclinant de membres occasionna la fermeture de la synagogue à la fin des années 1970, le lieu ne recevant plus que des colonies de vacances. Des travaux de restauration ont été entrepris 2006 concernant les façades et la toiture. Puis, ayant fait partie en 2021 des lauréats du prix « Engagés pour le patrimoine », la restauration déjà mise en place par un comité de soutien, reçut un soutien important de la Fondation du patrimoine.

Les travaux effectués en 2022, permirent l’installation d’un plafond en bois, des murs intérieurs et une sortie de secours. Jacques Ruch, président de l’association des Amis de la synagogue de Schirmeck, reçut un appel en 2016 d’un homme dont le grand-père avait été rabbin et libéra la ville avec les troupes américaines. Il lui déclara que la Torah qui se trouvait à l’époque dans la synagogue avait disparu et se trouvait actuellement en Israël. Cette Torah retrouvera sa place au sein de la synagogue de Schirmeck lors des Journées européennes de la culture juive, marquant aussi la réouverture du lieu.

Sources : judaisme.sdv.fr, dna.fr, france3-regions

Synagogue de Rosheim. Photo de Ralph Hammann – Wikimedia

La présence juive à Rosheim semble assez limitée au Moyen Âge, mais attestée à partir du début du 13e siècle.

Les expulsions, guerres et famines empêchèrent la pérennisation d’une vie juive. Mais un personnage marqua l’histoire, Josel de Roheim. Cet avocat et figure représentative, se battit contre l’antisémitisme et en faveur de l’amélioration de la condition des juifs.

La pérennisation de la vie juive débuta à la fin du 17e siècle, lorsque Rosheim compta 16 familles juives. Les juifs furent autorisés à pratiquer certains métiers que les chrétiens ne désiraient pas tel le commerce de vieux métaux et habits. Puis, il pratiquèrent celui du commerce de chevaux.

A la veille de la Révolution Française, 53 familles juives habitent à Rosheim. A cette époque Lehmann Netter rédigea un manuscrit où il décrivit la vie communautaire : les métiers pratiqués par les hommes, les activités sociales des femmes, le grand nombre d’étudiants rabbiniques, mais aussi les informations civiles de chacune de ces familles.

N’ayant plus de synagogue suite à un incendie, les juifs de Rosheim prièrent pendant le 18e siècle dans des oratoires. Une synagogue fut inaugurée en 1835, puis remplacée par une autre, de style néo-romane, en 1882.

Signe de l’amélioration de la condition des juifs à Rosheim, Aron Blum fut élu maire en 1852. La défaite de 1870 fit partir de nombreux juifs souhaitant rester français. La population juive qui avait atteint l’apogée à cette époque avec 310 personnes, déclina graduellement, atteignant 69 personnes en 1936. La Shoah fit de nombreuses victimes parmi les juifs encore présents.

Ainsi, en 1953, il n’y avait plus que 29 juifs à Rosheim. La  synagogue a été ré-inaugurée en 1959 mais n’est plus en fonction. Sa façade est restée intacte, mais l’intérieur a été transformé en chambres d’hôtes.

Sources : judaisme.sdv.fr, dna.fr

Cette année, les Journées européennes de la culture juive revêtent une plus grande signification à Cracovie. Le Centre communautaire juif a toujours été très impliqué, mais avec la guerre menée par la Russie en Ukraine, son rôle a évolué bien au-delà du culturel et social. Voici notre entretien avec Agnieszka Kocur-Smoleń, directrice de la programmation au JCC de Cracovie.

Photo courtesy of JCC Krakow

Jguideeurope : Pouvez-vous nous dire comment le JCC a été créé ?

Agnieszka Kocur-Smoleń: Le JCC a été inauguré en 2008, lors d’une cérémonie officielle, par le Prince de Galles. Le centre fournit des services sociaux et éducatifs à la communauté juive de Cracovie. Mais il a aussi des objectifs différents. Tout d’abord, participer à la résurgence de la vie juive à Cracovie et favoriser les relations polono-juives. À ces fins, il était également important de prévoir un lieu symbolique, au cœur du quartier juif historique de la ville, Kazimierz.

Photo courtesy of JCC Krakow

Y a-t-il des projets éducatifs proposés par le musée et comment la ville de Cracovie participe-t-elle au partage de la culture juive ?

Nous avons toute une variété de projets éducatifs, d’activités, d’événements pour la communauté ainsi que pour les personnes qui souhaitent approfondir leur connaissance et leur compréhension du monde juif. Nous travaillons avec les écoles locales, coopérons avec des universités, d’autres organisations à but non lucratif, des musées et des centres culturels. Tout cela, dans le but de partager largement la culture juive.

Photo courtesy of JCC Krakow

Participez-vous aux Journées européennes de la culture juive de cette année ? Si oui, qu’est-ce qui sera organisé au musée ?

Chaque année, nous participons au Festival de la culture juive en tant qu’organisation partenaire et nous préparons le riche programme des événements qui l’accompagnent. Le festival est soutenu par la ville de Cracovie. Nous avons créé un programme de 38 événements pendant le festival qui dure 7 jours – conférences, entretiens, jeux de ville, spectacle culinaire, visites touristiques, ateliers de danse, consultations généalogiques, débats, activités pour les enfants et les personnes âgées, cours de yiddish, dîner de Shabbat, etc.

Vous avez été impliqué dans l’aide aux réfugiés ukrainiens. Pouvez-vous nous donner quelques détails ?

Le JCC et ses partenaires ont aidé plus de 80 000 Ukrainiens au cours des quatre premiers mois de l’attaque russe, et continuent de le faire. Il s’agit aussi bien de réfugiés qui ont fui vers la Pologne que d’Ukrainiens de l’autre côté de la frontière, sans faire de différence entre les appartenances culturelles et cultuelles. Le JCC sert de point de distribution de nourriture, de médicaments, de jouets, de vêtements… Plus de 12 000 nuits d’hôtel ont été fournies. Des camps d’été sont également organisés pour les enfants ukrainiens. Une hotline a été mise en place pour répondre à tous types de questions et de problèmes, ainsi qu’une équipe de 12 psychologues. Nous avons également établi un partenariat avec une université locale et une ONG israélienne afin de former 68 psychologues supplémentaires pour faire face à une telle crise. Et bien d’autres actions encore pour diminuer la souffrance de la population civile.

Rencontre avec Barbara Haene, Directrice des recherches et de l’événementiel au Musée juif de Suisse

Barbara Haene. Photo de Elena Haschemi Schirazi

Jguideeurope : Quels sont les événements prévus pour les Journées Européennes de la culture juive ?

Barbara Haene : Le Musée juif de Suisse s’occupe de l’organisation des Journées Européennes de la culture juive en Suisse depuis l’initiation en 1999. Il y en a un programme varié au musée cette année. Par exemple, un « show cooking » où l’on cuit la challa, ou bien un événement au cours duquel un expert en art évalue en direct des objets de culte juifs. La visite guidée de la ville « sur les traces de Herzl à travers Bâle » et la visite guidée de la synagogue sont également très appréciées chaque année.

Pouvez-vous présenter certains objets qui figurent à l’expo « Jewish for beginners and experts » ?

En tant qu’historienne travaillant sur l’histoire juive de la Suisse, j’ai bien sûr certaines préférences. J’aime particulièrement les objets qui témoignent de la vie simple des juifs dans la campagne d’Endingen Lengnau, par exemple un manteau de la Torah utilisé à l’origine pour une robe de femme. Ou bien une montre à gousset de la Chaux-de-Fonds qui témoigne de l’importance des juifs dans le métier de l’horlogerie en Suisse.

Museumsnacht 2022. Photo de Elwira Spychalska

Pour l’histoire juive de Bâle, le premier congrès sioniste, qui fête cette année son 125e anniversaire, est bien sûr aussi d’une grande importance. Le Musée juif conserve de nombreux objets relatifs au premier congrès sioniste. Une collotypie sur laquelle les participants au congrès sont représentés vaut, par exemple, la peine d’être vue.

Constatez-vous une évolution des attentes du public ces dernières années ?

Au cours des dernières décennies, les connaissances des jeunes se sont transformées. Auparavant, ils avaient une connaissance relativement grande des histoires bibliques, d’Adam et Eve, de Moïse et des Dix commandements, de Rachel et de Léa. Ils connaissaient les personnages de l’Ancien Testament grâce à l’église, aux cours de religion ou à leurs bibles pour enfants.

Aujourd’hui, la sécularisation a fortement augmenté. Peu de jeunes visitent les églises. Presque personne ne lit la Bible. Mais aujourd’hui, les jeunes connaissent mieux les coutumes juives. Ils connaissent Hanoukka et le shabbat, les fêtes de bar / batmitzva et la réglementation de la casherouth. La diversité est en vogue.

Via Egnatia 2021. Photo de Elena Haschemi Schirazi

Les jeunes rencontrent la culture juive à l’école, sur Netflix et Youtube, dans la musique pop et dans la gastronomie. Leur connaissance du judaïsme est marquée, entre autres, par le houmous, les falafels et les bagels.

Pouvez-vous nous raconter une rencontre avec un visiteur ou un conférencier lors d’un événement culturel qui vous a particulièrement marqué ?

Il y a quelques semaines, nous avons accueilli la rabbine Bea Wyler au musée. Nous avons son châle de prière, son talith, dans notre collection. Bea Wyler a été la première femme à officier en tant que rabbin en Europe germanophone après la Shoah. Lorsqu’elle a été ordonnée dans les années 2000, elle a été confrontée à de nombreux courants contraires en tant que femme dans une profession exclusivement masculine. Aujourd’hui, elle est la première d’une série de jeunes femmes rabbins. Les femmes sont appréciées, jouissent d’un certain prestige et ne ressentent plus de vents contraires que dans certains milieux orthodoxes et ultra-orthodoxes.

Rencontre avec le Dr. Mirjam Wenzel, Directrice du Musée Juif de Francfort, au sujet de deux étonnantes expositions : la nouvelle exposition permanente qui célèbre la présence juive à Francfort du passé au futur, ainsi que l’étonnante exposition sur le thème de la revanche, explorant sa perception dans la Bible, l’oeuvre de Tarantino (Inglourious Basterds), celle des Marvel (dont le personnage de Magneto) et d’autres surprenantes références.

Tableaux de l’exposition montrant les personnages Judith et Samson. Photo de Norbert Miguletz (@) Jüdisches Museum

JGuideEurope: Vous présenter actuellement l’exposition « Revenge. History and Fantasy. » Qu’a-t-elle de si particuilier ?

Dr. Mirjam Wenzel : En fait, tout. Il s’agit de la première exposition au monde qui traite explicitement des différents aspects de la vengeance dans l’histoire culturelle juive. Notre exposition couvre un arc allant des actes de vengeance dans la Thorah aux pensées de rétribution après la Shoah et s’appuie sur des images et des récits de la culture populaire. Parmi les originaux exposés figurent le tableau « Judith et Holopherne » (prêté par la Galerie des Offices), la batte de baseball du film Inglourious Basterds et des bandes dessinées. L’exposition tire sa force émotionnelle des appels à la vengeance lancés par les personnes assassinées pendant la Shoah. Vous pouvez vous faire une première impression dans ma courte visite guidée de l’exposition : Revenge : History and Fantasy – Jüdisches Museum Frankfurt (juedischesmuseum.de). Le catalogue (Hanser Verlag) est également disponible en anglais. À la demande générale, nous avons prolongé l’exposition jusqu’au 3 octobre. Nous serions bien sûr ravis de vous accueillir au musée, vous et vos lecteurs !

Quelles ont été les réactions à l’exposition ?

Dans la dernière salle de l’exposition, nos archives du présent comprennent un mur de commentaires. Ce mur est une continuation du dialogue entre moi et le commissaire d’exposition sur le sujet de l’exposition qui est exposé dans tout l’espace. Dans la dernière salle, nous interrogeons les visiteurs sur leurs pensées et leurs sentiments. Beaucoup nous remercient pour cette exposition intéressante et instructive qui prouve que les minorités marginalisées ne développent pas nécessairement une mentalité de victime. D’autres sont préoccupés par la question de savoir comment ils réagiraient eux-mêmes, si leur famille était menacée, ou pire. La plupart ont fait remarquer qu’ils n’avaient jamais entendu parler d’actes de vengeance juifs jusqu’à présent. D’une manière générale, nous avons reçu un accueil extrêmement positif à l’exposition, tant sur ce mur que sur les médias sociaux et dans la presse.

Bateau Pop up à Francfort accueillant des événements
Pop Up Boat. Photo courtesy of the Jewish Museum Frankfurt

Pouvez-vous partager une anecdote personnelle sur un Festival précédent ?

En 2016, le Musée juif de Francfort a ouvert son Bateau Pop Up sur la rivière Main à l’occasion de la journée européenne de la culture juive. Le Bateau Pop Up était un espace de rencontres qui comprenait une exposition Pop Up, des expositions participatives, un bar de plage à Tel Aviv, des déjeuners causeries et des ateliers présentant les enjeux et les thèmes abordés par le nouveau Musée juif, tels que : Qu’est-ce que l’art juif ? Que sont les liens familiaux et combien de temps durent-ils ?

Dans la soirée, c’était une plate-forme pour découvrir la culture juive contemporaine avec des concerts, des lectures, des tables rondes, des performances et des projections de films – effrontés et sérieux, conscients de la tradition et provocateurs, non sentimentaux et conflictuels. Juste avant l’ouverture du Bateau Pop Up, il pleuvait beaucoup. Il semblait n’y avoir presque aucun endroit sur le bateau où l’on pouvait se tenir sans se mouiller. Mais tout d’un coup, juste avant que le Lord Major n’apparaisse pour la cérémonie d’ouverture, le soleil s’est levé et nous avons été récompensés par un bel arc-en-ciel juste au-dessus du bateau – une expérience presque biblique.

Cartes présentant les personnes de la famille Frank
Portraits de la famille Frank. Photo issue du Musée juif de Francfort

Pouvez-vous nous présenter l’exposition du Musée « Nous sommes maintenant » ?

« Nous sommes maintenant » est le titre de la nouvelle exposition permanente au Palais Rothschild consacrée à l’expérience juive de la vie moderne à Francfort de l’émancipation à nos jours. Présenté sur trois étages du Palais Rothschild, il propose différentes approches de l’histoire et de la culture juives dans l’un des principaux centres de la vie juive moderne en Europe : Partant de la présence, le parcours de l’exposition permanente décrit les principaux événements et conflits historiques, réfléchit sur la modernité changements de traditions et de rituels, et raconte des histoires individuelles dans un cadre de médias mixtes, d’un point de vue juif. Un accent particulier est mis sur des artistes de renom comme, par exemple, Moritz Daniel Oppenheim, et des universitaires, comme Samson Raphael Hirsch, Martin Buber, Max Horkheimer et Theodor W. Adorno.

Ancienne carte postale de Francfort
Carte postale envoyée par Robert Frank à 13 ans à ses parents Michael et Alice Frank en 1899. © Anne Frank Fonds Basel

Les Juifs ont façonné de manière décisive le développement culturel, économique, scientifique et social de Francfort, même après l’Holocauste. Sur la base de leur propre expérience de la migration, ils ont distingué le cosmopolitisme municipal ainsi que la signification européenne de Francfort en tant que ville d’édition, d’érudition, de commerce et de finances. Afin de proposer une approche personnelle de cette histoire hors du commun, un focus particulier de l’exposition est consacré aux familles juives, comme la famille d’Anne Frank dont l’histoire est présentée exclusivement avec des objets originaux et des documents d’héritage familial ou la célèbre famille Rothschild dont le succès est présenté dans le cadre historique des pièces représentatives dans lesquelles ils ont vécu.

Carte postale de l'ancienne synagogue de Franfort
Börneplatzsynagoge. Carte postale de 1890

Selon vous, quel endroit particulier lié à l’héritage juif de Francfort devrait être mieux connu ?

La synagogue Börneplatz. Inauguré en 1885, l’édifice en grès offrait une salle de 800 prières observant la liturgie massorti. Il était situé tout au bout de l’ancienne Judengasse à côté d’une place de marché animée. Pendant la République de Weimar, la synagogue est devenue l’épicentre de ce qu’on appelle la Renaissance juive et a attiré beaucoup d’intellectuels juifs plutôt laïcs comme, par exemple, Martin Buber, Franz Rosenzweig, Siegfried Kracauer et Samuel Agnon. Détruite lors du pogrom de novembre 1938, la synagogue n’a guère laissé de traces dans la mémoire de la ville aujourd’hui.

Rencontre avec Michaël Iancu, Docteur en Histoire et Directeur de l’Institut Universitaire Maimonide-Averroès-Thomas d’Aquin, au sujet de la participation de Montpellier aux JECJ.

Michaël Iancu, Docteur en Histoire et Directeur de l’Institut Universitaire Maimonide-Averroès-Thomas d’Aquin.

Jguideeurope : Quel événement ouvrira les prochaines Journées Européennes de la Culture Juive à Montpellier ?

Michaël Iancu : La visite le 4 septembre prochain à 14h du Mikvé médiéval (XIIe s.) de Montpellier; puis la visite du Quartier juif médiéval dont le Bâtiment synagogal des XIIe/XIIIe siècles, un espace cultuel hébraïque du XIIe siècle, déclaré « monument historique » en 2004; puis un parcours des ruelles de l’habitat juif médiéval (dans le fief seigneurial des Guilhem) sera proposé au public, avec l’appréhension de sept vitrines historiques explicatives sur l’impact intellectuel au Moyen Âge des populations juives dans la cité.

Quels intervenants participeront aux autres événements ?

J’interviendrai à 16h, dans le cadre de la thématique 2022 « Renouveau », pour une conférence : « Entre époque médiévale et époque contemporaine, le renouveau du judaïsme occitan. »

Vue extérieure du mikvé médiéval de Montpellier
Mikvé médiéval (XIIe s.) de Montpellier. Photos de Hugues Rubio, Ville de Montpellier et Michaël Iancu, Institut Maïmonide-Averroès-Thomas d’Aquin.

Constatez-vous des changements dans les attentes du public par rapport à la période pré-Covid ?

Le public est revenu nombreux après la période Covid-confinement même si la vigilance est toujours de mise. Nous filmons désormais toutes nos manifestations et les diffusons sur notre chaîne YouTube. Ainsi, les personnes ne pouvant se déplacer, ne perdent rien de la programmation maïmonidienne.

Comment expliquez-vous le beau succès en librairie du Hors-Série de Midi Libre consacré au judaïsme occitan et est-il encore disponible en ligne ?

Il y a un intérêt croissant pour mieux comprendre notre histoire commune. Montpellier et d’une manière plus large le Languedoc ont été pour la période médiévale, une terre de passage et de brassage, de rencontres judéo-chrétiennes autour du legs gréco-arabe. Longtemps l’on a tu toute origine juive, qu’elle soit familiale ou patrimoniale. Aujourd’hui, sans aller jusqu’à s’enorgueillir, il y a une curiosité réelle pour les racines juives de la France et de l’Europe, racines éminemment chrétiennes mais aussi hébraïques. Le succès du Hors-Série s’explique en partie ainsi.

Rencontre avec Jacob Guzman, historien et membre actif de la communauté  juive de Berne

Photo extérieure de la synagogue de Berne
Synagogue de Berne. Photo by Janz – Wikipedia

 

Jguideeurope : Qu’est-ce qui a motivé votre engagement pour la mise en valeur du patrimoine culturel juif de Berne ?

Jacob Guzman : Ce patrimoine risque de disparaître si on ne prend pas la peine de le faire connaître à la population. Il faut d’autres médias que les livres d’histoire.

Comment s’est déroulée la grande exposition consacrée à Albert Einstein ? 

Le directeur du musée d’histoire a contacté la communauté de Berne pour avoir quelques indications sur la vie juive à Berne à l’époque d’Albert Einstein. Nous avons remis, en prêt à long terme, quelques objets rituels, une Thora, et une serviette  ayant appartenu à Einstein.

Albert Einstein. Photo de Oren Jack Turner – Wikipedia

Quels sont les événements d’ouverture prévus pour les Journées Européennes de la culture juive ?

Nous participons aux Journées Européennes de la culture juive, mais n’avons pas encore le programme de cette année.

Pouvez-vous nous raconter une rencontre avec un visiteur ou un conférencier lors d’un événement culturel qui vous a particulièrement marqué ? 

Un exemple parmi beaucoup d’autres : la rencontre avec l’architecte Ron Epstein qui a écrit un livre sur l’architecture des synagogues en Suisse. Nous avons eu le privilège à Berne d’avoir, pendant plusieurs années, des séries de conférences à thèmes juifs. Ces conférences payantes étaient, bien qu’organisées par un membre de notre communauté, ouvertes à tout le monde. Cela nous a donné l’occasion d’avoir du contact avec de nombreux conférenciers et a permis au public non-juif de connaître certains aspects de la culture juive. 

Cette année, le thème des Journées Européennes de la Culture Juive qui débutent le 4 septembre est celui du « Renouveau ». Un thème bien adapté à notre époque d’incertitudes politiques et sanitaires, mais aussi en référence à belles tentatives de faire (re)vivre la culture juive dans les grandes villes et petits villages européens. Rencontre avec Thierry Koch, Président des Journées Européennes de la Culture et du Patrimoine Juifs – France.

Thierry Koch

Jguideeurope : Que représente pour vous le thème de « renouveau » choisi cette année ?

Thierry Koch : Ces Journées, comme leur nom l’indique, sont des Journées européennes organisées simultanément dans plus de trente pays d’Europe. Pour moi il est impossible de penser ces Journées dans un cadre purement français. Aussi le mot « renouveau » m’évoque-t-il d’abord la renaissance de la culture juive et le sauvetage du patrimoine juif dans plusieurs pays de l’Est de l’Europe ainsi qu’en Turquie. Je rappellerai à cette occasion que notre « mouvement », qui travaille depuis l’origine en étroite coopération avec le Conseil de l’Europe, a pour champ d’action potentiel l’ensemble des 47 pays membres de cette institution. Bien sûr, si nous revenons à la France, première communauté juive d’Europe en importance, la situation est totalement différente. Le mot « renouveau » me renvoie alors à des concepts qui se trouvent au centre de la vie religieuse et en particulier le renouvellement du sens de la Torah et de ses prescriptions, en lien avec le renouvellement des générations. « Renouveau » m’évoque aussi l’apport décisif qu’a constitué pour le judaïsme français la venue des communautés juives de Tunisie, du Maroc et d’Algérie dans les années 1950-1960. Enfin « Renouveau » m’évoque aussi l’audace dont font preuve un certain nombre d’acteurs culturels – souvent membres de JECPJ France – pour proposer une offre culturelle juive extrêmement moderne et ouverte sur notre société française diversifiée.

JECJ 2021 Paris à l’ECUJE

Combien de villes françaises participent ?

Une des particularités des Journées européennes de la culture juive en France est que ce « festival » propose aussi bien des évènements dans de très grandes villes (Paris, Lyon, Nice, Metz, Nancy, Strasbourg, Montpellier, etc.) ou des villes moyennes (Cannes, Antibes, L’Isle-sur-la-Sorgue, Cavaillon, …) que dans des villages. La présence d’une communauté juive structurée comme, au contraire, la présence d’un patrimoine juif ancien trace d’une communauté juive aujourd’hui disparue peuvent conduire, l’une comme l’autre, à l’organisation d’un évènement proposé au programme. Aussi plutôt que de villes, je préférerais parler de lieux. Notre objectif – en ligne avec les éditions précédentes – est de proposer des évènements dans une centaine de lieux différents.

JECJ 2020 Reichshoffen

Percevez-vous une évolution des propositions d’activités et des attentes du public ces dernières années ?

Il me semble que le public est de plus en plus attiré par les concerts mais également par les circuits, pédestres ou à vélo, liés à la découverte du patrimoine juif dans une ville ou un petit territoire.

Vous agissez pour la préservation des sites, pouvez-vous nous donner un exemple récent de cette action ?

L’ouverture d’un site de patrimoine juif dans le cadre des Journées européennes de la culture juive constitue une occasion unique de souligner les dangers auxquels est exposé ce patrimoine et de faire un point sur son état de préservation. Cette motivation consistant à attirer l’attention de toutes les parties prenantes (municipalités, propriétaires, public, média) a été à la base du lancement en 1996 des toutes premières « portes ouvertes » dédiées au patrimoine juif.

JECJ 2019 Clermont-Ferrand

Ce travail paie, parfois après de très nombreuses années. Ainsi, le 4 septembre prochain à Schirmeck (Bas-Rhin), la synagogue rénovée – après d’importants travaux de mise aux normes et de sécurité – sera inaugurée par les autorités, avec retour en son sein de son rouleau de Torah. Celui-ci, miraculeusement sauvé par un soldat pendant la Seconde Guerre mondiale puis confié à un particulier, a été conservé plusieurs dizaines d’années en Israël jusqu’à ce que sa provenance soit finalement établie. La synagogue de Schirmeck fonctionnera désormais comme un centre d’information historique en lien avec la mémoire de l’oppression nazie dans ce territoire de la vallée de la Bruche et, notamment, le camp de Natzwiller-Struthof.

Cimetière juif d’Ettendorff – Visite guidée lors des JECJ 2021. Photo de DNA

Pouvez-vous nous raconter une rencontre particulièrement marquante avec un visiteur lors de précédentes Journées ?

Mon expérience est encore relativement limitée après seulement trois éditions des Journées européennes de la culture juive. Néanmoins, j’aime être présent sur le terrain, notamment dans la région où j’habite, l’Alsace. J’ai eu ainsi l’occasion de me fondre dans le public ou au contraire d’intervenir comme commentateur de visite. Je garde en particulier un souvenir très riche de cette dernière expérience. Voir comment des personnes – y compris de jeunes enfants – peuvent s’intéresser à ce point à comprendre comment fonctionnait un bain rituel au moyen-âge ne cesse de m’étonner et de m’interpeler. Même si, en guide amateur, je donne le maximum de moi-même pour susciter la curiosité de mes auditeurs. Devoir interrompre un dialogue à peine commencé, parce que le groupe de visiteurs suivant s’impatiente déjà, constitue alors parfois un véritable crève-cœur…

Rencontre avec Géraldine Roux, docteur et enseignante en philosophie et Directrice de l’Institut Rachi, au sujet des sujet des Journées Européennes du Patrimoine.

Géraldine Roux

Jguideeurope : Quel événement ouvrira les Journées Européennes ?

Géraldine Roux : Un concert, gratuit et ouvert à tous, spécialement conçu pour cet événement ouvrira les Journées Européennes du Patrimoine le 17 septembre au soir, par l’ensemble vocal La Compagnie des Humbles. La spécificité de ces artistes est de proposer des concerts depuis les recherches effectuées par l’association Aube Musique Ancienne pour faire découvrir un répertoire riche et peu joué allant de la Renaissance au Baroque. Cela, en actualisant les partitions musicales, les mettant en ligne gratuitement pour transmettre ce patrimoine au plus grand nombre et organisant des concerts pour faire vivre et revivre ces œuvres.

La Compagnie des Humbles proposera donc, dans la salle de conférence de l’Institut Rachi, une soirée mémorable sous le signe de L’Harmonie universelle, en référence au traité de musique éponyme écrit en 1636 par Marin Mersenne. Cette production musicale permettra au public d’entendre des musiques catholiques, protestantes et juives du XVIIe siècle avec des extraits d’œuvres de compositeurs aubois comme Pierre Bouteiller et Nicolas Metru, de Johann-Sébastian Bach, de Claudio Monterverdi, de Girolamo Kasperger et, pour la première fois à Troyes, une interprétation de Psaumes mis en musique par Salomone Rossi, violoniste et compositeur juif italien du début du XVIIe siècle. Une découverte sous le signe du « Patrimoine durable », le thème national, cette année, de ces journées !

Quels seront les autres événements principaux organisés lors de ces Journées ?

Outre le concert du samedi soir, de nombreux événements ponctueront la journée du dimanche avec, notamment, deux conférences. La première, le matin à 10h30, sera animée par moi sur le thème « A la découverte d’êtres fantastiques de la Bible et du Talmud », à la recherche du Golem et de la terre des géants, du Léviathan au Béhémoth en passant par le Na’ash. La plupart sont disparus et pourtant hantent les pages de la Torah et du Talmud de leur présence silencieuse, inquiétante ou burlesque, mélancolique ou drolatique. Selon les interprétations. Cette conférence se propose comme un voyage dans l’autre face du monde à l’aide du Midrash, du Talmud et des commentaires qu’en fait Rachi.

La seconde conférence aura lieu à 16h sur « L’affaire Dreyfus : une galerie de portraits champenois », par Jean-Michel Pottier, maître de conférences en littérature française à l’Université de Reims Champagne-Ardenne, membre du groupe Zola (CNRS-ITEM) et qui dispense depuis trois ans, à l’Institut Rachi, le seul cours diplômant en France entièrement consacré à l’Affaire Dreyfus, pour les étudiants de licence histoire et master Métiers du Patrimoine et du Livre de l’Université de Reims Champagne Ardenne. Cette conférence s’attachera à mettre en évidence comment la Champagne a été impliquée directement ou indirectement dans cette Affaire.

Une lecture de contes méditerranéens, pour enfants à partir de 5 ans, sera proposée par Evelyne Rousseau, comptable à l’Institut Rachi. Michel Degardin, bénévole, sera présent toute la journée pour faire découvrir au public notre bibliothèque, principalement hebraïca, riche de 8000 volumes et l’exposition « Rachi et les Juifs de Troyes au Moyen Âge » pourra être visitée également toute la journée, pour la première fois dans un lieu dédié. L’ensemble de ces rencontres sera bien sûr gratuit et ouvert à tous.

Observez-vous des changements organisationnels par rapport à la période pré Covid ?

Pendant les deux années Covid, l’institut Rachi a pu participer aux Journées Européennes du Patrimoine, sans interruption. Néanmoins, l’organisation, en effet, a été assez lourde avec les jauges à respecter, les mesures sanitaires puis le pass sanitaire. Des bénévoles se sont spontanément proposés de nous aider pour pouvoir être présents à ce moment important de la rentrée de l’institut Rachi. Donc, d’une certaine façon, cette organisation a pu montrer un véritable élan de solidarité mais avec une structuration beaucoup plus lourde et une responsabilité aussi bien légale qu’éthique bien plus importante que les années précédentes.

Pourriez-vous partager une anecdote personnelle sur un moment fort d’un festival précédent ?

J’ai un souvenir très fort de l’édition 2019 des Journées Européennes du Patrimoine. Le thème national était « Arts et divertissement ». Thomas Schauder, enseignant de philosophie et, à l’époque bibliothécaire à temps partiel à l’institut Rachi, avait proposé de clôturer la journée avec son groupe de chanteurs et musiciens « Les Clés de Scène ». l’Institut Rachi organisait alors pour la première fois un concert à l’occasion de ces Journées et, la spécialité de ce groupe musical savinien étant d’organiser des scènes partagées amateur, des jams, on avait tous pensé organiser le concert dans la cour extérieure de l’institut, en espérant le beau temps… Il pleuvait à verse !

Retranché dans la salle de conférence, le groupe a commencé à jouer et, un concert d’après-midi qui devait durer une heure, s’est terminé à plus de 20h, avec des personnes du public qui montaient sur scène, qui avec une guitare, qui avec sa voix, une personne même avec un violon pour chanter ensemble de la musique française mais aussi en hébreu et en yiddish. Tous ensemble, même ceux qui ne connaissaient pas la langue. Tous ensemble portés par la musique. Un moment magique, intense. Hors du temps.

Pour plus d’infos concernant les programmes de l’Institut, cliquez sur ce lien https://institut-rachi-troyes.fr/

Rencontre avec Xavier Nataf, créateur à Marseille du 1er Festival du cinéma israélien, lequel rend hommage du 22 au 28 juin à l’immense actrice Ronit Elkabetz.

 

Vous êtes impliqué depuis longtemps dans le rayonnement de la culture juive marseillaise, comment percevez-vous l’évolution de l’intérêt du public ?

Je crois qu’on peut dire qu’il y a eu une évolution ; il y a plusieurs décennies la culture juive étonnait, intéressait, avait certainement quelque chose d’étrange pour le plus grand nombre. Aujourd’hui, il me semble que c’est une culture qui, comme les autres, fait partie du paysage marseillais. Bien entendu, je parle bien des aspects culturels spécifiques ; je ne parle pas de la communauté et des juifs qui eux font partie intégrante de la grande communauté marseillaise depuis toujours ou presque.

 

Quel lieu lié au patrimoine culturel juif marseillais mériterait d’être mis plus connu ?

Bien sûr, la grande synagogue est un endroit tout à fait remarquable à découvrir mais pour être honnête, moi j’ai une affection particulière sur le vieux cimetière juif de Saint-Pierre. On y voit une histoire des juifs de Marseille depuis des siècles.

 

Xavier Nataf

Vous avez créé le premier festival du Film israélien en France. Cette année, vous mettez Ronit Elkabetz à l’honneur en projetant Cahiers Noirs. Qu’est-ce qui vous a le plus marqué elle ?

J’ai eu la chance d’être contemporain de son ascension en tant qu’actrice et réalisatrice. Elle a fait partie des tous premiers invités du festival et nous l’avons accompagné jusqu’à la fin. Le plus frappant quand on la connaissait un peu c’était l’incroyable mélange de force et de fragilité. Elle avait une hypersensibilité qui était assez fascinante.

 

Depuis deux ans, vous animez le podcast Nonobstant, consacré à la culture pop juive. Quelle découverte récente dans ce domaine vous a particulièrement étonné ?

Avec ce podcast j’essaye de partager mes passions pour le cinéma, les séries, la bande dessinée… chaque semaine en cinq minutes chrono, je témoigne de la richesse de la production dans le domaine de l’identité juive… dans le domaine de la bande dessinée, je dois dire que la BD de Jean Dytar # j’accuse m’a carrément scotché. Dans les grosses claques au cinéma, j’ai adoré le film italien de Gabriele Mainetti, Freaks Out.

Pour en savoir plus sur le Festival du cinéma israélien : https://www.festival-rci.com/

Rencontre avec David Weis, Président de la Communauté juive libérale de Luxembourg

Jguideeurope : Pouvez-vous nous parler des récents événements culturels organisés à Esch en 2022 ?

David Weis : Au début de l’année, nous avons préparé un Seder TuBiShevat d’inspiration israélienne. Nous avons coorganisé les commémorations nationales de l’IHRD sur la place de la synagogue à Esch en janvier. Pour Pourim, nous avons fait une lecture en ligne de la Megillah en plusieurs langues. Le Yom Hashoah, nous avons eu une présentation de Maître François Moyse sur l’accord sur les spoliations, l’accord déterminant comment les juifs non luxembourgeois qui sont morts ou ont souffert pendant la Seconde Guerre mondiale au Luxembourg peuvent recevoir une compensation de l’État luxembourgeois. Pour Yom Haatzmaut, nous avons organisé un BBQ et un débat sur le sionisme progressif qui ont attiré beaucoup de monde. Shavuot a également été marqué par un dîner communautaire et un programme Tikkun Leyl Shavuot varié.

 

Comment la culture juive est-elle partagée par les autorités locales ?

Nous nous coordonnons pleinement avec les autorités locales et partageons nos événements respectifs. Ils sont annoncés dans toute communication officielle.

 

Quels événements seront présentés en 2022 ?

Nous prévoyons quelques événements portes ouvertes, des danses israéliennes, des concerts de hazanout, des conférences et des visites de musées. Pour des informations plus récentes, visitez www.jewish.lu ou notre page Facebook. 2023 sera une année très spéciale car nous espérons lancer notre premier événement Limmud Luxembourg, dans le cadre du projet « Memories’ future » de Limmud Europe, qui est financé par l’Union européenne.