Journées européennes de la culture juive / 2026

Eisenstadt

Dès 1670, la région abrita, et ce pendant 250 ans, l’un des plus importants centres culturels juifs d’Europe centrale. Le musée juif Autrichien est un des reflets contemporains de cette beauté artistique… Rencontre avec le Dr Esther Heiss, directrice du musée.

Jguideeurope : Pensez-vous que l’« Amour », thème choisi cette année pour les Journées européennes de la culture juive, représente une forme d’espoir pour un tikkoun olam ?

Dr. Esther Heiss : L’amour est toujours le fondement du tikkoun olam. Car pourquoi quelqu’un chercherait-il à guérir le monde, si ce n’est par amour pour lui et pour les personnes qui y vivent ? En ce sens, l’amour n’est pas seulement l’espoir d’un tikkoun, mais sa condition préalable. Même si les événements mondiaux ne facilitent pas toujours l’amour de l’humanité, avec tous ses défauts et ses imperfections.

Quels événements sont organisés dans le cadre des Journées européennes de la culture juive ?

Le 6 septembre à 11 h, le Musée juif autrichien présentera le documentaire « Das Vermächtnis des Oberrabbiners Adolf Altmann » (« L’héritage du grand rabbin Adolf Altmann ») de Ralf Kotschka, produit à Trèves en 2024. En tant que rabbin austro-hongrois, le Dr Adolf Altmann avait contribué à la création de la communauté de Salzbourg avant la Première Guerre mondiale et s’était fait connaître grâce à son ouvrage en deux volumes intitulé « L’histoire des Juifs de Salzbourg ». Pendant la guerre, il a servi comme rabbin de campagne dans l’armée austro-hongroise. En 1919, le rabbin quitta Salzbourg et Merano pour devenir le nouveau grand rabbin du district rabbinique de Trèves, où il exerça ses fonctions pendant 18 ans jusqu’à son exil forcé en avril 1938. Son parcours le conduisit inévitablement des Pays-Bas à Auschwitz, où il mourut en 1944. Son épouse Malvine, née Weiß, fut assassinée dans les chambres à gaz. Deux de ses fils ont survécu à la Shoah en s’enfuyant en Angleterre juste à temps.

Après de nombreuses années de recherches, Ralf Kotschka a réussi à retrouver un disque sur lequel figure la voix du rabbin Altmann. Il s’agit en quelque sorte d’un héritage, car ce disque contient un message du rabbin Altmann, alors en exil, adressé au peuple juif, enregistré juste avant le déclenchement de la guerre à l’aide de la technologie de l’époque. Avec la projection du film au Musée juif d’Autriche, la voix du rabbin Altmann sera entendue en Autriche pour la première fois depuis 1919.

Pouvez-vous nous faire part d’un souvenir marquant d’une édition précédente ?

Je faisais visiter notre synagogue – qui est la plus ancienne synagogue encore en activité de toute l’Autriche – à un homme, et je lui expliquais justement l’importance de la Torah lorsqu’il m’a dit que sa grand-mère, qui était juive, lui avait un jour dit la même chose. Je lui ai demandé s’il était juif ; il m’a répondu avec une conviction absolue que non, il était catholique. Je n’en étais pas aussi sûr que lui, alors je lui ai demandé si sa grand-mère avait également eu une fille. Il m’a répondu que oui, c’était sa mère. Il se tenait dans la lueur de l’arche de la Torah, devant le rouleau de la Torah, coiffé d’une kippa, lorsque je lui ai dit : « Félicitations, votre grand-mère, votre mère et, oui, cela signifie que vous aussi, vous êtes juif. » Qu’il l’ait accepté ou non, à ce moment-là, il a été ému par un passé dont presque personne dans sa famille ne se souvenait plus.

Organisez-vous d’autres événements culturels en automne et en hiver ?

Oui, tout à fait. Nous proposons à nos visiteurs un large éventail d’événements culturels et artistiques. Par exemple, en collaboration avec le Schuberttheater, nous présentons un spectacle de marionnettes consacré à Hedy Lamarr, la plus belle femme du monde. Nous participons à la Longue Nuit des Musées, au cours de laquelle deux expositions mettant à l’honneur des artistes internationaux seront présentées ici. Nous projetterons un film sur l’artiste Soshana, qui connaît un succès international, et organiserons une lecture de « Der Partisan im Frieden ». Suivront en novembre et décembre deux concerts, notamment consacrés aux chansons yiddish, pour n’en citer qu’un. Le dernier concert de l’année est notre traditionnel concert de Hanoukka, que nos invités attendent avec une impatience particulière. Tous nos événements sont répertoriés sur le site web du Musée juif d’Autriche, www.ojm.at.