Danemark

Copenhague

Création originale de l'architecte Daniel Libeskind au Musée juif de Copenhague célébrant le courage du peuple danois autour du thème de la mitsvah
Musée juif. Photo de Studio Daniel Libeskind – Wikipedia

La communauté juive de Copenhague est active depuis la fin du XVIIe siècle. La plupart des 7000 juifs que compte le Danemark vivent aujourd’hui à Copenhague.

Son premier rabbin fut Abraham Salomon de Rausnitz, nommé en 1687. Six ans plus tard, un cimetière juif fut construit à Mollegade.

Détruite par un incendie en 1795, la ville ne posséda plus de synagogue jusqu’à la construction de la synagogue libérale de Krystalgade en 1833. Quelques années plus tard, des lieux de culte orthodoxes et sépharades ouvrirent également leurs portes.

Le Décret Royal publié en 1814 accorda aux juifs nés au Danemark des droits égaux à tous les autres citoyens du royaume. Des institutions philanthropes, écoles et maisons de retraite ont pu voir le jour depuis 1825. Leur nombre et présence varièrent au long de l’histoire, particulièrement pendant la période de la Shoah.

Lorsque l’immense majorité des juifs danois et les membres de leurs familles non juifs susceptibles d’être déportés par les occupants nazis, soit près de 8000 personnes, furent sauvés. Un sauvetage rendu possible par la participation de toutes les couches de la société, du Roi Christian X aux autorités politiques et religieuses ainsi que les citoyens danois.

Architecture originale de la Grande synagogue de COpenhague inpirée par l'architecture grecque et romaine
Grande Synagogue de Copenhague. Photo de Jerrye et Roy Klotz MD – Wikipedia

La plupart des 3000 juifs polonaise qui fuirent pour s’installer au Danemark dans les années 1970, le firent à Copenhague.

Marquant l’épanouissement continu de la communauté juive du Danemark, la Reine Margrethe II prit part en 1983 à la cérémonie de la synagogue de Copenhague, célébrant ainsi son 150e anniversaire dans la capitale danoise.

L’année suivante, la Reine participa aux célébrations du 300e anniversaire de la communauté juive de Copenhague. En 1993, Margrethe II pris part aux événements fêtant le 50e anniversaire de l’opération de sauvetage des juifs danois.

Inscription hebraique sur la synagogue de Copenhague construite en 1833
Synagogue de Copenhague. Photo de Harvey Barrison – Wikipedia

La célèbre  Grande synagogue de Krystalgade a été construite en 1833 par l’architecte Gustav Friedrich Hetsch. Elle est définie par une architecture centrée autour d’un arc, influence par les modèles grecs et romains. La synagogue peut accueillir jusqu’à 900 fidèles.

Le centre communautaire juif est situé juste à côté. Toutes les informations sur son fonctionnement sont à prendre auprès du Mosaiske Trossamfund qui abrite les diverses associations juives. Mosaiske organise des visites de la synagogue d’avril à septembre et met également les visiteurs en relation avec des familles d’accueil pour Shabbat.

Portrait du roi du Danemark qui à l'instar des autorités politiques et religieuses de l'époque sauva les juifs du Danemark pendant la Shoah
Christian X, roi héroïque du Danemark

Parmi les institutions sociales, on trouve également une école et une maison de retraite. Des organisations religieuses et culturelles sont également rattachées aux institutions communautaires de la ville.

Le  Le Musée de la Liberté a fermé ses portes le 28 avril 2013 suite à un incendie. Les dégâts furent tels que le musée fut entièrement fermé.

Un nouveau lieu permettant le partage de ses archives doit être ouvert dans le courant de 2020 à l’emplacement exact où se trouvait l’ancien musée. En attendant, les archives photos sont disponibles sur leur site internet. De nombreuses photos historiques gardées et restaurées sont d’un grand intérêt pour les chercheurs.

Construit par l’architecte Daniel Libeskind, le Musée juif de Copenhague présente une exposition permanente qui retrace les 400 ans de vie juive au Danemark, ainsi que des expositions temporaires.

Entrée du Musée juif danois. Photo du MJD

Le style particulier du musée a été influencé par l’opération de sauvetage pendant la Shoah. Le mot « mitsvah » constitue à la fois l’emblème et le concept du musée. Il marque l’expérience positive qui résume bien la vie juive au Danemark et l’extraordinaire acte entrepris en 1943 par la population.

Comme l’explique en ses mots l’architecte Daniel Libeskind : « En entrant dans le lieu accueillant l’exposition, les visiteurs se retrouvent dans un espace construits sur un sol en bois avec des plans légèrement inclinés représentant les quatre plans du discours. L’entièreté de l’espace dédié à l’exposition est illuminé par un vitrail lumineux qui représente le microcosme de Mitsvah, transformant la lumière le long de la journée.

Design moderne abritant les trésors de la Blibliothèque Royale danoise le lng de la promenade fluviale à Copenhague
La Bibliothèque Royale danoise. Photo de Julian Herzog – Wikipedia

Le Musée juif danois deviendra une destination qui révélera à son public à la fois la tradition profonde présente et son avenir dans l’espace sans précédent de Mitsvah.

L’entrelacement de l’ancienne structure de l’espace en brique voûtée de la Bibliothèque Royale et la connexion inattendue à l’unique espace d’exposition crée un dialogue dynamique entre l’architecture du passé et celle du futur – la nouveauté du vieux et l’éternité du nouveau. »

La  Bibliothèque Royale comprend la bibliothèque Simonsen qui possède un intéressant département de judaïca. 

Le plus vieux cimetière juif de la Scandinavie, vieux de quatre siècles situé à Copenhague
Ancien cimetière juif de Copenhague. Photo de Ramblersen – Wikipedia

Des facsimilés digitalisés des manuscrits acquis en 1931 auprès du Professeur David Simonsen sont rendus disponibles au public. Parmi les pièces que l’on peut consulter se trouvent une lettre en judéo-arabe datant du XIIe siècle, ainsi que de nombreux manuscrits de toutes les époques suivantes. L’élément le plus célèbre de la collection est probablement le « livre de prière de Gemma ». Un livre en hébreu écrit pour la veuve Gemma de Modène en 1531. Les documents proviennent d’une vingtaine de pays différents et sont écrits en quinze langues. La totalité des archives s’élève ainsi à la digitalisation de 26000 documents.

Il y a deux cimetières juifs à Copenhague.  L’ancien cimetière qui date de quatre siècles à Mollegade, ouvert au public en journée d’avril à septembre, les dimanches, lundis, mercredis et jeudis.  Le nouveau cimetière se situe à Valby. Celui-ci est accessible pendant l’année tous les jours de la semaine en dehors de Shabbat et des fêtes juives.

Rencontre avec Janus Møller Jensen, Directeur du Musée Juif Danois

Intérieur du Musée. Photo du Musée Juif Danois

Jguideeurope : Le musée a connu des changements majeurs en 2022, quels sont les principaux ?

Janus Møller Jensen : En septembre 2022, le musée a rouvert ses portes avec une nouvelle entrée principale et de toutes nouvelles expositions. L’entrée a été conçue par Daniel Libeskind qui, par cet ajout à l’architecture originale du musée, a achevé son travail en créant une entrée impressionnante et beaucoup plus visible pour le musée. Elle marque également la relance totale du musée avec de nouvelles expositions et une nouvelle façon de présenter l’histoire juive danoise. Nous sommes actuellement en train de développer une exposition permanente qui emmènera le visiteur dans un voyage à travers 400 ans de vie juive au Danemark. Les visiteurs en auront un avant-goût avec une exposition spéciale très forte qui se concentre sur l’histoire de la fuite et du sauvetage des Juifs danois en octobre 1943 dans un contexte plus large de l’histoire du 20e siècle.

Pouvez-vous nous présenter trois objets particuliers exposés au musée ?

1. L’histoire de la fuite et du sauvetage de la quasi-totalité des Juifs danois en octobre 1943 est le résultat d’un effort commun de la population danoise. Mais personne ne savait qu’il s’agirait de l’histoire d’un sauvetage lorsque l’action contre les Juifs danois a été lancée dans la nuit du 1er au 2 octobre 1943. Certains des objets du musée illustrent le drame personnel de l’histoire. Il y a un morceau de vie qu’une mère a cousu pour sa fille juste avant de s’enfuir en Suède en traversant l’Oresund. Il s’agit d’un objet très symbolique et très fort pour l’histoire des scènes de fuite et des mesures prises pour essayer de protéger les enfants pendant la fuite. Certaines personnes ont en effet perdu la vie par noyade au cours de la fuite.

2. Un autre objet fort de la fuite est le billet de train pour le train côtier daté et tamponné le 5 octobre 1943. De nombreux Juifs de Copenhague ont cherché, avec l’aide d’autres personnes ou par leurs propres moyens, à se rendre dans le nord du Sjælland pour trouver un moyen de transport pour traverser l’Øresund. Le billet est un billet de retour acheté, bien sûr, pour cacher le fait qu’il s’agissait d’un aller simple, mais il symbolise en même temps l’espoir d’un retour qui s’est concrétisé en mai 1945, lorsque le Danemark a été libéré de l’occupation allemande par les forces alliées.

3. Dans l’exposition « Gateway to Denmark », qui raconte l’histoire de la consolidation de la vie juive au Danemark au XVIIIe siècle et qui fera partie de la prochaine exposition permanente du musée, on trouve plusieurs objets précieux. Je dois en choisir deux : Un livre de prières et un couvercle de challah. Tous deux ont été produits au Danemark au dix-huitième siècle, et l’histoire de l’établissement et de la vie quotidienne de la petite minorité juive au Danemark est racontée à travers ces magnifiques objets à travers trois siècles.

Entrée du Musée juif danois. Photo du MJD

Comment le courageux sauvetage des Juifs pendant l’Holocauste est-il présenté ?

De plusieurs manières. Tout d’abord dans notre architecture spectaculaire conçue par Daniel Libeskind. Toute notre salle raconte l’histoire d’une fuite au-dessus de la mer et de l’incertitude de trouver son chemin. À bien des égards, cette architecture unique est l’un des objets clés du musée. Cependant, nous racontons également l’histoire des personnes qui n’ont pas été sauvées et qui ont été emprisonnées à KZ-Theresienstadt. Cette histoire est actuellement le thème principal de l’exposition spéciale « Fuite et persécution au XXe siècle ».

Pouvez-vous nous parler d’une rencontre avec un visiteur ou un participant à un événement qui vous a particulièrement ému ?

En discutant avec un visiteur américain qui avait fui la Russie dans les années 1990, on m’a demandé pourquoi tant de Juifs avaient été sauvés. J’ai répondu qu’ils avaient été naturellement aidés par des voisins. Elle m’a regardé dans les yeux et m’a dit : « Vos voisins ne vous aident pas naturellement, ce sont eux qui vous dénoncent ». Et en effet, c’est ce qui s’est passé au Danemark. Cette conversation me rappelle constamment qu’il est nécessaire d’équilibrer le récit de l’histoire du Danemark pendant la guerre. 99 % des gens ont survécu à l’Holocauste, mais aucun vol n’est gratuit, et la guerre a toujours un prix, y compris pour les survivants.