Journées européennes de la culture juive / 2026

Trondheim

Grande année culturelle à Trondheim où JKFest organise de nombreuses rencontres autour du thème de l’appartenance. Le Musée juif de Trondheim a également effectué un formidable travail de numérisation de photos. Rencontre avec Agnete Eilertsen conservatrice et responsable des collections du Musée Juif Trondheim et Martin Farstad Borg, directeur du festival JKFest…

Quels événements seront organisés dans le cadre du JKFest cette année ?

Martin Farstad Borg : Le Festival de la culture juive de Trondheim 2026 se tiendra du 29 août au 5 septembre. Le programme de cette année s’inscrit dans la longue histoire de la vie juive à Trondheim, tout en présentant la culture juive comme une tradition vivante et contemporaine.

Le festival s’ouvrira par une journée entière consacrée à la musique, aux échanges et aux repas partagés à la synagogue et au Musée juif de Trondheim. Le musicien de renommée internationale Alex Jacobowitz se produira, apportant sa virtuosité, la tradition musicale juive et une forte présence scénique à cette journée d’ouverture. La journée se terminera par un concert de Mozek & Babka, qui insuffleront rythme, énergie et traditions musicales juives vivantes dans l’espace de la synagogue.

Le thème central du programme est celui de l’appartenance : comment la vie juive s’est enracinée, a été remise en question, préservée et renouvelée à Trondheim, en Norvège et en Europe. Plusieurs événements explorent la synagogue et le Musée juif non seulement en tant que lieux historiques, mais aussi en tant qu’espaces vivants dédiés à la communauté, à l’apprentissage, à la culture et à la réflexion.

Le programme comprend des promenades et des discussions liées à d’anciens sites juifs de Trondheim, ainsi que In the Same Soundscape, un concert-conférence au cours duquel l’altiste Semjon Kalinowsky et l’organiste Guy Poupart explorent la rencontre entre la tradition liturgique juive, la musique savante européenne et l’espace acoustique de l’église d’Ila.

Les arts visuels joueront également un rôle important. L’artiste Miro Pogran participera à un atelier en lien avec son univers artistique, et le programme comprend une projection de film et une discussion autour de Marc Chagall, qui déboucheront sur l’exposition de Pogran intitulée Letters from the Book, dont le vernissage aura lieu à Dora le 3 septembre.

La gastronomie et les traditions occupent une place centrale dans le festival. Plusieurs événements prévoient des repas partagés, allant de déjeuners informels et de dîners festifs à un atelier de préparation de challah avec Shir Ifrah, suivi de musique, de gastronomie et de moments de convivialité. La semaine du festival se terminera par une programmation autour du Shabbat, comprenant des offices, des repas et un programme musical de clôture.

Tout au long de la semaine, le JKFest 2026 rassemble concerts, conférences, expositions, ateliers, traditions culinaires, programmes scolaires et débats publics. Nous souhaitons que ce festival soit un lieu de rencontre où le public puisse découvrir l’histoire, la musique, l’art, la pensée et la culture quotidienne juives d’une manière à la fois accessible et profondément pertinente aujourd’hui.

Pouvez-vous nous faire part d’un souvenir marquant d’une édition précédente ?

Martin Farstad Borg : Plutôt qu’un moment précis, ce qui nous marque souvent, c’est l’atmosphère qui s’installe lorsque le programme officiel se transforme en quelque chose de plus personnel – lorsqu’un concert, une conversation ou un repas partagé devient une rencontre entre les gens.

À son apogée, le JKFest crée des moments où la distance entre le public, les artistes, les invités et la communauté s’amenuise considérablement. Les gens restent après l’événement, posent des questions, partagent des souvenirs ou découvrent des aspects de la culture juive qu’ils n’avaient jamais abordés auparavant.

C’est peut-être l’une des qualités les plus importantes du festival : il ne s’agit pas seulement de présenter la culture depuis une scène. Il s’agit aussi de créer des espaces où la curiosité, la connaissance et les liens humains peuvent s’épanouir. Dans une ville comme Trondheim, ces moments peuvent sembler particulièrement forts.

Organisez-vous d’autres événements culturels en automne et en hiver ?

Martin Farstad Borg : Oui. Bien que la semaine principale du Festival de la culture juive de Trondheim se déroule du 29 août au 5 septembre 2026, le JKFest organise également des événements culturels en dehors du programme annuel du festival. Nous développons le JKFest pour en faire une plateforme culturelle plus large, avec des points de rencontre plus réguliers entre la culture juive et un public plus large à Trondheim et dans le Trøndelag.

L’un de ces événements bien établis est le Vinterfest, qui se déroule début décembre. Le Vinterfest fait découvrir la culture juive aux habitants du Trøndelag à travers la gastronomie, les boissons, l’art et une programmation culturelle. C’est un lieu de rencontre chaleureux et propice à la réflexion pendant la période la plus sombre de l’année en Norvège, où les traditions et les expressions culturelles juives sont partagées avec un large public local.

Cette année, le Vinterfest proposera une conférence-concert consacrée à Leonard Cohen, avec la célèbre chanteuse de jazz norvégienne Solveig Slettahjell et le professeur Øyvind Varkøy. À travers la musique, les récits et la réflexion, cet événement explorera l’univers artistique de Cohen ainsi que les courants culturels et spirituels juifs qui ont façonné son œuvre.

Nous préparons également un festival du film juif, qui sera organisé pour la première fois en février 2027. Le festival présentera des films explorant l’histoire, l’identité, la vie contemporaine et l’expression artistique juives, et comprendra également une cérémonie de remise du prix du meilleur film. Cela nous offre un nouvel espace dédié au cinéma, au dialogue et à l’engagement du public autour de la culture juive.

Ensemble, Vinterfest et le festival du film permettent à JKFest de prolonger les échanges entamés pendant la semaine principale du festival et de créer des points de rencontre plus réguliers entre la culture juive et un public plus large tout au long de l’année.

Pouvez-vous nous parler de la récente numérisation de votre collection de photos ?

Agnete Eilertsen : La plupart des photographies de notre collection ont déjà été numérisées, mais beaucoup d’entre elles ont été numérisées il y a de nombreuses années en basse résolution et enregistrées au format JPEG. Ce printemps, nous avons reçu une subvention de la Fondation Schrøder pour renumériser la collection selon les normes d’archivage actuelles, en créant des fichiers maîtres haute résolution dans des formats approuvés pour la conservation. Nous commençons ce travail la semaine prochaine.

La création de fichiers maîtres d’archivage haute résolution constitue une étape importante pour préserver ce matériel source unique pour l’avenir, d’autant plus que les photographies originales sont exposées à une détérioration physique au fil du temps. Parallèlement, ce nouveau processus de numérisation rendra la collection plus accessible, ce qui nous permettra de partager et de publier ce matériel avec une qualité nettement supérieure.

Nous sommes ravis de nous atteler à ce travail et avons hâte de préserver encore mieux ces photographies pour les générations futures.

Pouvez-vous décrire certaines de ces photos très originales et intéressantes ?

Agnete Eilertsen : La collection photographique du musée comprend environ 6 000 photographies historiques documentant la vie juive en Norvège, au nord de Dovre, du début des années 1900 à nos jours. La collection comprend des photographies de commerces juifs dans plusieurs villes norvégiennes, ainsi que de la vie religieuse à la synagogue. Nous conservons également des albums photos et des collections familiales provenant de plusieurs familles juives et datant d’avant la Seconde Guerre mondiale. Ces documents sont particulièrement rares, car une grande partie des biens juifs a été détruite ou perdue pendant l’occupation.

L’une des plus anciennes photographies de la collection montre l’un des premiers commerces tenus par des Juifs à Trondheim, un magasin de vins appelé Jacobsen’s. L’établissement a été fondé vers 1900, et la photographie date approximativement de la même période.

Une autre photographie particulièrement émouvante est le portrait de mariage d’Asne Buchmann et de Jacob Levin, datant de 1941. Un ancien propriétaire a tracé des croix sur le front des personnes qui ont été tuées pendant la guerre. Cette photographie est actuellement exposée dans le cadre de l’exposition Homecoming du musée.