Luxembourg

Synagogue de la ville de Luxembourg

Consistoire Israélite de Luxembourg, 45 Avenue Monterey, Luxembourg

Synagogue d’Esch-sur-Alzette

JEWISH COMMUNITY OF LUXEMBOURG IN ESCH-SUR-ALZETTE, 52 Rue du Canal, Esch-sur-Alzette, Luxembourg

Musée national de la Résistance

Musée National de la Résistance, Place de la Résistance, Esch-sur-Alzette, Luxembourg

Mémorial de la Shoah de la ville de Luxembourg

Place de la Constitution, Boulevard Franklin Delano Roosevelt, Luxembourg

Ancienne synagogue de Mondorf

25 Rue du Moulin, Mondorf-les-Bains, Luxembourg

Ancien cimetière juif de Clausen

52 Rue Jules Wilhelm, Luxembourg

Cimetière juif de Bellevue

10 Rue des Cerisiers, Luxembourg

Cimetière d’Ettelbruck

cimetière d'ettelbruck

Ancienne synagogue de Luxembourg détruite pendant la guerre.

Les premiers documents qui attestent de la présence des juifs au Luxembourg datent de 1276, lorsqu’un acte mentionne la religion juive d’Henri de Luxembourg. Les juifs auraient habité à l’époque la vallée de la Pétrusse.

Des persécutions entraînant dans certains cas la mort se déroulèrent suite à des accusations d’empoisonnement des puits pendant l’épidémie de la peste de 1348. Les juifs qui survivent à ces persécutions fuient le pays, dont ils sont officiellement expulsés en 1391. Quelques familles tentent de rester à Luxembourg et Echternach, mais, en 1532, l’Edit de Charles Quint met fin à ces espoirs.

Dans l’esprit émancipateur de la Révolution française, le Luxembourg, conquis par la France, applique les directives impériales. Ainsi, le 14 juillet 1795, les taxes discriminatoires imposées aux juifs et les limitations géographiques sont abolies par décret.

Un recensement du début du 19e siècle permet d’affirmer que 75 juifs habitent au Luxembourg. Une moyenne d’âge assez jeune. Ils sont principalement issus de villages de la Moselle et de la Sarre. Des gens attirés par l’espoir de pouvoir travailler dans le domaine du commerce ou de l’artisanat et de pouvoir exercer le culte.

Deux personnages symbolisent l’enracinement des juifs sur le territoire luxembourgeois. Tout d’abord, Jean Baptiste Lacoste (1753 – 1821), avocat et ancien député du Cantal à la Convention. Il est nommé préfet au Luxembourg et en compagnie du Conseil Municipal et du Procureur impérial, ils attestent auprès du Tribunal de première instance que « la conduite civile et politique était exempte de tout reproche et que la surveillance de la police ne rencontrait aucun sujet de plainte particulière contre eux, ce qui est un témoignage constant de leur moralité ».

Synagogue de Luxembourg. Photo de Cayembe – Wikipedia

L’autre figure marquante est Pinhas Godchaux. Né en 1771, et issu d’une famille messine et ayant parmi ses ancêtres le Maharal de Prague, Pinhas Godchaux s’installe au Luxembourg en 1798. Graduellement il devient le dirigeant de la communauté juive, d’abord rattachée au Consistoire de Trêves puis à celui de Maastricht.

Dès 1815, les juifs, venant en grande partie d’Allemagne et de Lorraine, s’établissent successivement dans d’autres villes : Arlon (ville luxembourgeoise jusqu’en 1839), Ettelbruck, Grevenmacher, Mertert, Dalheim, Echternach, Grosbous, Erpeldange, Frisange, Schengen et Esch.

L’inauguration de la première synagogue du Luxembourg se déroule en 1823, dans la rue du Petit Séminaire. Suite à la venue d’autres familles juives d’Alsace et de Lorraine lors de la guerre de 1870, la communauté obtient le droit de construire une deuxième synagogue, inaugurée le 28 septembre 1894 par le rabbin Isaac Blumenstein et le président du Consistoire Louis Godchaux y accueillant ce jour-là les hautes autorités luxembourgeoises. Durant ce siècle, les villes d’Ettelbruck, Mondorf et Esch construiront également chacune une synagogue.

Synagogue de Luxembourg. Photo de Sultan Edjingo – Wikipedia

Clausen Malakoff, créé en en 1817, est le premier cimetière juif luxembourgeois. Il reste en fonction jusqu’en 1884, lorsque celui de  Bellevue lui succède.  Ettelbruck (1881), Grevenmacher (1900) et Esch-sur-Alzette (1905) permettent également la création de cimetières juifs.

Le Rabbin Samuel Hirsch est la grande figure juive intellectuelle de cette époque. Formé dans l’éminente communauté traditionnelle de Dessau, sa vision libérale du judaïsme, favorisant le tutoiement de l’approche philosophique juive et la pensée sociétale contemporaine, l’oblige à quitter l’institution. Bien qu’étant nommé Grand rabbin du Luxembourg de 1843 à 1866, il ne réussit pas à convaincre la communauté traditionaliste de son approche réformatrice. Il la partage ensuite à Philadelphie, inspirant profondément le courant libéral américain.

A cette époque, Samson et Guetschlick Godchaux, les neveux de Pinhas, révolutionnent le métier du tissage et la condition des travailleurs au 19e siècle. Une aventure économique qui démarre en 1823 par deux métiers à tisser dans une remise rue Philippe II. Déménageant à Schleifmuhl, l’entreprise développe son activité. Associée à la fin du siècle au fabricant Conrot, la famille emploie plus de 2000 ouvriers, dont la majorité à Schleifmuhl. L’évolution de la condition sociale se caractérise par la construction d’un village ouvrier avec des petites maisons à Hamm. Loin d’être une cité dortoir, ce village a sa propre chorale, une crèche et une école maternelle, un club de Kayak. Il organise des manifestations culturelles et surtout une société entraide et de secours mutuel, sorte de sécurité sociale avant l’heure. Le déclin s’amorcera après la Première Guerre mondiale. Les usines fermeront en 1939. Emile Godchaux, descendant de la famille et dernier directeur de l’entreprise, est déporté et mort à Theresienstadt en 1942.

Synagogue Esch sur Alzette. Photo de Aimelaime – Wikipedia

Dans l’entre-deux-guerres, de nombreux juifs d’Europe de l’Est fuyant la pauvreté et l’antisémitisme s’installent dans le grand-duché, encouragés par les appels d’offre dans les bassins miniers de la sidérurgie. Une immigration qui se poursuit avec la venue de juifs d’Allemagne et d’Autriche entre 1935 et 1940, suite à l’application des lois de Nuremberg.

Le 10 mai 1940, le Luxembourg est envahi pas l’armée allemande. Ses 4000 juifs subissent les persécutions du chef nazi de l’administration civile envoyé par Berlin. Les synagogues de Luxembourg et Esch sur Alzette sont détruites.

Une période marquée aussi par le courage d’une poignée d’hommes qui réussissent à organiser l’évasion des juifs du Luxembourg. Le Grand Rabbin Serebrenik est aidé par un officier de la Wehrmacht responsable du bureau des passeports, Franz von Hoiningen Huene (François Heisbourg raconte cette période dans le livre « Cet étrange nazi qui sauva mon père »), le chargé d’affaires américain George Platt Waller et par l’ex-président du Consistoire, Albert Nussbaum. Ce dernier organise un réseau complexe à partir de Lisbonne, financé par l’organisation américaine JDC. Laquelle permet à de nombreux juifs luxembourgeois, mais aussi belges, allemands et européens de l’Est d’embarquer pour les Etats-Unis, le Brésil et d’autres destinations d’Amérique latine comme Cuba, la Jamaïque ou le Venezuela.

Synagogue Esch sur Alzette. Photo de FLLL – Wikipedia

Victor Bodson, ancien ministre de la Justice, sauve des juifs en les aidant à fuir le pays. Notamment par la rivière Sauer à côté de laquelle il habite et qui marque la frontière entre l’Allemagne et le Luxembourg. Pour son courage, il sera ensuite nommé Juste parmi les Nations.

Suite à la Libération le 9 septembre 1944, les 1500 juifs luxembourgeois qui survécurent reconstruisent la communauté, grâce notamment à l’aide du gouvernement. Les architectes Victor Engels et René Maillet construisent un bâtiment qui sert à la fois de lieu de culte et de centre communautaire. L’inauguration se déroule le 28 juin 1953, en présence de SAR le grand-duc héritier Jean, des hautes autorités de la Ville et de l’Etat et de nombreux rabbins parmi lesquels le Grand Rabbin de France Jacob Kaplan. Le Grand Rabbin Lehrmann consacre la  synagogue, au cours d’une cérémonie solennelle présidée par le Président du Consistoire, Edmond Marx.

Un an plus tard, Esch-sur-Alzette accueille une  synagogue également. De courant libéral, elle se trouve sur la rue du Canal. Un immeuble construit dans le même style que la synagogue de la ville construite en 1899 et détruite pendant la guerre. On y remarque tout particulièrement ses grands vitraux. On peut également visiter l’ancienne synagogue de  Mondorf-les-Bains qui est aujourd’hui un centre culturel.

La synagogue d’Ettelbruck, cédée par le Consistoire de Luxembourg à la ville d’Ettelbruck, qui en a fait un Centre de Culture et de Rencontre, abritera bientôt un musée du Judaïsme luxembourgeois.

Le Docteur Emmanuel Bulz marque fortement la période contemporaine du judaïsme luxembourgeois. Grand rabbin de 1958 à 1990, il oeuvre sans cesse pour un rapprochement avec le monde non juif et plus particulièrement la société civile luxembourgeoise. Cela, en partageant une connaissance du judaïsme et une démythification de certaines idées reçues. Joseph Sayag lui succède, puis Alain Nacache, Grand rabbin depuis 2011.

Mondorf-les-Bains synagogue. Photo de Cayambe – Wikipedia

Le travail d’historiens tels Serge Hoffmann, Paul Dostert et Denis Scuto, ainsi que l’action politique du député Ben Fayot permirent une étude précise de l’histoire des juifs luxembourgeois pendant la Shoah. Ce qui déboucha le 10 février 2015, sur la présentation par Vincent Artuso de son rapport « La question juive au Luxembourg, 1933-1941.L’Etat luxembourgeois face aux persécutions antisémites nazies ».

Le 11 mai 2015, la décision est prise d’ériger un monument destiné à commémorer les victimes de la Shoah. Un  mémorial qui se trouve en un lieu central de la ville, à l’ombre de la cathédrale et de la première synagogue, tout près de la Gölle Fraa. Il est inauguré la 17 juin 2018 en présence du Grand-Duc Henri, de la Grande Duchesse Maria Teresa et des autorités politiques nationales et municipales. Une oeuvre sculptée dans le granit rose par l’artiste et rescapé Shelomo Selinger, proche de la Gëlle Fra, symbole de la liberté et de la résistance du peuple luxembourgeois.

Musée national de la Résistance, Esch sur Alzette. Photo de Cayambe – Wikipedia

La Fondation Luxembourgeoise pour la Mémoire de la Shoah (FLMS) est créée en 2018. Une structure qui se donne pour mission de perpétuer la mémoire de la Shoah mais aussi de tous les autres crimes contre l’Humanité. Elle lutte aussi de manière préventive par l’organisation de programmes contre le racisme, le révisionnisme et le négationnisme. Revanche historique, puisque le lieu se situe à l’emplacement de l’ancien Quartier général de la Gestapo.

Autre lieu intéressant à visiter,  le Musée national de la Résistance situé à Esch. Il retrace cette histoire au Luxembourg pendant la guerre. Des photos, objets et œuvres d’art sont présentés au public.