Journées européennes de la culture juive / 2026

Varsovie

Le très beau Musée Polin propose de nombreux événements culturels pour la saison 2026-2027. Nina Nowakowska, Responsable en charge des relations avec les médias, nous présente ces événements ainsi que des démarches courageuses d’individus polonais participant à ce partage…

Vue du bâtiment moderne du musée Polin à Varsovie
Musée Polin. Photo de Wojciech Krynski – Wikipedia

Jguideeurope : En juillet 2025, le musée POLIN et le ministère des Affaires étrangères ont signé un accord de partenariat visant à préserver le patrimoine juif. Des événements culturels ou éducatifs sont-ils prévus pour marquer ce partenariat ?

Nina Nowakowska : Dans le cadre de cet accord, des mesures sont prises pour mettre en place l’Alliance Polin. Des discussions sont en cours avec des institutions juives du monde entier, notamment en Amérique du Sud (Mexique, Argentine, Chili), en Afrique du Sud et en Europe, concernant des activités programmatiques communes et des échanges. L’Alliance Polin se veut un partenariat multilatéral réunissant en Pologne à la fois le musée POLIN et des organisations non gouvernementales, ainsi que des organisations du monde entier. La collaboration entre Polin et le ministère des Affaires étrangères consiste à mettre en place un réseau en vue d’une future coopération dans les domaines de la culture et de l’éducation. L’inauguration de la galerie « Bonds » – dernière section de notre exposition permanente – revêt une importance particulière dans la mesure où elle présente des films consacrés à la diaspora juive polonaise à travers le monde, et la coopération dans ce domaine est toujours un thème central de nos discussions avec nos futurs partenaires.

Comment le patrimoine juif polonais est-il perçu en Pologne aujourd’hui ?

C’est une question très difficile, et il serait certainement utile de mener des recherches approfondies sur le sujet. La mission du musée POLIN à cet égard consiste avant tout à promouvoir le patrimoine des Juifs polonais et à sensibiliser le public polonais au fait que celui-ci fait également partie de son patrimoine – notre patrimoine national. C’est dans ce but qu’a été créé le concours du Prix POLIN. Décerné depuis 2015, ce prix rend hommage à des personnes et à des organisations qui, souvent dans la discrétion et loin des projecteurs, préservent le patrimoine des Juifs polonais de l’oubli. En 2025, le lauréat du Prix POLIN était Marek Chmielewski, maire du village d’Orla, élu local impliqué dans les activités de nombreuses organisations non gouvernementales et militant au sein du réseau « Forum pour le dialogue ». Nous croyons donc non seulement au pouvoir de l’éducation muséale et au message véhiculé par nos expositions, mais aussi aux efforts des militants locaux. Nous estimons que, malgré la différence d’échelle, ce sont précisément ces personnes qui ont un impact considérable sur la manière dont le patrimoine juif est perçu au sein de leurs communautés.

Quelles expositions organiserez-vous en 2026-2027 ?

Récemment, le 17 juin, nous avons inauguré une exposition intimiste intitulée « Helena Rubinstein : La beauté est votre destination », qui se tiendra jusqu’au 7 septembre 2026. L’exposition présente Helena Rubinstein sous plusieurs angles : dans sa vie professionnelle – son rôle le plus célèbre en tant que femme d’affaires ; dans sa vie privée – vie familiale et sociale – en tant que mondaine et organisatrice de salons, mécène et collectionneuse. Nous cherchons à répondre aux questions suivantes : pourquoi la figure d’Helena Rubinstein continue-t-elle de fasciner tant de personnes ? Quelles qualités et quelles circonstances lui ont permis d’atteindre un tel succès ? Sa biographie peut-elle servir d’inspiration dans le monde d’aujourd’hui ? Le titre de l’exposition est tiré des propres mots d’Helena – il s’agit du titre d’un des chapitres de son autobiographie, « My Life for Beauty ».

Cette exposition a pu voir le jour grâce au don, effectué en 2023 et 2025, d’objets personnels d’Helena Rubinstein et d’un fonds d’archives comprenant plus d’un millier de pièces à la collection du musée POLIN. La donatrice est Suzanne Slesin, journaliste et historienne de l’art new-yorkaise apparentée à Rubinstein et autrice de la biographie « Helena Rubinstein : Over the Top… ». Bien que peu de temps se soit écoulé depuis l’inauguration, nous constatons déjà que l’exposition suscite un vif intérêt.

Une autre exposition que nous inaugurerons prochainement – et qui nous tient particulièrement à cœur – est « Barnett Newman. From Scratch ». Pour la première fois en Pologne, nous présenterons l’œuvre de Barnett Newman, l’un des artistes les plus importants du XXe siècle, qui a révolutionné l’art contemporain. Ses peintures abstraites monumentales sont nées de l’expérience de la crise de l’humanité au lendemain de l’Holocauste, des régimes totalitaires et du spectre de la guerre nucléaire. Les œuvres sélectionnées pour l’exposition seront présentées comme une tentative de donner une forme à la souffrance, à la peur et au vide – à ce qui, après la Seconde Guerre mondiale, exigeait de nouvelles formes de représentation. Pour nous, la question de l’identité est bien sûr centrale : Newman, fils d’émigrés juifs de Pologne, a maintenu dans son œuvre un lien étroit avec le monde juif et a apporté à l’art abstrait une nouvelle perspective, ancrée dans la tradition juive. Bien qu’il n’ait pas vécu directement l’Holocauste, il a été profondément ému par le destin tragique des Juifs d’Europe et y a fréquemment fait référence dans ses peintures. Son art sera présenté pour la première fois à l’endroit même où une partie de cette histoire s’est déroulée – ici à Varsovie, à Muranów. Sur le site d’une tragédie qui a non seulement façonné l’identité juive contemporaine, mais a également influencé Newman lui-même – en tant que Juif, artiste et philosophe. Nous pensons que ce sera un véritable régal pour les amateurs d’art contemporain – non seulement de Pologne, mais de toute l’Europe. L’exposition sera ouverte du 19 février au 26 juillet 2027 – il reste donc encore beaucoup de temps, mais les préparatifs battent déjà leur plein.

Y a-t-il à Varsovie un lieu lié au patrimoine juif qui, selon vous, mériterait d’être mieux connu ?

Je pense qu’il existe de nombreux lieux de ce type à Varsovie – notamment à Muranów, où se trouvait autrefois le quartier juif. L’un d’entre eux est le bunker des insurgés juifs, connu sous le nom de « bunker d’Anielewicz », situé à l’intersection des rues Miła et Dubois, non loin du musée POLIN. Vers la fin du soulèvement du ghetto de Varsovie, des combattants de l’Organisation de combat juive (ŻOB) s’y sont réfugiés avec leur commandant, Mordechaj Anielewicz. Le 8 mai 1943, le bunker a été encerclé par les Allemands, qui ont commencé à y injecter du gaz. Refusant de se rendre, 120 combattants, dont Mordechaj Anielewicz, se sont donné la mort. En 1946, un monticule a été érigé au-dessus du bunker détruit et baptisé « le Monticule d’Anielewicz ». En raison de ses similitudes avec les événements qui se sont déroulés à l’ancienne forteresse juive de Massada, assiégée par les Romains, le bunker de la rue Miła peut être qualifié de « Massada de Varsovie ». Nous espérons toutefois que grâce à la campagne pédagogique « Les Jonquilles », menée depuis maintenant quatorze ans par le musée POLIN, le sujet du soulèvement du ghetto de Varsovie – ainsi que le bunker d’Anielewicz lui-même – sera mieux connu des habitants de Varsovie.