Comme l’indique fiĂšrement les services culturels et municipaux, Worms est une ville centrale, et depuis bien longtemps, pour de nombreux courants religieux. Ainsi, dans un petit pĂ©rimĂštre au cƓur de sa vieille ville, on trouve l’impressionnante cathĂ©drale, des Ă©glises, ainsi que les bĂątiments municipaux et l’ancien quartier juif accueillant son musĂ©e et sa synagogue.

Worms, ville multi-confessionnelle. Photo de Jguideeurope 2025

Histoire

La prĂ©sence juive Ă  Worms est trĂšs ancienne, datant de la moitiĂ© du 10e siĂšcle. Il s’agissait essentiellement de marchands. Ils habitaient sur l’actuelle Judengasse, qui signifie « rue des Juifs Â».

Judengasse. Photo de Jguideeurope 2025

À proximitĂ© des enceintes de la ville, la premiĂšre synagogue de Worms fut construite en 1034, grĂące Ă  un don de Jacob et Rachel Ben David. Ce qui facilita l’accueil des grands Ă©rudits europĂ©ens, Worms devenant comme les autres villes du SChum, cĂ©lĂšbre pour ses yeshivot et illustres Ă©tudiants et enseignants, parmi lesquels Rachi.

Statue de Rachi. Photo de Jguideeurope 2025

Ce fut Ă  cette mĂȘme pĂ©riode que les juifs obtinrent un terrain Ă  l’autre bout de la ville pour y installer un cimetiĂšre. Le cimetiĂšre juif est la plus ancienne nĂ©cropole juive conservĂ©e en Europe. Des enterrements s’y dĂ©roulaient de maniĂšre ininterrompue jusqu’en 1911.

Le mikvĂ© date probablement de la fin du 12e siĂšcle. Construit par la communautĂ© grĂące aux dons d’un certain Joseph, il fut creusĂ© Ă  7 mĂštres de profondeur afin d’atteindre l’eau de source. Il incluait une piĂšce pour se changer ainsi qu’une autre pour le nettoyage avant la plongĂ©e dans l’eau du mikvĂ©.

CimetiÚre juif et vue sur la cathédrale de Worms. Photo de Jguideeurope 2025

La synagogue dut ĂȘtre reconstruite suite aux destructions occasionnĂ©es durant les croisades de 1096 et 1146. La rĂ©inauguration se dĂ©roula en 1175. Meir et Judith bar Joel firent un don en 1212 afin que soit construite une salle de priĂšre pour les femmes, attenante Ă  celles des hommes. Construite dans le mĂȘme esprit qu’Ă  Spire, la Frauenschul Ă©tait connectĂ©e Ă  la salle des hommes par une porte, ainsi que cinq petites fenĂȘtres qui permirent aux priĂšres d’ĂȘtre entendues par les femmes. Ce n’est qu’au 19e siĂšcle que cet espace fut ouvert plus amplement afin de permettre une plus grande participation des femmes aux priĂšres.

Lors des persĂ©cutions de 1349, l’annĂ©e de la peste noire, plus de 400 Juifs furent assassinĂ©s, la Judengasse dĂ©truite et les biens spoliĂ©s. La synagogue fut reconstruite dans un style gothique. La communautĂ© juive de Worms subit un dĂ©clin irrĂ©mĂ©diable, notamment en matiĂšre de production intellectuelle et religieuse.

Synagogue de Worms. Photo de Jguideeurope 2025

Un peu moins de 200 Juifs vivaient sur la Judengasse à la fin du 14e siÚcle. Quelques étudiants les rejoignirent et ainsi la communauté juive fut composée de prÚs de 250 personnes en 1500.

ForcĂ©s Ă  vivre dans le ghetto, le nombre de juifs augmenta nĂ©anmoins grĂące au soutien de l’empereur Ferdinand Ier (1503-1564), qui empĂȘcha la municipalitĂ© de les expulser. Ainsi, de la fin du 16e siĂšcle Ă  la fin du 18e siĂšcle, entre 500 et 700 juifs habitaient sur la Judengasse. NĂ©anmoins, les troupes de Louis XIV dĂ©truisirent la ville en 1689 lors de la guerre de la Succession palatine, notamment son quartier juif.

Comme dans divers autres villes europĂ©ennes conquises par les troupes françaises au dĂ©but du dix-neuviĂšme siĂšcle, les juifs obtinrent les mĂȘmes droits que leurs concitoyens. Cette Ă©galitĂ© enfin acquise, les Juifs participĂšrent grandement au dĂ©veloppement Ă©conomique, intellectuel et politique de Worms. Preuve de cette intĂ©gration rĂ©ussie, Ferdinand Eberstadt (fils d’une famille Ă©tablie Ă  Worms depuis le 17e siĂšcle) fut mĂȘme maire de Worms de 1849 Ă  1852.

Judengasse. Photo de Jguideeurope 2025

L’élan intellectuel du 19e siĂšcle, encouragea Ă©galement des transformations au sein de la communautĂ© juive. Ainsi, la synagogue Levi fut construite en 1875, en face de l’autre, suite Ă  des dĂ©bats aussi riches que tendus entre traditionalistes et libĂ©raux. Elle fut nommĂ©e en hommage Ă  son fondateur, Leopold Levy.

La communauté juive de Worms comptait 1000 membres en 1933. Le 3 juin 1934 fut célébré à la synagogue son 900e anniversaire, malgré les craintes face à la prise de pouvoir par les nazis.

Lors de la Nuit de cristal du 9 au 10 novembre 1938, l’ancienne synagogue de Worms fut Ă  nouveau dĂ©truite. Quant Ă  la synagogue Levy, elle fut gravement endommagĂ©e cette nuit-lĂ  et subit plus de dĂ©gĂąts lors d’un bombardement alliĂ© sur la ville en 1945. Seuls quelques murs maintinrent les apparences, Ă  tel point qu’il n’y avait plus de solution en 1947 que sa dĂ©molition.

En mars 1942, 75 juifs sont raflés et envoyés en déportation à Sobibor et Belzec. En septembre 1942, 93 autres sont envoyés à Theresienstadt et 5 à Treblinka. En tout, 460 juifs Worms seront assassinés pendant la Shoah.

La synagogue fut reconstruite, Ă  nouveau, dans la pĂ©riode de 1959 Ă  1961. Un projet qui put voir le jour grĂące au soutien de certains juifs qui avaient rĂ©ussi Ă  fuir pendant la guerre, ainsi que celui de la communautĂ© actuelle de Mayence et Worms, la ville de Worms, l’État de la RhĂ©nanie-Palatinat, ainsi que la RĂ©publique fĂ©dĂ©rale allemande.

Musée juif de Worms. Photo de Jguideeurope 2025

DerriĂšre cette synagogue se trouve un lieu d’Ă©tude surnommĂ© la Yeshiva Rachi, le grand exĂ©gĂšte ayant Ă©tudiĂ© Ă  Worms. Ce bĂątiment accueille depuis 1982 le musĂ©e juif de Worms, mais il ne s’agit pas du premier de ce genre. Le premier musĂ©e juif de Worms date de 1924. Il est le fruit du travail d’Isidor Kiefer (1871-1961), un membre actif de la communautĂ© juive de Worms. Celui-ci s’exila en 1933 aux États-Unis, suite Ă  l’accession au pouvoir par les nazis. Lors de la Nuit de cristal, le musĂ©e fut dĂ©truit pendant le pogrom. Seules quelques rares piĂšces du musĂ©e rĂ©ussirent Ă  ĂȘtre sauvĂ©es.

La petite dizaine de juifs rĂ©sidant aujourd’hui Ă  Worms sont rattachĂ©s Ă  la vie communautaire de Mayence.

Itinéraire

En sortant de la gare de Worms, on prend à droite sur la Bahnhofstrasse, en longeant la rue jusqu’au bout.

Théùtre de Worms. Photo de Jguideeurope 2025

Face au théùtre, qui accueille de nombreuses manifestations culturelles, on tourne Ă  gauche afin d’arriver Ă  l’ancien cimetiĂšre juif de Worms.

Entrée du cimetiÚre juif. Photo de Jguideeurope 2025

Le cimetiĂšre est composĂ© de plusieurs sections, la principale se trouvant Ă  l’entrĂ©e, les autres surplombant celle-ci, Ă©tant construites lors de l’agrandissement du cimetiĂšre.

CimetiĂšre juif de Worms. Photo de Jguideeurope 2025

L’ancien cimetiĂšre juif de Worms est probablement le plus ancien d’Europe. Datant du 11e siĂšcle, 836 tombes ont Ă©tĂ© rĂ©pertoriĂ©es. Certaines trĂšs anciennes et d’autres plus rĂ©centes, qui figurent sur le petit chemin en hauteur vous menant Ă  ses diffĂ©rentes sections.

CimetiĂšre juif de Worms. Photo de Jguideeurope 2025

Suite à cette visite, on remonte vers la vieille ville, le long des remparts. On arrive à ses nombreux bùtiment religieux, cathédrale et églises de différents courants.

Cathédrale de Worms. Photo de Jguideeurope 2025

Afin d’atteindre Ă  la Judengasse, on traverse le rue commerçante de la KĂ€mmererstrasse, le long de ses fontaines : la Siegfriedbrunnen (en hommage Ă  Siegfried, hĂ©ros de la mythologie nordique),

Fontaine Siegfried. Photo de Jguideeurope 2025

la Winzerbrunnen (la Fontaine des vignerons rend hommage Ă  la culture locale du vin, ainsi qu’à des personnages historiques associĂ©s Ă  la viticulture)

Fontaine des Viticulteurs. Photo de Jguideeurope 2025

et enfin la Ludwigsbrunnen (en hommage au Grand-duc Louis IV de Hesse et du Rhin), sur la place du mĂȘme nom, cĂ©lĂ©brant la ville de Worms.

Ludwigsplatz. Photo de Jguideeurope 2025

Au bout de cette rue, arrivant Ă  la Martinspforte, on tourne Ă  droite dans la Judengasse.

Judengasse. Photo de Jguideeurope 2025

Au dĂ©but on y aperçoit un jardin d’enfants nommĂ© en hommage Ă  Anne Frank. Cette partie de la rue est constituĂ©e d’anciens pavĂ©s, sur laquelle on trouve Ă©galement d’autres types de pavĂ©s, des stolpersteine marquant les lieux oĂč habitaient des Juifs ont Ă©tĂ© dĂ©portĂ©s pendant la Shoah.

Stolpersteine. Photo de Jguideeurope 2025

La Judengasse mĂšne donc Ă  la synagogue et au musĂ©e juif de Worms . En face de l’entrĂ©e de la synagogue se trouve une plaque commĂ©morative sur un mur marquant l’endroit oĂč Ă©tait situĂ©e la synagogue Levy de 1875 Ă  1947.

Lieu de l’ancienne synagogue Levy. Photo de Jguideeurope 2025

En entrant dans le musĂ©e, on est accueilli Ă  droite par une vidĂ©o qui raconte l’histoire de ce bĂątiment et prĂ©sente, de maniĂšre gĂ©nĂ©rale, les rites juifs.

Présentation de la Torah. Photo de Jguideeurope 2025

A cĂŽtĂ© de cette vidĂ©o, un Sefer Torah. Dans cette mĂȘme salle, on dĂ©couvre de trĂšs anciens objets et manuscrits protĂ©gĂ©s par des vitres.

Mahzor de Worms. Photo de Jguideeurope 2025

Parmi ces documents importants, le célÚbre Mahzor de Worms, rassemblant des textes liturgiques utilisés par le hazan de la synagogue. Ce mahzor a été écrit en 1272 par Simha Bar Judah. Sa version originale est conservée à la bibliothÚque nationale de Jérusalem. Celui qui est présenté au musée est une reproduction datant de 1986.

Livres, photos et divers objets présentés au musée. Photo de Jguideeurope 2025

Parmi les autres objets, des livres bien sĂ»r, mais aussi des photos de classes d’enfants ou des photos de soldats juifs pendant la PremiĂšre Guerre mondiale. Des portraits aussi de personnalitĂ©s de communautĂ©. Et mĂȘme un ceintre du magasin Goldschmidt de Worms. C’était le magasin de textile le plus connu et le plus grand de Worms, installĂ© avant-guerre sur la majeure partie des maisons entre Domgasse et Hofgasse.

Victimes de la Shoah. Photo de Jguideeurope 2025

La salle de gauche est essentiellement constituĂ©e de panneaux prĂ©sentant des sujets trĂšs variĂ©s : l’histoire gĂ©nĂ©rale des juifs de la rĂ©gion de Schum, la crĂ©ation du premier musĂ©e juif par Isidor Kiefer, la cĂ©lĂ©bration des 900 ans de la synagogue en 1934, la reconstruction de celle-ci aprĂšs-guerre et un meuble en forme de buffet sur lequel est Ă©crit le mot en hĂ©breu « Zakhor Â» signifiant « se souvenir Â», dans les tiroirs duquel on peut lire la biographie de Juifs de Worms dĂ©portĂ©s pendant la Shoah.

Golem. Photo de Jguideeurope 2025

En descendant au sous-sol du musĂ©e, on est accueilli Ă  bras ouverts par une Ɠuvre reprĂ©sentant le Golem, créée par l’artiste Joshua Abarbanel. AllongĂ© les bras Ă©cartĂ©s avec la lettre hĂ©braĂŻque alef attachĂ©e au poignet, la premiĂšre du mot « Ă©met Â», « la vĂ©ritĂ© Â» qui donne sa force au Golem. En quĂȘte de vĂ©ritĂ© et de protection des juifs face aux menaces. Ce Golem composĂ© de lettres fait penser au « Body of Knowledge Â» qui se trouve Ă  l’universitĂ© Goethe de Francfort, Ɠuvre qui contient elle aussi quelques lettres hĂ©braĂŻques.

Dessins sur les pierres tombales. Photo de Jguideeurope 2025

On y trouve Ă©galement une prĂ©sentation trĂšs intĂ©ressante des symboles posĂ©s sur les tombes, notamment les dessins d’animaux ou de fleurs, et ce que chacun de ces symboles signifie. Mais aussi un tableau mentionnant les villes françaises et allemandes liĂ©es Ă  la pensĂ©e de Rachi.

Ancien quatier juif de Worms. Photo de Jguideeurope 2025

Un plan de la Judengasse en 1760 a Ă©tĂ© reconstituĂ© avec ses habitations, rappelant lĂ  aussi le musĂ©e juif de Francfort avec la prĂ©sentation des histoires de personnes, de moments de vie qu’on (re)dĂ©couvre et partage. Une tentative de rĂ©humaniser cette vie juive, victime le long des siĂšcles de massacres.

Synagogue de Worms. Photo de Jguideeurope 2025

En sortant musĂ©e, vous trouverez les traces d’un ancien puits, avant de visiter la synagogue. RestaurĂ©e 1001 fois aprĂšs avoir subi maintes destructions, elle accueille aujourd’hui les touristes.

Hommage aux disparus. Photo de Jguideeurope 2025

La premiĂšre salle rend hommage aux disparus et prĂ©sente d’anciens objets. La seconde avec ses bancs, sa menorah, sa tĂ©va et son aron Ă©clairĂ©s par les murs clairs, lustres et rayons de soleil s’invitant par la fenĂȘtre, semblent attendre encore un Ă©ventuel retour des fidĂšles.

Synagogue de Worms. Photo de Jguideeurope 2025

En sortant, Ă  droite de la Judengasse, un peu plus loin se situe un autre puits, la rue menant aux trĂšs beaux vestiges des remparts de la ville, symbole d’une protection prĂ©sente et future des juifs ?

Judengasse. Photo de Jguideeurope 2025

Ancienne citĂ© romaine, Mayence, Mainz en allemand, est connue pour son universitĂ©, ses musĂ©es et lieux de culte, ses monuments parmi lesquels le chĂąteau des Princes-Ă©lecteurs, ses fĂȘtes populaires
 Et surtout en tant que ville natale de Johannes Gutenberg (1400-1468), l’homme qui rĂ©volutionna l’imprimerie.

Pages de la Bible accrochées dans la Cathédrale de Mayence. Photo de Jguideeurope 2025

Mayence cĂ©lĂšbre de maniĂšre multiple et variĂ©e la prĂ©sence et l’influence de Gutenberg. Qu’il s’agisse du musĂ©e qui lui est dĂ©diĂ©, de statues, de places
 Et les plus grandes pages de la Bible accrochĂ©es en haut de la cathĂ©drale en 2025, mesurant 5 sur 7 mĂštres, en hommage au 625e anniversaire de la naissance de Gutenberg.

Rues de Mayence. Photo de Jguideeurope 2025

ShUM, le cĂ©lĂšbre acronyme qui, en hĂ©breu, reprend les premiĂšres lettres de 3 villes mythiques : Spire, Worms et Mayence. Trois villes qui, le long du Rhin, reprĂ©sentent le berceau de la pensĂ©e juive ashkĂ©naze. À partir du 10e siĂšcle, et cela pendant quelques-uns des siĂšcles qui suivirent, cette rĂ©gion demeura un des centres, voire le plus grand, de la pensĂ©e juive mĂ©diĂ©vale. De par la prĂ©sence des grands khakhamim qui y naquirent, y Ă©tudiĂšrent et/ou y enseignĂšrent.

Une place pour tous. Photo de Jguideeurope 2025

ShUM signifie « ail Â» en hĂ©breu. Ce qui est sĂ»r, c’est que les dĂ©bats entre penseurs de la mĂȘme gĂ©nĂ©ration, et surtout ensuite avec leurs disciples, furent trĂšs variĂ©s et trĂšs Ă©picĂ©s. Cette curiositĂ©, cette exigence hĂ©ritĂ©e depuis la Bible d’achever les discussions par une question plutĂŽt que par un point final ou un point d’exclamation, encouragĂšrent les dĂ©bats, l’Ă©volution de la pensĂ©e, son partage, sa gĂ©nĂ©rosité  une remise en question dans le sens noble du terme. Ce n’est donc pas par hasard que Rachi, l’exĂ©gĂšte de la Bible le plus connu et le plus respectĂ© dans le monde juif aujourd’hui, a Ă©tudiĂ© dans cette rĂ©gion.

Vieille ville de Mayence. Photo de Jguideeurope 2025

Mayence a probablement le privilĂšge d’ĂȘtre la plus ancienne de ces communautĂ©s juives. Elle date du 10e siĂšcle, voire avant. En effet, les documents administratifs confirment la prĂ©sence de juifs dĂšs 906. Ils furent expulsĂ©s de la ville en 1012, mais autorisĂ©s ensuite Ă  s’y rĂ©installer. Lors de la premiĂšre croisade, en 1095-1099, plus de 1000 Juifs moururent, soit en Ă©tant assassinĂ©s, soit en se suicidant, refusant la conversion de force. Il y avait Ă  cette Ă©poque une synagogue, mais celle-ci, comme le quartier juif, fut brĂ»lĂ©e. Quelques annĂ©es plus tard, l’empereur Henri IV (1050-1106) leur permit un retour et une vie pacifique.

Vue sur le Rhin. Photo de Jguideeurope 2025

Symbole de cette autoritĂ© spirituelle et intellectuelle, de nombreux synodes furent organisĂ©s Ă  Mayence, notamment en 1150, 1223 et 1250. Les takanoth de ShUM furent respectĂ©es de par l’Europe. Parmi les grands noms de cette Ă©poque, il y a la famille Kalonymus, et bien sĂ»r Rabbenou Guershom. NĂ© Ă  Metz en 960, il crĂ©a de nombreuses yeshivoth, aussi bien en France qu’en Allemagne. En l’an 1000, il rĂ©unit un synode oĂč de grandes dĂ©cisions furent prises, des takanoth qui rĂ©volutionnĂšrent le judaĂŻsme. Parmi elles, l’interdiction de la polygamie et la nĂ©cessitĂ© d’obtenir l’accord de la femme pour entamer une procĂ©dure de divorce. Rabbenou Guershom mourut Ă  Mayence en 1028.

BibliothĂšque municipale. Photo de Jguideeurope 2025

Dans la pĂ©riode qui suivit, les juifs de Mayence furent tour Ă  tour menacĂ©s et protĂ©gĂ©s, selon les dirigeants de l’Ă©poque. Ainsi, lors de la 2e croisade de 1146-1149, de nombreux juifs furent assassinĂ©s, mais lors de la 3e croisade, en 1189-1192, les juifs de Mayence bĂ©nĂ©ficiĂšrent de la protection de FrĂ©dĂ©ric Ier (1122-1190), lequel marcha auprĂšs du rabbin afin de montrer Ă  la population qu’il s’opposerait Ă  toute hostilitĂ© Ă  leur Ă©gard.

Promenade de Mayence. Photo de Jguideeurope 2025

Les 13e et 14e siÚcles furent particuliÚrement violents vis-à-vis des juifs de Mayence. Forcés de porter des signes distinctifs en 1259, leur synagogue fut à nouveau brûlée à la fin du 13e siÚcle. Suite à la peste noire de 1349, la majorité des juifs périrent sous les flammes. Si la fin du 14e siÚcle et le 15e siÚcle furent moins sanglants, les juifs furent victimes de fortes taxations et leur synagogue transformée en chapelle.

Chùteau des Princes-électeurs. Photo de Jguideeurope 2025

TrĂšs peu de Juifs vĂ©curent encore Ă  Mayence durant le 16e siĂšcle. Ce n’est qu’Ă  la fin de celui-ci que la communautĂ© prit un peu de vigueur grĂące Ă  l’arrivĂ©e de Juifs de Francfort, de Worms et de Hanau. Ainsi, une nouvelle synagogue fut construite en 1639. Leur situation s’aggrava lors de l’occupation française de 1644 Ă  1648. Ce n’est qu’en raison de l’influence de la politique de tolĂ©rance de Joseph II et du souffle rĂ©volutionnaire français que leur situation s’amĂ©liorera Ă  la fin du 18e siĂšcle.

Au 19e siĂšcle donc, le judaĂŻsme de Mayence put enfin profiter d’une rĂ©elle renaissance. Certes, il ne s’agissait pas de l’Ăąge d’or de ShUM, nĂ©anmoins de grands penseurs juifs et rabbins entamĂšrent des discussions trĂšs fructueuses, voire des dĂ©bats vigoureux, qui donnĂšrent naissance Ă  diffĂ©rents courants et Ă©coles de pensĂ©e. La population juive de Mayence passa de 1620 en 1828 Ă  3104 en 1900.

Ancien théùtre romain. Photo de Jguideeurope 2025

Au dĂ©but du 20e siĂšcle, ce chiffre dĂ©clina graduellement. Il n’y avait, en 1933, lorsque les nazis accĂ©dĂšrent au pouvoir, que 2730 Juifs Ă  Mayence. Durant la Nuit de cristal, les trois principales synagogues de la ville furent brĂ»lĂ©es. Si prĂšs de la moitiĂ© des juifs rĂ©ussirent Ă  fuir avant les dĂ©portations, la majoritĂ© de ceux qui Ă©taient restĂ©s furent assassinĂ©s pendant la Shoah.

AprĂšs la guerre, une petite communautĂ© tenta de se rĂ©organiser. Ils Ă©taient 80 en 1948, guĂšre un peu plus vingt ans plus tard, soit 122. La plupart Ă©tant des personnes ĂągĂ©es. Signe de l’évolution des relations, Mayence a Ă©tĂ© jumelĂ©e avec la ville israĂ©lienne de HaĂŻfa en 1981.

Synagogue de Mayence. Photo de Jguideeurope 2025

GrĂące Ă  l’arrivĂ©e de juifs issus de l’ancienne Union soviĂ©tique, la communautĂ© a pu se reconstituer, atteignant 1000 membres en 2005. Symbole de ce renouveau, la trĂšs Ă©tonnante nouvelle synagogue sur le plan et la rĂ©alisation architecturale, inaugurĂ©e en 2010.

Synagogue de Mayence. Photo de Jguideeurope 2025

La synagogue kedousha, qui abrite Ă©galement un centre communautaire et une prĂ©sentation de l’histoire des juifs de Mayence, est l’Ɠuvre de l’architecte Manuel Herz.

Synagogue de Mayence. Photo de Jguideeurope 2025

Sa forme architecturale trĂšs complexe Ă©voque le mot « kedousha Â», signifiant « la saintetĂ© Â».

Synagogue de Mayence. Photo de Jguideeurope 2025

Cette communautĂ© juive renaissante au tournant du 21e siĂšcle permit aux quelques juifs encore prĂ©sents Ă  Worms de s’y joindre lors des cĂ©lĂ©brations religieuses et festives.

Musée Gutenberg. Photo de Jguideeurope 2025

À proximitĂ© du musĂ©e Gutenberg, un lycĂ©e a Ă©tĂ© nommĂ© en hommage Ă  Anne Frank, sur lequel figure une Ɠuvre warholienne avec son portrait en plusieurs couleurs.

Lycée Anne-Frank. Photo de Jguideeurope 2025

Lycée Anne-Frank. Photo de Jguideeurope 2025

Des Stolpersteine ont également été posées dans la ville.

Stolpersteine. Photo de Jguideeurope 2025

L’ancien cimetiĂšre juif de Mayence est, avec celui de Worms, un lieu trĂšs important dans l’hĂ©ritage culturel. Ils reprĂ©sentent parmi les plus anciens cimetiĂšres juifs existants en Europe.

CimetiĂšre juif de Mayence. Photo de Thomas Pusch – Wikipedia

En effet, celui de Mayence servit Ă  partir du 11e siĂšcle et cela jusqu’au 19e. Il est constituĂ© de plusieurs sections, une nouvelle ayant Ă©tĂ© construite au 17e siĂšcle. Elle fut utilisĂ©e jusqu’en 1881, avant l’ouverture du nouveau cimetiĂšre central de la ville.

 

A l’image de l’opĂ©ra voisin du quartier d’affaires, Francfort est avant tout une ville de rencontres, d’échanges fructueux dans tous les domaines et entre diffĂ©rentes populations depuis le Moyen-Age, mais aussi le tĂ©moin et l’acteur d’une grande violence comme ce fut le cas pendant la Shoah.

Opéra de Francfort. Photo de Jguideeurope 2025

De Goethe Ă  l’UniversitĂ© de haut niveau qui porte son nom, de la riviĂšre du Main qu’elle tutoie le long des musĂ©es et quartiers reconstruits, Ă  son aĂ©roport international, 4e plus grand dans le monde, mĂȘme rang europĂ©en en matiĂšre de place financiĂšre, cette ville de moins d’un million d’habitants offre aux visiteurs (re)dĂ©couvertes et inspiration, entre le passĂ© et le futur, thĂšme si cher Ă  Hannah Arendt, comme cette vision artistique de David et Goliath posĂ©e en plein quartier de shopping…

Statue de David et Goliath. Photo de Jguideeurope 2025

Histoire

La prĂ©sence juive Ă  Francfort est trĂšs ancienne. Elle semble remonter au 12e siĂšcle. Les plus anciennes rĂ©sidences Ă©taient situĂ©es au centre de celle-ci. Ville libre de l’Empire, Francfort accueille les juifs dĂšs 1150, essentiellement des marchands originaires de Worms. Au fil du temps, ils furent victimes de pogroms, chassĂ©s et protĂ©gĂ©s selon les dĂ©cisions politiques en cours.

En 1460, le Conseil municipal de Francfort dĂ©cida d’Ă©tablir un ghetto juif. Durant les deux annĂ©es qui suivirent, la centaine de Juifs de Francfort furent obligĂ©s de dĂ©mĂ©nager dans ce qui est connu aujourd’hui comme la Judengasse (« ruelle des Juifs Â»). Un secteur de la ville sĂ©parĂ© du reste par des murs, oĂč furent entassĂ©s jusqu’à 3000 personnes en 1610. Des grandes yeshivot s’y dĂ©veloppĂšrent attirant, comme dans les villes du Rhin, des Ă©tudiants de toute l’Europe.

MalgrĂ© ces restrictions, les interactions entre Juifs et chrĂ©tiens furent nombreuses. Et dans divers domaines, qu’il s’agisse du travail, de l’artisanat, notamment la production d’objets rituels juifs par des artisans chrĂ©tiens. Mais Ă©galement des rencontres d’ordre thĂ©ologique entre penseurs juifs et chrĂ©tiens. Sans oublier les moments de cĂ©lĂ©bration et de retrouvailles dans des Ă©tablissements de la ville.

ForcĂ©e de vivre dans le ghetto, des institutions furent dĂ©veloppĂ©es afin de gĂ©rer les affaires sociales, Ă©ducatives et religieuses. Dans le cadre de cette vie coupĂ©e par les portes du ghetto, les mĂ©tiers se diversifiĂšrent, que ce soit dans le commerce, l’artisanat, l’enseignement, les employĂ©s de maison
 Bien qu’Ă  partir du 17e siĂšcle, de nombreux Juifs travaillaient comme marchands, notamment sur les foires, Ă©changeant textile, Ă©pices et mĂ©taux.

Carte de Francfort en 1700. Photo de Jguideeurope 2025

Dans les années 1980, des documents anciens écrits en yiddish ont été retrouvés dans une geniza de la synagogue de Veitshöchheim. La production littéraire et musicale fut trÚs riche pendant ces années de vie dans le ghetto.

Ce n’est qu’au tournant du dix-neuviĂšme siĂšcle que les juifs furent autorisĂ©s Ă  quitter ce ghetto. Un siĂšcle durant lequel Francfort devint un des lieux d’Ă©dition principaux d’Europe d’Ɠuvres en yiddish. La continuitĂ© d’Ă©changes et inspirations mutuelles entre populations juives et chrĂ©tiennes se poursuivit dans les domaines littĂ©raires et musicaux. Ainsi, par exemple, des chants juifs Ă©taient composĂ©s sur des mĂ©lodies de musique chrĂ©tienne et des contes chrĂ©tiens inspirĂ©s par des Ɠuvres yiddish.

A cette Ă©poque, Mayer Amschel Rothschild (1744-1812), Ă©tudiant issu d’une famille modeste, s’intĂ©ressa aux mathĂ©matiques et Ă  la finance. Il effectua un stage dans une banque de Hanovre. Devenant gĂ©rant de fortune au sein du ghetto de Francfort, il diversifia ses activitĂ©s et se fit un nom dans le monde de la finance et au sein de la cour. Ses cinq fils s’installĂšrent Ă  Londres (Nathan), Paris (James), Vienne (Salomon), Naples (Carl) et Francfort (Amschel) pour y dĂ©velopper la dynastie connue aussi bien pour sa rĂ©ussite que pour sa gĂ©nĂ©rositĂ©.

Portraits de membres fondateurs de la dynastie Rothschild. Photo de Jguideeurope 2025

Officiellement autorisĂ© Ă  vivre dans d’autres quartiers que la Judengasse en 1811, les Juifs dĂ©mĂ©nagĂšrent d’abord dans le quartier environnant de l’Ostend, puis un peu plus loin dans la ville. Ils prirent pleinement part au dĂ©veloppement culturel, Ă©ducatif, associatif et Ă©conomique de Francfort. Mais ce n’est qu’en 1864 qu’ils furent considĂ©rĂ©s comme des citoyens pleinement Ă©gaux.

Une Ă©volution graduelle que l’on peut observer notamment dans les Ɠuvres de Moritz Daniel Oppenheim (1800-1882), le premier peintre juif Ă  obtenir une Ă©ducation artistique acadĂ©mique en Allemagne. On voit dans ses tableaux Ă  la fois des scĂšnes familiales, religieuses et des portraits. Mais aussi des personnages participant Ă  la vie culturelle et littĂ©raire, reprĂ©sentant la maniĂšre dont Oppenheim et de nombreux Juifs embrassĂšrent pleinement l’émancipation qui leur tendait enfin les bras. Dans cet esprit des rencontres, un tableau d’Oppenheim datant de 1864 prĂ©sente la visite de Felix Mendelssohn Bartholdy Ă  Goethe. Le musicien juif Ă©tant fier de jouer pour le prince des poĂštes.

Moritz Daniel Oppenheim, « La visite de Felix Mendelssohn Bartholdy à Goethe ». Photo de Jguideeurope 2025

La vie religieuse juive de Francfort fut marquĂ©e Ă  l’époque par cette volontĂ© d’initiative et de diversitĂ©. Ainsi, au 19e siĂšcle, le Rabbin LĂ©opold Stein introduisit des rĂ©formes libĂ©rales. Ce qui encouragea des dĂ©bats thĂ©ologiques passionnant avec Samson Raphael Hirsch, de tendance nĂ©o-orthodoxe. DiffĂ©rents courants et lieu d’études apparurent alors, dont la « Libre Maison d’étude juive Â» oĂč enseigna Martin Buber (1878-1965), dirigĂ©e par Franz Rosenzweig.

Trois synagogues reprĂ©sentĂšrent alors cette confrontation intellectuelle foisonnante : la synagogue massorti de Börneplatz et son rabbin Nehemias Anton Nobel (1871-1922) inaugurĂ©e en 1882 ; et la synagogue Friedberger de tendance nĂ©o-orthodoxe du rabbin Salomon Breuer (1850-1926) inaugurĂ©e en 1907 ; et la synagogue libĂ©rale de Westend, au sein de laquelle le Rabbin Georg Salzberger (1882-1975) crĂ©a un centre d’Ă©ducation juif pour adultes, inaugurĂ©e en 1910. Lorsque fut dĂ©clenchĂ©e la PremiĂšre Guerre mondiale, de nombreux juifs de Francfort combattirent sous les drapeaux.

Franz Rosenzweig. Photo de l’Institut Leo Baeck

Un grand bouleversement intellectuel Ă©mergea dans les annĂ©es 1920 Ă  l’UniversitĂ© de Francfort avec la rencontre au sein de l’Institut de recherche sociale de grands penseurs, en majoritĂ© juifs, dont les principaux sont Max Horkheimer, Theodor W. Adorno, Herbert Marcuse et Erich Fromm. Encourageant une approche pluridisciplinaire et une vision marxiste non dogmatique, ainsi que la prise en compte de l’évolution de la sociĂ©tĂ© et les chaos provoquĂ©s par les guerres, nait l’Ecole de Francfort, dont le plus cĂ©lĂšbre disciple est aujourd’hui JĂŒrgen Habermas.

PrĂšs de 30 000 Juifs vivaient Ă  Francfort dans l’entre-deux-guerres. Lorsque les nazis arrivĂšrent au pouvoir en 1933, ils ne tardĂšrent pas Ă  imposer des restrictions aux juifs, les excluant petit Ă  petit de la sociĂ©tĂ© Ă  laquelle ils avaient pourtant contribuĂ© avec tant d’enthousiasme et dans tant de domaines. Suivirent les pogroms de 1938 et les dĂ©portations Ă  partir de 1941.

Seuls quelques centaines de juifs rĂ©ussirent Ă  se cacher, protĂ©gĂ©s par des Justes. Une partie des autres rĂ©ussirent Ă  fuir, mais plus de 10 000 furent assassinĂ©s dans les camps de concentration et d’extermination. Les synagogues de la Borneplatz et de Friedberg Anlange furent dĂ©truites lors de la Nuit de Cristal du 9 au 10 novembre 1938, ainsi que le musĂ©e des AntiquitĂ©s juives, fondĂ© en 1922. Bien qu’une grande partie de sa collection fĂ»t dĂ©truite par les nazis, prĂšs de 1000 objets ont pu ĂȘtre retrouvĂ©s et incorporĂ©s dans le musĂ©e actuel.

80% des immeubles de la ville de Francfort furent dĂ©truits ou trĂšs endommagĂ©s. L’AmĂ©rique joua un grand rĂŽle dans la reconstruction de la ville, ainsi que dans la lutte contre l’antisĂ©mitisme. Un processus de dĂ©nazification entrepris Ă  travers le pays.

Synagogue Westend. Photo de Jguideeurope 2025

La veille de Rosh Hashanah 1945, le Rabbin Leopold Neuhaus organisa les priĂšres dans ce qu’il resta de la synagogue de Westend, dont l’intĂ©rieur fut dĂ©truit par le pogrom de 1938. Des priĂšres qui se dĂ©roulĂšrent face Ă  quelques survivants et des soldats juifs amĂ©ricains stationnĂ©s dans la ville. En 1948, la ville, ainsi que la rĂ©gion, s’engagĂšrent Ă  subventionner les rĂ©parations. Elle fut donc reconstruite et rĂ©inaugurĂ©e en 1950. Elle accueille aujourd’hui un rite orthodoxe. Une salle se trouvant Ă  l’intĂ©rieur du bĂątiment accueille un rite libĂ©ral.

Le souci d’honorer la mĂ©moire des nombreuses victimes de la Shoah, mais aussi de souligner l’importance de l’histoire juive de Francfort, motiva la crĂ©ation d’une commission qui enquĂȘta sur cette histoire, avec l’aide de des autoritĂ©s locales. Créée en 1961, cette commission inclut Max Horkheimer, le rabbin Kurt Wilhelm et le rabbin Georg Salzberger.

Judengasse. Photo de Jguideeurope 2025

La vie juive renait Ă  Francfort principalement dans les annĂ©es 1980. Un des faits qui marqua cela fut la crĂ©ation d’un centre communautaire Ă  quelques pas de la synagogue Westend . Comme Ă  Vienne, on trouve Ă  Francfort deux musĂ©es : le Judengasse , consacrĂ© Ă  la vie juive mĂ©diĂ©vale et le Judisches , consacrĂ© Ă  la vie juive contemporaine. Ce dernier, amĂ©nagĂ© dans l’ancien Palais Rothschild, fut inaugurĂ© le 9 novembre 1988 en prĂ©sence du chancelier allemand Helmut Kohl, marquant le 50e anniversaire du pogrom de 1938.

En 1987, lors de travaux d’amĂ©nagement effectuĂ©s sur la Borneplatz de Francfort oĂč se situait une des anciennes synagogues, 19 anciennes maisons de la Judengasse furent dĂ©couvertes. Une opposition se manifesta entre la mairie, qui souhaitait y amĂ©nager un immeuble municipal, et des personnes dĂ©sirant prĂ©server ces rares traces de l’ancien ghetto juif. Un compromis fut trouvĂ© et 5 de ces anciens maisons furent incluses dans le musĂ©e Judengasse qui ouvrit en 1992, des habitations qui constituent l’Ă©lĂ©ment central du musĂ©e.

Judisches. Photo de Jguideeurope 2025

Suite Ă  la fin de la guerre Froide, de nombreux juifs d’Europe de l’Est s’établirent Ă  Francfort. On estime aujourd’hui Ă  plus de 6000 le nombre de juifs vivant Ă  Francfort.

En 2021, l’UniversitĂ© Goethe de Frankfort a inaugurĂ© un dĂ©partement d’études juives, nommĂ© en hommage Ă  Martin Buber et Franz Rosenzweig. Une inauguration qui s’est dĂ©roulĂ©e le jour du 143e anniversaire de Buber, lequel avait enseignĂ© jadis dans cette universitĂ© avant d’en ĂȘtre chassĂ© par le rĂ©gime nazi.

Comme ce fut le cas dans de nombreux autres lieux en Europe, les Juifs de Francfort subirent une montĂ©e de l’antisĂ©mitisme au tournant du 21e siĂšcle. Un antisĂ©mitisme de plus en plus violent depuis le pogrom du 7 octobre 2023. Parmi les victimes rĂ©guliĂšres de ces attaques, l’Ă©quipe du Maccabi Francfort. Ce fut le cas Ă©galement lors d’une attaque violente dans le Grunburg Park en aoĂ»t 2025.  

Le Musée Judengasse

Les portes franchies Ă  l’entrĂ©e du musĂ©e et vous plongez dans l’histoire du lieu prĂ©cis. Notamment le jour oĂč la synagogue a Ă©tĂ© brĂ»lĂ©e sur la Börneplatz. Puis, les dĂ©bats concernant le rĂ©amĂ©nagement de cet espace. Une salle prĂ©sente ensuite les Ă©volutions du quartier au fil du temps. D’anciens objets sont prĂ©sentĂ©s, notamment une menorah, une Megilat Esther et la Hagadah de Pessah afin d’expliquer les rituels juifs.

Judengasse. Photo de Jguideeurope 2025

Des panneaux prĂ©sentent les mesures de restriction immobiliĂšres et les fortes taxations imposĂ©es Ă  la population juive lorsqu’elle vivait dans le ghetto. Des dĂ©crets tĂ©moignent de l’Ă©volution du statut des Juifs de Francfort.

ÉlĂ©ment trĂšs intĂ©ressant du musĂ©e, une table sur laquelle est dessinĂ© l’ancien ghetto juif. Munis d’un casque, vous pouvez brancher la prise dans un des trous se rĂ©fĂ©rant aux diffĂ©rentes habitations, institutions et commerces. Des enregistrements racontent la vie au quotidien des Juifs de l’Ă©poque : les lieux, leurs fonctions, mais aussi certains personnages.

Vestiges. Photo de Jguideeurope 2025

Le musĂ©e est sur 2 niveaux. Celui d’en dessous accueille les fondations d’anciennes bĂątisses (maisons, puit, mikvé ) du ghetto et les raisons fondatrices de ce musĂ©e. Des petits livres posĂ©s Ă  cĂŽtĂ© des siĂšges expliquent la vie des juifs d’antan, ainsi que certains rites, comme par exemple la prĂ©paration des matzots. Parmi les objets prĂ©sentĂ©s Ă  ce niveau, certains retrouvĂ©s lors des travaux d’amĂ©nagement du quartier, notamment un coussin de circoncision datant du 18e siĂšcle.

Un espace est dĂ©diĂ© Ă  la littĂ©rature et Ă  la musique avec la prĂ©sentation de 13 anciens parchemins. Parmi eux, un livre du 18e siĂšcle, retrouvĂ© dans une gueniza, Avec un dessin pour illustrer le texte d’un personnage qui fait penser Ă  un petit peu Ă  un super hĂ©ros de Marvel. Parmi les objets trĂšs prĂ©cieux, mahzor du 14e siĂšcle.

Vestiges. Photo de Jguideeurope 2025

Le musĂ©e effectue ici un grand effort pour humaniser la vie ancienne des juifs du ghetto, racontant des histoires personnelles avec des objets qui le sont tout autant. Avec des cartes prĂ©sentant les lieux oĂč ils habitaient, dans cet effort de reconstitution. Ce qui permet de montrer que les traces du passĂ© ne se limitent pas aux pierres. Dans les immeubles qu’elles constituaient et entre les murs se partagĂšrent des Ă©crits, des histoires, des paroles
 par des personnages tantĂŽt en couleurs tantĂŽt pastel, rassurĂ©s ou inquiets selon les Ă©poques.

Ancien quartier juif. Photo de Jguideeurope 2025

En sortant de la salle, des panneaux racontent l’histoire des juifs de Francfort Ă  travers les siĂšcles, rĂ©sumĂ©e Ă  travers quelques photos de lieux et moments emblĂ©matiques. Et d’autres curiositĂ©s dans cette allĂ©e, comme ces tuyaux utilisĂ©s en guise de canalisations.

Pierres du souvenir. Photo de Jguideeurope 2025

Une fois la visite du musĂ©e terminĂ©e, en prenant Ă  droite, vous longez l’enceinte de l’ancien cimetiĂšre juif sur laquelle sont posĂ©es des pierres de souvenirs pour les victimes de la Shoah. Afin de visiter ce lieu, vous devez demander au musĂ©e une clĂ© vous permettant d’y avoir accĂšs. Comme dans l’ancien cimetiĂšre juif de Prague ou d’autres villes allemandes telle Worms, de trĂšs vieilles pierres tombales sont prĂ©sentes.

Ancien cimetiĂšre juif. Photo de Jguideeurope 2025

Entre les deux musĂ©es juifs de la ville se trouve la « nouvelle vieille ville Â», restaurĂ©e aprĂšs la guerre. N’hĂ©sitez pas Ă  prendre le temps de vous y balader pour dĂ©couvrir une forte densitĂ© de monuments : bĂątiments officiels, lieux de culte et musĂ©es.

Vieille ville. Photo de Jguideeurope 2025

Notamment la trÚs belle cathédrale impériale de Francfort avec ses impressionnants orgues.

Orgues de la cathédrale de Francfort. Photo de Jguideeurope 2025

Mais aussi le centre du marché historique de Römerberg avec ses attractions festives été comme hiver, le musée Historique de Francfort, le musée de la Caricature et le musée Goethe.

Musée Goethe. Photo de Jguideeurope 2025

Une plaque de bronze conçue par le tailleur de pierre Uwe Risch, posée en 2000 au 22 Braubachstrasse commémore la persécution des Sinti et des Roms par les nazis.

Plaque commémorative pour les victimes Rom. Photo de Jguideeurope 2025

Le musée Judisches

La visite dĂ©bute au 3e Ă©tage, un nouvel Ă©tage consacrĂ© Ă  la vie contemporaine juive de Francfort. On y est accueilli par un Ă©cran sur lequel on voit diffĂ©rents visages appartenant Ă  diffĂ©rentes gĂ©nĂ©rations. Et puis, en entrant dans la piĂšce, est racontĂ©e l’histoire de ces personnages, avec d’anciennes photos et des objets personnels. Parmi ces photos Ă©mouvantes et Ă©tonnantes, celle de la visite de l’Ă©quipe de hockey sur glace d’Allemagne au Maccabiades de 2017. On les voit poser devant le Mur de JĂ©rusalem en uniforme, dont certains mĂȘmes avec les patins aux pieds !

Photo de l’Ă©quipe de hockey sur glace Ă  JĂ©rusalem. Photo de Jguideeurope 2025

On traverse le 20e siĂšcle. En Ă©voquant les discriminations, l’antisĂ©mitisme, la libĂ©ration de Francfort par les soldats amĂ©ricains, leur travail pour dĂ©nazifier le pays et ses institutions. Mais aussi des histoires personnelles de gens qui ont rĂ©ussi Ă  survivre et ont eu confiance en un retour possible en Allemagne, dans le cadre d’une reconstruction Ă©ventuelle d’une vie juive Ă  Francfort. Parmi les symboles contemporains de cette reconstruction, le Maccabi Francfort, avec ses heures de gloires, mais aussi les attaques antisĂ©mites dont il fut victime et continue de l’ĂȘtre rĂ©guliĂšrement.

Autre thĂ©matique contemporaine complexe abordĂ©e : la restitution des Ɠuvres d’art spoliĂ©es pendant la guerre. Le musĂ©e prĂ©sente l’histoire d’un tableau de Matisse, volĂ© et rĂ©cupĂ©rĂ© bien plus tard


En sortant de la grande salle principale, on arrive sur une sĂ©rie de petites salles. La premiĂšre desquelles raconte comment le bĂątiment fut lĂ©guĂ© par la famille Rothschild afin de servir de musĂ©e juif. Ensuite sont prĂ©sentĂ©s les tableaux du peintre Daniel Moritz Oppenheim. Des Ɠuvres bibliques, dont un impressionnant MoĂŻse, ainsi que celles racontant la vie juive de Francfort au 19e siĂšcle et la grande rencontre entre Mendelssohn Bartholdy et Goethe.

Récits en forme de cartes postales. Photo de Jguideeurope 2025

Les grands esprits n’accouchant pas toujours de grandes idĂ©es. La salle suivante est dĂ©diĂ©e aux phrases antisĂ©mites tristement cĂ©lĂšbres de penseurs rĂ©fĂ©rentiels Ă  travers le temps. Puis, on dĂ©couvre des Ɠuvres d’artistes locaux contemporains, ainsi que la vie d’habitants juif de Francfort au 20e siĂšcle, Ă  travers une sĂ©rie de cartes postales derriĂšre lesquelles est racontĂ©e chaque histoire.

Ask a rabbi. Photo de Jguideeurope 2025

Le 2e Ă©tage du musĂ©e est consacrĂ© Ă  la tradition juive et aux rituels : Un verre de kiddouch, un shofar, deux grandes menoroth et une parokhet. Une autre salle prĂ©sente l’histoire de la pensĂ©e juive Ă  Francfort qui, comme nous l’avons indiquĂ© auparavant, fut assez riche. Et si vous avez toujours des doutes et des interrogations concernant les diffĂ©rents courants de pensĂ©e juive qui sont nĂ©s et qui ont se sont dĂ©veloppĂ©s Ă  Francfort, dans une belle harmonie, vous pouvez « poser une question Ă  rabbin Â». MĂȘlant pensĂ©e biblique et outils technologique, un dispositif vous permet de poser des questions Ă  des rabbins de courants diffĂ©rents sur des thĂ©matiques qui le sont tout autant. Et ainsi Ă©couter leurs paroles enregistrĂ©es sur ces thĂšmes-lĂ , voire de les comparer et de vous nourrir de plusieurs interprĂ©tations.

Kaiserhofstrasse 12. Photo de Jguideeurope 2025

La premiĂšre piĂšce du premier Ă©tage est dĂ©diĂ©e Ă  la famille Senger. Des photos et tĂ©moignages ainsi que le livre Kaiserhofstrasse 12, racontant l’histoire de cette famille d’origine russe et ce qui leur arriva pendant la guerre.

Une autre salle prĂ©sente briĂšvement l’histoire de la dynastie des Rothschild. Ses origines Ă  Francfort et son dĂ©veloppement en Europe, ainsi que toutes les activitĂ©s dans lesquelles la famille s’est investie. Parmi ces activitĂ©s, la principale Ă©tant probablement la tsedaka. Ce terme signifiant « justice Â» et non « charitĂ© Â», comme il est communĂ©ment traduit. Justice de ceux qui ont la chance de rĂ©ussir dans leur domaine, tout en Ă©tant gĂ©nĂ©reux avec autrui par les dons financiers, celui de leur temps et/ou de leur talent. On y dĂ©couvre donc l’histoire des cinq fils Rothschild, mais aussi des femmes de la famille qui ont jouĂ© un grand rĂŽle.

Hommage Ă  Anne Frank. Photo de Jguideeurope 2025

La visite du musĂ©e se termine dans la salle dĂ©diĂ©e Ă  Anne Frank (1929-1945). À l’histoire de la jeune fille et Ă  celle de son pĂšre qui, aprĂšs-guerre, partagea les Ă©crits de sa fille dans une dĂ©marche de Tikoun olam.

D’Est en Ouest

Lors de la tristement cĂ©lĂšbre Nuit de cristal, du 9 au 10 novembre 1938, les nazis dĂ©clenchĂšrent des pogroms dans tout le pays et dĂ©truisirent de nombreuses synagogues, habitations et commerces appartenant Ă  des juifs allemands. Parmi les synagogues dĂ©truites, celle de Friedberger Anlage . Sur les ruines de laquelle les autoritĂ©s firent construire un bunker en 1942. Elle Ă©tait situĂ©e dans le quartier de l’Ostend, dĂ©veloppĂ© au milieu du 19e siĂšcle afin d’accueillir des commerçants et artisans des classes moyennes et populaires.

Synagogue Friedberger. Photo de Jguideeurope 2025

De nombreux juifs s’y Ă©taient installĂ©s dĂšs le dĂ©but du 19e siĂšcle, lorsqu’ils furent autorisĂ©s Ă  sortir du ghetto. Ainsi, vers 1895, les juifs constituĂšrent prĂšs d’un quart de la population du quartier.

AprĂšs la guerre, le bunker fut transformĂ© en lieu de commĂ©moration, avec un espace racontant l’histoire des juifs dans ce quartier du dĂ©but du 19e siĂšcle Ă  la Seconde Guerre mondiale. Sur ses murs, des rĂ©fĂ©rences aux kibbutzim victimes du pogrom du 7 octobre 2023.

Synagogue Baumweg. Photo de Jguideeurope 2025

Si les juifs retournùrent timidement dans l’Ostend aprùs-guerre, ils choisirent plus souvent de s’installer dans le Westend. En effet, seules quelques institutions sociales demeurent dans l’Ostend, ainsi que la synagogue de Baumweg .

Synagogue Westend. Photo de Jguideeurope 2025

Cet ancien immeuble accueillant un jardin d’enfants juifs confisquĂ© par les nazis, devint une synagogue Ă  partir de 1945.

Synagogue Westend. Photo de Jguideeurope 2025

C’est donc le quartier de Westend qui regroupe la majoritĂ© des institutions contemporaines, comme le prĂ©cise le site de la communautĂ© juive de Francfort. La synagogue est indĂ©niablement une des plus belles d’Europe, restaurĂ©e dans la magnificence de son origine quelques dĂ©cennies plus tard.

Synagogue Westend. Photo de Jguideeurope 2025

A quelques centaines de mĂštres au-dessus de la synagogue se trouve le trĂšs beau campus de l’universitĂ© Goethe de Francfort. Avec ses bĂątiments, chacun dĂ©diĂ© Ă  une facultĂ© et ses longues pelouses qui les dessinent, dans un esprit de lĂ©gĂšre insouciance. Un campus Ă  l’amĂ©ricaine avec une pensĂ©e allemande profonde, qui rappelle le campus de Ramat Aviv et celui l’universitĂ© HĂ©braĂŻque de JĂ©rusalem.

L’UniversitĂ© Goethe. Photo de Jguideeurope 2025

Sur la Theodor W. Adorno Platz , nommĂ©e en hommage Ă  un des fondateurs de l’Ă©cole de Francfort, se trouve un bureau, une chaise, une lampe et d’autres objets posĂ©s sur le bureau, le tout sous une cloche de verre. Une Ɠuvre de l’artiste russe Vadim Zakharov, inaugurĂ©e en 2003 afin de marquer les 100 ans du penseur.

Theodor W. Adorno platz. Photo de Jguideeurope 2025

A une vingtaine de mĂštres, une autre Ɠuvre intrigante et symbole de l’ouverture d’esprit et d’échange de la ville et en particulier de son universitĂ©, le « Body of Knowledge Â», créé par l’artiste espagnol James Plensa en 2010, composĂ©e de lettres de diffĂ©rents alphabets.

Body of Knowledge. Photo de Jguideeurope 2025

En remontant la Theodor W. Adorno platz et la Max Horkheimer strasse, Ă  deux kilomĂštres au nord, dans le quartier de Dornbusch, est situĂ© le parc SinaĂŻ. A 300 mĂštres duquel vous verrez, sur la Ganghoferstrasse, l’ancienne maison de la famille d’Anne Frank avant leur dĂ©mĂ©nagement Ă  Amsterdam en 1934.

PremiĂšre maison de la famille Frank. Photo de Jguideeurope 2025

Trois arrĂȘts de tram sĂ©parent l’universitĂ© Goethe de la maison d’Anne Frank, moyen de transport Ă©galement pratique pour revenir au centre-ville.

Tram avec une publicité pour le Maccabi Francfort. Photo de Jguideeurope 2025

Et qui sait, vous serez peut-ĂȘtre dans un tram portant les couleurs du Maccabi Francfort


Cette petite ville possĂšde le mikveh le plus profond d’Allemagne : soixante-douze marches creusĂ©es dans le basalte conduisent Ă  un bassin d’eau vive situĂ© Ă  25 m de profondeur.

Tout en bas, une stĂšle dĂ©diĂ©e au constructeur de ce bain indique l’annĂ©e de son inauguration : 1260.

Escaliers descendant vers les ruines du mikveh de la ville de Friedberg
Mikveh. Photo de K.Augustin – Wikipedia

Une ouverture octogonale dans la coupole gothique, unique source de lumiùre, donne l’illusion que la lune se reflùte constamment dans l’eau sombre.

Autrefois, une communautĂ© importante, elle a Ă©tĂ© dĂ©cimĂ©e pendant la guerre. Parmi les personnalitĂ©s nĂ©es dans la ville, on trouve l’entrepreneur Ernest Oppenheimer.

Plaque sur un mur commémorant les soldats juifs tombés pendant la PremiÚre Guerre mondiale
MĂ©morial pour les soldats juifs. Photo de Christopher Neugerbauer – Wikipedia

Porte de Brandebourg, Berlin. Photo de Thomas Wolf – Wikipedia

Redevenue la capitale de l’Allemagne unifiĂ©e, Berlin est aussi aujourd’hui la ville qui compte la plus importante communautĂ© juive du pays (prĂšs de 11 000 personnes). On est loin, certes, des quelque 170 000 juifs qui y vivaient Ă  la veille de la prise de pouvoir par Hitler en 1933, et on peut lĂ©gitimement penser que les fantĂŽmes de l’histoire erreront encore longtemps dans cette ville qui fut jadis, avec Vienne, un centre majeur de la vie Ă©conomique, intellectuelle et religieuse des juifs de langue allemande. Quelques monuments et des cimetiĂšres (notamment le Weissensee, l’un des plus grands cimetiĂšres juifs d’Europe) ont Ă©chappĂ© aux destructions nazies et aux bombardements alliĂ©s de 1945.

Plaques commémoratives de la ville de Berlin
Plaques commémoratives, Berlin ©Wikicommons (The Profitcy)

La volontĂ© de l’Allemagne nouvelle d’assumer la totalitĂ© de son hĂ©ritage, y compris sa partie la plus sombre et la plus honteuse, et de faire son mea culpa pour les horreurs commises au nom du peuple allemand, a Ă©tĂ© Ă  l’origine de l’édification ou de la réédification de synagogues, de centres communautaires, d’écoles et de monuments du souvenir dans tous les quartiers de la ville.

Berlin – Viens je t’emmĂšne, Lise Gutmann

Le devoir de mémoire

En 1989, la chute du Mur a permis de reconstituer une partie de l’ancien quartier juif de l’Oranienburgerstrasse. InaugurĂ© en 1999,  le MusĂ©e juif de Berlin , a Ă©tĂ© conçu par l’architecte Daniel Libeskind.

Vue extérieure du Musée juif de Berlin construit par Libeskind
Musée juif de Berlin ©flickr (Dominic Simpson)

Plus modestement, Ă  Schöneberg, dans le « quartier bavarois » oĂč vivaient jadis de nombreux juifs, quatre-vingts panneaux ont Ă©tĂ© accrochĂ©s aux lampadaires, sur lesquels sont rappelĂ©es les Ă©tapes de la persĂ©cution des juifs sous le nazisme, ou bien sont imprimĂ©s des extraits de lettres d’habitants du quartier ayant Ă©tĂ© dĂ©portĂ©s.

Dans toute la ville, des plaques commémoratives témoignent de cette vie juive disparue : à Steglitz, par exemple, sur un panneau-miroir de 3,80 m de haut et de 12 m de long, les noms des 3186 juifs habitant le quartier en 1933 ont été gravés.

Passante au Mémorial de la Shoah à Berlin
Mémorial de la Shoah, Berlin © Wikicommons (Jorge Royan)

AprĂšs de longs dĂ©bats, le Parlement allemand a acceptĂ©, le 25 juin 1999, l’édification d’un monument du souvenir de l’Holocauste prĂšs de la porte de Brandebourg; la rĂ©alisation en a Ă©tĂ© confiĂ©e Ă  l’architecte amĂ©ricain Eisenman : il se compose de 2700 piliers de bĂ©ton de diffĂ©rentes hauteurs, et d’un centre d’information sur la persĂ©cution des juifs sous le national-socialisme.

En revanche, les traces de la prĂ©sence ancienne des juifs Ă  Berlin, attestĂ©e dĂšs 1295, c’est-Ă -dire moins de soixante ans aprĂšs la fondation de la ville, ont Ă©tĂ© effacĂ©es soit par les incendies qui ravagĂšrent ce gros village Ă  ses dĂ©buts, soit Ă  l’occasion des diverses expulsions que la communautĂ© subit au cours des siĂšcles, soit enfin dans la tourmente de la Seconde Guerre mondiale.

Oeuvre du Musée juif de Berlin
MusĂ©e juif de Berlin. Photo de Superchilum – Wikipedia

Sur les lieux oĂč les principales institutions de l’appareil de terreur nazi (Gestapo, ReichsfĂŒhrung SS, Sicherheitsdienst) avaient leur siĂšge central, a Ă©tĂ© installĂ©e la fondation Stiftung Topographie des Terrors . Cette institution, financĂ©e par le gouvernement fĂ©dĂ©ral et le Land de Berlin, se propose de faire connaĂźtre in situ le fonctionnement de l’État nazi. En attendant le bĂątiment dĂ©finitif, dont la conception a Ă©tĂ© confiĂ©e Ă  l’architecte suisse Peter Zumthor, la fondation organise des expositions en plein air et des visites guidĂ©es du quartier.

Le Anne Frank Zentrum poursuit le mĂȘme objectif pĂ©dagogique que la Maison d’Anne Frank d’Amsterdam avec une orientation plus marquĂ©e vers l’information en direction des adolescents, Ă©tudiants et lycĂ©ens. Le Centre Anne Frank propose diffĂ©rentes expositions itinĂ©rantes qui permettent de mener Ă  bien un projet dans de nombreuses villes allemandes, permettant d’aider celles-ci Ă  partager de maniĂšre pĂ©dagogique l’histoire de la Shoah.

Entrée du Centre Anne Frank avec un dessin de la jeune fille
Anne Frank Zentrum. Photo de Katharinaiv – Wikipedia

Le centre de Berlin

Jusqu’en 1989, le cƓur historique de Berlin Ă©tait situĂ© sur le territoire de la RĂ©publique dĂ©mocratique allemande (RDA), sĂ©parĂ©e par un mur de la partie occidentale de la ville, depuis 1961. C’est lĂ  que FrĂ©dĂ©ric II le Grand fit construire son palais et que se concentra l’activitĂ© politique et Ă©conomique de la capitale de la Prusse. C’est Ă©galement dans ce quartier que fut Ă©difiĂ©e, en 1714, la premiĂšre synagogue de Berlin (sur la Heidereuterstrasse, aujourd’hui Rosenstrasse). ÉpargnĂ©e lors de la Nuit de cristal, car elle avait dĂ©jĂ  Ă©tĂ© rĂ©quisitionnĂ©e par la poste allemande, elle a Ă©tĂ© complĂštement dĂ©truite par les bombardements de 1945.

L’Oranienburgerstrasse n’est pas Ă  proprement parler un « quartier juif », dans la mesure oĂč les juifs y vivant n’ont jamais dĂ©passĂ© 10 % de la population juive de la ville. Sous l’Empire et Weimar, cette rue du centre de Berlin et les artĂšres avoisinantes Ă©taient le point de ralliement des Ă©migrants juifs de l’Est portant caftans, longues barbes et papillotes, et qui Ă©taient donc plus « visibles» que leurs coreligionnaires allemands assimilĂ©s. La restauration de ce quartier, notamment de la Grande Synagogue, vient d’ĂȘtre achevĂ©e.

Vue extérieure de la grande synagogue de Berlin avec sa coupole
Grande synagogue de Berlin © Creative Commons Zero-CC0

La Grande Synagogue , conçue par l’architecte Eduard Knoblauch dans le style mauresque, trĂšs prisĂ© Ă  l’époque, est inaugurĂ©e en 1866. Elle faisait la fiertĂ© de l’opulente communautĂ© juive berlinoise avec sa coupole dorĂ©e de 50 m de haut et sa capacitĂ© Ă  accueillir 1800 fidĂšles.

Lors de la Nuit de cristal, le 9 novembre 1938, elle ne fut pas dĂ©vastĂ©e grĂące Ă  l’action courageuse d’un brigadier de police, Wilhelm KrĂŒtzfeld qui, avec quelques hommes, fit reculer les hordes de SA en prĂ©tendant que la synagogue avait Ă©tĂ© placĂ©e sous protection policiĂšre en raison des richesses artistiques qu’elle contenait. FermĂ©e par les nazis en 1940, elle fut transformĂ©e en entrepĂŽt, puis gravement endommagĂ©e par un bombardement en 1943.

À la fin des annĂ©es 1980, la RDA, dĂ©sireuse de modifier son image auprĂšs des juifs et d’IsraĂ«l, commença la rĂ©novation de la synagogue et Ă©difia un centre culturel juif Ă  proximitĂ©. Autour de la synagogue, des cafĂ©s et des restaurants, sans ĂȘtre tous casher, servent les boissons et plats traditionnels des juifs de l’Est, auxquels s’ajoutent quelques fleurons de la gastronomie israĂ©lienne.

Vue extérieure du Palais Ephraim à Berlin
Palais Ephraïm, Berlin © Wikimedia Commons (Presse Stadtmuseum)

À la JĂŒdische Galerie sont exposĂ©s des tableaux de peintres juifs issus pour la plupart de l’ex-URSS, ainsi que des objets artisanaux relatifs au culte, neufs ou anciens.

AchevĂ© en 1765, le palais EphraĂŻm appartenait au financier Veitel Heine EphraĂŻm (1703-1775), qui fut le banquier de FrĂ©dĂ©ric II le Grand. DĂ©molie lors de grands travaux d’urbanisme de 1935, la façade rococo est dĂ©montĂ©e et mise Ă  l’abri des bombardements. En 1987, elle est remontĂ©e dans le cadre des opĂ©rations de rĂ©novation du centre de Berlin entreprises par le gouvernement de la RDA. Le palais abrite aujourd’hui une annexe du musĂ©e des Beaux-Arts, comprenant notamment une collection de monnaies anciennes.

Le Klezmer Ă  Berlin
À Berlin-Est, avant la chute du Mur, quelques jeunes musiciens s’étaient mis, par provocation, Ă  jouer de la musique klezmer, ce mĂ©lange de musique juive d’Europe centrale et de jazz amĂ©ricain, issu de la rencontre de ces deux styles dans les quartiers juifs de New York. Cette musique, souterraine du temps du communisme, est devenue trĂšs populaire Ă  Berlin. Le Theater in den Hackeschen Höfen propose, presque tous les lundi et samedi soir, des concerts klezmer.

Charlottenburg – Wilmersdorf

On est ici au cƓur de l’ancien Berlin-Ouest, dont l’artĂšre principale est le KurfĂŒrstendamm. Dans ce quartier, se trouve le Centre administratif de la communautĂ© de Berlin , avec ses institutions sociales et culturelles.

La synagogue de la Pestalozzistrasse a Ă©tĂ© Ă©difiĂ©e en 1912 Ă  l’initiative de Betty Sophie Jacobson, une riche commerçante du quartier.

Immeuble en briques rouges de la synagogue de Berlin
Synagogue Pestalozzistraße. Photo de FLLL – Wikipedia

Le 9 novembre 1938, elle faillit disparaßtre dans un incendie, mais les pompiers éteignirent les flammes, craignant que le feu ne se propageùt aux immeubles alentour.

L’intĂ©rieur de la synagogue n’a subi que de lĂ©gers dommages, et elle a pu ĂȘtre rouverte dĂšs 1946. On y cĂ©lĂšbre aujourd’hui des offices selon le rite libĂ©ral, avec chƓurs mixtes et musique d’orgue.

La synagogue de la Joachimstaler strasse est une ancienne salle de confĂ©rence du B’nai Brith. Des offices de rite orthodoxe y sont actuellement cĂ©lĂ©brĂ©s.

StĂšles du cimetiĂšre juif de Berlin
CimetiĂšre juif sur la Schönhauser Allee. Photo de Joe Mabel – Wikipedia

Le MusĂ©e juif de Berlin prĂ©sente une exposition permanente sur l’histoire des juifs de Berlin, et abrite le fond d’objets d’art, religieux ou profanes, qui Ă©tait conservĂ© dans l’ancien MusĂ©e juif, une institution privĂ©e ouverte jusqu’en 1938. Ce musĂ©e est avant tout remarquable par l’architecture « mĂ©taphorique » de Daniel Libeskind, avec ses façades mĂ©talliques dĂ©chirĂ©es de fentes, Ă©voquant un puissant Ă©branlement dont il aurait Ă©tĂ© victime.

Le cimetiÚre de la Schönhauserallee , inauguré en 1827, renferme les tombes de personnalités qui animÚrent la vie économique et culturelle du Berlin juif de la fin du XIXe et du début du XXe siÚcle, comme les banquiers Gerson von Bleichröder et Joseph Mendelssohn, le musicien Giacomo Meyerbeer, ou le peintre Max Liebermann.

Allée du cimetiÚre de Weissensee à Berlin
CimetiĂšre juif de Weissensee

Avec ses 40 hectares, le Weissensee est l’un des plus grands cimetiĂšres juifs d’Europe. Ouvert en 1880, dĂ©vastĂ© pendant la Seconde Guerre mondiale, il fut rĂ©novĂ© petit Ă  petit par les autoritĂ©s de la RDA. La rĂ©unification accĂ©lĂ©ra cette rĂ©habilitation. Dans l’allĂ©e d’honneur, on trouve les tombes d’éminentes personnalitĂ©s juives du Berlin d’avant-guerre: le philosophe Hermann Cohen, le thĂ©ologien LĂ©o Baeck, les patrons de presse Thedor Wolff et Rudolf Mosse, l’éditeur Samuel Fischer.

La Literaturhandlung est la plus importante librairie juive de tout l’espace germanophone (avec des succursales Ă  Munich et Ă  Vienne). On y trouve Ă©galement des objets rituels (mezouzot, chandeliers, chĂąles de priĂšres
), ainsi que des cartes de vƓux pour les fĂȘtes juives. La galerie d’art Omanut est Ă©galement un lieu culturel intĂ©ressant.

Les cafés et les restaurants ne manquent pas. Salomons Bagels est une minuscule échoppe vouée aux Bagels, cette « sagesse comestible » selon le patron des lieux, Andreas Pfeffer.

La communautĂ© juive de Berlin compte en 2025 plus de 10 000 membres, ce qui en fait la plus nombreuse du pays. Signe de la renaissance et du dĂ©veloppement du judaĂŻsme berlinois, une synagogue est en reconstruction, sur les lieux oĂč elle avait Ă©tĂ© dĂ©truite pendant la Shoah, dans le quartier de Kreuzberg. Elle devrait ĂȘtre inaugurĂ©e en 2026 par Beate Hammett, la fille d’Alexander Beer, l’architecte responsable de la construction de la synagogue originale.

Le 11 novembre 2025, la fondation Neue Synagoge Berlin – Centrum Judaicum a cĂ©lĂ©brĂ© le 30e anniversaire de l’ouverture du Centrum Judaicum dans la nouvelle synagogue partiellement reconstruite de l’Oranienburger Straße. Environ 200 invitĂ©s issus des milieux politiques, culturels, scientifiques et sociaux ont participĂ© Ă  la cĂ©rĂ©monie anniversaire le 11 novembre 2025. La cĂ©rĂ©monie a rendu hommage Ă  l’histoire du bĂątiment et aux personnes qui ont marquĂ© son dĂ©veloppement au cours des trois derniĂšres dĂ©cennies.

Comme dans de nombreuses autres villes oĂč vivent une grande communautĂ© juive, Berlin a connu une forte augmentation des actes antisĂ©mites depuis le pogrom du 7-Octobre.

LiĂšge est une ville connue comme Gand pour sa grande population universitaire, mais aussi pour sa cathĂ©drale, ses gaufres et ses cinĂ©astes, en particulier les frĂšres Dardenne. La prĂ©sence juive liĂ©geoise semble dater du Moyen Age. Des documents du 11e siĂšcle attestent d’un conflit religieux local entre un Ă©vĂȘque et un mĂ©decin juif. Le cas d’un prĂȘtre guĂ©ri par un mĂ©decin juif est mentionnĂ© en 1138. Mais, au fil des siĂšcles suivants, les principales mentions de prĂ©sence juive sont liĂ©es Ă  des conversions locales au christianisme.

Vue extérieure de la synagogue de LiÚge
Synagogue de LiÚge ©flickr (Marc Delforge)

Ce n’est qu’à partir de la prĂ©sence française au 18e siĂšcle que la population juive s’y Ă©tablit durablement. Ainsi, on recense 24 juifs en 1811, puis une vingtaine de familles juives Ă  la fin de ce siĂšcle, principalement originaires des Pays-Bas, du Limbourg hollandais, d’Allemagne et d’Alsace-Lorraine. La plus ancienne tombe situĂ©e dans le cimetiĂšre juif date de cette Ă©poque. La reconnaissance formelle de la communautĂ© juive de LiĂšge n’a lieu qu’en 1876.

Une nouvelle Synagogue de LiĂšge , marquant cette reconnaissance et cette Ă©volution dĂ©mographique, est conçue dans un mĂ©lange de styles par l’architecte Joseph RĂ©mont, et fut inaugurĂ©e en 1899. SituĂ©e Ă  proximitĂ© du Palais des CongrĂšs, classĂ©e aujourd’hui comme monument historique par la RĂ©gion wallonne.

La population juive liĂ©geoise augmente au dĂ©but du 20e siĂšcle suite Ă  l’arrivĂ©e de migrants d’Europe de l’Est travaillant dans le bassin industriel trĂšs prospĂšre de l’époque. Mais aussi d’étudiants belges et français attirĂ©s par la qualitĂ© de son universitĂ© et la vie liĂ©geoise agrĂ©able. En 1914, la communautĂ©, composĂ©e de Hollandais et d’Alsaciens, se voit renforcĂ©e par des juifs russes qui avaient Ă©tĂ© faits prisonniers par les Allemands. Certains d’entre eux s’installent Ă  LiĂšge dĂšs 1917. La haute rĂ©putation internationale de l’École des mines attira de nombreux juifs d’Europe de l’Est entre les deux guerres.

À la veille de la Shoah, il y avait prĂšs de 3000 juifs liĂ©geois. PrĂšs d’un tiers furent assassinĂ©s pendant la Shoah. À la LibĂ©ration, il ne restait plus que 1200 juifs dans la ville. Des monuments de la synagogue commĂ©morent les victimes de la Shoah et rendent aussi hommage aux rĂ©sistants.

Un chiffre qui dĂ©clina au fil du temps, atteignant 594 en 1959. Un sursaut permit Ă  la communautĂ© d’atteindre 1500 personnes en 1968, mais dĂ©clina Ă  nouveau vers 1000 au dĂ©but des annĂ©es 1980. La synagogue sert depuis Ă©galement de lieu de rencontres culturelles.

En raison de l’insalubritĂ© et de la vĂ©tustĂ© des immeubles jouxtant Foyer culturel juif et d’un projet de construction, celui-ci est fermĂ© temporairement depuis 2022.

Des petites communautĂ©s existĂšrent Ă©galement dans les villes environnantes de Seraing et Spa. La premiĂšre en raison des travailleurs du bassin industriel qui s’y Ă©tablirent au dĂ©but du 20e siĂšcle et la seconde dans le cadre des sĂ©jours balnĂ©aires de cette ville connue pour son eau.

Sources, MusĂ©e juif de Belgique, Consistoire, Encyclopaedia Judaica, Politique et Religion : le Consistoire Central de Belgique au XIXe siĂšcle

Michel Kichka a dĂ©diĂ© son plus bel album Ă  son pĂšre, Henri Kichka, Ă  ce tĂ©moignage si lourd Ă  partager de la Shoah et Ă  la (re)construction d’une famille juive de la rĂ©gion liĂ©geoise. Ces derniĂšres annĂ©es, Henri Kichka Ă©tait devenu un inlassable combattant pour le partage du tĂ©moignage de cette expĂ©rience auprĂšs de nombreux lycĂ©ens belges.

Couverture de l'album de Michel Kichka, DeuxiÚme génération, racontant l'histoire de son pÚre pendant et aprÚs la guerre

Jguideeurope : Vous avez partagĂ© votre histoire dans la bande dessinĂ©e DeuxiĂšme gĂ©nĂ©ration. Avec ses moments de bonheur et ses moments sombres liĂ©s Ă  la guerre. Qu’est-ce qui motiva l’installation de votre famille Ă  Seraing ?
Michel Kichka : Mon grand-pĂšre maternel s’y est installĂ© avant la guerre, y a ouvert un commerce de confection, persuadĂ© qu’il y avait de bonnes opportunitĂ©s dans ce cƓur Ă©conomique de la Wallonie. Sa famille a pu se rĂ©fugier en Suisse sous l’occupation, puis est retournĂ©e Ă  Seraing aprĂšs un crochet par Bruxelles. Mon pĂšre et ma mĂšre ont tenu une boutique de fringues Ă  Seraing de 1952 ou 53 jusqu’à 1986.

Quels furent les lieux importants qui, pour vos parents, puis pour vous, évoquaient la culture juive à LiÚge et dans la région ? 
Le Foyer juif de LiĂšge (aujourd’hui, on dirait centre communautaire) oĂč la communautĂ© se retrouvait pour des cĂ©lĂ©brations et pour des rencontres Ă©tait un lieu important. La synagogue de LiĂšge aussi, il n’y en avait qu’une. On y cĂ©lĂ©brait les fĂȘtes, les mariages et les bar et bat mitsva mixtes. Et puis, le Ken (local) de l’Hachomer HatzaĂŻr, situĂ© aux Ă©tages du Foyer.
La communautĂ© Ă©tait trĂšs homogĂšne, majoritairement ashkĂ©naze, composĂ©e de la gĂ©nĂ©ration de mes parents et grands-parents ayant survĂ©cu Ă  la Shoah. La plupart des magasins de mode, hommes et femmes, Ă©taient tenus par des familles juives en plein cƓur de la ville qui, Ă  l’époque de ma jeunesse, portait bien son nom : la CitĂ© ardente !

Dessin issu de l'album DeuxiÚme Génération de Michel Kichka dédié à son pÚre

Que reste-t-il aujourd’hui de cette histoire ?
Un de mes amis d’enfance, Thierry Rozenblum, a publiĂ© un livre Ă  ce sujet, Une citĂ© si ardente : les Juifs de LiĂšge sous l’Occupation (Éditions Luc Pire, 2010). Il travaille en ce moment sur un second. Au fil du temps, la majoritĂ© des familles s’est installĂ©e Ă  Bruxelles.

Michel Kichka, DeuxiĂšme gĂ©nĂ©ration : ce que je n’ai pas dit Ă  mon pĂšre. Éditions Dargaud, 2012.

Charleroi est une ville connue pour avoir Ă©tĂ© un bassin houiller trĂšs important, mais aussi en tant que centre industriel. Depuis le dĂ©clin de ces industries, la ville a investi massivement dans le dĂ©veloppement culturel et est notamment apprĂ©ciĂ©e en tant que centre historique de la bande dessinĂ©e, l’imprimeur marcinellois Jean Dupuis crĂ©ant en 1938 le magazine Spirou.

Vue extérieure de la synagogue de Charleroi
Synagogue de Charleroi. Photo de Jmh2o – Wikipedia

La prĂ©sence juive y est relativement rĂ©cente, une communautĂ© s’y constituant au lendemain de la PremiĂšre Guerre mondiale. Des juifs venus en majoritĂ© d’Europe de l’Est pour travailler dans les mines de charbon de la rĂ©gion, Ă  l’image d’autres arrivants de cette rĂ©gion ou d’Italie Ă  l’époque.

Dans la gĂ©nĂ©ration suivante, les juifs s’intĂšgrent Ă  la ville et Ă  la diversification des mĂ©tiers, notamment dans l’artisanat, atteignant le nombre de 600 familles Ă  la fin des annĂ©es 1930. Une synagogue et des lieux socio-culturels sont ouverts Ă  cette Ă©poque. La Shoah dĂ©cimera une grande partie des juifs carolingiens.

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, une petite communautĂ© se reconstitue, laquelle inaugure une synagogue en 1963, situĂ©e Ă  la rue Pige-au-Croly. Le bĂątiment sert Ă©galement de centre communautaire. Par la suite, le bĂątiment a accueilli un musĂ©e de la MĂ©moire des Justes. Lequel organise des visites pour des groupes scolaires afin de lutter contre la haine et l’oubli.

Une parcelle de cimetiĂšre juif est situĂ©e au cimetiĂšre de Marcinelle , oĂč l’on trouve aussi deux monuments en hommage aux victimes de la Shoah.

En novembre 2023, dans le cadre d’une trĂšs forte recrudescence des actes antisĂ©mites, quatre-vingt-neuf tombes situĂ©es dans le carrĂ© israĂ©lite du cimetiĂšre de Marcinelle ont Ă©tĂ© dĂ©gradĂ©es. De nombreuses Ă©toiles de David ont Ă©tĂ© arrachĂ©es sur des tombes et jetĂ©es dans un coin du cimetiĂšre.

Sources : Consistoire de Belgique

Ostende est une ville balnĂ©aire qui fut trĂšs apprĂ©ciĂ©e des vacanciers britanniques depuis plusieurs siĂšcles, comme en tĂ©moigne par exemple James Joyce. Mais aussi des milieux populaires belges. Le peintre ostendais James Ensor prĂ©sente dans son Ɠuvre les personnages et les paysages de la ville. Ce fut Ă©galement le lieu de naissance du chanteur belge Arno.

Dans cette belle ville cĂŽtiĂšre, la synagogue est trĂšs frĂ©quentĂ©e l’étĂ©. Elle a Ă©tĂ© Ă©difiĂ©e en partie grĂące Ă  de riches financiers. Jusqu’à 300 familles venaient y prier. De cĂ©lĂšbres personnalitĂ©s juives firent des sĂ©jours Ă  Ostende, dont Marc Chagall, Albert Einstein


Vue extérieure de la synagogue de Ostende
Synagoge d’Ostende ©Alec Vuijlsteke

La prĂ©sence juive ostendaise est notĂ©e depuis le 16e siĂšcle, mais se consolide surtout au tournant du 19e. Les autoritĂ©s belges accordent rapidement aprĂšs l’indĂ©pendance du pays la reconnaissance des communautĂ©s juives, dĂšs 1831. NĂ©anmoins, celle d’Ostende ne bĂ©nĂ©ficiera pas de cette reconnaissance, probablement Ă  cause de sa petite taille.

La ville cĂŽtiĂšre attire de nombreux touristes, ainsi que des Belges cherchant une vie plus agrĂ©able, ce qui motive aussi parmi eux certains juifs. Ainsi, Ă  la fin du 19e siĂšcle, quelque 300 familles juives y sĂ©journent pendant la pĂ©riode estivale. Une centaine de juifs y habitent alors. Le 10 dĂ©cembre 1910, la communautĂ© juive ostendaise, reconnue comme telle par les autoritĂ©s depuis 1904, obtient le permis de construire une synagogue. Elle est conçue par l’architecte Joseph De Lange et inaugurĂ©e le 29 aout 1911. De style roman, inspirĂ©e par les synagogues de Francfort, Stuttgart et Strasbourg, elle est situĂ©e place Philippe de Maastricht. Elle peut accueillir jusqu’à 600 personnes. Cette synagogue a la particularitĂ© d’ĂȘtre peu frĂ©quentĂ©e par les juifs. Elle est devenue le lieu de visite favori des touristes, du fait de sa beautĂ© et de ses proportions. Elle est d’ailleurs soutenue par des cotisations de non-juifs. C’est la seule synagogue de Flandre occidentale Ă  possĂ©der une façade sur rue.

La population juive d’Ostende double durant l’entre-deux-guerres. La Shoah fera de nombreuses victimes parmi les juifs ostendais. NĂ©anmoins, la communautĂ© sera reconstruite aprĂšs-guerre et la synagogue toujours maintenue en activitĂ©.

Sources : Consistoire, Politique et Religion : le Consistoire Central de Belgique au XIXe siĂšcle

Dernier vĂ©ritable shtetl d’Europe occidentale, cette ville se caractĂ©rise par l’orthodoxie et l’industrie diamantaire. Environ 80 % des juifs anversois vivaient, il y a 20 ans encore, de l’industrie du diamant, Ă  une Ă©poque oĂč plus de la moitiĂ© de la production mondiale transitait par les quelques rues Ă  proximitĂ© de la gare centrale.

Synagogue Romi Goldmuntz. Photo de Jguideeurope 2023

L’histoire des juifs d’Anvers constitue un grand roman du XXe siĂšcle. Avec ses moments forts, ses Ăąges d’or, mais aussi la guerre et les crises Ă©conomiques et politiques.

SurnommĂ©e la « JĂ©rusalem du Nord » pour ses synagogues et yeshivoth ashkĂ©nazes, Anvers a pourtant Ă©tĂ© d’abord une communautĂ© sĂ©pharade, fondĂ©e en 1526 par des juifs marranes issus du Portugal. La Belgique subissant depuis longtemps les conflits des grandes puissances voisines, le sort des juifs Ă©volua selon les empires entre tolĂ©rance, expulsion, droits civiques accordĂ©s
 Le rattachement de la Flandre Ă  la Hollande avant l’indĂ©pendance de la Belgique en 1830, ainsi que le dĂ©veloppement des ports, favorisa un rapprochement avec la communautĂ© ashkĂ©naze d’Amsterdam.

De 151 juifs en 1829, Anvers en compta 35 000 un siĂšcle plus tard. Cela, principalement suite Ă  la venue de juifs d’Europe de l’Est. Ils prirent une grande part au dĂ©veloppement local de l’industrie du diamant. Cette Ă©volution est principalement due Ă  l’arrivĂ©e de juifs d’Europe de l’Est qui, en se rendant au port d’Anvers dans l’espoir d’embarquer, ont dĂ©couvert les joies de la vie belge et la plupart d’entre eux ont dĂ©cidĂ© de rester. Le musĂ©e de la Red Star Line raconte l’histoire des deux millions de personnes d’origines et motivations diverses qui ont embarquĂ© pour traverser l’ocĂ©an Atlantique.

Les Juifs ont jouĂ© un rĂŽle important dans l’essor de l’industrie du diamant au cours du 20e siĂšcle, en participant Ă  tous les aspects du commerce, en tant qu’ouvriers, vendeurs, inventeurs, bijoutiers
 A tel point, que durant la Seconde Guerre mondiale, Cuba accueillit des juifs rĂ©fugiĂ©s tailleurs de diamants pour dĂ©velopper ce secteur sur l’Ăźle.

Le diamantaire Nuchem Bodner travaillant dans une taillerie de Cuba
Nuchem Bodner, diamantaire anversois Ă  Cuba pendant la guerre. Photo de Steve Krief

Le documentaire Cuba’s Forgotten Jewels rĂ©alisĂ© par Judy Kreith et Robin Truesdale raconte cette fabuleuse histoire de centaines de juifs anversois autorisĂ©s Ă  s’installer Ă  La Havane pour y crĂ©er une taillerie de diamants. Mais, avant cela, ils doivent dĂ©jouer les piĂšges sur le chemin de l’exode, Ă  travers la France, l’Espagne et le Portugal pour embarquer.

Les Ăąges d’or, puisqu’on peut dire que deux gĂ©nĂ©rations en bĂ©nĂ©ficiĂšrent, dans les annĂ©es 1950 puis 1970, tĂ©moignĂšrent d’un formidable dĂ©veloppement de la vie juive Ă  Anvers. Anvers comptait d’ailleurs pendant ces dĂ©cennies le plus grand nombre d’enfants en Ă©cole juive au monde, en dehors d’IsraĂ«l bien entendu. Des Ă©coles qui n’Ă©taient pas que des yeshivot. Au contraire, Ă  l’image de la Tachkemoni, il s’agissait principalement d’Ă©coles sous contrat avec l’Etat. En plus du curriculum classique, les Ă©tudes juives y Ă©taient trĂšs poussĂ©es. La Tachkemoni accueillit jusqu’Ă  1000 Ă©lĂšves. La Jesode Hatora est l’autre principale Ă©cole juive historique d’Anvers, se dĂ©veloppant tout particuliĂšrement ces derniĂšres dĂ©cennies. L’Ă©cole YavnĂ© sut construite dans les annĂ©es 1980 pour accueillir un public du courant Mizrahi.

Depuis quelques annĂ©es, Jan Maes, un de ses anciens directeurs, effectue un travail remarquable pour retrouver les noms de victimes de la Shoah et les inscrire dans l’histoire collective belge. Un monument a d’ailleurs Ă©tĂ© Ă©rigĂ© en souvenir des victimes de la Shoah.

Mémorial de la Shoah. Photo de Jguideeurope 2023

En dehors des grandes fĂȘtes et du secteur diamantaire, les juifs d’Anvers ont longtemps vĂ©cu en deux groupes : d’un cĂŽtĂ© les communautĂ©s orthodoxes et de l’autre, le reste des juifs qui se frĂ©quentaient, allant des athĂ©es jusqu’aux disciples du Rav Kook. Ainsi, les jeunes qui frĂ©quentaient les mouvements de jeunesse Hachomer HatzaĂŻr, Hanoar Hatzioni et BnĂ© Akiva, se retrouvaient aussi aux clubs de sport Maccabi.

Le Maccabi qui eut son heure de gloire avec sa grande Ă©quipe du water-polo dans les annĂ©es 50-60, son Ă©quipe de foot aux victoires marquantes dans les annĂ©es 30 et qui encore dans les annĂ©es 80 atteignit la 4e division belge (un de ses joueurs avait d’ailleurs pour surnom Arsenal, en hommage Ă  son amour pour le foot anglais) et son club de tennis, dont fut issu deux champions nationaux dans les annĂ©es 80.

Le centre Romi Goldmuntz, situĂ© Ă  la Nerviersstraat, Ă©tait Ă©galement un espace social et culturel important, parmi de nombreux lieux et associations dans la ville. Les mariages, bar et bat mitsvoth y Ă©taient souvent cĂ©lĂ©brĂ©s dans sa grande salle jusqu’aux annĂ©es 90. Cet immeuble, de par la diversitĂ© des activitĂ©s a accueilli toutes les gĂ©nĂ©rations. La salle de soirĂ©e, oĂč se dĂ©roulaient Ă©galement des galas et dĂ©filĂ©s se trouvait au rez-de-chaussĂ©e, derriĂšre un cafĂ©-bar et une salle oĂč Ă©tait donnĂ©s des cours de bridge, une des activitĂ©s prĂ©fĂ©rĂ©es de la communautĂ© juive d’Anvers. Au 1e Ă©tage, un restaurant qui accueillait notamment de nombreux Ă©coliers Ă  midi et une salle omnisport oĂč Ă©taient dressĂ©s les tables de ping pong Ă  midi en guise de divertissement aprĂšs le repas et avant la reprise des cours. Et Ă  cĂŽtĂ© une salle pour les cours de karatĂ© et judo. Aux Ă©tages supĂ©rieurs, une salle de jeux pour enfants, un théùtre, une bibliothĂšque et une salle d’expo. Et mĂȘme au sous-sol une boite de nuit qui servait Ă©galement pour les ados y cĂ©lĂ©brant leur bat-mitsva et bar mitsva dans un cadre moins formel que la grande salle.

Depuis 20 ans, l’Ă©volution du secteur diamantaire, avec la disparition des tailleries et le dĂ©placement du centre de gravitĂ© du marchĂ©, motiva un choix plus variĂ© professionnellement pour la plupart des juifs anversois et gĂ©ographiquement pour ceux qui voulaient tout de mĂȘme rester dans le secteur.

La génération marquée par le tennis au Maccabi d'Anvers avec entre autres la championne Sandra Wasserman
Maccabi Tennis à Anvers au début des années 1980

Si le centre Romi Goldmuntz n’est plus en activitĂ© et d’autres lieux comme la librairie de Monsieur Kahane qu’un lointain souvenir, la communautĂ© juive est encore assez prĂ©sente de par ses Ă©coles et mouvements de jeunesse. Elle a quittĂ© le centre-ville et a offert de grands noms au théùtre national.

Il y a six synagogues de rite ashkénaze à Anvers. La plus grande est la Romi Goldmuntz .

La synagogue Shomrei haDas (« des Gardiens de la Loi»), avec plus de 6000 membres, et l’Israelitische Gemeente Van Antwerpen, fondĂ©e en 1904, reprĂ©sentent la communautĂ© de la ville.

Viennent ensuite les communautĂ©s plus orthodoxes, regroupĂ©es dans l’organisation Mahzikai . On y trouve tous les courants du mouvement hassidique, dont les Satmar, les Gourer, les Sanzer, etc. En Europe, seule Londres prĂ©sente encore une telle diversitĂ©, Ă  Stamford Hill.

Synagogue portugaise. Photo de Jguideeurope 2023

Les sĂ©farades se rĂ©unissent dans leur synagogue, Ă  cĂŽtĂ© de Ă  la Bourse du diamant : la synagogue de la communautĂ© israĂ©lite de rite portugais d’Anvers compte environ 300 familles et s’est agrandie avec l’arrivĂ©e de nombreux IsraĂ©liens. Une plaque apposĂ©e sur un mur extĂ©rieur commĂ©more les victimes de l’attentat terroriste de 1981, revendiquĂ© par un groupe palestinien.

La Yiddish Town, encore appelĂ©e « Pelikaan », du nom de l’une de ses principales artĂšres, se trouve autour de la gare centrale. On y trouve divers restaurants-traiteurs dont le nom est gĂ©nĂ©ralement celui de la famille. Ils sont installĂ©s Ă  l’arriĂšre des maisons, ou situĂ©s dans une galerie.

CélÚbre boulangerie Kleinblatt à Anvers servant ses gùteaux
Boulangerie Kleinblatt. Photo de Jguideeurope 2023

À premiĂšre vue, le promeneur non initiĂ© ne se doute pas qu’il faut pĂ©nĂ©trer dans la boucherie pour accĂ©der au Dresdner . Il parcourt ensuite l’arriĂšre-cour en forme de galerie avant de se retrouver dans un petit restaurant moderne. Le vestiaire, avec ses longues redingotes traditionnelles, ses chapeaux noirs, les livres de priĂšres dĂ©posĂ©s Ă  cĂŽtĂ© des tables, tĂ©moignent de la grande orthodoxie du lieu.

Et bien sĂ»r la cĂ©lĂšbre delicatessen anversoise, Hoffy’s , ouvert en 1986, proposant les saveurs ashkĂ©nazes typiques. Et si vous avez le plaisir de visiter la Bourse, vous pourrez y dĂ©guster de trĂšs savoureux plats dans son restaurant, vĂ©ritable institution fondĂ©e par le traiteur Sam qui dĂ©cora de ses plats les banquets de toutes les fĂȘtes pendant des dĂ©cennies.

Anvers compte un nombre important de boucheries, de boulangeries et de magasins spĂ©cialisĂ©s en produits typiquement juifs. N’hĂ©sitez pas Ă  faire vos provisions de gĂąteaux et pĂątisseries chez Kleinblatt et chez Steinmetz .

Autre rĂ©fĂ©rence culinaire proche de la Tachkemoni : Beni falafel , oĂč les jeunes Ă©coliers se ruent depuis des gĂ©nĂ©rations pour y goĂ»ter les falafels dont les nostalgiques parlent encore, en particulier les pitoth gonflĂ©es au fer Ă  repasser. Le dĂ©cĂšs de son fondateur en 2024 marqua profondĂ©ment la communautĂ©.

Beni Falafel. Photo de Jguideeurope 2023

En dehors de ce quartier une autre Ă©tape s’impose. Une promenade dans le quartier du somptueux MusĂ©e Royal des Beaux-Arts vous permettra aussi de dĂ©couvrir la sublime Synagogue hollandaise . Construite par l’architecte Joseph Hertogs en 1893, elle accueille souvent de grandes cĂ©rĂ©monies. FermĂ©es pendant huit ans pour causes de travaux, elle a accueille Ă  nouveau les fidĂšles depuis l’automne 2022.

Si la population orthodoxe habite surtout ce quartier, les autres juifs ont migrĂ© depuis ces mĂȘmes annĂ©es vers les quartiers sud de Berchem, Wilrijk et surtout Edegem. Ce dernier accueille le Chai Center abritant une synagogue et un centre culturel trĂšs actif. De nombreuses communautĂ©s orthodoxes se sont dĂ©veloppĂ©es depuis le tournant du 21e siĂšcle, incarnant aujourd’hui la majoritĂ© des juifs anversois.

Vue extérieure de la Grande synagogue de l'Europe à Bruxelles
Grande Synagogue de l’Europe. Photo de Jguideeurope 2019

Bruxelles, capitale des institutions europĂ©ennes, lieu de fĂȘte apprĂ©ciĂ© des touristes, mais aussi une ville immortalisĂ©e par les nombreuses bandes dessinĂ©es y naissent, demeure une ville Ă©tonnante. Par la cohabitation d’une magnifique ancienne ville, de tours de bureaux, de multiples bars oĂč l’on retrouve l’esprit belge chaleureux. Mais aussi un radicalisme inquiĂ©tant et ses dĂ©rives, comme l’illustra l’attentat terroriste au musĂ©e juif de Belgique en 2014.

La prĂ©sence juive bruxelloise date au moins du 13e siĂšcle. La premiĂšre preuve Ă©crite de cette prĂ©sence est reprĂ©sentĂ©e par un rouleau de Torah datant de 1310. Suite Ă  la Peste noire et aux accusations antisĂ©mites en vigueur Ă  l’époque, les juifs furent pointĂ©s du doigt et massacrĂ©s au milieu du 14e siĂšcle. Leur rĂ©installation fut trĂšs courte, les juifs subissant un nouveau pogrom en 1370, basĂ© sur des accusations mensongĂšres de profanation d’hosties. ConsĂ©quemment, ils ne purent revenir que lors du rĂšgne espagnol sur la rĂ©gion. Seules quelques familles de Marranes y vĂ©curent en attendant.

La renaissance juive bruxelloise se dĂ©roula sous le rĂšgne autrichien au dĂ©but du 18e siĂšcle. La plupart des juifs bruxellois, constituant une soixantaine de personnes, Ă©taient originaires des Pays-Bas. Les conquĂȘtes française et hollandaise qui suivirent n’entravĂšrent pas la rĂ©installation des juifs, ceux-ci furent autorisĂ©s de s’y Ă©tablir librement. Signe de cette Ă©volution, la crĂ©ation de l’école primaire israĂ©lite en 1817 par des intellectuels bruxellois.

Suite Ă  l’indĂ©pendance de la Belgique en 1830 et la Constitution de 1831 garantissant une libertĂ© de culte, Bruxelles devint le centre des Consistoires du pays. Eliakim Carmoly fut le premier Grand rabbin de Belgique, Ă©lu en 1832. La communautĂ© fut alors composĂ©e de juifs originaires des Pays-Bas, d’Allemagne, puis de Pologne et de Russie Ă  la fin du siĂšcle, suite aux menaces et pogroms dans ces pays.

Le rĂ©gime consistorial permit d’établir des demandes d’accĂšs Ă  un lieu de culte, afin de marquer l’enracinement juif bruxellois de cette Ă©poque. Au dĂ©but du 19e siĂšcle, des maisons, situĂ©e d’abord rue aux Choux, puis une rue de la Blanchisserie, servirent de lieux transitoires. Un projet de synagogue rue de Berlaimont, inspirĂ©e par celle de Francfort, vit le jour en 1832 lorsque le Consistoire le prĂ©senta au ministre en charge de ces dossiers. La synagogue fut finalement inaugurĂ©e sur la place de BaviĂšre.

En raison de la vĂ©tustĂ© de l’immeuble de la place de BaviĂšre et de l’augmentation rapide de la population juive dans les annĂ©es 1830, un autre lieu fut envisagĂ©. Des divergences immobiliĂšres et gĂ©ographiques entre les reprĂ©sentants du Consistoire et les autoritĂ©s locales retardĂšrent ce projet.

En 1868, le Consistoire lança un concours de projet pour la construction d’une nouvelle synagogue . Il fut remportĂ© par l’architecte DĂ©sirĂ© De Keyser. Une longue Ă©tude basĂ©e sur les synagogues europĂ©ennes, permit Ă  De Keyser de voir sa proposition d’une synagogue dans un style roman approuvĂ©e par le Consistoire en 1873. Un style marquant notamment la bonne intĂ©gration des juifs bruxellois. Son lieu aussi, rue de la RĂ©gence, dans la vieille ville.

Les juifs habitaient pourtant en grande partie les quartiers populaires situĂ©s Ă  cĂŽtĂ© de la gare du Midi, Ă  Anderlecht et Saint-Gilles. La bonne intĂ©gration leur permit toutefois de vivre graduellement dans des quartiers diffĂ©rents de la ville et la centralitĂ© de cette synagogue semblait alors logique plutĂŽt que de l’installer dans un quartier Ă©loignĂ© des autres.

La synagogue de la RĂ©gence fut inaugurĂ©e le 20 septembre 1878. De style romano-byzantin, inspirĂ© par les synagogues de Lyon et Stockholm. A l’extĂ©rieur, on aperçoit deux tourelles et au centre en hauteur de l’édifice, les Tables de la Loi. Autour de la rosace sont gravĂ©es les noms des douze tribus d’IsraĂ«l. Le temple a une nef de 25 m de hauteur. On peut y admirer Ă©galement vingt-cinq vitraux.

A la veille de la Seconde Guerre mondiale, 30 000 juifs bruxellois vivaient dans la capitale. A l’image des autres communautĂ©s occidentales, celle-ci fut traversĂ©e par des diffĂ©rences d’apprĂ©ciation, voire de vies entre ses diffĂ©rentes composantes : occidentalisĂ©es depuis longtemps pour certaines et d’autres migrations plus rĂ©centes. Ces derniĂšres Ă©tant plus traditionnelles ou Ă  l’inverse, inspirĂ©es par les rĂ©volutions d’Europe de l’Est, marquĂ©es notamment par le dĂ©veloppement et le succĂšs jusqu’à aujourd’hui du mouvement de jeunesse Hashomer Hatzair. Le secteur d’activitĂ© principal fut celui de l’industrie du textile.

Intérieur du CCLJ, centre communautaire de Bruxelles longtemps dirigé par David Susskind
CCLJ

De nombreux juifs s’engagĂšrent sous les drapeaux belges lors de la PremiĂšre Guerre mondiale, simples soldats ou officiers comme le gĂ©nĂ©ral Louis Bernheim, le capitaine Ernest Wiener ou le capitaine Robert Goldschmidt. Autre symbole fort de ce courage, en 1936, 200 juifs de Belgique s’enrĂŽleront dans les Brigades Internationales lors de la guerre d’Espagne.

La concentration dĂ©mographique a malheureusement facilitĂ© le travail des nazis lors de leurs rafles. Au croisement de la rue Émile Carpentier et de la rue des Goujons, se trouve le Monument national aux martyrs juifs de Belgique. Les noms de 23838 victimes sont gravĂ©s dans la pierre. La place sur laquelle il se trouve a Ă©tĂ© rebaptisĂ©e Square des Martyrs Juifs.

Au lendemain de la guerre, la population juive bruxelloise dĂ©clina, avec le nombre de victimes de la Shoah, mais aussi des dĂ©parts vers l’AmĂ©rique du Nord et IsraĂ«l. La ville accueillit quelques milliers de rĂ©fugiĂ©s juifs d’Europe de l’Est. Au dĂ©but des annĂ©es 1960, suite Ă  l’indĂ©pendance du Congo, des juifs qui rĂ©sidaient dans cette ancienne colonie belge s’établir Ă©galement en Belgique, principalement Ă  Bruxelles.

A l’image de la pluralitĂ© des courants juifs bruxellois, le Centre communautaire laĂŻc juif , demeure une des institutions juives majeures aujourd’hui. Il fut fondĂ© en 1959 par des survivants de la Shoah dĂ©sirant transmettre une identitĂ© juive dĂ©marquĂ©e des structures religieuses. De nombreux Ă©vĂ©nements culturels y sont organisĂ©s, dans un esprit d’ouverture et de partage. Mais aussi des programmes Ă©ducatifs afin de lutter contre le racisme et le regain de l’antisĂ©mitisme. Notamment en sensibilisant le public aux autres gĂ©nocides du siĂšcle dernier, en ArmĂ©nie et au Rwanda. Le CCLJ-David Susskind est connu pour son magazine « Regards », fondĂ© en 1965, par Victor Cygelman, Albert Szyper, Jojo Lewkowicz et surtout David Susskind, grande figure de la gauche belge et militant du rapprochement israĂ©lo-arabe.

La Maison de la Culture Juive organise Ă©galement de nombreux Ă©vĂ©nements dans un espace convivial de conversation, de crĂ©ation, de renouveau et de transmission de la mĂ©moire culturelle juive. Cela, dans le cadre de confĂ©rences, Ă©tudes, expos, concerts et ateliers. Mais aussi des cours de langues yiddish et judĂ©o-espagnol. Sans oublier sa cĂ©lĂšbre fĂȘte des musiques juives chaque annĂ©e. Vous pouvez Ă©galement vous inscrire Ă  leurs visites thĂ©matiques dans les quartiers de Bruxelles. La ville compte deux Ă©coles juives, Maimonide (créée en 1946) et GanĂ©nou (1961).

Signe de la diversitĂ© de la communautĂ© juive bruxelloise, de nouvelles synagogues furent inaugurĂ©es aprĂšs-guerre en diffĂ©rents quartiers. Parmi celles-ci les synagogues du quartier populaire de Schaerbeek. De nombreux juifs y vĂ©curent depuis l’entre-deux-guerres, priant dans de petits oratoires. La synagogue sĂ©farade Simon et Lina Haim fut inaugurĂ©e en 1970, au 47 rue des Pavillons, accueillant des populations originaires d’Afrique du Nord et des anciennes communautĂ©s de Rhodes. Une synagogue orthodoxe fut inaugurĂ©e en 1979, situĂ©e au 126-128 rue Rogier. Malheureusement, ces deux synagogues furent mises en vente en 2016. Les juifs anglophones, pour la plupart liĂ©s aux institutions europĂ©ennes, forment un cinquiĂšme de la communautĂ© juive de Belgique. Avec les juifs libĂ©raux francophones, ils assistent aux services de shabbat. La synagogue Beth Hillel est trĂšs frĂ©quentĂ©e pendant les fĂȘtes juives.

La bonne intĂ©gration bruxelloise des juifs, mais aussi les attaques antisĂ©mites motivĂšrent des dĂ©parts vers des quartiers plus surs, comme au sud de la ville Ă  Uccle, privilĂ©giant la sĂ©curitĂ© au nombre de mĂštres carrĂ©s. Ainsi, la synagogue sĂ©farade Etz-Hayim fut fondĂ©e en 1992. Égyptiens, Marocains, Syriens et Irakiens se rĂ©unissent dans ce lieu convivial. C’est dans la commune d’Uccle que se situe le cimetiĂšre de Dieweg , qui accueille un cimetiĂšre juif.

Sous la direction de Michel Dratwa, grand Ă©rudit du monde juif, le MusĂ©e juif de Belgique rĂ©unit une collection importante de documents anciens et modernes illustrant la vie juive. Le musĂ©e fut ouvert en 1990, avenue de Stalingrad. C’est dĂ©jĂ  en 1932 qu’une premiĂšre tentative non fructueuse dans ce sens fut effectuĂ©e par Daniel Van Damme, conservateur du musĂ©e d’Erasme Ă  Anderlecht. En 1938, la Galerie de la Reine prĂ©senta la premiĂšre exposition consacrĂ©e aux Juifs de Belgique, organisĂ©e par Dode Trocki.

Musée juif de Belgique. Photo de Jguideeurope 2023

Le projet fut relancĂ© en 1979, lorsqu’une proposition est faite Ă  Jean Bloch, prĂ©sident du Consistoire, d’organiser une exposition sur l’art et l’histoire du judaĂŻsme belge, dans le cadre des 150 ans de l’indĂ©pendance du pays. Des dĂ©marches furent ainsi entreprises pour pĂ©renniser ce projet et trouver un lieu qui prĂ©senterait au grand public cette histoire. Des locaux temporaires furent trouvĂ©s au 74 avenue de Stalingrad, oĂč la premiĂšre expo fut inaugurĂ©e le 25 octobre 1990.

Le musĂ©e dĂ©mĂ©nagea en 2005 rue des Minimes, dans un lieu plus favorable Ă  l’accueil du public. Un mĂ©cĂ©nat permit d’acquĂ©rir de nombreux objets, notamment par le Fonds Jacob Salik. Le musĂ©e possĂšde diverses archives et une bibliothĂšque, ayant intĂ©grĂ© les fonds des familles Kahlenberg, Misrahi, Souweine, LĂ©vy, Cuckier, Schneebalg-Perelman, Galler-Kozlowitz, Broder, Jospa, Albert, Schnek, Bernheim et Lounsky-Katz. Philippe Blondin est le prĂ©sident du musĂ©e juif de Belgique depuis 2007.

Le musée est actuellement fermé et rouvrira en 2028, suite à de longs travaux. Néanmoins, en attendant, voici comment se présente la visite du musée que nous avons effectué en 2023.

Verres de célébrations accrochés au plafond d'une salle du Musée juif
Verres de célébrations. Photo de Jguideeurope 2023

Au dĂ©but de l’expo permanente consacrĂ©e Ă  l’histoire des juifs de Belgique, on aperçoit des photos historiques, de visites royales mais aussi de donateurs importants tel le baron Lambert qui finança l’ouverture d’une maternitĂ© en 1932. Cette grande famille crĂ©era la Banque Bruxelles Lambert et aidera de nombreuses Ɠuvres caritatives, sociales et culturelles, de ses fondateurs au dĂ©but du 19e siĂšcle Ă  ses descendants Philippe et Marion Lambert.

Les premiĂšres salles permettent au public de se familiariser avec les coutumes juives grĂące Ă  ce genre d’anciennes photos. Mais aussi d’Ɠuvres artistiques comme ces centaines de verres de vin accrochĂ©s au plafond tels des lustres tĂ©moins de tous ces moments de cĂ©lĂ©bration. On y montre des parcours, comme celui de la famille Kilimnik, juifs originaires de Podolie, installĂ©s Ă  Molenbeek en 1921.

SituĂ© Ă  Bruxelles, le musĂ©e met Ă  l’honneur la vie juive de la capitale, de la grande communautĂ© d’Anvers, mais aussi des autres villes, racontant l’histoire, photos Ă  l’appui des communautĂ©s de LiĂšge, Gand, Namur, Ostende, Arlon. Des histoires illustrĂ©es par exemple avec une vieille carte postale de la synagogue d’Arlon ou de sa trĂšs belle parokhet, offerte par les dames de la communautĂ© en 1874. De belles photos d’anciennes synagogues du pays sont prĂ©sentĂ©es, ainsi qu’une maquette de celle de la synagogue portugaise d’Anvers.

Documentaire projeté au Musée sur le 20e convoi
Film projeté sur le 20e convoi. Photo de Jguideeurope 2023

Les fĂȘtes juives sont expliquĂ©es et illustrĂ©es sur les murs du musĂ©e, avec de nombreux objets. Sans oublier la magnifique meguilat Esther de l’artiste GĂ©rard Garouste et la mosaique de Pourim d’Eddy Zucker. Des fĂȘtes basĂ©es sur des rĂ©sistances historiques et parfois cĂ©lĂ©brĂ©es dans un esprit de RĂ©sistance comme cette menorah fabriquĂ©e par Alexandre Gourary dans le camp de dĂ©tention de la Caserne Dossin.

En prenant les escaliers, on aperçoit une photo Ă©mouvante de juifs orthodoxes dans un parc d’Anvers, promenant leurs enfants sur des luges. Les escaliers mĂšnent Ă  l’étage oĂč se trouve Ă  l’entrĂ©e de deux salles le buste de la baronne Clara de Hirsch, une grande philanthrope belge.

La premiĂšre salle prĂ©sente la pĂ©riode de la Shoah en Belgique. L’histoire de la persĂ©cution des juifs dĂ©crite au-dessus de deux valises de dĂ©portĂ©s. Des photos, Ă©toiles jaunes et documents administratifs y figurent. On aperçoit ensuite un mur avec 227 photos des 236 dĂ©portĂ©s qui s’échappĂšrent d’un train, le 20e convoi, qui partit de Malines Ă  Auschwitz en avril 1943. Un documentaire rĂ©alisĂ© par Sarah Timperman et StĂ©phanie Perrin est projetĂ© au fond de la salle et raconte, Ă  l’aide de tĂ©moignages notamment de FĂ©lix Lipszyc, Abraham de Groot, Simon Gronowski et Robert Maistriau, l’hĂ©roĂŻque sauvetage du 20e convoi.

Différents tableaux contemporains présentés au Musée juif de Belgque
Artistes juifs exposés au Musée. Photo de Jguideeurope 2023

La deuxiĂšme salle accueille les Ɠuvres d’artistes juifs contemporains tels AriĂ© Mandelbaum, Sarah Kaliski, Kurt Lewy, Felix Nussbaum, Arno Stern et Kurt Peiser. Des expositions temporaires sont Ă©galement prĂ©sentĂ©es, comme celle rĂ©cemment dĂ©diĂ©e aux femmes marocaines Ă  l’étage au-dessus, ou Ă  l’entrĂ©e du musĂ©e avec celle de photos de Jo Struyven et Luc Tuymans des lieux oĂč s’échappĂšrent les dĂ©portĂ©s du 20e convoi.

Dans la cour intĂ©rieure du musĂ©e, se trouve une plaque en hommage aux victimes de l’attentat terroriste du 24 mai 2014 qui fit quatre victimes : Alexandre Strens (un employĂ© du musĂ©e), Dominique Sabrier (une bĂ©nĂ©vole du musĂ©e) et Emmanuel et Myriam Riva (un couple de touristes israĂ©liens). En mai 2024, dix ans aprĂšs l’attentat, se dĂ©roula une cĂ©rĂ©monie en hommage aux quatre victimes.

A Bruxelles, comme dans de nombreuses villes europĂ©ennes, l’instrumentalisation du pogrom du 7-Octobre par diffĂ©rentes formes d’antisĂ©mitisme s’est matĂ©rialisĂ©e en insultes, menaces et attaques. Une trĂšs grande hostilitĂ© vis-Ă -vis des juifs ou toute dĂ©nonciation des nouvelles formes d’antisĂ©mitisme se faisant particuliĂšrement remarquer dans certaines universitĂ©s


Allée Chantal Akerman. Photo de Jguideeurope 2024

Si tous les chemins mĂšnent Ă  Rome, l’un des plus beaux chemins bruxellois mĂšne par Paris. PrĂšs de l’allĂ©e Chantal Akerman, dans le 20e arrondissement de Paris, rĂ©sidait depuis ses 18 ans une des plus grandes cinĂ©astes de tous les temps. « Ma fille de MĂ©nilmontant Â» comme elle est surnommĂ©e par sa mĂšre Natalia dans « Une Famille Ă  Bruxelles Â», dialogue des mĂ©moires, rĂ©cits et silences. Bruxelles et Paris lui ont consacrĂ© en 2024-5 une belle expo et ses films peuplent encore rĂ©guliĂšrement les salles de par le monde.

Comme Albert Cohen, elle est l’auteure de chefs-d’Ɠuvre de genres bien diffĂ©rents. Avec cette diffĂ©rence peut-ĂȘtre, qu’elle n’a pas eu besoin de rĂ©aliser le Film de ma mĂšre sur le tard, puisque Natalia Akerman est Ă  l’honneur dĂšs le dĂ©but dans l’Ɠuvre de sa fille.

Survivante d’Auschwitz, Natalia, n’en parle pas, partagĂ©e entre le besoin imminent de tenir et de se reconstruire et cette rĂ©silience juive consistant Ă  promettre une meilleure aube pour la gĂ©nĂ©ration suivante. Tout en transmettant force et dignitĂ© Ă  ses filles Chantal et Sylviane.

De son pĂšre Jacob, elles hĂ©ritent de l’humour, le travail consciencieux et la volontĂ© de danser la vie pour virevolter autour des ennuis. Jacob Akerman est commerçant, possĂ©dant une fabrique de vĂȘtements dans le quartier du Triangle et un magasin dans la galerie de la Toison d’Or.

Quant Ă  Bruxelles, elle partage avec les deux jeunes femmes nĂ©es au lendemain de la guerre, son esprit belge bon vivant aux personnages bd, verres et histoires tout en rondeur rondeurs facilitant les embarcations dĂ©bordantes de plaisir, inspirant Ă  sa maniĂšre tant d’histoires aux biĂšres joyeusement renversĂ©es.

L’arriĂšre-grand-pĂšre maternel Polonais de Chantal Ă©tait en route vers les Etats-Unis, tentant de rejoindre le port d’Anvers pour y embarquer. Mais comme pour tant de juifs il rĂ©alisa Ă  quel point on peut ĂȘtre heureux comme un juif en Belgique.

Fresque en hommage au film Jeanne Dielman, 23 quai du Commerce, 1080 Bruxelles. Photo de Jguideeurope 2024

Chantal Akerman nait Ă  Bruxelles en 1950. A 15 ans, elle va voir Â« Pierrot le fou Â» au cinĂ©ma avec son amie et future productrice Marilyn Watelet, amusĂ©es par le titre du film. C’est une rĂ©vĂ©lation et dĂ©sormais la naissance d’une ambition.

Elle rĂ©alise Ă  18 ans le court-mĂ©trage « Saute ma ville Â», soutenue par AndrĂ© Delvaux et Eric de Kuyper. L’histoire d’une ado qui s’enferme dans la cuisine et agit de maniĂšre de plus en plus incohĂ©rente, en jetant tout et cirant ses chaussures puis ses jambes Ă  cĂŽtĂ© d’une boite Manischewitz.

Chantal dĂ©mĂ©nage Ă  Paris aprĂšs le tournage, espĂ©rant y trouver l’inspiration, celle-ci ne lĂąchant plus Chantal Ă  Paris, New York, Bruxelles, Tel Aviv, en Allemagne, en Europe de l’Est et mĂȘme sur la frontiĂšre mexicano-amĂ©ricaine.

A 23 ans, elle rĂ©alise « Je, tu, il, elle Â» avec Niels Arestrup et Claire Wauthion, entre inquiĂ©tudes, errance et retrouvailles d’opĂ©ra des corps. Deux ans plus tard, Chantal entre dĂ©jĂ  et dĂ©finitivement dans la cour des trĂšs grands avec « Jeanne Dilman, 23 quai du Commerce, 1080 Bruxelles Â». Delphine Seyrig mĂšne une vie ultra ordonnĂ©e pour tenir, pour couvrir les silences et blessures, Ă©levant seule son fils. Une vie sans plaisir jusqu’à ce qu’advienne un dĂ©rĂšglement trĂšs inattendu. Une adresse et surtout une Ɠuvre Ă©lue en 2022 meilleur film de tous les temps dans le classement dĂ©cennal Ă©tabli par « Sight and Sound Â», la revue du British Film Institute.

Dans « Pierrot le fou Â», Jean-Paul Belmondo demande Ă  Samuel Fuller de lui dĂ©finir le cinĂ©ma. Le rĂ©alisateur rĂ©pond qu’il s’agit d’un champ de bataille Ă©motionnel. C’est peut-ĂȘtre pour cette raison que Chantal Akerman est une des plus grandes cinĂ©astes de tous les temps. Sa camĂ©ra prĂ©sente amour et humour, chants et silences, pensĂ©es profondes et inquiĂ©tudes lancinantes grĂące Ă  son regard malicieux et doux Ă  la fois. En avance sur son temps, sur notre temps aussi, entre la reconstruction d’une gĂ©nĂ©ration et la quĂȘte du plaisir et de l’affirmation de soi de leurs enfants, lesquels craignent le retour des temps sombres. Sylviane Akerman, la sƓur de Chantal, prĂ©serve aujourd’hui sa mĂ©moire, notamment Ă  travers une fondation.

En 2023, une fresque Ă  l’effigie de Jeanne Dielman, personnage principal du film « Jeanne Dielman, 23, quai du commerce, 1080 Bruxelles » a Ă©tĂ© dĂ©voilĂ©e Ă  Bruxelles en hommage Ă  Chantal Akerman. La fresque a Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©e par l’artiste Alba Fabre SacristĂĄn et se trouve sur la façade d’une maison situĂ©e Ă  l’angle du quai aux Barques et de la rue Saint-AndrĂ©, prĂšs du quai du Commerce.

Sources : Encyclopaedia Judaica, Politique et Religion : le Consistoire Central de Belgique au XIXe siĂšcle, Les Juifs de Belgique : de l’immigration au gĂ©nocide (1925-1945), MuseOn, RTBF

Statue de Spinoza devant sa maison dans la ville de La Haye
Maison de Spinoza et sa statue Ă  La Haye. Photo de MLWatts – Wikipedia

La monumentale synagogue ashkĂ©naze a Ă©tĂ© vendue Ă  la municipalitĂ© qui l’a mise Ă  la disposition d’une congrĂ©gation turque musulmane ; elle est devenue la mosquĂ©e Al-Aqsa.

La communautĂ© ashkĂ©naze avait ensuite fait l’acquisition Ă  La Haye d’une ancienne Ă©glise protestante dans le quartier de Bezuidenhout et l’avait transformĂ©e en synagogue, ainsi qu’en centre communautaire.

Comme son entretien coĂ»tait trop cher, elle fut transformĂ©e en immeuble d’habitation, dont le rez-de-chaussĂ©e seulement sert aujourd’hui de synagogue et de centre communautaire .

Entrée de l'immeuble moderne accueillant la synagogue libérale de La Haye
Synagogue libĂ©rale de La Haye. Photo de Familieman – Wikipedia

Le cimetiĂšre de Scheveningseweg oĂč ont Ă©tĂ© cĂ©lĂ©brĂ©s les premiers enterrements juifs vers 1700, a Ă©tĂ© restaurĂ©.

Une statue de Spinoza a Ă©tĂ© Ă©rigĂ©e en face de la maison oĂč il a passĂ© la derniĂšre partie de sa vie et Ă©crit ses principales Ɠuvres philosophiques, aprĂšs avoir Ă©tĂ© banni de la communautĂ© juive pour ses « opinions hĂ©rĂ©tiques ».

En 1673, il se vit offrir la chaire de philosophie de l’universitĂ© d’Heidelberg, mais en devant respecter la condition de cesser ses attaques contre la religion, mais il dĂ©clina l’offre et prĂ©fĂ©ra continuer Ă  Ă©tudier dans sa retraite.

Rencontre avec Marie-ThérÚse Daniëls-Dirven, directrice de la Maison Spinoza à La Haye.

Jguideeurope : D’oĂč viennent la plupart des visiteurs? Avez-vous Ă©tĂ© tĂ©moin de quĂȘtes diffĂ©rentes selon le pays d’origine?
Marie-ThĂ©rĂšse DaniĂ«ls-Dirven : Depuis juillet 2018, Domus Spinozana est ouvert le lundi aprĂšs-midi. La plupart des visiteurs viennent d’un intĂ©rĂȘt antĂ©rieur pour Spinoza. Certains sont des Ă©tudiants Ă©trangers rĂ©sidant Ă  La Haye ou des Ă©tudiants Ă©trangers. Mais il y a aussi des touristes de passage, jeunes et vieux, qui planifient leur voyage aux Pays-Bas longtemps Ă  l’avance. Ils veulent voir tout ce qui concerne Spinoza. Pour ces visiteurs, nous sommes heureux de prendre rendez-vous un autre jour que le lundi si cela leur convient mieux. Des visiteurs venant d’aussi loin que la CorĂ©e, le Japon et la Chine…
Il est difficile de dire si les motivations varient selon le pays d’origine. Ce que l’on peut dire avec certitude, c’est que la grande diversitĂ© des visiteurs montre comment Spinoza, avec son encouragement Ă  penser par soi-mĂȘme et son plaidoyer pour une libertĂ© d’expression illimitĂ©e inspire des personnes de toutes nationalitĂ©s.

Vue extérieure de la Maison Spinoza à La Haye
Maison Spinoza

Comment le patrimoine de Spinoza est-il conservé et restauré ?
La maison de Spinoza, connue sous le nom de Domus Spinozana, a Ă©tĂ© construite en 1646 par Jan van Goyen, un peintre paysagiste bien connu de l’Ă©poque. Quelques annĂ©es plus tard, la maison Ă©tait occupĂ©e par Jan Steen et son Ă©pouse Grietje, la fille de Jan van Goyen. Hendrick van der Spyck Ă©tait le propriĂ©taire de Spinoza.
Spinoza a vĂ©cu dans le grenier de la maison pendant les 7 derniĂšres annĂ©es de sa vie et y est mort le 21 fĂ©vrier 1677, Ă  l’Ăąge de 44 ans. C’est dans cette maison que Spinoza a achevĂ© son texte Ethique en 1675, qui a Ă©tĂ© publiĂ© aprĂšs sa mort.
Actuellement, seule la salle de lecture du rez-de-chaussĂ©e est ouverte au public les lundis aprĂšs-midi de 14h Ă  16h. L’espace est conçu pour les universitaires et les Ă©tudiants. Ici, on peut consulter un livre, parler au gardien ou simplement respirer l’atmosphĂšre de ce bĂątiment historique.
Notre site Web, www.spinozahuis.nl comprend une visite virtuelle de lieux liés à Spinoza de La Haye.

Vue intérieure de la salle de lecture à la Maison Spinoza à La Haye
Salle de lecture

Amsterdam a beaucoup apportĂ© aux juifs, et rĂ©ciproquement. La ville a ainsi conservĂ© dans son langage, sa gastronomie et son humour des traits typiquement juifs. C’est ainsi que mazel (« bonne chance ») ou meshuga (« fou ») font dĂ©sormais partie de son dialecte, de mĂȘme qu’elle a adoptĂ© le hareng et les oignons au vinaigre, le saucisson de bƓuf et le fromage blanc


Canaux d’Amsterdam. Photo de Jguideeurope 2023

À lui seul, le MusĂ©e historique juif nĂ©cessite quasiment une demi- journĂ©e. Depuis 1987, ce musĂ©e, qui permet d’explorer les coutumes juives, les fondements religieux du judaĂŻsme et du sionisme, ainsi que la vie des sĂ©farades et des ashkĂ©nazes hollandais aux siĂšcles passĂ©s, se trouve dans l’enceinte d’un complexe formĂ© par quatre synagogues, qui servirent au culte jusqu’en 1943 et furent vendues Ă  la municipalitĂ© d’Amsterdam en 1955.

MusĂ©e juif d’Amsterdam. Photo de Jguideeurope 2023

Notez que le musée organise des visites guidées de la ville et de son passé juif.

En 1943, les propriétés de ce musée furent acheminées à Offenbach, en Allemagne. Moins de 20 % des biens volés furent récupérés aprÚs la guerre par le gouvernement néerlandais.

L’assemblage de ces quatre vieilles synagogues Ă  l’aide de constructions de verre et de mĂ©tal est d’ailleurs destinĂ© Ă  rappeler cette rupture dans l’histoire juive et dans celle d’Amsterdam, avec le massacre de la majoritĂ© des habitants juifs de la ville pendant la Seconde Guerre mondiale.

Grande synagogue d’Amsterdam. Photo de Jguideeurope 2023

La Grande Synagogue fut inaugurĂ©e en mars 1671 par la communautĂ© ashkĂ©naze, qui venait de renoncer aux fallacieux espoirs suscitĂ©s par le faux messie SabbataĂŻ Zevi. À la place initiale de la bimah, s’élĂšvent aujourd’hui des vitrines contenant des objets rituels en argent. L’arche d’alliance, tout en marbre, a Ă©tĂ© restaurĂ©e, de mĂȘme que les tribunes rĂ©servĂ©es aux femmes ou aux hommes et le mikveh. Par manque de place, trois autres synagogues furent ensuite construites Ă  cĂŽtĂ© : Obbene Sjoel (1685), Dritt Sjoel (1700) et la Nouvelle Synagogue (1752).

Outre l’exposition de nombreux objets de culte et d’Ɠuvres d’art, le musĂ©e prĂ©sente Ă©galement des documents retraçant l’histoire des deux communautĂ©s juives et des personnages qui les ont marquĂ©es, tel Jonas DaniĂ«l Meijer (1780-1834), qui fit carriĂšre comme avocat et haut fonctionnaire, et tenta d’amĂ©liorer le sort des juifs pauvres Ă  Amsterdam. À l’issue de cette visite, explorez l’ancien quartier juif, en suivant l’itinĂ©raire ci-aprĂšs, qui reprend en grande partie celui que propose le musĂ©e.

Eglise MoĂŻse et Aaron. Photo de Jguideeurope 2023

AprĂšs avoir traversĂ© la Mr Visserplein , du nom de Liuis Ernest Visser, prĂ©sident de la Haute Cour en 1939 qui s’employa activement Ă  dĂ©fendre les droits des juifs pendant l’Occupation, vous passerez devant l’église catholique MoĂŻse et Aaron (qui doit son nom aux petites statues qui ornaient sa façade et qui se trouvent dĂ©sormais sur le mur arriĂšre). À gauche, pĂ©nĂ©trez dans la  Jodenbreestraat . Du XVIIIe siĂšcle Ă  la Seconde Guerre mondiale, la Grand’rue des Juifs fut l’artĂšre principale du quartier juif. En 1965, la partie nord fut dĂ©truite et la rue dĂ©figurĂ©e.

Au n° 4-6 de la Jodenbreestraat, se dresse la maison de Rembrandt. Le cĂ©lĂšbre peintre n’était pas juif, mais il travailla et habita dans cette maison du quartier juif de 1639 Ă  1658. Il logeait au rez-de-chaussĂ©e avec sa femme Saskia Van Uylenburg, qui y mourut, puis avec Hendrickje Stoffels, son second grand amour. Le peintre rĂ©alisa dans l’atelier du premier Ă©tage la plupart de ses tableaux. Ses cours se tenaient au grenier.

Jodenbreestraat. Photo de Jguideeurope 2023

La maison de Rembrandt , restaurĂ©e de 1907 Ă  1911 et dĂ©corĂ©e de meubles et d’objets du XVIIe siĂšcle, prĂ©sente de nombreux dessins et la quasi-totalitĂ© des eaux fortes de l’artiste (250 sur les 300 qu’il a exĂ©cutĂ©es), dont des autoportraits, des Ă©tudes de nus, de vagabonds et des scĂšnes de famille.

Musée Rembrandt. Photo de Jguideeurope 2023

L’influence de son environnement juif est visible dans son Ɠuvre. Rembrandt demandait souvent Ă  des habitants du quartier de poser pour ses scĂšnes bibliques. Plusieurs riches juifs lui demandĂšrent Ă©galement de faire leur portrait. Vous admirerez un portrait de Menasseh ben Israel, rabbin et Ă©crivain qui habita longtemps en face du peintre. Celui-ci illustra aussi plusieurs de ses livres.

Musée Rembrandt. Photo de Jguideeurope 2023

Parmi les scĂšnes bibliques, sont exposĂ©es des gravures comme Le Sacrifice d’Abraham (1635), Jacob et Benjamin (1637), Le Triomphe de MordecaĂŻ (1641), Abraham et Isaac (1645) et David et Goliath (1655).

Le Rijksmuseum qui se situe dans un autre quartier, Ă  Stadhouderskade, prĂ©sente Ă©galement, outre la cĂ©lĂšbre Ronde de nuit, un nombre significatif de peintures de Rembrandt inspirĂ©es par la culture juive, dont La MariĂ©e juive et Les Lamentations de Jeremiah. On y trouve par ailleurs Une synagogue portugaise d’Emmanuel de Witte et Mariage juif de Kosf Israels.

Rijksmuseum. Photo de Jguideeurope 2023

En sortant de la maison de Rembrandt, traversez le St. Antonibrug, petit pont donnant sur la St. Antoniebreestraat, qui offre un trĂšs beau panorama d’Amsterdam. Vous apercevrez au loin la tour Montelbaan et son clocher dĂ©coratif en bois. C’est ici que dĂ©barquĂšrent, dit-on, les premiers rĂ©fugiĂ©s juifs en provenance d’Espagne et du Portugal.

Au 69 de la St. Antoniebreestraat , se trouve la maison qu’un riche marchand juif portugais, Isaac de Pinto, acheta en 1651 pour la somme considĂ©rable de 30000 florins. Il la fit remanier en 1680 selon les plans d’Elias Bouman, dans le style Renaissance italienne, avec une façade crĂšme comportant six pilastres imposants, coiffĂ©s par une balustrade aveugle qui cache le toit. Cette demeure, sans doute la plus belle du quartier, est Ă  l’origine de l’expression « aussi riche que de Pinto ». En partie dĂ©truite pendant l’Occupation, tandis que la plupart de ses occupants pĂ©rissaient dans l’Holocauste, elle fut restaurĂ©e en 1975. SauvĂ©e de la dĂ©molition grĂące Ă  une campagne de protestation qui permit de rĂ©habiliter tout le quartier, dĂ©sormais rĂ©sidentiel, elle abrite aujourd’hui une bibliothĂšque publique. PĂ©nĂ©trez Ă  l’intĂ©rieur pour admirer les oiseaux et angelots des peintures de son plafond d’origine.

Revenez en arriĂšre vers le St. Antonibrug, tournez Ă  droite avant d’ĂȘtre Ă  la hauteur de la maison de Rembrandt : vous arrivez au marchĂ© aux puces de Waterlooplein . À cet endroit, se trouvait le marchĂ© du quartier juif Ă  compter de 1886. Le comblement de deux canaux permit de crĂ©er, au cƓur du Jodenbuurt, cette grande place qui s’étend sur le site d’une ancienne Ăźle artificielle, entre l’actuel hĂŽtel de ville et l’opĂ©ra. À l’origine, les juifs n’avaient pas le droit de tenir des commerces de dĂ©tail, ils achetaient et vendaient donc dans la rue. Le marchĂ© avait lieu tous les jours sauf le samedi. Beau- coup moins pittoresque aujourd’hui, il regroupe surtout des marchands de vĂȘtements d’occasion, de tissus africains et de bijoux indonĂ©siens.

En continuant tout droit, avec le canal à main droite, vous rencontrez un mémorial en marbre noir, de 1988, commémorant la résistance juive durant la Seconde Guerre mondiale.

Mémorial de la Shoah. Photo de Jguideeurope 2023

Tournez sur votre gauche et suivez sur 200 m la riviĂšre Amstel : juste avant le pont Blauwbrug, un coup d’Ɠil sur la gauche vous permettra de voir le tracĂ© d’une maison devant le Musiektheater. C’était lĂ , qu’avant guerre, se trouvait l’orphelinat de garçons, Megadlei Yetomim, qui prit en charge les orphelins de la communautĂ© ashkĂ©naze Ă  partir de 1738. En mars 1943, les enfants qui s’y trouvaient furent dĂ©portĂ©s au camp de concentration de SobibĂłr.

Traversez la rue Ă  cet endroit et continuez le long de la riviĂšre, Ă  votre droite. Tournez Ă  gauche juste avant le pont de bois (Walter SĂŒsskindbrug) pour atteindre le Nieuwe Herengracht. Pendant la guerre, Walter SĂŒsskind se servit de sa situation de membre du Conseil juif pour sauver un grand nombre d’enfants de la dĂ©portation. Une plaque commĂ©morative Ă  son nom est placĂ©e de l’autre cĂŽtĂ© du pont.

Marchez jusqu’au bout du Nieuwe Herengracht, habitĂ© par des juifs aisĂ©s au XIXe siĂšcle, puis tournez Ă  droite pour traverser le Vaz Diasbrug, pont qui porte le nom d’un cĂ©lĂšbre journaliste d’origine juive portugaise. Vous ĂȘtes sur la Weesperstraat. À une cinquantaine de mĂštres de lĂ , se trouve un petit square avec un monument Ă  la mĂ©moire de « ceux qui protĂ©gĂšrent les juifs hollandais durant les annĂ©es d’Occupation ». Conçu par le sculpteur J. Wertheim, il fut inaugurĂ© en 1947.

Tournez Ă  droite au pont suivant pour arriver au Nieuwe Kaisersgracht. Pendant la guerre, les juifs le surnommaient « le canal des nouveaux martyrs ». C’est au n° 58 que se trouvait le siĂšge du Conseil juif : pas plus que dans les autres pays occupĂ©s, cette assemblĂ©e imposĂ©e par les nazis ne parvint Ă  ralentir la mise en Ɠuvre de la Solution finale, quoi qu’aient pu en penser les notables juifs qui acceptĂšrent d’en faire partie.

Revenez dans la Weersperstraat, tournez Ă  droite et suivez cette rue jusqu’au dĂ©but de la Nieuwe Kerkstraat. LĂ , tournez Ă  gauche. Anciennement habitĂ©e par des juifs portugais, elle Ă©tait Ă©galement connue sous le nom de « Rue juive de l’église ». Au n° 127, oĂč est actuellement installĂ© un commerce de vin et de limonade, se trouvait la morgue (Metaarhuis) rattachĂ©e Ă  l’hĂŽpital du Nieuwe Kaisersgracht. Les corps y Ă©taient nettoyĂ©s selon les rituels juifs. On disait Ă  l’époque : « On entre par Kaisersgracht et on sort par Kerkstraat. »

Un peu plus loin, au n° 149, se trouvait une synagogue fondĂ©e par des juifs russes, la shoul russe. Vous distinguerez, sur la façade de l’immeuble, une vitre ronde en verre teintĂ© avec une Ă©toile de David. Juste Ă  cĂŽtĂ© se trouvait la synagogue des Marins, sans doute ainsi nommĂ©e parce que bon nombre de juifs hollandais durent aller travailler en mer pendant la rĂ©cession Ă©conomique de la fin du XVIIIe siĂšcle.

Traversez le pont au bout de la Nieuwe Kerkstraat (Ă  gauche). Vous vous tenez Ă  prĂ©sent sur le Lau Mazirelbrug, du nom d’un avocat qui s’opposa au recensement obligatoire des juifs pendant la guerre et participa Ă  l’attaque des bureaux oĂč se trouvaient les registres contenant le nom de tous les juifs.

Vous pĂ©nĂ©trez maintenant dans le quartier de Plantage, qui Ă©tait un lieu de dĂ©tente Ă  l’extĂ©rieur de la ville. CafĂ©s, salons de thĂ©, théùtres, foisonnaient dans cette pĂ©riphĂ©rie oĂč s’installĂšrent de nombreux juifs aisĂ©s. En 1924, prĂšs de la moitiĂ© des habitants de Plantage Ă©taient juifs.

Descendez la Plantage Kerklaan jusqu’aux feux de signalisation et tournez Ă  gauche dans la Plantage Middenlaan. ImmĂ©diatement Ă  votre gauche se trouve l’ancien théùtre Hollandsche Shouwburg, l’un des plus importants mĂ©moriaux consacrĂ©s aux victimes juives de la Seconde Guerre mondiale en Hollande.

Hollandsche Schouwburg. Photo de Jguideeurope 2023

Le théùtre Hollandsche Schouwburg oĂč se produisaient avant guerre des comĂ©diens hollandais connus comme Esther de Boer Van Rijk, Louis de Vries et sa compagnie, ou encore Herman Heyermans, fut rĂ©quisitionnĂ© en 1942 par les Allemands. Ils y parquĂšrent les juifs qui devaient ĂȘtre dĂ©portĂ©s dans un premier temps vers le camp de transit de Westerbork, puis vers des camps de concentration. Depuis 1962, ce bĂątiment sert de mĂ©morial. On peut y lire gravĂ©s les noms des 7 600 familles auxquelles appartenaient les 104 000 juifs qui ne revinrent pas des camps. Y sont prĂ©sentĂ©s des documents, des photographies et des films montrant les mesures d’isolement prises graduellement contre les juifs pendant l’occupation du pays.

Pour tenter d’amener « en douceur » les Hollandais Ă  considĂ©rer les juifs comme des ĂȘtres diffĂ©rents, les exclusions se firent progressivement, allant de l’interdiction de rouler Ă  bicyclette (un mode de vie typique- ment hollandais) ou d’aller Ă  la pĂȘche, jusqu’à celle de pĂ©nĂ©trer dans n’importe quel lieu public. Les Hollandais furent priĂ©s de dĂ©clarer qu’ils Ă©taient totalement aryens et, dans le cas contraire, furent licenciĂ©s de leur emploi et durent envoyer leurs enfants dans des Ă©coles pour juifs. Les premiĂšres dĂ©portations intervinrent en mai 1942, et furent prĂ©sentĂ©es comme des dĂ©parts vers des « camps de travail » en Europe de l’Est. Les juifs, qui s’étaient laissĂ©s recenser, Ă©taient convoquĂ©s par ordre alphabĂ©tique et regroupĂ©s ici. Les Allemands prenaient Ă©galement la peine d’effectuer des « descentes» dans les quartiers Ă  forte concentration juive pour amener de force les rĂ©calcitrants. En l’espace d’un an, plus de 60 000 juifs furent entassĂ©s dans ce théùtre dont on avait enlevĂ© tous les fauteuils et qui, au cours des tout premiers temps de l’Occupation, avait Ă©tĂ© rĂ©servĂ© Ă  un public juif et Ă  des acteurs juifs qui n’avaient pas le droit de se produire sur une autre scĂšne.

En sortant, revenez vers les feux de signalisation et tournez Ă  gauche dans la Plantage Kerklaan. L’immeuble situĂ© au n° 36 Ă©tait le siĂšge des registres de la ville pendant la guerre. La plaque qui s’y trouve commĂ©more l’attaque des bureaux, le 27 mars 1943, par un groupe de rĂ©sistants qui tenta de dĂ©truire les registres. Cette initiative Ă©choua car les dossiers Ă©taient trop denses et trop bien ficelĂ©s pour brĂ»ler rapidement. Douze membres du groupe, dont plusieurs Ă©taient juifs, furent pris et exĂ©cutĂ©s.

Un peu plus loin dans la rue, se trouve l’un des plus vieux zoos du monde, Artis, qui fit pendant plus de 125 ans les dĂ©lices des habitants du quartier, notamment les jours de shabbat (les visiteurs ne payaient que le lendemain quand ils n’avaient pas une carte forfaitaire).

Plus avant, au n° 61, se situe Plancius, un immeuble de 1876 Ă  la façade artistiquement dĂ©corĂ©e, qui fut le siĂšge de groupes musicaux et de compagnies théùtrales. Il fut Ă©tabli Ă  l’initiative d’une chorale juive, Oefening Baart Kunst (« De la pratique naĂźt l’art »). Une Ă©toile de David sur son fronton rappelle les origines culturelles de cet Ă©difice. À la fin du XIXe siĂšcle, alors que le socialisme gagnait du terrain chez les juifs, il devint Ă©galement un lieu de rĂ©union, oĂč le grand leader juif, fondateur du syndicat des ouvriers du diamant, Henri Polak, prit notamment la parole.

C’est au rez-de-chaussĂ©e de cet immeuble que s’est installĂ©, depuis 1999, le musĂ©e de la RĂ©sistance hollandaise. Ce Verzetsmuseum est un musĂ©e qu’il faut absolument visiter.

Objets de la Seconde Guerre mondiale parmi lesquels des affiches présentés au musée d'Amsterdam
Verzetsmuseum, Amsterdam. Photo de Cezary p – Wikipedia

Le Verzetsmuseum propose une exposition permanente d’une richesse exceptionnelle, ainsi que d’autres temporaires. Il permet de prendre conscience des choix et des dilemmes auxquels fut confrontĂ© l’ensemble des citoyens hollandais sous l’occupation nazie. Qui fit vraiment de la rĂ©sistance ? De quelle façon ? L’exposition relate les grĂšves et les actions allant de l’espionnage au sabotage, en passant par la confection de tracts et journaux clandestins. Les photos sur les murs recrĂ©ent le climat de l’époque, de mĂȘme que les objets (bicyclettes, postes de radio, tĂ©lĂ©phones, imprimerie
) datant de la guerre. Des lettres et des films authentiques permettent de suivre la vie quotidienne de ceux qui furent envoyĂ©s dans le camp de Westerbork. Des tĂ©moignages audios donnent la parole aux Hollandais qui aidĂšrent des juifs Ă  se cacher, mais aussi Ă  ceux qui n’en eurent pas le courage. TrĂšs impressionnant, un petit film de 1942 montre la vie Ă  l’intĂ©rieur du camp de transit de Westerbork, administrĂ© par les juifs eux-mĂȘmes (travail, sport, administration), et les dĂ©parts de ce camp vers Auschwitz, avec des prisonniers entassĂ©s dans des wagons sur lesquels on peut lire en toutes lettres « Westerbork-Auschwitz », une ligne de chemin de fer en quelque sorte « rĂ©guliĂšre ». D’ailleurs, le musĂ©e a conservĂ© plusieurs de ces plaques.

Revenez ensuite sur vos pas et tournez Ă  droite dans la Henri Polaklaan. Cette rue porte le nom du fondateur du Syndicat gĂ©nĂ©ral des Travailleurs hollandais du diamant (ANDB). FondĂ©e en 1894, l’ANDB fut le premier syndicat moderne des Pays-Bas. Auparavant, il y avait des associations de travailleurs du diamant mais chaque corporation (tailleurs, polisseurs
) Ă©tait indĂ©pendante et ne regroupait pas plus de 200 membres. En outre, juifs et non-juifs se rĂ©unis- saient sĂ©parĂ©ment. En 1894, une grande grĂšve Ă©clata dans cette industrie et ses dirigeants, Henri Polak et Jan Van Zutphen, remportĂšrent une grande victoire en obtenant une augmentation de salaire de 35 % pour la corporation. À partir de cette date, un seul syndicat rĂ©unissant l’ensemble des ouvriers de la profession vit le jour. En 1910, ils obtinrent une semaine de congĂ©s sans solde, qui serait payĂ©e deux ans plus tard. En 1911, l’ANDB fut le premier syndicat au monde Ă  obtenir la journĂ©e de huit heures. AprĂšs la Seconde Guerre mondiale, une inscription a Ă©tĂ© gravĂ©e sur le cĂŽtĂ© droit du hall : « Souviens-toi, visiteur, des deux milliers de nos membres qui furent dĂ©portĂ©s pendant l’Occupation et qui ne revinrent jamais. »

Prenez Ă  droite au bout de la Henri Polaklaan, traversez la Plantage Parklaan et suivez la route qui conduit sur la gauche Ă  la Anne Frankstraat. Traversez le Nieuwe Herengracht et tournez Ă  gauche, dans la Rapenburgerstraat. Le n° 109 fut le siĂšge du beth midrash Etz-HaĂŻm, maison fondĂ©e en 1883 pour l’étude de la Torah, comme l’indique la date inscrite sur la façade. L’immeuble hĂ©berge aujourd’hui le siĂšge de l’hebdomadaire juif hollandais, le NIW.

Le cafĂ© De Vlooienmarkt, au n° 169-171, Ă©tait, avant guerre, un orphelinat pour jeunes filles gĂ©rĂ© par la communautĂ© ashkĂ©naze. Il y avait une synagogue au n° 173, qui devint plus tard le siĂšge du rabbinat en chef hollandais. Vous distinguerez l’empreinte de la mezouzah Ă  l’entrĂ©e de cette ancienne shoul.

Vue intérieure de la synagogue portugaise à Amsterdam
Synagogue portuguaise, Amsterdam. Photo de Txllxt TxllxT – Wikipedia

Au bout de la Rapenburgerstraat, traversez la Mr Visserplein : la Synagogue portugaise est sur la gauche. Lorsqu’elle fut achevĂ©e en 1675 par Elias Bouman, cette synagogue Ă©tait la plus grande du monde. Sur le portique, on peut lire la date 1672 (date prĂ©vue initialement) en additionnant la valeur des lettres Ă©toilĂ©es du texte du psaume 5, verset 8. On peut aussi noter le nom Aboab (formĂ© par les deux derniers mots), qui fut celui du rabbin initiateur de sa construction. L’extĂ©rieur et l’intĂ©rieur sont restĂ©s quasiment inchangĂ©s depuis l’époque de Spinoza, qui vivait Ă  deux pas. L’édifice repose sur des pilotis immergĂ©s que l’on inspecte rĂ©guliĂšre- ment en barque pour vĂ©rifier le niveau d’eau. Les bĂątiments alentours abritent la synagogue d’hiver, le secrĂ©tariat, les archives, les logements des fonctionnaires, le bureau du rabbin, la morgue, ainsi que la bibliothĂšque Etz-HaĂŻm, mondialement connue.

L’architecte s’est inspirĂ© du plan du Temple de JĂ©rusalem. Cet Ă©norme cube en brique a Ă©tĂ© miraculeuse- ment Ă©pargnĂ© par la guerre et par les nazis. Il comprend soixante-douze fenĂȘtres et, lors des grandes cĂ©rĂ©monies, les 1000 bougies des lustres en cuivre Ă©clairent l’intĂ©rieur oĂč quatre hautes colonnes ioniques soutiennent les huit voĂ»tes en bois du plafond. L’arche, dont l’intĂ©rieur est recouvert de cuir dorĂ©, occupe le coin sud-est en direction de JĂ©rusalem, et la tĂ©vah se trouve en face. On peut contempler un hekhal monumental, ainsi qu’un exemplaire de L’Histoire sainte de Menasseh ben Israel, illustrĂ© par Rembrandt. L’un des rouleaux de la Loi a Ă©tĂ© rapportĂ© en 1602 d’Emden en Allemagne par l’imprimeur juif Uri Halevi Phoebus. Le mobilier date de 1639.

Une vidĂ©o raconte l’histoire de la synagogue et celles des trois communautĂ©s sĂ©farades du pays, qui avaient chacune leur synagogue avant de s’unir en 1639 dans le Talmud Torah. Aujourd’hui, on ne compte guĂšre plus de 600 juifs d’origine sĂ©farade aux Pays-Bas. À peine quelques dizaines d’entre eux assistent aux offices des principales fĂȘtes religieuses dans cette synagogue. La majoritĂ© habite en dehors du centre- ville, comme d’ailleurs la plupart des ashkĂ©nazes.

À la sortie de la Synagogue portugaise, sur la Jonas DaniĂ«l Meijerplein, se trouve la statue d’un robuste docker, cĂ©lĂ©brant la grĂšve que les ouvriers du port d’Amsterdam menĂšrent en fĂ©vrier 1941 pour s’opposer aux mesures antijuives des Allemands. Ce mouvement, qui n’eut aucun Ă©quivalent dans le reste du monde, fut durement rĂ©primĂ© par l’occupant. Tous les 25 fĂ©vrier a lieu, Ă  cet endroit, une commĂ©moration en leur honneur.

Traversez Ă  nouveau la Mr Visserplein, reprenez la Jodenbreestraat, puis tournez Ă  droite dans Uilenburgersteeg. On arrive dans la Nieuwe Uilenburgerstraat : la superbetaillerie de diamants de Samuel Gassan se trouve Ă  droite, au n° 173-175, dans un immense bĂątiment en brique de 1879. À l’époque, c’était le plus grand producteur de diamants d’Europe.

Gassan Diamonds. Photo de Jguideeurope 2023

En 1812, le patriarche, Marcus Abraham Boas, habitait dans la Rapenburgerstraat et vendait des vĂȘtements d’occasion. Son fils, Juda Boas, devint cordonnier et eut sept enfants, dont trois fils qui s’associĂšrent pour monter cette fabrique aprĂšs avoir Ă©tudiĂ© le commerce du diamant Ă  Paris. Le bĂątiment fut rĂ©quisitionnĂ© par les nazis pendant la guerre. Marcus Boas et sa famille s’enfuirent aux États-Unis juste Ă  temps. Bertha Boas partit avec son fils pour l’Angleterre, tandis que Bernard Ă©migrait en Suisse. Martha, Julius et Elisabeth moururent dans des camps de concentration.

Aujourd’hui, la Gassan Diamonds, sociĂ©tĂ© fondĂ©e en octobre 1945 par Samuel Gassan (qui avait appris le mĂ©tier en tant qu’ouvrier dans cette mĂȘme taillerie), et reprise par ses deux petits-fils, comprend plusieurs fabriques Ă  Amsterdam et de nombreux points de ventes dans le monde entier.

Le bĂątiment comporte quatre Ă©tages, de grandes fenĂȘtres en verre qui permettaient aux ouvriers de travailler Ă  la seule lumiĂšre du jour, ainsi qu’une Ă©cole de taille du diamant. L’arriĂšre donne sur un canal et les bateaux- mouches, qui organisent cette visite dans leur programme, accostent lĂ  directement.

Vous pourrez assister Ă  la taille et au polissage d’un diamant, et apprendre Ă  reconnaĂźtre les diffĂ©rents types et qualitĂ©s de pierres. Il vous sera mĂȘme possible d’acheter un diamant Ă  prix d’usine, le faire monter dans l’heure, et vous faire dĂ©livrer un certificat.

Avant de repartir vers le mĂ©tro de Waterlooplein ou de rejoindre Ă  pied le centre-ville, qui n’est pas loin, vous pourrez admirer, Ă  quelques mĂštres de lĂ , sur le mĂȘme trottoir, au n° 91, la belle façade de l’ancienne synagogue de Uilenburg , construite en 1724. Si la grille est ouverte, il vous sera mĂȘme possible d’entrer pour admirer l’intĂ©rieur totalement restaurĂ©.

Maison Anne Frank. Photo de Jguideeurope 2023

La maison d’Anne Frank ne se trouve pas dans le quartier juif, mais dans celui de Joordan, au nord-ouest d’Amsterdam, tout prùs de la gare centrale.

C’est dans cette maison que se cachĂšrent Anne Frank et sa famille de juillet 1942 Ă  aoĂ»t 1944, avant d’ĂȘtre dĂ©couverts et emmenĂ©s par les nazis. AprĂšs l’invasion de l’armĂ©e allemande en mai 1940, Otto Frank, qui tenait une pharmacie, en amĂ©nagea l’arriĂšre. La famille et les employĂ©s, Ă©galement juifs, au total huit personnes, y vĂ©curent cloitrĂ©s. Anne Frank, ĂągĂ©e de treize ans, note chaque jour les dĂ©tails de sa vie sur un cahier que les Allemands ont laissĂ© tomber au moment de leur descente et de leur fouille. Anne et Margot seront dĂ©portĂ©es Ă  Bergen-Belsen, tandis que le reste de la famille est expĂ©diĂ© Ă  Auschwitz. Un seul survivra aux camps, Otto, auquel son assistante remettra, Ă  son retour, le journal Ă©crit par sa fille Anne.

La visite commence au rez-de-chaussĂ©e et se poursuit au deuxiĂšme Ă©tage par une bande vidĂ©o, puis conduit dans l’annexe dont une bibliothĂšque pivotante cachait l’entrĂ©e. Dans les diffĂ©rentes piĂšces vides, on peut encore voir une carte de Normandie permettant de suivre la progression des AlliĂ©s, les marques de l’évolution de la taille des enfants, des photos de vedettes de cinĂ©ma qu’Anne Frank dĂ©coupait pour dĂ©corer sa chambre.

En septembre 2025, dans une dĂ©marche de soutien face Ă  la puissante vague d’antisĂ©mitisme prĂ©sente aux Pays-Bas depuis l’instrumentalisation de l’attaque terroriste du 7-Octobre par des antisĂ©mites, le roi Willem-Alexander s’est joint aux membres de la communautĂ© juive pour cĂ©lĂ©brer le 350ᔉ anniversaire de la synagogue portugaise d’Amsterdam.

La prĂ©sence juive Ă  Belfast semble dater de la moitiĂ© du 19e siĂšcle, avec l’arrivĂ©e de marchands juifs allemands. La premiĂšre synagogue de Belfast fut construite en 1871 sur Great Victoria Street. Une deuxiĂšme synagogue fut construite en 1904 sur Annesley Street. Daniel Joseph Jaffe, le fondateur de cette communautĂ©, a Ă©tĂ© honorĂ© par l’attribution de son nom Ă  une fontaine. Son fils, Otto Jaffe, fut maire de Belfast. La communautĂ© juive de Belfast est composĂ©e aujourd’hui d’une centaine de personnes.

La synagogue de Belfast tient des offices réguliers le vendredi soir.

Monument à la mémoire de Daniel Jaffee à Belfast
Fontaine Jaffee. Photo de William Murphy – Flickr

Le cimetiĂšre de Fall Road, situĂ© Ă  quelques kilomĂštres au nord de Belfast, abrite les plus vieilles tombes juives d’Irlande du Nord, mais il est trĂšs nĂ©gligĂ© et subit de nombreux actes de vandalisme. Un grand obĂ©lisque de granite Ă©rigĂ© en mĂ©moire de Daniel Joseph Jaffe a Ă©tĂ© couvert de graffiti.

La petite communautĂ© (170 juifs) de Limerick a disparu en 1904, Ă  la suite du seul pogrom qu’ait connu l’Irlande, pogrom qui ne fit aucune victime. Le petit cimetiĂšre juif de Kilmurray, Ă  Newcastle dans le comtĂ© de Limerick, a Ă©tĂ© restaurĂ© et les six pierres tombales qui s’y trouvent sont en parfait Ă©tat de conservation.

Pierre tombale d'un juif inconnu enterré au cimetiÚre de Limerick
CimetiĂšre de Limerick. Photo de Wikipedia

Panorama de la ville de Cork
Cork. Photo by Michele Sirchi – Wikipedia

La prĂ©sence juive Ă  Cork semble dater du 18e siĂšcle. NĂ©anmoins, la communautĂ© s’y forma surtout Ă  la fin du 19e siĂšcle, notamment avec l’arrivĂ©e de juifs lituaniens. Elle Ă©tait constituĂ©e de prĂšs de 500 personnes au dĂ©but du siĂšcle suivant. Suite au dĂ©clin de cette communautĂ©, la synagogue ferma ses portes en 2016. Une nouvelle congrĂ©gation a vu le jour rĂ©cemment.

Le Shalom Park a Ă©tĂ© ouvert en 1989 Ă  l’endroit qui portait le nom de Jewstown (« ville des juifs »). Le pĂšre de James Joyce Ă©tait d’ailleurs nĂ© dans ce quartier. La ville accueillait jusqu’il y a peu des offices dans une synagogue. DĂ©sormais, ils se tiennent Ă  Dublin.

Dublin. Photo de Barcex – Wikipedia

C’est Ă  la fin du XIXe siĂšcle que la communautĂ© juive de Dublin a atteint son apogĂ©e. Elle Ă©tait installĂ©e autour de la South Circular Road – Warren Street, Martin Street et St Kevin’s Parade – que les Dublinois surnommaient d’ailleurs « La Petite JĂ©rusalem ».

Intérieur du Musée juif irlandais avec la synagogue qui officiait en ce lieu avant
Synagogue se trouvant dans le Musée juif irlandais

Le Musée juif irlandais occupe la synagogue de Walworth Road, qui abritait le centre de la vie juive de la capitale. Les départs vers les faubourgs, ainsi que la décroissance graduelle de la communauté, ont conduit à la fermeture de ce lieu de culte dans les années 1970.

En 1985, ChaĂŻm Herzog, l’ancien prĂ©sident de l’État d’IsraĂ«l originaire d’Irlande, prononçait le discours d’inauguration de ce nouveau musĂ©e. On y trouve des archives, des objets et des explications sur ce qui faisait la particularitĂ© de cette communautĂ©. On peut admirer, au rez-de-chaussĂ©e, une cuisine mettant en scĂšne un shabbat typique de la fin du XIXe dĂ©but du XXe siĂšcle. Au premier Ă©tage, la synagogue a Ă©tĂ© trĂšs bien conservĂ©e.

Plaque posĂ©e sur la maison oĂč l'auteur James Joyce imagina le personnage Bloom
Plaque cĂ©lĂ©brant le lieu oĂč fut imaginĂ© le personnage Leopold Bloom. Photo de Kinsie84 – Wikipedia

Au 52 Upper Clanbrassil Street, Dublin 8, se trouve le lieu de naissance de Leopold Bloom, l’un des deux protagonistes du chef-d’Ɠuvre de James Joyce (1880-1941), Ulysse, publiĂ© en 1922. Leopold Bloom est le fils d’un juif hongrois ayant Ă©migrĂ© Ă  Dublin et changĂ© de nom. On peut aujourd’hui voir une plaque sur le mur de cette maison. Ulysse mentionne aussi Emorville Square, Lombard Street West et St. Kevin’s Parade. Le personnage de Bloom a tant marquĂ© les esprits que le principal festival littĂ©raire d’Irlande porte son nom (Bloomsday); il se tient tous les ans au mois de juin.

Ulysse
Moi, Rudolph Virag, rĂ©sidant actuellement au numĂ©ro 52 Clanbrassil Street, Dublin, prĂ©cĂ©demment Ă  Szombathely, Royaume de Hongrie, par la prĂ©sente informe que j’entends dorĂ©navant, en tout temps et toutes occasions, ĂȘtre connu sous le nom que j’ai assumĂ© de Rudolph Bloom.
James Joyce, Ulysse, Paris, NRF, Gallimard, 1937.

La synagogue d’Adelaide Road , consacrĂ©e en 1892, a fermĂ© ses portes en juin 1999. Celle de Greenville Hall , construite en 1920, abrite dĂ©sormais les bureaux d’une sociĂ©tĂ© de haute technologie. On peut toujours admirer sur sa façade les colonnes grecques et les Ă©toiles de David qui la dĂ©coraient Ă  l’Ă©poque.

Entrée de la synagogue de Dublin
Hebrew Congregation de Dublin. Photo de William Murphy – Flickr

Il reste deux synagogues en activitĂ©. Parmi elles, la Dublin Hebrew Congegration , construite en 1935. Synagogue historique, le bĂątiment est affichĂ© en vente en 2023 Ă  cause du dĂ©clin de la population juive locale, qui cherche un nouveau lieu d’accueil plus modeste. L’autre synagogue est la Dublin Jewish Progressive Congregarion (DJPC), de tendance libĂ©rale inclusive ouverte en 1946. Elle accueille les fidĂšles de la ville mais aussi rĂ©guliĂšrement les touristes. N’affichant pas publiquement une adresse, elle peut ĂȘtre contactĂ©e par mail pour une visite.

Les juifs de Dublin sont enterrĂ©s au cimetiĂšre de Dolphins Barn, non loin du pont de Donore Avenue, sur le Grand canal. Personne n’a Ă©tĂ© enterrĂ© au cimetiĂšre de Ballybough depuis 1908 mais la communautĂ© juive maintient depuis lors un gardien chargĂ© de la prĂ©servation du site. Sur la petite maison de ce dernier, situĂ©e Ă  l’entrĂ©e du cimetiĂšre, on peut lire « construit en l’an 5618 ».

En 2024, l’Irlande a accueilli Ă  Dublin son premier grand rabbin depuis que le poste fut vacant en 2008. En 2025, suite Ă  l’importation et l’instrumentalisation du conflit entre IsraĂ«l et le Hamas par certains mouvements, le parc nommĂ© en hommage Ă  ChaĂŻm Herzog a failli ĂȘtre dĂ©baptisĂ©. Un vote municipal qui s’est tenu en dĂ©cembre 2025 a finalement reportĂ© le vote sur cette mesure.

Interview d’Yvonne Altman O’Connor, directrice du MusĂ©e Juif Irlandais.

Jguideeurope : Pouvez-vous nous parler de quelques objets du musĂ©e retraçant la vie juive des communautĂ©s irlandaises et leur contribution Ă  l’Irlande d’aujourd’hui ?
Yvonne Altman O’Connor : Le musĂ©e est situĂ© dans la derniĂšre synagogue d’époque, laquelle est prĂ©servĂ©e dans son Ă©tat comme au dĂ©but du XXe siĂšcle. Nous disposons de nombreux objets de collection liĂ©s Ă  l’histoire sociale de la communautĂ©.
Parmi eux, des photos, lettres, documents et objets anciens reflĂ©tant les activitĂ©s sportives, artistiques et sociales des membres de cette communautĂ©. Nous avons Ă©galement une cuisine cachĂšre originale et une prĂ©sentation de livres par et eu sujet d’auteurs juifs irlandais ou de thĂšmes liĂ©s.

Quel lieu rattachĂ© au patrimoine juif de Dublin a une importance pour les visiteurs ?
Le Musée juif est la source principale concernant toute recherche liée au patrimoine juif. Les deux cimetiÚres de la ville sont également des lieux visités réguliÚrement.

Vous avez rĂ©cemment organisĂ© un Ă©vĂ©nement sur le personnage Leopold Bloom. Comment la perception du personnage de Joyce a-t-elle Ă©voluĂ© dans l’imaginaire et quels furent les axes choisis ?
Nous avons prĂ©sentĂ© le contexte juif de l’histoire et du personnage de Leopold Bloom soulignant les questions liĂ©es Ă  l’antisĂ©mitisme et au sionisme en Irlande Ă  l’époque.
De plus amples recherches ont permises de révéler et de mettre en lumiÚre des informations personnelles au sujet de Joyce et de son approche des personnages juifs aussi bien que celle du judaïsme.

Quelle est votre prochaine exposition ?
Nous avons actuellement une présentation consacrée au textile et une exposition en cours qui retrace la longue histoire de la diaspora.

Pour vous rendre au Musée, cliquez sur ce lien

Comme dans le reste du pays, la capitale Ă©cossaise n’a accueilli quasiment aucun juif avant le 18e siĂšcle. On retrouve la trace administrative d’une demande d’installation d’un certain David Brown en 1691.

Vue panoramique de la ville d'Edimbourg
Chateau d’Edimbourg. Photo de Saffron Blaze – Wikipedia

La premiùre demande d’achat d’une tombe par un juif fut celle de Herman Lyon, un dentiste originaire d’Allemagne qui s’installa dans la ville en 1788.

Une vingtaine de familles fondĂšrent une communautĂ© juive Ă  Édimbourg en 1816. Son premier dirigeant fut Moses Joel of London. Il resta Ă  ce poste prĂšs d’un demi-siĂšcle. En 1825, la communautĂ© acheta un local Ă  Richmond Court pour y installer une synagogue. Il fut utilisĂ© pendant quarante-trois ans.

GrĂące Ă  l’arrivĂ©e d’exilĂ©s de Russie et de Pologne fuyant les pogroms d’Europe de l’Est, la communautĂ© s’agrandit. Ce qui motiva l’achat d’un lieu sur Graham Street pour y crĂ©er une synagogue. Le rabbin principal fut Salis Daiches, depuis 1918.

Il dirigea la communautĂ© pendant 27 ans, unifiant les citoyens en construisant des ponts de l’amitiĂ© judĂ©o-chrĂ©tienne. Et faisant face Ă  la rĂ©surgence de l’antisĂ©mitisme qui sĂ©vissait au Royaume-Uni pendant l’entre-deux-guerres.

Le rabbin principal fut Salis Daiches, depuis 1918.
Salis Daiches

Il publia des livres parmi lesquels Aspects of Judaism (1928). Son frÚre Samuel Daiches fut un célÚbre rabbin et auteur, également trÚs engagé dans la vie institutionnelle.

Le renforcement de l’amitiĂ© judĂ©o-chrĂ©tienne fut poursuivi par ses successeurs : Isaac Cohen et Jacob Weinberg. Ce dernier enseigna Ă  l’UniversitĂ© d’Edimbourg, introduisant le patrimoine culturel juif Ă  tous les Écossais Ă  travers les Psaumes, les manuscrits de la mer Morte et les Ɠuvres d’auteurs tels Maimonide et Agnon.

Le Edinburgh Hebrew Congregation accueille aujourd’hui la synagogue orthodoxe de la ville. Construite en 1932 pour accueillir 1000 personnes, elle a Ă©tĂ© reconstruite en 1980 et peut dĂ©sormais accueillir 500 fidĂšles.

Le Edinburgh Hebrew Congregation accueille aujourd’hui la synagogue orthodoxe de la ville.
Synagogue d’Edimbourg. Photo de Kim Traynor – Wikipedia

Il n’y a pas de commerce de bouche casher mais de nombreux produits peuvent ĂȘtre commandĂ©s dans les grandes chaines telles Sainsbury’s, Tescos et Morrisons. De la nourriture importĂ©e de Glasgow, Manchester et Londres.

La Edinburgh Hebrew Congregation organise rĂ©guliĂšrement des dĂ©jeuners, principalement pour les retraitĂ©s. Ce centre communautaire participe Ă©galement aux festivitĂ©s de la ville et organise des Ă©vĂ©nements aux pĂ©riodes de fĂȘtes juives. Le nombre de juifs passa de 1 100 en 1968 Ă  763 en 2001.

Comme dans de nombreuses villes europĂ©ennes, Edimbourg a subi l’importation et l’instrumentalisation du conflit entre IsraĂ«l et le Hamas voyant une forte montĂ©e des menaces et actes antisĂ©mites. MĂȘme le Festival Fringe d’Edimbourg vantant son iconoclasme a annulĂ© la participation en 2025 de deux humoristes juifs, « craignant pour leur sĂ©curité ».

Glasgow. Photo de Ian Dick – Wikipedia

Les synagogues de Glasgow sont principalement situĂ©es dans les faubourgs, oĂč vit aujourd’hui la grande majoritĂ© des 6 500 juifs de la ville. La synagogue de Garnethill , datant de 1879, est la plus ancienne.

Comme dans le reste du pays, les premiers juifs Ă  s’installer Ă  Glasgow le firent principalement entre la fin du 18e siĂšcle et le dĂ©but du 19e. En 1831, on comptabilise 47 juifs Ă  Glasgow, la plupart Ă©tant originaires d’Europe de l’Est.

A partir de 1833, Moses Lisenheim, le shohet de la ville, accueillit en sa demeure ce qui faisait office de synagogue. Deux ans plus tard, les juifs firent l’achat d’une parcelle pour y enterrer les morts.

Au milieu du 19e siĂšcle, 200 juifs habitaient Ă  Glasgow. La Glasgow Hebrew Congregation fut construite en 1858. Cela inaugura la construction d’autres synagogues dans la ville, principalement celle de Garnethill. Un dĂ©veloppement parallĂšle Ă  l’intĂ©gration de milliers de rĂ©fugiĂ©s juifs d’Europe de l’Est, fuyant les pogroms. Une partie d’entre eux poursuivit sa route vers l’AmĂ©rique du Nord et le reste s’installa Ă  Glasgow. La population Ă©volua Ă  cette Ă©poque vers 4 000 juifs en 1897 et 6 500 en 1902.

Vue de l'intérieur de la synagogue de Garnethill, la plus ancienne de Glasgow.
Garnethill Synagogue interior. Photo de Glamj – Wikipedia

Glasgow connut pendant les six premiĂšres dĂ©cennies du 20e siĂšcle un grand dĂ©veloppement de sa vie juive. Et se diffĂ©rencia des autres villes Ă©cossaises par la prĂ©sence d’une yeshiva et d’une Ă©cole juive, La Glasgow University enseignant aussi les Ă©tudes bibliques et l’hĂ©breu moderne. Parmi les grands professeurs universitaires, on peut citer Noah Morris, Michael Samuel et David Daiches Raphael. A noter aussi la prĂ©sence du journal The Jewish Echo, un hebdomadaire fondĂ© en 1928, rejoint en 1965 par The Jewish Times.

Si 13 400 juifs habitaient Ă  Glasgow en 1969, ce chiffre tomba Ă  6 700 en 1995, puis 4 224 en 2001. Il y a aujourd’hui six synagogues Ă  Glasgow. La Garnethill est la plus ancienne de Glasgow en activitĂ©. Elle a Ă©tĂ© construite par l’architecte John McLeod. Si vous souhaitez en savoir plus sur l’histoire des juifs d’Ecosse, vous pouvez adresser une demande au Scottish Jewish Archives Centre qui se trouve dans la synagogue de Garnethill. Créé en 1987, il abrite de nombreux objets retraçant les 200 ans de la vie juive Ă©cossaise. Parmi eux, plus de 6 000 photos et de nombreux manuscrits anciens, mais aussi des journĂ©es, des plaques, des tableaux et des sculptures. Le lieu est ouvert Ă  tous, accueillant rĂ©guliĂšrement des Ă©tudiants et des chercheurs.

Vue de l'extérieur de la synagogue de Garnethill, la plus ancienne de Glasgow.
Garnethill Synagogue. Photo de David Cameron photographer – Wikipedia

La deuxiĂšme synagogue construite et encore en activitĂ© est Or Hadash . Datant de 1931, elle rencontre un succĂšs grandissant depuis quelques dĂ©cennies. Il s’agit de la seule synagogue libĂ©rale d’Écosse. Les quatre autres synagogues sont celle de Giffnock (construite en 1938), puis celles de Netherlee, Langside et la Shul in The Park.

Il y a plusieurs lieux oĂč se restaurer. En particulier Mark’s Deli qui regorge de nombreux produits, mais aussi le restaurant L’Chaim et le cafĂ© Sora’s qui jouxtent la synagogue Giffnock.

Interview avec Kerry Patterson au sujet de la synagogue de Garnethill et des Journées Européennes de la Culture Juive.

Jguideeurope : Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur l’histoire de Garnethill ?
Kerry Patterson : La premiĂšre communautĂ© juive organisĂ©e Ă  Glasgow remonte au dĂ©but des annĂ©es 1820, dans la High Street. Cinquante ans plus tard, la communautĂ©, qui comptait alors environ 1000 personnes, avait dĂ©passĂ© les limites de ses diffĂ©rents locaux et cherchait Ă  construire un foyer permanent. La dĂ©cision de construire une synagogue Ă  l’angle de Garnet Street et Hill Street a Ă©tĂ© prise en 1875, et de nombreux membres de la communautĂ© se sont alors installĂ©s dans ce quartier en plein essor.
Benjamin Simon, l’un des administrateurs de la synagogue, pose la premiĂšre pierre en 1877. Conçue par John McLeod et Nathan Solomon Joseph, la premiĂšre synagogue spĂ©cialement construite en Écosse a Ă©tĂ© inaugurĂ©e en 1879 et est rapidement devenue un exemple architectural emblĂ©matique du style victorien.

Vue intérieure de la Garnethill synagogue durant les priÚres
Garnethill Synagogue. Photo de Stingelhammer – Wikipedia

Organisez-vous cette année un événement ou une exposition pour promouvoir le patrimoine juif ?
Le 27 juillet, nous avons lancĂ© le Centre du patrimoine juif Ă©cossais, dans la synagogue de Garnethill. Le centre facilite le partage d’informations sur le bĂątiment classĂ© catĂ©gorie A, sur les collections uniques du centre d’archives juives Ă©cossaises et sur les aspects de l’histoire et de la culture juives Ă©cossaises. Une expĂ©rience permettant aux visiteurs de dĂ©couvrir nos 200 ans d’expĂ©rience de la vie juive Ă©cossaise. Le centre est un projet de partenariat entre le Scottish Jewish Archives Centre (SJAC), le Garnethill Synagogue Preservation Trust (GSPT) et la Garnethill Hebrew Congregation, tous basĂ©s dans la synagogue Garnethill.
Des fonds importants nous ont permis de mettre en place de nouvelles expositions d’interprĂ©tation, une salle d’Ă©tude abritant une bibliothĂšque de rĂ©fĂ©rence spĂ©cialisĂ©e dans l’Ă©poque de l’Holocauste, des ressources de recherche numĂ©riques et une installation pour les visites scolaires. ParallĂšlement, d’importants travaux de restauration et de rĂ©novation du bĂątiment au niveau infĂ©rieur de la synagogue ont permis d’amĂ©liorer l’accĂšs du public Ă  des espaces sous-utilisĂ©s. Les nouvelles expositions aident les visiteurs Ă  comprendre la pĂ©riode compliquĂ©e de 1933 Ă  1950, lorsque l’Écosse a accueilli des rĂ©fugiĂ©s fuyant les persĂ©cutions nazies en Europe.
Plus important encore, le partage de ce patrimoine avec les gĂ©nĂ©rations futures. Les Ă©lĂšves des Ă©coles en visite pourront utiliser des kits d’apprentissage interactifs, basĂ©s sur les collections de rĂ©fugiĂ©s de l’Ă©poque de l’Holocauste conservĂ©es dans nos archives. Parmi ces ressources disponibles, les expĂ©riences poignantes des rĂ©fugiĂ©s Dorrith Sim, Ernst Marchand et Hilda Goldwag qui ont fui l’Europe et ont trouvĂ© un refuge sĂ»r ici, en Écosse. Les Ă©lĂšves pourront rĂ©flĂ©chir Ă  des questions plus larges de citoyennetĂ©, de dĂ©mocratie, de persĂ©cution et d’appartenance, Ă  travers les expĂ©riences des rĂ©fugiĂ©s.
Pour en savoir plus, consultez le site www.sjhc.org.uk

La communautĂ© juive de cette petite ville a connu les consĂ©quences les plus sanglantes de l’antisĂ©mitisme du XIIe siĂšcle.

Vue extérieure de la tour de Clifford dans la ville de York
Clifford’s Tower. Photo de Mkooiman – Wikipedia

Les juifs y Ă©taient bien implantĂ©s, parmi les bourgeois auxquels ils rendaient des services financiers. Mais la mort du roi Henri II, protecteur des juifs, et le couronnement de Richard Ier, dit Richard CƓur de Lion, provoquĂšrent des Ă©meutes antijuives.

Le massacre de Clifford’s Tower

Et c’est lors de l’absence du roi, parti en croisade, le 16 mars 1190, que les barons, dĂ©biteurs des usuriers juifs, dĂ©cidĂšrent d’assiĂ©ger le chĂąteau (Clifford’s Tower) oĂč ils s’étaient rĂ©fugiĂ©s. AcculĂ©s, certains se suicidĂšrent ; les autres furent massacrĂ©s.

Aujourd’hui, un Ă©difice en pierre se dresse sur le site de l’ancien chĂąteau en bois et les visiteurs du monument peuvent en apprendre davantage sur ce terrible massacre.

La synagogue Aldwark a Ă©tĂ© au service de la communautĂ© juive de York de 1886 Ă  1975. Cependant, avec le dĂ©clin de la communautĂ©, celle-ci s’est vue affiliĂ©e Ă  la communautĂ© de Leeds United Hebrew Congregation pour les services religieux et les inhumations. Selon le recensement de 2001, la population juive de York s’Ă©lĂšve Ă  prĂšs de 200 membres. Une nouvelle communautĂ© libĂ©rale a Ă©tĂ© Ă©tablie en 2014.

Ces derniÚres années, Leeds, un des centres économiques principaux en Angleterre aprÚs Londres et un lieu offrant une vie culturelle trÚs riche, a attiré de nombreuses familles, également grùce à une vie agréable et relativement plus sécurisée que dans de nombreuses villes.

Granary Wharf, Leeds. Photo de Mark Stevenson – Wikipedia

Un nouveau souffle incarnĂ© notamment par le trĂšs actif centre communautaire MAZCC. Lequel rĂ©unit les diffĂ©rentes gĂ©nĂ©rations autour de services sociaux et Ă©ducatifs et d’Ă©vĂ©nements familiaux et culturels. Avec une place particuliĂšre accordĂ©e aux programmes pour la jeunesse, notamment la formation des futurs cadres associatifs.

Moins de 10 000 Juifs vivent encore aujourd’hui dans cette ville du Yorkshire. Ils s’y installent vers 1840, puis de plus en plus aprĂšs les persĂ©cutions en Russie entre 1881 et 1905. L’industrie de la laine prend un essor trĂšs important et cette ville est tĂ©moin de la premiĂšre grĂšve organisĂ©e spontanĂ©ment par des ouvriers juifs en 1885. Les habitants des quartiers de Chapeltown et de Leylands ont migrĂ© vers des zones plus aĂ©rĂ©es, comme Moortown, au nord de Leeds. On y trouve plusieurs synagogues – dont la plus frĂ©quentĂ©e est celle de Beth Hamedrash –, des restaurants, des boucheries et quelques librairies spĂ©cialisĂ©es.

Outside view of the synagogue Beth Hamidrash Hagadol
Beth Hamidrash Hagadol. Photo de Chemical Engineer – Wikipedia

Les origines de Marks & Spencer

La prĂ©sence juive Ă  Leeds semble dater de la fin du 18e siĂšcle. NĂ©anmoins, la premiĂšre synagogue ne fut construite qu’au milieu du 19e siĂšcle et inaugurĂ©e en 1860, les juifs utilisant une piĂšce faisant office avant cela. Une centaine de familles juives habitaient alors Leeds.

Les rĂ©fugiĂ©s juifs d’Europe de l’Est s’installant Ă  Leeds s’intĂ©grĂšrent largement dans la classe ouvriĂšre de l’industrie de la confection. Parmi ceux qui participĂšrent Ă  son dĂ©veloppement, Montague Burton et Michael Marks. C’est Ă  Leeds, en 1884, que ce dernier fonda avec Thomas Spencer la chaine Marks & Spencer.

Ainsi, lors de son Ăąge d’or, la communautĂ© juive comptait 25 000 personnes dans les annĂ©es 1920. Au dĂ©but des annĂ©es 1970, la ville comptait 18 000 Juifs sur un peu plus de 500 000 habitants. Ce qui en fit la troisiĂšme communautĂ© juive anglaise, aprĂšs Londres et Manchester.

La 3e communauté juive anglaise

Le Leeds Jewish Representative Council, créé en 1938, rassemble la majoritĂ© des synagogues de la ville. Parmi les personnalitĂ©s de la ville, Hyman Morris et J.S. Walsh, anciens maires de Leeds et l’universitaire Shimon Rawidowicz.

Vue extérieure de la synagogue Reform Sinai à Leeds
Reform Sinai Synagogue. Photo de Chemical Engineer – Wikipedia

À la fin des annĂ©es 1970, la population juive commença Ă  dĂ©cliner, arrivant Ă  9 000 au milieu des annĂ©es 1990 et un peu plus de 8 000 en 2001. À l’image de ce dĂ©clin, des commerces cashers fermĂšrent leur porte au dĂ©but du 21e siĂšcle dans le quartier de Moortown. Les synagogues tentent de se regrouper afin de pouvoir continuer Ă  fonctionner. NĂ©anmoins, la communautĂ© multiplie les efforts pour motiver les jeunes Ă  s’investir et Ă  maintenir le fonctionnement des institutions. Ces efforts, auxquels s’ajoute la flambĂ©e du cout de la vie Ă  Londres, motivent d’ailleurs des jeunes Ă  revenir. Les initiatives sociales et culturelles ont Ă©tĂ© amplifiĂ©es pendant la crise du Covid.

Déclin de la présence juive dans la région

En 2025, il y aurait entre 6 000 et 10 000 juifs Ă  Leeds. Les petites villes aux alentours de Leeds oĂč il y avait Ă©galement une forte prĂ©sence juive sont encore plus marquĂ©es proportionnellement par ce dĂ©clin. La synagogue Beth Hamidrash Hagadol , inaugurĂ©e en 1937, est aujourd’hui la plus grande de Leeds. La United Hebrew Congegration rĂ©unit plusieurs anciennes synagogues depuis 1930. Il y a Ă©galement d’autres courants juifs prĂ©sents par l’intermĂ©diaire de la Reform Sinai Synagogue , la Conservative Leeds Masorti , ainsi que le Lubavitch Centre .

Il y a plusieurs cimetiĂšres juifs Ă  Leeds. Parmi eux, le BHH cemetery , le New Farnley Cemetery , le Sinai Section of the Harehills Cemetery et le UHC Cemetery .

SituĂ©e sur les rives de la Mersey, Liverpool, la ville des Beatles et d’une des plus grandes Ă©quipes de football, peut s’enorgueillir d’avoir accueilli, au XIXe siĂšcle, la communautĂ© la plus importante du nord de l’Angleterre.

Liverpool. Photo de Peter Tarleton – Wikipedia

Aujourd’hui, celle-ci se rassemble autour de Dunbabin Road, sur laquelle est situĂ©e Harold House, le centre de la culture juive de la ville.

La magnifique synagogue Princes Road

L’une des plus belles synagogues d’Angleterre se trouve Ă  Liverpool : la synagogue de Princes Road , consacrĂ©e le 3 septembre 1874, dans laquelle on admirera particuliĂšrement un intĂ©rieur de style victorien tardif. Il est nĂ©cessaire de tĂ©lĂ©phoner avant.

Vue extérieure de la célÚbre synagogue Princes Road de Liverpool
Synagogue de Princes Road. Photo de Rept0n1x – Wikipedia

Les juifs se sont probablement installĂ©s Ă  Liverpool au dĂ©but du XVIIIe siĂšcle. 20 y vivaient en 1790. En 1860, leur nombre s’élevait Ă  3000. À la fin du XIXe siĂšcle, une partie des rĂ©fugiĂ©s russes et polonais, en route pour les États-Unis, s’y installĂšrent. Une communautĂ© sĂ©pharade du Levant s’y installa Ă  cette pĂ©riode aussi. La synagogue libĂ©rale date de 1928. Celle de Greenbank Drive est Ă©galement considĂ©rĂ©e comme importante dans le patrimoine juif de Liverpool. Au dĂ©but du XXe siĂšcle, une yeshiva, une Ă©cole et des services sociaux se créÚrent.

Les projets de transformation, depuis sa fermeture en 2008, de la synagogue de Greenbank en immeuble d’appartements gardant la structure originale semblent prendre beaucoup de temps Ă  se concrĂ©tiser.

Elle a Ă©tĂ© construite en 1936 par l’architecte Ernest Alfred Shennan, pouvant accueillir jusqu’à 700 personnes. À son apogĂ©e dans les annĂ©es 1950, prĂšs de 600 fidĂšles en Ă©taient membres. Le dĂ©clin de la communautĂ© juive de Liverpool, avec seulement une centaine de fidĂšles dans cette synagogue au tournant du 21e siĂšcle, força la vente de la synagogue.   

Les seules synagogues actives de Liverpool sont Childwall et Princess Road, cette derniÚre étant surtout utilisée pour les grands événements tels bar et bat mitsvah et mariages.

En janvier 2025, l’équipe des moins de 18 ans de Liverpool a effectuĂ© une visite au musĂ©e juif Manchester, dans le cadre des 80 ans de la libĂ©ration d’Auschwitz. Cela afin de permettre aux jeunes de mieux connaitre le judaĂŻsme et l’histoire de la Shoah, ainsi que de lutter contre les prĂ©jugĂ©s.  

En septembre 2024, la synagogue de Princess Road cĂ©lĂ©bra ses 150 ans. De nombreux Ă©vĂ©nements furent organisĂ©s : concerts, confĂ©rences, visites guidĂ©es, cĂ©rĂ©monies


Il y aurait, en 2025, environ 2 000 juifs Ă  Liverpool.

Participation des juifs au rayonnement de la ville

Les liens de la population juive avec la ville sont trĂšs forts depuis le dĂ©but. Reconnaissants pour l’accueil et l’accĂšs Ă  tous les niveaux de la sociĂ©tĂ©, bien plus que dans la majoritĂ© des autres villes anglaises, les rĂ©fugiĂ©s juifs encouragĂšrent vivement leurs enfants Ă  s’intĂ©grer, en premier lieu Ă  l’école, et Ă  participer au rayonnement de la ville.

Immeuble de brique accueillant la synagogue de Greenbak Drive Ă  Liverpool
Greenbank Drive synagogue. Photo de Peter Marchant – Wikipedia

D’oĂč le grand nombre de personnalitĂ©s locales, hommes politiques (parmi eux plusieurs maires et cela depuis la fin du XIXe siĂšcle), avocats. Également deux familles importantes. Tout d’abord les Lewis, fondateurs du grand magasin Lewis ouvert de 1856 Ă  2010 (sur lequel se trouve la cĂ©lĂšbre statue de Jacob Epstein rendant hommage Ă  la renaissance de Liverpool aprĂšs la Seconde Guerre mondiale).

Statue honorant les marins devant le célÚbre magasin Lewis Store à Liverpool
Lewis Department store. Photo de Man vyi – Wikipedia

Brian Epstein, le manager des Beatles

Puis, la famille Cohen, dont la bibliothĂšque de l’universitĂ© de Liverpool porte aujourd’hui le nom. Ces deux familles ont d’ailleurs financĂ© de nombreuses institutions locales et participĂ© activement au rayonnement de la ville depuis bien longtemps.

Parmi les personnalitĂ©s juives de la ville, on peut mentionner le dirigeant sioniste Samuel Jacob Rabinowitz, le futur Grand rabbin d’IsraĂ«l Isser Yehudah Unterman et bien sĂ»r Brian Epstein, le manager des Beatles qui dĂ©couvrit le groupe dans une salle obscure et l’accompagna dans son fabuleux parcours.

Cynthia Lennon, la premiĂšre femme de John, dĂ©clara mĂȘme que « Brian a Ă©tĂ© effacĂ© de la mĂ©moire collective concernant les Beatles, que sans lui ils n’auraient jamais Ă©tĂ© propulsĂ©s Â». Quant Ă  Sir Paul McCartney il estime que si une personne devait ĂȘtre considĂ©rĂ©e comme le cinquiĂšme Beatles ce serait Brian Epstein.

Une exposition de documents provenant des archives juives du Merseyside est a été présentée en 2025 dans la salle de lecture Picton de la bibliothÚque centrale de Liverpool, située dans William Brown Street. Les objets exposés datent de 1805 à 2020 et comprennent notamment une liste enluminée des membres de la synagogue de Walnut Street datant de 1913.

Interview de Howard M Winik, ancien directeur du Merseyside Jewish Representative Council

Jguideeurope: Quel est le rÎle du MJRC et quels sont ses futurs défis ?
Howard M Winik : Le MJRC est l’organisation-cadre de la communautĂ© qui fournit le leadership pour les juifs de toute obĂ©dience de Liverpool, Wirral, Southport et Chester, qu’ils soient orthodoxes, libĂ©raux, massortis ou non affiliĂ©s. Nous comptons actuellement environ 3000 membres, ainsi qu’une infrastructure bien en place qui inclut une synagogue, des Ă©coles, un organisme d’aide sociale et un foyer d’accueil. Il y a plusieurs universitĂ©s locales et nous proposons des activitĂ©s pour chaque groupe d’ñge.
Le nombre de membres reflĂšte l’évolution de la vie active des 20 Ă  30 annĂ©es passĂ©es, lorsque beaucoup de jeunes sont partis Ă  Londres et ailleurs afin de trouver du travail. NĂ©anmoins, notre rĂ©gion a connu rĂ©cemment une rĂ©gĂ©nĂ©ration significative de la population en gĂ©nĂ©ral, ce qui explique une stabilisation du nombre de juifs.
Un phĂ©nomĂšne encouragĂ© par des investissements rĂ©gionaux considĂ©rables dans la science et les secteurs de la biotechnologie qui attirent des jeunes. Nous sommes donc assez optimistes concernant l’avenir. Cela dit, nous sommes entiĂšrement autonomes financiĂšrement et notre dĂ©fi principal est de trouver des ressources pour financer les services que nous fournissons.

Intérieurs illuminés de la majestueuse synagogue de Princes Road à Liverpool
Princes Road Synagogue. Photo de Michael D Beckwith – Wikipedia

Comment est partagé le patrimoine juif à Liverpool ?
Nous encourageons les gens Ă  visiter nos musĂ©es. Le MusĂ©e de Liverpool (proche du port de croisiĂšre) dispose d’une excellente section qui dĂ©crit l’histoire de la communautĂ© juive, qui fut assez grande et vĂ©cut principalement au centre-ville. Les touristes peuvent rĂ©server des visites dans nos synagogues locales. Parmi elles, la Liverpool Old Hebrew Congregation, situĂ©e Ă  Princes Road, prĂ©sente fiĂšrement un immeuble magnifique inscrit au patrimoine local, dĂ©corĂ© dans un style baroque, un des plus raffinĂ©s qui soit. Elle se trouve Ă  cĂŽtĂ© du Pier Head et du centre-ville. Des cimetiĂšres juifs locaux sont Ă©galement ouverts aux visites. Celui de Deane Road a Ă©tĂ© entiĂšrement restaurĂ© et reprĂ©sente un certain intĂ©rĂȘt historique national (vous pouvez contacter la synagogue de Princes Road pour ces visites). Liverpool a Ă©galement un centre Chabad et une chapellenie d’étudiants active. Nous avons partagĂ© avec la ville de Liverpool un grand nombre d’archives historiques. Des requĂȘtes particuliĂšres peuvent ĂȘtre rĂ©alisĂ©es auprĂšs des responsables des archives, des musĂ©es ou de notre bureau au centre communautaire Shifrin.

Plaque commémorative à Liverpool dédiée à Brian Epstein, le manager des Beatles
Brian Epstein. Photo prise apr Rodhullandemu – Wikipedia

Le MusĂ©e des Beatles consacre-t-il une part importante Ă  l’influence de leur manager Brian Epstein ? 
On y trouve un grand nombre d’informations sur les Beatles, la famille Epstein et l’histoire de la musique pop, dans ce musĂ©e et ailleurs. Brian Epstein est enterrĂ© au Long Lane cemetery, proche de la Greenbank Synagogue au nord de Liverpool. Dans ce cas Ă©galement, les visites se font par rĂ©servation. Et bien entendu, nous encourageons les touristes Ă  prendre un des bus spĂ©cialisĂ©s qui font visiter le patrimoine des Beatles liĂ© Ă  la ville.

Avec prÚs de 30 000 juifs, cette ville, connue principalement pour ses deux grandes équipes de football, comprend la communauté juive la plus importante de Grande-Bretagne aprÚs Londres.

Manchester. Photo de Wikipedia

La prĂ©sence juive mancunienne semble dater de la fin du 18e siĂšcle, une bonne partie d’entre eux Ă©tant originaires de Liverpool. Sa premiĂšre synagogue fut construite Ă  cette Ă©poque, sous l’impulsion des frĂšres Lemon et Jacob Nathan. Elle s’installa Ă  Garden Street en 1794, puis Ă  Ainsworth Court en 1806, Ă  Halliwell Street en 1825 et enfin Ă  Cheetham Hill en 1856, terminant jusqu’à la fin des annĂ©es 1970 ce long cycle nomade. Un terrain permettant de servir de cimetiĂšre juif fut acquis en 1794.

Vue extérieure du Musée juif de Manchester
MusĂ©e juif de Manchester. Photo de Richerman – Wikipedia

Le développement du judaïsme mancunien

En 1856, une synagogue libĂ©rale vit le jour. En ces temps arrivĂšrent Ă©galement des juifs d’Europe de l’Est fuyant les persĂ©cutions. En 1871, des juifs d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient s’installĂšrent Ă  Manchester. Et Ă  la fin du 19e siĂšcle, suite aux Ă©vĂ©nements politiques d’Europe de l’Est, d’autres rĂ©fugiĂ©s juifs traversĂšrent la Manche. Suite Ă  ces arrivĂ©es, deux nouvelles synagogues furent construites en 1871. La premiĂšre sur Oxford Road pour les juifs habitant au sud de la ville. La seconde sur York Street est de rite sĂ©pharade.

Petit Ă  petit, les juifs mancuniens quittĂšrent le centre-ville pour la banlieue et les petites villes environnantes. À Salford, Prestwich et Whitefield au nord. A Cheshire au sud. Ils travaillĂšrent en grande partie dans les artisanats et l’industrie du tissu. Le dĂ©veloppement Ă©ducatif et culturel se dĂ©veloppa aussi avec, par exemple, la crĂ©ation du journal Jewish Telegraph.

En 1910, la ville comptait en son Ăąge d’or prĂšs de 70 synagogues pour 35 000 juifs. Parmi les personnalitĂ©s juives de Manchester, le dirigeant travailliste Harold Laski, l’auteur Louis Golding, l’homme d’affaires Harry Sacher et un des dirigeants historiques de Marks & Spencer Israel Seiff, mais aussi Chaim Weizmann, le futur premier prĂ©sident israĂ©lien qui y vĂ©cut de 1904 Ă  1916. Israel Seiff rassembla d’autres hommes d’affaires pour rĂ©colter les fonds qui permirent la crĂ©ation de l’Institut Weizmann en IsraĂ«l.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, Manchester accueillit des rĂ©fugiĂ©s juifs. La communautĂ© fut alors trĂšs active pour participer Ă  l’effort de guerre britannique.

Déclin et renaissance de la vie juive au tournant du siÚcle

La population juive de Manchester commença Ă  dĂ©cliner Ă  partir des annĂ©es 1970. Ainsi, vingt ans plus tard, ils Ă©taient 27 000, puis moins de 22 000 en 2001. Avec Ă  l’époque 32 synagogues, dont une immense majoritĂ© Ă©tant de courant orthodoxe. La plupart des juifs mancuniens habitĂšrent dans les banlieues de Bury et Salford.

Vue extérieure de l'ancienne synagogue de South Manchester
L’ancienne synagogue de South Manchester. Photo de Marmelad – Wikipedia

En 2011, la population juive augmenta pour reprĂ©senter 25 000 Mancuniens, puis en 2025 prĂšs de 30 000. NĂ©anmoins, les juifs mancuniens furent victimes de nombreuses attaques antisĂ©mites depuis une dizaine d’annĂ©es. Attaques rĂ©guliĂšres sur personnes et sur le cimetiĂšre juif, lorsqu’en 2018 des dizaines de stĂšles furent dĂ©truites. Une Ă©tude dĂ©termina en cette mĂȘme annĂ©e une augmentation de ces attaques de 25 %.

Parmi les synagogues actives aujourd’hui, la Bowdon Shul inaugurĂ©e en 1873 et qui est la plus ancienne congrĂ©gation du sud de Manchester, la Mead Hill Shul datant de 1904, la Heaton Park Hebrew Congregation de courant orthodoxe et fondĂ©e en 1935 et la Menorah Synagogue membre du mouvement rĂ©formĂ© et servant Ă©galement de centre culturel juif pour les habitants du sud de Manchester.

Parmi les cimetiĂšres juifs de Manchester, Ă  noter ceux de Whitefield Urmston , Southern , Pendleton , Rainsough et Prestwich Village .

Rénovation et agrandissement du Musée juif de Manchester

Le Le MusĂ©e juif de Manchester a Ă©tĂ© créé en 1984 afin de partager l’histoire de leur prĂ©sence dans la ville ainsi que leur contribution Ă  son Ă©volution. Il est situĂ© dans l’ancienne synagogue espagnole et portugaise de Cheetham Hill construite en 1874. DerriĂšre sa façade de briques rouges, l’architecture du musĂ©e mĂȘle les styles victorien et mauresque.

Le musĂ©e a Ă©tĂ© rĂ©novĂ© et modernisĂ©. Sa rĂ©ouverture et son extension en mai 2021 permirent au public de dĂ©couvrir les travaux entrepris. Parmi les objets prĂ©sentĂ©s, ceux ayant appartenu Ă  la rĂ©fugiĂ©e juive Helen Taichner racontent son pĂ©riple et sa joie et son soulagement d’avoir pu obtenir un visa pour l’Angleterre et s’installer Ă  Manchester. Dans le mĂȘme esprit sont prĂ©sentĂ©es les diffĂ©rentes venues de juifs des trois continents et leur participation active au dĂ©veloppement de Manchester.

La ville a souffert de nombreuses attaques antisĂ©mites, montant en flĂšche depuis le pogrom du 7 octobre 2023 en IsraĂ«l. Ne manquant malheureusement pas d’imagination, l’antisĂ©mitisme s’attaque Ă  toutes sortes de cibles. Ce fut le cas fin 2024 lorsque les deux bustes de ChaĂŻm Weizmann furent dĂ©robĂ©s Ă  l’UniversitĂ© de Manchester. Celui qui fut le premier prĂ©sident de l’État d’IsraĂ«l enseigna dans cette mĂȘme universitĂ© au dĂ©but du 20e siĂšcle.

En janvier 2025, l’équipe des moins de 18 ans de Liverpool a effectuĂ© une visite au musĂ©e juif Manchester, dans le cadre des 80 ans de la libĂ©ration d’Auschwitz. Cela afin de permettre aux jeunes de mieux connaitre le judaĂŻsme et l’histoire de la Shoah, ainsi que de lutter contre les prĂ©jugĂ©s. 

Le 2 octobre 2025, un terroriste a foncĂ© avec sa voiture dans la foule se trouvant devant la synagogue de Heaton Park oĂč Ă©taient cĂ©lĂ©brer le jour de Kippour. Il descendit ensuite de sa voiture et poignarda plusieurs personnes, faisant deux morts, Adrian Daulby et Melvin Cravitz, ainsi que trois blessĂ©s. De nombreux Anglais ont tĂ©moignĂ© leur soutien aux juifs mancuniens, notamment le roi Charles III qui effectua une visite sur les lieux de l’attentat.

Oxford. Photo de Chensiyuan – Wikipedia

Une ancienne synagogue d’Oxford a Ă©tĂ© transformĂ©e en taverne, puis englobĂ©e dans un des plus vieux collĂšges de l’universitĂ© : Christ Church. Il en existe cependant une nouvelle, construite en 1974, sur l’endroit oĂč se trouvait une synagogue construite en 1880. Seul un mur de l’ancien Ă©difice subsiste.

Les communautĂ©s juives de Londres sont diverses, tant par leur implantation gĂ©ographique que par leurs origines ou leurs rites. La prĂ©sence juive Ă  Londres est attestĂ©e Ă  partir du 11e siĂšcle. Sous le rĂšgne de William II (1087-1100), qui semble avoir favorisĂ© leur venue, afin de contribuer notamment au dĂ©veloppement Ă©conomique de la rĂ©gion. Parmi les Ɠuvres importantes de l’époque, celles d’Abraham ben Meir Ibn Ezra, Iggeret Hashabbat et Yessod Mora, Ă©crites Ă  Londres au milieu du 12e siĂšcle.

Situation des juifs fluctuante selon les rois

Sous Henry II (1154-1189), de nombreux juifs s’installĂšrent dans la ville. NĂ©anmoins, sous Richard I (1189-1199) qui lui succĂ©da, une vague antisĂ©mite apparut, notamment dĂšs le couronnement du nouveau roi avec l’attaque du quartier juif, lors de laquelle trente personnes furent assassinĂ©es, parmi lesquelles le tossafiste Jacob d’OrlĂ©ans.

La magnifique synagogue de St John's Wood Ă  l'aron original
L’intĂ©rieur de la synagogue St Johns Wood © WikiCommons (Newmanthfc)

Si la situation des juifs londoniens se stabilisa à nouveau lors du 13e siÚcle, ils furent soumis à des impÎts trÚs élevés par la couronne. Des accusations antisémites de crimes rituels permirent aux autorités de justifier des taxations supplémentaires, lorsque les caisses du royaume se vidÚrent ou lors des conflits entre nobles. Dans les années 1260, ces injustices résultÚrent aussi dans une série de meurtres de juifs.

Sous Edward I (1274-1307), les juifs londoniens furent interdits de certaines activitĂ©s Ă©conomiques. En 1283, l’évĂȘque de Londres ordonna la fermeture des synagogues. Sept ans plus tard, en 1290, l’Angleterre expulsa les juifs du royaume. Parmi les figures emblĂ©matiques qui marquĂšrent cette Ă©poque, on peut noter Jacob ben Judah, auteur du Etz Hayim, Joseph ben Jacob et le rabbin Moses of London.

Un trĂšs petit nombre de juifs tentĂšrent de se rĂ©installer au fil des trois siĂšcles qui suivirent, mais les conditions furent assez rudes et le rĂ©sultat final souvent l’expulsion. Au 17e siĂšcle, les juifs purent Ă  nouveau s’y installer. Une partie venant de France et d’autres issus des pays oĂč sĂ©vissait encore l’Inquisition.

La synagogue historique de Bevis Marks

Sous Oliver Cromwell (1653-1658), la communautĂ© fut entendue concernant les difficultĂ©s et menaces endurĂ©es. En 1656, une synagogue put voir officiellement le jour sur Creechurch Lane. En 1701, fut construite la toujours cĂ©lĂšbre synagogue de Bevis Marks. Parmi les Ă©rudits de cette Ă©poque, on note David Nieto, Jacob Abendana et Joshua da Silva. Suite Ă  l’accession au pouvoir de Guillaume d’Orange, des juifs du royaume de Hollande s’installĂšrent Ă  Londres. Suivis par des juifs de Hambourg.

Vue extérieure du Musée juif de Londres
MusĂ©e juif de Londres. Photo de Joyofmuseums – Wikipedia

Les diffĂ©rentes communautĂ©s se dĂ©veloppĂšrent au long du 18e siĂšcle. En 1722 fut construite la synagogue de Duke’s Place. Quatre ans plus tard, ce fut le tour de la Hambro Synagogue. En 1761 fut inaugurĂ©e Ă  Westminster, la premiĂšre synagogue (commune actuellement sous le nom de la Western Synagogue) situĂ©e en dehors du quartier de la City.

Si le 18e siĂšcle fut celui de l’officialisation de la prĂ©sence juive et la reconnaissance de ses institutions religieuses et associatives, le 19e permit aux juifs d’accĂ©der aux mĂȘmes activitĂ©s Ă©conomiques et fonctions politiques que les autres citoyens londoniens. Ainsi, David Salomons devint le premier maire juif de la ville en 1855. Le courant libĂ©ral vit Ă©galement le jour Ă  cette Ă©poque, preuve supplĂ©mentaire de la diversitĂ© culturelle et religieuse de la communautĂ© juive de Londres.

IntĂ©gration des juifs d’Europe de l’Est

À la fin du 19e siĂšcle, suite aux pogroms en Europe de l’Est, de nombreux juifs de cette rĂ©gion s’installĂšrent Ă©galement Ă  Londres. Il y avait alors ainsi prĂšs de 150 000 juifs londoniens, dont 100 000 habitaient dans le East End. Parmi eux, de nombreux tailleurs, une dizaine de milliers. Ils firent grĂšve en 1889 contre les conditions trĂšs dures de ce mĂ©tier et l’exploitation discriminatoire par les employeurs de leur statut d’immigrants.

Au dĂ©but du 20e siĂšcle, l’immigration des juifs fut ralentie par la politique migratoire votĂ©e en 1905, mais une partie de rĂ©fugiĂ©s rĂ©ussirent Ă  s’y installer, notamment Ă  l’approche de la Seconde Guerre mondiale, tandis que ceux qui y vivaient dĂ©jĂ  virent l’ascension d’un mouvement fasciste. À cette Ă©poque, les juifs londoniens se concentrĂšrent moins dans le East End, choisissant notamment les quartiers nord de Golders Green et Stamford Hill.

Evolution contemporaine du judaĂŻsme londonien

Cette Ă©volution gĂ©ographique se poursuivit aprĂšs la guerre. Notamment dans les quartiers de Harrow, Wembley, Edgware, Stanmore, Finchley, Ilford et Palmers Green. À la fin des annĂ©es 1970, il y avait 280 000 Juifs londoniens. NĂ©anmoins, ce chiffre est en baisse depuis. Il est passĂ© Ă  210 000 en 1988, 195 000 en 2002 et en 2025 Ă  160 000.

Les communautĂ©s orthodoxes et hassidiques se trouvent principalement dans le nord de la ville (Stamford Hill). Pour tout renseignement concernant les offices, s’adresser au trĂšs aimable Board of Deputies of British Jews .

Vue extérieure de la synagogue de New London
New London Synagogue. Photo de Mark Ahsmann – Wikipedia

Pour une premiĂšre dĂ©couverte, on peut effectuer une visite guidĂ©e de la Londres juive. Pour ce faire, s’adresser aux Stepping out Walking Tours organisĂ©s par des guides professionnels de la City of London ou des Blue Badge Guides. En outre, le MusĂ©e juif propose de nombreux tours de l’East End, incluant la visite de certaines synagogues normalement fermĂ©es au public.

Une visite au British Museum s’impose. On y trouve, dans le cadre de la bibliothĂšque hĂ©braĂŻque, une impressionnante collection de manuscrits (3000 piĂšces) qui reprĂ©sente l’une des plus importantes du monde de bibles, de talmuds, de kabbales et de haggadot. Souvent enluminĂ©s, ils viennent de toute l’Europe et certains datent de plus de 1000 ans. On y trouvera aussi l’original de la dĂ©claration Balfour de 1917.

Enfin, une visite Ă  la Guildhall Library , spĂ©cialisĂ©e dans l’histoire de la ville de Londres, permettra de consulter de nombreux documents concernant l’implantation juive dans la capitale britannique.

HĂŽpitaux, universitĂ©s, bus, théùtres, rues
 l’antisĂ©mitisme s’est beaucoup dĂ©veloppĂ© Ă  Londres en des lieux dĂ©passant largement la sphĂšre religieuse. Comme dans de nombreuses villes europĂ©ennes depuis l’instrumentalisation du pogrom du 7-Octobre. Cela se traduisit par des menaces, insultes, boycotts et attaques. Avec en guise de « rĂ©ponse » parfois la recommandation de gouvernants de ne pas se rendre dans certains quartiers.

Dans les caves des masures de la vieille ville se dĂ©roule, durant trois siĂšcles, une histoire juive clandestine. Venus d’Espagne, des conversos s’installent Ă  Bordeaux dĂšs 1474. HabituĂ©s Ă  cacher leur foi en Espagne, ces « nouveaux chrĂ©tiens » continuent Ă  pratiquer secrĂštement leur religion d’origine en France.

Vue extérieure de la synagogue de Bordeaux et ses vitraux
Synagogue de Bordeaux. Photo de Jibi44 – Wikipedia

D’anciens textes inscrivent la prĂ©sence des juifs Ă  Bordeaux dĂšs le 6e siĂšcle. Un document datant de 1072 Ă©voque un « Mont-JudaĂŻque » qui se serait trouvĂ© aux abords de l’ancienne ville de Bordeaux, oĂč se situent actuellement les rues MĂ©riadec et Dauphine. C’est d’ailleurs dans ce secteur de la ville que se trouvait le cimetiĂšre juif.

Lorsque la ville de Bordeaux fut sous domination anglaise (de 1154 Ă  1453), les juifs durent faire face aux menaces d’expulsion et de taxation Ă©levĂ©es imposĂ©es par les Britanniques ainsi que par les rĂ©gents. Les juifs de Bordeaux Ă©taient alors organisĂ©s sous la banniĂšre de « CommunautĂ© des juifs de Gascogne ».

Vue extérieure de l'entrée de la synagogue de Bordeaux avec une menorah sculptée
Synagogue de Bordeaux. Photo de GO69 – Wikipedia

L’Inquisition provoqua le dĂ©part de nombreux juifs d’Espagne et du Portugal. Une partie de ceux-ci arrivĂšrent Ă  Bordeaux. Ainsi, de nombreux Marranes s’établirent dans la ville au milieu du 16e siĂšcle. NĂ©anmoins, cette acceptabilitĂ© sous-tendait une vie chrĂ©tienne de ces juifs portugais qui ne purent reprendre leurs rites anciens. Un dĂ©cret municipal souligna en 1734 que la pratique de la religion juive Ă©tait interdite. Un rapport Ă©tabli en 1753 s’offusqua du fait que cette religion fut pratiquĂ©e dans sept lieux dĂ©signĂ©s comme des synagogues alors qu’il s’agissait en fait de lieux de priĂšres privĂ©s en appartement.

En 1725, les juifs portugais achetĂšrent un terrain qui leur permit de disposer d’un cimetiĂšre . Il fut utilisĂ© jusqu’à la RĂ©volution française et fut dĂ©finitivement fermĂ© en 1911. Les juifs avignonnais achetĂšrent un cimetiĂšre en 1728 qui fut en service jusqu’en 1805. Un troisiĂšme cimetiĂšre fut ouvert en 1764 qui fut utilisĂ© par l’ensemble de la communautĂ© juive de Bordeaux.

Vue extérieure de la synagogue de Bordeaux avec les tables de la loi sculptées
Synagogue de Bordeaux. Photo de Jibi44 – Wikipedia

Le nombre de juifs Ă  Bordeaux Ă©tait encore relativement peu Ă©levĂ© au dĂ©but du 18e siĂšcle. En effet, la communautĂ© de Bordeaux et les juifs avignonnais totalisĂšrent moins de 1800 personnes. Cela n’empĂȘcha pas les menaces d’expulsion durant ce siĂšcle.

À la veille de la RĂ©volution française, les juifs de Bordeaux envoyĂšrent deux reprĂ©sentants aux rĂ©unions organisĂ©es par ChrĂ©tien-Guillaume de Lamoignon Malesherbes, conseiller de Louis XVI, pour dĂ©battre de la condition juive en France. Lorsque cette assemblĂ©e dĂ©cida au bout du compte de reporter une dĂ©cision sur le statut des juifs et leurs droits Ă  l’égalitĂ© en tant que citoyens, sept reprĂ©sentants de la communautĂ© de Bordeaux plaidĂšrent leur cause face aux autoritĂ©s parisiennes. En attendant, la DĂ©claration des droits de l’Homme adoptĂ©e le 26 aoĂ»t 1789 met un terme Ă  toute discrimination vis-Ă -vis des citoyens. NĂ©anmoins, les Constituants ne s’accordent pas sur le statut des juifs. Cela aboutit Ă  un dĂ©cret partiel datant du 28 janvier 1790 qui stipulait que les juifs portugais devenaient les premiers citoyens actifs. L’émancipation de tous les juifs de France sera rĂ©alisĂ©e un an plus tard, le 27 septembre 1791.

Lorsqu’en 1806 un recensement fut prĂ©sentĂ©, on dĂ©nombra 2131 juifs Ă  Bordeaux. Parmi eux, 1651 originaires d’Espagne ou du Portugal, 336 d’origine hollandaise, allemande ou polonaise et 144 avignonnais. Abraham Furtado, qui avait participĂ© Ă  la Commission Malesherbes, est Ă©galement prĂ©sent Ă  l’AssemblĂ©e de 106 notables rĂ©unie par NapolĂ©on oĂč il reprĂ©sente la Gironde. Il sera d’ailleurs membre de la municipalitĂ© de Bordeaux et deviendra maire-adjoint. Suite aux sessions du Grand Sanhedrin qui se dĂ©roulĂšrent un an plus tard, le Consistoire de Bordeaux eut la charge de dix dĂ©partements.

Abraham Andrade fut nommĂ© Grand rabbin. La Grande synagogue de la rue Causserouge fut ouverte en 1809, permettant aux juifs de Bordeaux de quitter les salles de priĂšres recluses. Elle fut dessinĂ©e par l’architecte Armand Corcelles, dans un style oriental.

Vue du cimetiĂšre juif de la ville de Bordeaux
CimetiĂšre juif. Photo de StĂ©phane Blondon – Wikipedia

Durant ces annĂ©es, une Ă©cole juive et un talmud torah furent ouverts. L’égalitĂ© des droits et des devoirs motiva Ă©galement une participation Ă  la fonction publique et Ă  la vie politique. Ainsi, des juifs bordelais participĂšrent aux conseils municipaux et des personnalitĂ©s comme Salomon Camille LopĂšs-Dubec, Joseph Rodrigues et Adrien LĂ©on furent Ă©lus Ă  l’AssemblĂ©e nationale.

La Grande synagogue de Bordeaux fut dĂ©truite par un incendie en 1873. Ce qui motiva la communautĂ© Ă  confier le projet de rĂ©alisation d’une nouvelle synagogue aux architectes Paul Abadie et Charles Durand.  La synagogue de Bordeaux fut inaugurĂ©e en 1882. L’inspiration architecturale s’inspira d’un style mĂ©langeant le gothique et l’oriental. La dĂ©coration intĂ©rieure est d’inspiration syrienne, ottomane, Ă©gyptienne et mauresque. Le tout donnant un bĂątiment majestueux et trĂšs original.

Durant la Seconde Guerre mondiale, l’occupation Ă  Bordeaux fut trĂšs brutale. 1600 juifs furent dĂ©portĂ©s grĂące au zĂšle de la Collaboration et de ses dirigeants. Parmi eux, Maurice Papon, le sous-prĂ©fet en charge des rĂ©quisitions allemandes, du service de l’occupation et du bureau des questions juives. En 1998, il fut condamnĂ© Ă  dix ans de rĂ©clusion criminelle. Un monument a depuis Ă©tĂ© Ă©rigĂ© en leur mĂ©moire.

Vue extérieure du Centre Jean Moulin de Bordeaux
Le Centre Jean Moulin. Photo de BenoĂźt Prieur – Wikipedia

La grande synagogue fut pillée pendant la Shoah et transformée en lieu de rassemblement précédant les déportations. AprÚs la guerre, la synagogue fut restaurée, devenant la plus grande synagogue de rite sépharade de France.

Depuis, la communautĂ© juive de Bordeaux s’est agrandie avec l’arrivĂ©e d’une nouvelle congrĂ©gation ashkĂ©naze et la venue juifs d’Afrique du Nord dans les annĂ©es 1960.

Parmi les lieux de vie culturelle juive, on trouve le Centre YavnĂ© , ouvert en 2000, suite Ă  la fermeture du Centre communautaire de Bordeaux de la place Charles Gruet. La ville bĂ©nĂ©ficie d’un Beth Halimoud créé il y a une dizaine d’annĂ©es par SĂ©bastien Allali.

Autre lieu important de la ville Ă  visiter, le Centre national Jean Moulin de Bordeaux , nommĂ© en hommage au grand rĂ©sistant. Créé Ă  l’instigation de Jacques Chaban-Delmas en 1967, ce musĂ©e et centre de documentation sur la Seconde Guerre mondiale prĂ©sente des collections consacrĂ©es Ă  la RĂ©sistance, Ă  la DĂ©portation et aux Forces Françaises Libres. Il est fermĂ© au public depuis 2018.

Le cimetiĂšre juif Ă©tabli en 1764 est aujourd’hui le seul en activitĂ©. Les tombes du 18e siĂšcle sont de simples dalles rectangulaires. Au siĂšcle suivant, cippes, sarcophages, cĂ©notaphes et stĂšles en forme de tables de la loi sont utilisĂ©s.

Le 10 janvier 2024, la communautĂ© juive a marquĂ© les 80 ans de la rafle des Juifs de Bordeaux. L’hommage s’est dĂ©roulĂ© dans la synagogue bordelaise, oĂč les noms des 365 personnes arrĂȘtĂ©es les 10 et 11 janvier 1944 puis emmenĂ©es Ă  Drancy ont Ă©tĂ© lus. Parmi la cinquantaine d’enfants prĂ©sents enfermĂ©s dans la synagogue, se trouvait Boris Cyrulnik, ĂągĂ© Ă  l’époque de six ans. L’auteur, qui a survĂ©cu Ă  la rafle en se cachant dans l’édifice, a participĂ© Ă  cette cĂ©rĂ©monie. Une cĂ©rĂ©monie soulignant l’importance de la transmission de la mĂ©moire et la lutte contre la rĂ©surgence accrue de l’antisĂ©mitisme depuis deux dĂ©cennies et en particulier depuis le 7 octobre 2023.

Suite Ă  l’acte antisĂ©mite de tronçonnage de l’arbre plantĂ© Ă  la mĂ©moire d’Ilan Halimi Ă  Epinay-sur-Seine en aoĂ»t 2025, de nombreux arbres ont Ă©tĂ© plantĂ©s en sa mĂ©moire et afin de marquer leur implication dans la lutte contre l’antisĂ©mitisme qui ravage l’Europe depuis le 7-Octobre et l’instrumentalisation des conflits au Proche-Orient.

Ainsi, la communauté juive de Bordeaux planta un olivier le 20 octobre 2025 devant la Grande synagogue, suite à une cérémonie organisée par le Crif Bordeaux-Aquitaine et le Consistoire Israélite de Bordeaux.

En septembre 2025, trois tableaux volĂ©s au peintre juif FĂ©dor Löwenstein par les nazis Ă  Bordeaux en 1940, ont Ă©tĂ© rendus Ă  son hĂ©ritier. Lequel les a prĂȘtĂ©s au musĂ©e d’art et d’histoire du JudaĂŻsme (mahJ) Ă  Paris pour une exposition. Ses autres Ɠuvres pillĂ©es semblent pour l’instant introuvables.

Sources : France Bleu, Le Figaro

Le jour de Ticha Beav – commĂ©moration de la destruction du Temple de JĂ©rusalem –, ces mots espagnols rĂ©sonnent dans la vieille synagogue : « Hemos perdido Sion pero tambien hemos perdido España tierra de consolacion » (« Nous avons perdu Sion, mais nous avons perdu aussi l’Espagne terre de consolation »).

Vue extérieure de la synagogue de Bayonne avec ses colonnes
Synagogue de Bayonne © Wikimedia Commons (Olevy)

La synagogue de Bayonne a Ă©tĂ© construite en 1837, mais son arche sainte, souvenir de l’ancien lieu de culte, remonte au rĂšgne de Louis XVI. On dit mĂȘme que certains rouleaux de Torah proviendraient de l’Espagne d’avant l’expulsion de 1492 et auraient Ă©tĂ© rapportĂ©s par les marranes fuyant les persĂ©cutions.

Les travaux de restauration du cimetiĂšre juif de Bayonne ont dĂ©butĂ© en 2010 Ă  l’initiative du MusĂ©e juif de Bruxelles. À l’origine du chantier, les deux chercheurs Olivier Hottois et Philippe Pierret, soutenus par la Direction rĂ©gionale des affaires culturelles (Drac) d’Aquitaine, la mairie de Bayonne et l’Association cultuelle israĂ©lite de Bayonne-Biarritz, s’appuient aussi sur un rĂ©seau de jeunes bĂ©nĂ©voles europĂ©ens, notamment issus de l’Aktion SĂŒhnezeichen Friedensdienste, association allemande créée aprĂšs la Seconde Guerre mondiale pour Ă©veiller le peuple allemand Ă  sa responsabilitĂ© dans la barbarie nazie.

Le chocolat à Saint-Esprit les Israélites
Au XVIIe siĂšcle, les juifs venus d’Espagne furent chassĂ©s de Bayonne et s’installĂšrent dans le faubourg de Saint-Esprit qui devint alors, dans le langage populaire, Saint-Esprit-les-IsraĂ©lites, car la population juive y Ă©tait majoritaire, fait rarissime en France. C’est un juif originaire d’Espagne, Gaspar Dacosta, qui introduisit Ă  Saint-Esprit et dans la France du XVIIe siĂšcle l’art du chocolat !

Le musĂ©e du JudaĂŻsme bayonnais Suzanne et Marcel SuarĂšs , inaugurĂ© le 2 novembre 2022, rend en particulier hommage aux Marranes, Juifs espagnols et portugais, retraçant l’histoire du judaĂŻsme rĂ©gional. Il est situĂ© rue Maubec, Ă  proximitĂ© de la synagogue de la ville. Le musĂ©e retrace ainsi leur parcours et prĂ©sente cette communautĂ©. L’endroit a notamment pour ambition de montrer l’apport des juifs bayonnais Ă  la ville.

Suite Ă  l’acte antisĂ©mite de tronçonnage de l’arbre plantĂ© Ă  la mĂ©moire d’Ilan Halimi Ă  Epinay-sur-Seine en aoĂ»t 2025, de nombreuses mairies ont dĂ©cidĂ© de planter des arbres en sa mĂ©moire et afin de marquer leur implication dans la lutte contre l’antisĂ©mitisme qui ravage l’Europe depuis le 7-Octobre et l’instrumentalisation des conflits au Proche-Orient.

Parmi ces mairies, celle de Bayonne oĂč fut plantĂ© un olivier le 21 septembre 2025 aux Jardins de la synagogue, suite Ă  une cĂ©rĂ©monie, en prĂ©sence des Ă©lus et autoritĂ©s locales.

Sources : Sud-Ouest

Le musĂ©e d’Art et d’Histoire de Narbonne conserve la plus ancienne inscription se rapportant Ă  la prĂ©sence juive en France. Il s’agit d’une Ă©pitaphe pour les trois enfants de Paragorus: Justus, trente ans, Matrona, vingt ans, et Dulciorella, neuf ans. La preuve absolue de la judĂ©itĂ© de l’inscription est donnĂ©e par la prĂ©sence d’un chandelier Ă  sept branches ainsi que par le petit texte en hĂ©breu : « Paix sur IsraĂ«l ». Ce mĂȘme musĂ©e conserve une autre inscription funĂ©raire.

Plan large sur la ville de Narbonne
Narbonne. Photo de Benh Lieu Song – Wikipedia

La prĂ©sence juive Ă  Narbonne semble dater au moins du 5e siĂšcle comme le confirment des lettres Ă©crites en 470 et 473. Au 7e siĂšcle, des pierres retrouvĂ©es avec des inscriptions en hĂ©breu et en latin attestent de cette prĂ©sence. Comme l’affirme le hors-sĂ©rie du Midi Libre consacrĂ© aux Juifs d’Occitanie, selon une lĂ©gende Charlemagne aurait octroyĂ© de nombreux privilĂšges aux juifs suite Ă  sa conquĂȘte de Narbonne. Parmi eux, la possibilitĂ© d’avoir un « roi Â», un reprĂ©sentant important de la communautĂ©.

Dans ses Carnets de voyage, Benjamin de TudĂšle indique que Narbonne est connue pour ses prouesses scientifiques et dĂ©sormais bibliques, grĂące Ă  l’apport des juifs notamment.

Parmi les grands savants, il mentionne le rabbin Kalonymos. Il eut d’ailleurs le privilùge de pouvoir sceller des actes publics d’un sceau sur lequel figurait le lion de Juda. Et aussi Jaccaben Jekar, un des maitres de Rachi.

Portrait de David Kimchi
David Kimchi

A partir du 12e siĂšcle, la population juive narbonnaise de cette ville florissante du Moyen Age augmente, principalement suite Ă  la venue de juifs andalous.

Parmi eux, de grands chercheurs scientifiques, littĂ©raires et talmudistes. Qui partagent ces savoirs en diffĂ©rentes langues, qu’il s’agisse de l’espagnol, de l’arabe, langues d’origines, et de l’hĂ©breu et du français, langue du pays d’accueil. David Kimchi, un de ces grands chercheurs et fils d’un exilĂ©, est l’auteur du Sefer Hashorashim.

La communautĂ© juive de Narbonne contribue Ă  l’essor de la ville et profite d’une grande libertĂ© accordĂ©e par les autoritĂ©s locales, qu’elles soient politiques ou religieuses. Il semble d’ailleurs que les mesures discriminantes du Concile de Latran soient peu suivies.

Bible illustrée, oeuvre de David Kimchi
Bible de Cervera, Traité de David Kimchi

Par contre, le meurtre d’un pĂȘcheur en 1236 suscite des Ă©meutes locales de la population, entrainant violences et pillages. Juste avant la grande expulsion de 1306, la ville compte 825 juifs, ce qui constitue prĂšs de 4 % de la population totale.

Une vingtaine de familles juives habitent actuellement Ă  Narbonne, en partie issues de l’arrivĂ©e des juifs d’Afrique du Nord dans les annĂ©es 1960. Une synagogue accueille les fidĂšles.

En septembre 2024, l’association Culture et patrimoine juif de Narbonne participa aux JournĂ©es europĂ©ennes du patrimoine. Avec l’aide de guides, le public dĂ©couvrit la longue histoire juive narbonnaise.

La prĂ©sence juive est attestĂ©e Ă  BĂ©ziers depuis l’époque romaine, mais l’ñge d’or des juifs biterrois est sans conteste le Moyen Âge classique, Ă©poque Ă  laquelle la ville Ă©tait surnommĂ©e la « Petite JĂ©rusalem », tant en raison de l’importance de sa communautĂ© que de la vue que l’on avait depuis la plaine de l’Orb et qui ressemblait Ă  celle de JĂ©rusalem.

Statue devant la cathédrale de Saint Nazaire
La façade de la cathédrale Saint Nazaire

Son Ă©cole rabbinique est renommĂ©e, et Benjamin de TudĂšle, dans son carnet de voyages, Ă©voquera une ville « oĂč les sages abondent ». Plusieurs rabbins et savants adoptĂšrent le surnom « Beders » (BĂ©ziers en hĂ©breu), en l’honneur de leur ville, notamment le poĂšte Abraham Bedersi et son fils Jedaiah.

La situation des Juifs biterrois Ă©tait bien plus enviable que celle de leurs coreligionnaires languedociens, grĂące Ă  la protection des vicomtes de Trencavel, et notamment Raymond Roger, vicomte de BĂ©ziers et de Carcassonne qui nomme des baillis juifs pour gouverner la ville. Cet Ăąge d’or prend fin brutalement en 1209 lors de la croisade des albigeois dĂ©clenchĂ©e par le pape Innocent III.

Béziers puis Carcassonne tombent aux mains des croisés. 200 juifs périssent lors du sac de Béziers, les 200 restants avaient déjà quitté la cité sous la protection du vicomte.

Ancienne pierre hébraïque de Béziers exposée
La pierre hébraïque de Béziers

À la chute de Carcassonne, les juifs de BĂ©ziers se rĂ©fugient en Catalogne et refondent une communautĂ© dans la petite ville d’Olot. Ils gravent la dĂ©dicace de leur nouvelle synagogue dans une pierre, en y inscrivant la douleur de l’exil, et la perte de leur ville. Le toponyme est celui de BĂ©ziers en hĂ©breu, « Beders », et la guerre Ă  laquelle il est fait allusion est datĂ©e de l’an 4969, ce qui correspond Ă  l’an 1209 de l’ùre commune. Il est donc bien question de la croisade des Albigeois.

Cette pierre a Ă©tĂ© retrouvĂ©e dans les annĂ©es 1940, dans les ruines de la chapelle du cimetiĂšre d’Olot, incendiĂ©e au dĂ©but de la guerre civile espagnole. Elle est actuellement exposĂ©e au musĂ©e-trĂ©sor de l’église Sant EstĂšve d’Olot.

Quelques annĂ©es plus tard, les juifs rĂ©fugiĂ©s Ă  Olot, ou une partie d’entre eux, reviennent Ă  BĂ©ziers. Ils Ă©rigent une nouvelle synagogue. La dĂ©dicace est datĂ©e de l’an 4900
 Le millĂ©sime est manquant, en raison d’une cassure de la pierre, mais des recherches ont permis de dĂ©duire qu’il s’agirait de l’annĂ©e 1214.

Sur la façade occidentale de la cathĂ©drale Saint Nazaire deux statues allĂ©goriques reprĂ©sentant, l’une la « synagoga » privĂ©e de ses attributs et les yeux bandĂ©s, l’autre « l’ecclĂ©sia » triomphante. A l’intĂ©rieur de la cathĂ©drale, vous retrouverez Ă  deux endroits les lettres hĂ©braĂŻques du tĂ©tragramme divin.

Enfin, si vous vous promenez dans BĂ©ziers, certaines rues font Ă©cho au passĂ© juif de la ville. Au  28 rue du 4 septembre se trouve l’emplacement de l’ancienne synagogue royale, oĂč a Ă©tĂ© trouvĂ©e scellĂ©e la pierre hĂ©braĂŻque de BĂ©ziers. La rue de la petite JĂ©rusalem mĂšne Ă  l’ancienne juiverie Ă©piscopale, situĂ©e dans l’actuelle rue Boudard. Les rues Capus et du Soleil sont les vestiges d’un ancien quartier juif cernĂ© par les 2 branches du « U » dessinĂ© par la rue du Capus, et dont le porche roman qui commande l’entrĂ©e de la rue du Soleil Ă©tait la porte d’accĂšs. Des Ă©vĂ©nements rĂ©guliers sont organisĂ©s dans la ville. Pour plus d’informations sur les Ă©vĂ©nements Ă  venir, vous pouvez consulter le site www.memoirejuive-beziers.org

La synagogue de BĂ©ziers accueille depuis l’Ă©tĂ© 2020 un musĂ©e juif retraçant l’histoire des juifs biterrois et prĂ©sentant une copie de la pierre hĂ©braĂŻque du 13e siĂšcle.

La restauration de la synagogue biterroise s’est terminĂ©e en 2024. Elle a Ă©tĂ© effectuĂ©e par des artisans du Biterrois, travaillant sur les dorures, tapisseries, l’éclairage. Un Ă©vĂ©nement cĂ©lĂ©brĂ© lors de la rĂ©inauguration de la synagogue par Maurice Abitbol, le prĂ©sident de l’Association cultuelle israĂ©lite de BĂ©ziers (Acib). Dans l’appartement oĂč vivait le rabbin, logeant actuellement ailleurs, le musĂ©e juif a Ă©tĂ© Ă©tendu sur une surface de 150 m2. Dans la salle Ă  manger est dressĂ©e une table reprenant les dĂ©corations tout le long de l’annĂ©e, Ă©voquant ainsi les diffĂ©rentes fĂȘtes juives. Deux autres espaces retracent l’histoire des juifs d’Europe de l’Est et des juifs sĂ©pharades.

Source et crédit photo : Association Mémoire juive de Béziers

C’est vers 1298 que les Juifs s’établissent Ă  PĂ©zenas, venant d’Espagne, du Portugal et d’Italie. Au commerce d’habits et de bestiaux, ils ajoutĂšrent l’activitĂ© de la vente de laine et de draps. En 1332, une loi imposait aux Juifs traversant PĂ©zenas ou venant y vendre un droit de « leude » (un octroi, ou un pĂ©age). Les familles juives disparurent de la ville en 1394, lors de l’expulsion de la communautĂ© du royaume de France.

Entrée du quartier juif de Pezenas
Porte Faugères et porte du Ghetto © Wikimedia Commons (Mossot)

À PĂ©zenas, le quartier juif mĂ©diĂ©val piscĂ©nois est circonscrit aux rue de la Juiverie et rue des Litanies. On a Ă©galement retrouvĂ© une cuve en terre formant un petit bassin dans le sous-sol d’une maison qui pourrait correspondre Ă  un mikveh.

Le voyageur Benjamin de TudĂšle visita Montpellier en 1165. Dans ses Carnets de voyage, il nota l’existence de Batey midrashot kevouot le-Talmud dans la ville. Outre ces activitĂ©s intellectuelles citĂ©es dans une source hĂ©braĂŻque, des documents latins relatent  la prĂ©sence de juifs dans les Ă©changes commerciaux entre Agde, Narbonne et Montpellier. Ils ont le monopole des soieries et des Ă©toffes. Les reprĂ©sentants de la loi mosaĂŻque sont Ă©galement impliquĂ©s dans l’effort de protection de la citĂ©.

Vue intérieure du mikvé médiéval de Montpellier
MikvĂ© mĂ©diĂ©val (XIIe s.) de Montpellier. Photos de Hugues Rubio, Ville de Montpellier et MichaĂ«l Iancu, Institut MaĂŻmonide-AverroĂšs-Thomas d’Aquin.

L’actuelle rue de la Barralerie est l’ancienne rue centrale du quartier juif dans le fief seigneurial des Guilhem. L’ensemble cultuel regroupe un lieu dit synagogal, une maison de l’aumĂŽne (domus helemosine), une maison d’études, et le mikvĂ© mĂ©diĂ©val , qui a Ă©tĂ© retrouvĂ© et restaurĂ©, toutes composantes de la Schola Judeorum; il peut se visiter au n°1 de la rue. On y voit le bain du XIIe siĂšcle ayant Ă©chappĂ© aux rugositĂ©s du temps, la salle dĂ©shabilloir, ainsi que le bassin avec ses sept marches subaquatiques et son orifice mural ornementĂ© d’une gargouille (les deux premiĂšres au plus profond sont d’époque mĂ©diĂ©vale). Joyau de l’art roman, rĂ©alisĂ© par des architectes chrĂ©tiens Ă  la demande la collectivitĂ© juive, c’est l’un des deux plus anciens monuments religieux de la ville.

Visitable avec l’Office de Tourisme de Montpellier, ce haut-lieu de la mĂ©moire montpelliĂ©raine s’intĂšgre dans un Ensemble synagogal mĂ©diĂ©val exceptionnel qui a fait l’objet de fouilles archĂ©ologiques approfondies menĂ©es par Christian Markiewicz, membre associĂ© au LA3M (Laboratoire d’ArchĂ©ologie MĂ©diĂ©val et Moderne en MĂ©diterranĂ©e) et la Ville de Montpellier. Philippe Saurel, Maire et PrĂ©sident de Montpellier MĂ©diterranĂ©e MĂ©tropole a Ă©tĂ© trĂšs impliquĂ© dans ces investigations archĂ©ologiques,  ayant abouti Ă  la mise Ă  jour rĂ©cente de bassins supplĂ©mentaires, dallages et espaces attenants au Bain rituel juif du XIIe siĂšcle.

Un quartier juif ouvert Ă  l’habitat judĂ©o-chrĂ©tien mĂȘlĂ© se dĂ©veloppe au 13e siĂšcle, autour de la rue de la Barralerie, avec le mikveh, qui fut, rappelons-le, redĂ©couvert au dĂ©but des annĂ©es 1980, restaurĂ©, puis inaugurĂ© en 1985, lors du millĂ©naire de la ville par Georges FrĂȘche, Ă  l’occasion de l’organisation par Carol Iancu, professeur Ă  l’UniversitĂ© Paul ValĂ©ry Montpellier 3, d’un colloque scientifique international sur « Les Juifs Ă  Montpellier et dans le Languedoc ».

Vue extérieure du mikvé médiéval de Montpellier
MikvĂ© mĂ©diĂ©val (XIIe s.) de Montpellier. Photos de Hugues Rubio, Ville de Montpellier et MichaĂ«l Iancu, Institut MaĂŻmonide-AverroĂšs-Thomas d’Aquin.

Le XIVe siĂšcle est le siĂšcle de l’expulsion des Juifs de France, marquĂ©  des renvois (1306 notamment, puis 1322 et  1394) et des rappels successifs (1315; 1359) des monarques français. Les juifs s’installent lors de la derniĂšre pĂ©riode autorisĂ©e (1359-1394), rue de la Vieille Intendance tout prĂšs de l’ancien habitat. Montpellier aura Ă©tĂ© le théùtre de cĂ©lĂšbres controverses maĂŻmonidiennes: une premiĂšre fois en 1230, autour des Ă©crits du RAMBAM: une copie du Guide des Perplexes, aurait Ă©tĂ© selon Hillel de VĂ©rone, dĂ©truit en place publique; une deuxiĂšme fois autour des annĂ©es 1300 contre la philosophie. AthĂšnes et JĂ©rusalem: doit-on comprendre la loi mosaĂŻque Ă  la lumiĂšre de la sophia grecque ? Lecture fidĂ©iste ou lecture Ă©tayĂ©e par la raison ? Effervescence intellectuelle en tous cas. Peu fortuit que cela ait lieu Ă  Montpellier, lieu de foisonnement intellectuel et thĂ©ologique, et au sein du monde juif.

Au 17e siĂšcle, des juifs du Comtat Venaissin ont des autorisations temporaires pour commercer Ă  Montpellier. A partir de 1714, neuf juifs s’installent dans la ville. D’autres suivent cette dĂ©marche. Au dĂ©but du 19e siĂšcle, la communautĂ© juive compte une centaine de personnes. Elle est alors dirigĂ©e par MoĂŻse Milhau, qui reprĂ©sente le dĂ©partement du Vaucluse auprĂšs du Grand Sanhedrin.

Environ 60 familles composaient la communautĂ© juive montpelliĂ©raine Ă  la veille de la deuxiĂšme guerre mondiale, soient 300 individus, participant Ă  la cĂ©lĂ©bration des temps shabbatiques et festifs ; des Ă©tudiants juifs Ă©trangers (nombreux en mĂ©decine) pouvaient se joindre Ă  eux. En 1940-41, et mĂȘme dĂšs 1933 avec la montĂ©e du nazisme, l’installation de l’antisĂ©mitisme et l’instauration du numerus clausus dans les pays de l’Est (Allemagne, Hongrie, Pologne, Roumanie), leur nombre s’est accru de juifs rĂ©fugiĂ©s : 150 foyers regroupant 750 personnes, se manifestant par leurs cotisations, et adhĂ©sions tangibles. Une proportion est Ă  cet Ă©gard rĂ©vĂ©latrice, avec en 1933, sur 800 Ă©tudiants français et Ă©trangers inscrits en mĂ©decine, le dixiĂšme d’étudiants juifs roumains se chiffrant Ă  80 !

Escalier du mikvé médiéval de Montpellier
MikvĂ© mĂ©diĂ©val (XIIe s.) de Montpellier. Photos de Hugues Rubio, Ville de Montpellier et MichaĂ«l Iancu, Institut MaĂŻmonide-AverroĂšs-Thomas d’Aquin.

Le lieu de culte situĂ© d’abord rue du jeu de l’Arc, prit place rue des Augustins (devenu aujourd’hui temple protestant). CĂ©sar Uziel, d’origine ottomane, parvenu Ă  Montpellier en 1933, eut d’abord la charge de ministre officiant, puis celle de prĂ©sident de la communautĂ©, succĂ©dant Ă  LĂ©on Brunschwig (mort en 1934). AprĂšs lui, c’est Louis Kahn qui officiera cinq annĂ©es durant.

A l’Ă©tĂ© 1940, parviennent massivement Ă  Montpellier des rĂ©fugiĂ©s de Belgique, de Hollande, du Luxembourg, surtout de Pologne, mais aussi d’Alsace-Lorraine et de Paris. En dĂ©pit de quelques rĂ©ticences, un Ă©lan de solidaritĂ© s’opĂšre.

Avec le soutien prĂ©cieux (obtention de fausses cartes d’identitĂ©) du prĂ©fet Benedetti, et du secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de la prĂ©fecture de l’HĂ©rault Camille Ernst (auquel la Ville a rendu rĂ©cemment hommage), CĂ©sar Uziel (1892-1983) prit soin d’un premier groupe de 250 Ă©trangers, rĂ©partis Ă  Montpellier, vers les villages avoisinants et l’arriĂšre-pays. Le gros de cette premiĂšre vague fut dirigĂ© vers la LozĂšre (Lancogne) pour une halte provisoire.

Cela n’exclut pas tout l’appareil de dĂ©portations, spoliations (que j’ai largement traitĂ© ailleurs, ouvrages en 2000 et 2007), avec son lot malfaisant de dĂ©nonciations, de lĂąchetĂ©s, un antisĂ©mitisme Ă©rigĂ© en doctrine d’Etat, les rafles du fatidique Ă©tĂ© 42, et les internements dans les camps de Rivesaltes, et – pour l’aire gĂ©ographique hĂ©raultaise – dans celui d’Agde.

Faits hĂ©roĂŻques porteurs d’espoir: situĂ©e en zone libre, Montpellier a servi de refuge Ă  au moins quinze nationalitĂ©s diffĂ©rentes, en majoritĂ© polonaises (la moitiĂ©). La FacultĂ© des Lettres a accueilli – en dĂ©pit du faux pas du doyen marĂ©chaliste Augustin Fliche (contrairement Ă  l’attitude gĂ©nĂ©reuse de Pierre Jourda) – le grand mĂ©diĂ©viste Marc Bloch avant qu’il ne soit fusillĂ© Ă  Lyon pour faits de rĂ©sistance (1944) ; la FacultĂ© de mĂ©decine a Ă©tĂ© exemplaire, grĂące Ă  l’action remarquable du doyen Giraud (1888-1975) et du professeur BalmĂšs (1904-1986) envers les Ă©tudiants juifs cachĂ©s, dĂ©fendus en dĂ©pit des iniques lois raciales du gouvernement de Vichy, et autorisĂ©s (« sous le manteau Â») Ă  suivre les cours et passer les examens.

Tout au long de ces annĂ©es sinistres, sont Ă  relever des actes de bravoure et d’abnĂ©gation d’hommes et de femmes lumineux qui, au prix mĂȘme de leur libertĂ©, au pĂ©ril de leur vie, ont sauvĂ© des juifs des affres de la barbarie. Ce sont les Hassidey Oumot ha-Olam ou « Justes parmi les Nations Â» cĂ©lĂ©brĂ©s par l’Institut Yad Vashem de JĂ©rusalem qui maintient vivante la mĂ©moire des six millions de victimes de la Shoah, en octroyant ainsi la « MĂ©daille des Justes Â». Nombre de MontpelliĂ©rains valeureux ont reçu cette haute distinction.

Fenetre geminee du mikvé médiéval de Montpellier
MikvĂ© mĂ©diĂ©val (XIIe s.) de Montpellier. Photos de Hugues Rubio, Ville de Montpellier et MichaĂ«l Iancu, Institut MaĂŻmonide-AverroĂšs-Thomas d’Aquin.

Au sortir de la guerre, la collectivitĂ© juive exsangue (une cinquantaine de familles de souche alsacienne, ashkĂ©naze et turque pour la plupart) est une mosaĂŻque meurtrie par la Shoah.

En 1946, de la rue Marceau Ă  la rue des TrĂ©soriers de France, le lieu de culte de l’Association Cultuelle IsraĂ©lite de Montpellier (ACIM) Ă©volue. Le Conseil d’administration, sous la direction de CĂ©sar Uziel (qui avait aidĂ©, pendant la guerre, les coreligionnaires apatrides fuyant l’avancĂ©e allemande), acquiert le rez-de-chaussĂ©e d’un immeuble rue des Augustins. La synagogue inaugurĂ©e en 1952 y demeure jusqu’en 1985, avant son transfert rue Lafon, aux cĂŽtĂ©s de la synagogue dite Mazal Tov , rue Proudhon. L’annĂ©e 1956 voit l’arrivĂ©e du rabbin Roger Kahn dont le dynamisme Ă  l’égard de la jeunesse  modifie la collectivitĂ©, Ă  la suite Ă©galement de l’ouverture en 1957 du nouveau  centre communautaire de l’avenue de LodĂšve.

L’arrivĂ©e des Juifs d’Afrique du Nord constitue Ă  Montpellier, comme partout ailleurs en France, un tournant historique. Les membres de la communautĂ©, toutes origines confondues, accompagnent ces rĂ©fugiĂ©s, amenĂ©s Ă  s’adapter Ă  des contrĂ©es, mĂ©diterranĂ©ennes certes, mais diffĂ©rentes Ă  bien des Ă©gards ; les nouveaux venus apportent en hĂ©ritage la chaleur de l’Orient, mĂątinĂ©e d’un rigorisme rituel. Leur judaĂŻsme dĂ©complexĂ© et exubĂ©rant, revivifie le groupe communautaire qui demeurait tĂ©nu.

L’arrivĂ©e aux responsabilitĂ©s de Georges FrĂȘche est dĂ©cisive pour les Juifs. Par ses rĂ©alisations tangibles, il devient un « juif de cƓur Â» pour les 6000 juifs montpelliĂ©rains. Il marque de son empreinte la collectivitĂ© juive qui lui est acquise.

Retenons naturellement la restauration du mikvĂ© mĂ©diĂ©val lors du millĂ©naire de la ville ; ou encore le jumelage avec TibĂ©riade (oĂč selon la tradition, MaĂŻmonide est enterrĂ©) – tissant dĂ©jĂ  un lien entre MaĂŻmonide et la « Ville du Mont Â» (Ir ha har, en hĂ©breu) mĂ©diĂ©vale.

Dans les annĂ©es 1980-90, l’essor du judaĂŻsme montpelliĂ©rain, se cristallise autour de la crĂ©ation de la Radio Juive languedocienne (RJL), aujourd’hui Radio Aviva, co-fondĂ©e par Carol Iancu auquel l’on doit aussi la co-dĂ©couverte du mikvĂ© mĂ©diĂ©val de la ville, et qui crĂ©e Ă©galement Ă  l’UniversitĂ© Paul ValĂ©ry, le Centre de Recherches et d’études juives et hĂ©braĂŻques (1983).

Niches romanes murées du mikvé médiéval de Montpellier
MikvĂ© mĂ©diĂ©val (XIIe s.) de Montpellier. Photos de Hugues Rubio, Ville de Montpellier et MichaĂ«l Iancu, Institut MaĂŻmonide-AverroĂšs-Thomas d’Aquin.

Une autre Ă©manation du Centre Communautaire et Culturel Juif de Montpellier (CCCJ) en 1978, est « La JournĂ©e de JĂ©rusalem Â», rassemblement populaire annuel. Le « Festival du film juif et israĂ©lien Â», tĂŽt disparu, a eu le mĂ©rite de traiter de la diversitĂ© de la crĂ©ation cinĂ©matographique israĂ©lienne dans une ville Ă  la longue mĂ©moire sioniste : on compte quatre dĂ©lĂ©guĂ©s juifs montpelliĂ©rains au CongrĂšs de BĂąle de 1897, des tractations eurent lieu en prĂ©fecture pour le dĂ©part de l’Exodus Ă  SĂšte.

Les annĂ©es 2000 sont marquĂ©es par la crĂ©ation d’une Ă©cole et d’un collĂšge juifs, ainsi que du ComitĂ© Français pour Yad Vashem. Un renouveau gĂ©nĂ©rationnel se manifeste.

Suite Ă  la dĂ©couverte d’un des plus anciens (XIIe siĂšcle) mikvaot europĂ©ens, et partant du constat qu’à Montpellier, le judaĂŻsme mĂ©diĂ©val connut un Ăąge d’or jusqu’aux Ă©dits d’expulsion du XIVe s, les universitaires Georges FrĂȘche et l’ancien Grand Rabbin de France, RenĂ©-Samuel Sirat, crĂ©ent en 2000   l’Institut Universitaire Euro-MĂ©diterranĂ©en MaĂŻmonide (IUEMM) en vue de rĂ©inscrire la figure mĂ©diĂ©vale de MaĂŻmonide dans la Ville. L’Institut qui s’est imposĂ© dans le paysage culturel local est sis au dessus du mikvĂ© mĂ©diĂ©val dans l’immeuble historique de la Barralerie oĂč s’affrontaient- il y a 700 ans – les passions juives autour de la pensĂ©e philosophique. DĂ©velopper l’histoire et la civilisation du judaĂŻsme et d’IsraĂ«l, favoriser le dialogue interreligieux, constituent les axes fondateurs de cet Institut. La salle dite « don Profiat Â» pĂ©rennise le souvenir du dernier des Tibbonides.

Arche du mikvé médiéval de Montpellier
MikvĂ© mĂ©diĂ©val (XIIe s.) de Montpellier. Photos de Hugues Rubio, Ville de Montpellier et MichaĂ«l Iancu, Institut MaĂŻmonide-AverroĂšs-Thomas d’Aquin.

La MunicipalitĂ© propose depuis 2008 avec l’aide de l’IUEMM et de la « Nouvelle Gallia Judaica Â», Ă©quipe CNRS qui fut intĂ©grĂ©e dans le bĂątiment historique de la Barralerie pendant une dĂ©cennie, sept vitrines didactiques Ă  l’intention des passants, qui relatent l’histoire du Montpellier hĂ©braĂŻque mĂ©diĂ©val. C’est dire si la glorieuse histoire juive mĂ©diĂ©vale rĂ©sonne « forte Â», comme il est dit en musique, dans la « Ville du Mont Â» !

Lieu incontournable de Montpellier, l’Institut Universitaire Maimonide-AverroĂšs-Thomas d’Aquin, dont les compĂ©tences aux religions filles du monothĂ©isme – Christianisme et Islam –, ont Ă©tĂ© Ă©largies par Philippe Saurel, Maire de la Ville et PrĂ©sident de la MĂ©tropole, attire de nombreux Ă©vĂ©nements et visiteurs. L’histoire du judaĂŻsme montpelliĂ©rain et languedocien mĂ©diĂ©val est une histoire de rencontres judĂ©o-chrĂ©tiennes autour du legs grĂ©co-arabe; et aussi et surtout une histoire de passions hĂ©braĂŻques autour de la pensĂ©e maĂŻmonidienne et de la philosophie; des passions exacerbĂ©es jusque dans la synagogue du quartier juif du XIIIe siĂšcle, lĂ -mĂȘme oĂč l’Institut est basĂ©: clin d’Ɠil Ă  l’Histoire, lĂ©gitimitĂ© topographique indĂ©niable.

La ville de Montpellier prĂ©voit la crĂ©ation d’un musĂ©e autour du mikvĂ© mĂ©diĂ©val, dans le cadre d’une restauration et de mise en valeur du lieu. Ce musĂ©e devrait voir le jour au dĂ©but des annĂ©es 2030 et prĂ©voit la crĂ©ation d’un parcours immersif et pĂ©dagogique, ainsi qu’un espace d’exposition et des salles de recherche, de documentation et de confĂ©rences.

Page Ă©crite par MichaĂ«l Iancu, Docteur en Histoire et Directeur de l’Institut Universitaire Maimonide-AverroĂšs-Thomas d’Aquin. MichaĂ«l Iancu est l’auteur de Spoliations, dĂ©portations, rĂ©sistance des Juifs Ă  Montpellier et dans l’HĂ©rault, 1940-1944 (BarthĂ©lĂ©my, 2000), Vichy et les Juifs. L’exemple de l’HĂ©rault, 1940-1944 (Presses Universitaires de la MĂ©diterranĂ©e, 2007) Les Juifs de Montpellier et des terres d’Oc. Figures mĂ©diĂ©vales, modernes et contemporaines (Cerf, 2014) et de textes pour les ouvrages collectifs Ombres et lumiĂšres du Sud de la France. Les lieux de mĂ©moire du Midi (Les Indes savantes, 2015 et 2016), Nouvelle Histoire de Montpellier (Privat, 2015).

Rencontre avec Michaël Iancu

Jguideeurope : La ville de Montpellier est trÚs impliquée dans le partage du patrimoine culturel juif. Comment expliquez-vous cet engagement ?
MichaĂ«l Iancu : Sans interprĂ©tation apologĂ©tique de l’histoire locale, il importe de savoir qu’au Moyen Age, Montpellier n’est pas loin d’avoir reprĂ©sentĂ© une oasis de tolĂ©rance, ou tout au moins de progrĂšs dans la connaissance, dans l’accueil aux individus d’oĂč qu’ils venaient, dans l’ouverture aux sciences d’oĂč qu’elles provenaient. Les historiens ont mis en avant la place privilĂ©giĂ©e de la ville de Montpellier, proche de l’Espagne, commerçant avec le monde arabe, bĂ©nĂ©ficiant de la proximitĂ© des savants juifs Ă©tablis Ă  Lunel ou Ă  BĂ©ziers. Il est significatif d’ailleurs que le programme de la licence en 1309 juxtapose Galien, Avicenne, RhazĂšs et Isaac Israeli, autrement dit les mĂ©decines antique, arabe, et juive d’expression arabe. Les Juifs ont Ă©tĂ© dans cette « Petite Cordoue » qu’Ă©tait Montpellier pour la pĂ©riode mĂ©diĂ©vale, des passeurs de cultures entre l’IbĂ©rie musulmane et la ChrĂ©tientĂ© fĂ©odale. Ainsi, tout naturellement, la municipalitĂ© a souhaitĂ© retrouver les racines juives de la citĂ©. Racines certes essentiellement chrĂ©tiennes, mais avec des interfĂ©rences hĂ©braĂŻques prĂ©gnantes.

La dĂ©couverte du mikvĂ© est assez rĂ©cente. Qu’a-t-on dĂ©couvert et Ă©tabli sur son utilisation au Moyen-Age ?
Montpellier a cette chance de possĂ©der par-delĂ  les Ăąges un vestige archĂ©ologique de tout premier plan : le mikvĂ©, bain rituel juif datĂ© du XIIe siĂšcle, connu certes des anciens Ă©rudits locaux (tel le chanoine Charles d’Aigrefeuille en 1737), retrouvĂ© et restaurĂ© l’annĂ©e du millĂ©naire de la ville en 1985.
Du reste, le bĂątiment synagogal mĂ©diĂ©val oĂč est basĂ© l’Institut, a Ă©tĂ© dĂ©clarĂ© « Monument Historique Â» en 2004, et fait actuellement l’objet d’investigations menĂ©es par la DRAC et la Ville de Montpellier avec son maire Philippe Saurel, trĂšs impliquĂ© dans la revalorisation du patrimoine montpelliĂ©rain hĂ©braĂŻque mĂ©diĂ©val. Objet : tenter de mettre Ă  jour le lieu de culte mĂ©diĂ©val, la maison de l’aumĂŽne (domus helemosine) et la maison d’études, composantes de la Schola Judeorum selon des sources croisĂ©es, latines chrĂ©tiennes et hĂ©braĂŻques.

Vue extérieure du mikvé médiéval de Montpellier
Rue de la Barralerie. Photos de Hugues Rubio, Ville de Montpellier et MichaĂ«l Iancu, Institut MaĂŻmonide-AverroĂšs-Thomas d’Aquin.

De par son nom, l’institut Universitaire Maimonide-AverroĂšs-Thomas d’Aquin reprĂ©sente aujourd’hui un lieu d’ouverture et de rencontre unique. Pouvez-vous nous rencontre interculturelle qui vous marqua ?
Une Rencontre en 2004, salle Rabelais de Montpellier, intitulĂ©e : Â«Â La FraternitĂ© d’Abraham, un voeu pieu ? Partition pour un quatuor Ă  l’unisson ? » avec RenĂ©-Samuel Sirat, prĂ©sident fondateur de l’Institut MaĂŻmonide et ancien Grand Rabbin de France; Dalil Boubakeur, (alors) Recteur de la Grande MosquĂ©e de Paris, Jean-Arnold de Clermont, (alors) prĂ©sident de la FĂ©dĂ©ration Protestante de France et Guy Thomazeau, (alors) ArchevĂȘque de Montpellier.

Constatez-vous des changements dans les attentes du public par rapport à la période pré-Covid ?
Le public est revenu nombreux aprĂšs la pĂ©riode Covid-confinement mĂȘme si la vigilance est toujours de mise. Nous filmons dĂ©sormais toutes nos manifestations et les diffusons sur notre chaĂźne YouTube. Ainsi, les personnes ne pouvant se dĂ©placer, ne perdent rien de la programmation maĂŻmonidienne.

Textes en caracteres hebraiques du Mahzor medieval de Montpellier
Mahzor mĂ©diĂ©val (fin XIVe-dĂ©but XVe s.) de Montpellier, Archives Municipales de Mont-pellier. Photos de Hugues Rubio, Ville de Montpellier et MichaĂ«l Iancu, Institut MaĂŻmo-nide-AverroĂšs-Thomas d’Aquin.

Comment expliquez-vous le beau succÚs en librairie du Hors-Série de Midi Libre consacré au judaïsme occitan et est-il encore disponible en ligne ?
Il y a un intĂ©rĂȘt croissant pour mieux comprendre notre histoire commune. Montpellier et d’une maniĂšre plus large le Languedoc ont Ă©tĂ© pour la pĂ©riode mĂ©diĂ©vale, une terre de passage et de brassage, de rencontres judĂ©o-chrĂ©tiennes autour du legs grĂ©co-arabe. Longtemps l’on a tu toute origine juive, qu’elle soit familiale ou patrimoniale. Aujourd’hui, sans aller jusqu’à s’enorgueillir, il y a une curiositĂ© rĂ©elle pour les racines juives de la France et de l’Europe, racines Ă©minemment chrĂ©tiennes mais aussi hĂ©braĂŻques. Le succĂšs du Hors-SĂ©rie s’explique en partie ainsi.