Cette année, les Journées Européennes de la Culture Juive relèvent un magnifique défi : face à la montée des haines, préjugés et discriminations, elles proposent comme thème pour 2026 l’Amour ! Une courageuse et ambitieuse démarche de réparation du monde, le tikoun olam si présent dans le judaïsme depuis des millénaires. Rencontre avec le Directeur européen Victor Sorenssen…

Comment avez-vous décidé de proposer le thème de « l’amour » ?
Victor Sorenssen : Le thème des Journées européennes de la culture juive est toujours choisi à l’issue d’un processus collaboratif impliquant notre vaste réseau de coordinateurs nationaux, d’institutions partenaires, de professionnels de la culture et d’acteurs qui participent au groupe de travail des JECPJ. Après avoir recueilli les propositions et les réflexions de l’ensemble du réseau, un thème est recommandé puis présenté au Conseil d’administration de l’AEPJ pour validation.
Cette année, nous avons estimé que l’AMOUR était un thème à la fois magnifique et profondément pertinent pour la période que nous traversons. À une époque marquée par la polarisation, les conflits et des tensions sociales croissantes, nous avons souhaité mettre l’accent sur une valeur universelle qui évoque les liens humains, la bienveillance, la solidarité et l’espoir. La culture juive offre d’innombrables façons d’explorer l’amour — à travers la famille, la communauté, la spiritualité, la littérature, la musique et la mémoire —, ce qui en fait un prisme inspirant permettant de toucher un large public à travers l’Europe.

Pensez-vous qu’un tel thème recèle une vertu et une ambition liées au tikoun olam ?
Absolument. Bien que les Journées européennes de la culture juive soient avant tout une initiative culturelle, il y a sans aucun doute une dimension qui fait écho à l’esprit du tikoun olam. Explorer des thèmes tels que l’amour encourage l’empathie, le dialogue et la compréhension mutuelle. Cela invite des personnes d’horizons divers à découvrir la culture juive non pas à travers des stéréotypes ou des débats politiques, mais à travers des expériences et des valeurs humaines partagées. En ce sens, l’ambition n’est pas seulement de célébrer le patrimoine juif, mais aussi de contribuer, aussi modestement soit-il, à la construction de sociétés plus fortes et plus inclusives.
Combien de pays participeront cette année ?
Nous estimons qu’une trentaine de pays participeront à l’édition 2026 des Journées européennes de la culture juive, perpétuant ainsi une tradition qui a fait de cette initiative l’un des plus grands événements culturels transnationaux consacrés au patrimoine et à la culture juifs en Europe. Des milliers d’activités devraient avoir lieu entre septembre et novembre à travers le continent.
Pouvez-vous nous raconter un moment émouvant de l’édition de l’année dernière ?
Un moment particulièrement marquant a été l’occasion d’assister au coup d’envoi officiel de l’édition 2025 à Stockholm, en Suède. Au-delà de notre participation aux événements et activités d’ouverture, nous avons eu la chance de découvrir sur place le travail remarquable mené dans les domaines de la culture, du patrimoine et de l’éducation juifs.
Cette visite nous a permis de rencontrer des professionnels dévoués, des institutions et des représentants de la communauté qui développent des approches innovantes pour préserver et faire connaître le patrimoine juif. Depuis lors, de nouvelles collaborations et de nouveaux échanges ont vu le jour, illustrant l’un des plus beaux aspects des Journées européennes de la culture juive : la création de liens durables entre les personnes et les institutions à travers l’Europe.
Pensez-vous que de telles rencontres culturelles contribuent à lutter contre la montée de l’antisémitisme observée depuis 2023 ?
Oui, nous sommes fermement convaincus que la culture, le dialogue et les rencontres personnelles comptent parmi les outils les plus efficaces dont nous disposons pour combattre les préjugés et l’antisémitisme. Bien sûr, les initiatives culturelles ne peuvent à elles seules résoudre un défi aussi complexe, et nous ne devons pas être naïfs quant à l’ampleur du problème auquel nous sommes confrontés aujourd’hui.
Cependant, les Journées européennes de la culture juive offrent à des personnes qui n’ont que peu, voire aucun contact direct avec la vie juive, la possibilité de se rendre dans des synagogues, des musées, des centres culturels et des sites historiques, souvent pour la première fois. Elles permettent aux visiteurs de rencontrer des communautés, d’écouter des récits, de poser des questions et de découvrir la culture juive dans toute sa diversité et sa complexité.
L’antisémitisme se nourrit de l’ignorance, des stéréotypes et de la déshumanisation. Les rencontres culturelles contribuent à créer le contraire : la connaissance, la curiosité, l’empathie et les liens humains. C’est pourquoi nous considérons les Journées européennes de la culture juive non seulement comme une célébration du patrimoine, mais aussi comme une contribution significative à la construction de sociétés plus ouvertes, plus respectueuses et plus résilientes.