Croatie

Il faut attendre la mort de la très catholique et très antisémite impératrice Marie-Thérèse d’Autriche, et l’avènement de son fils Joseph II, nettement plus tolérant, pour que les juifs soient autorisés à s’installer en Croatie du nord, territoire des Habsbourg depuis alors près de trois siècles. Auparavant, hormis l’existence probable d’une synagogue à Osijek (ancienne Mursa), et quelques rares mentions dans des documents du XIIe-XVe siècle, la présence de juifs dans la région est assez exceptionnelle. Avant l’édit de tolérance de Joseph II (1781), plusieurs villes, comme Krizevsci, Koprivinica, Bjelovar et Osijek permettent cependant aux marchands juifs de séjourner pendant les foires, pour trois jours au plus, et moyennant une substantielle taxe de séjour. En 1688 encore, l’armée autrichienne séporte à Osijek, comme esclaves, un demi-millier de juifs de Belgrade, qui vient d’être reprise aux Turcs. Quelques décennies plus tard, les juifs sont autorisés à s’installer de façon temporaire dans certaines villes afin d’assurer un bon approvisionnement des garnisons. Ce n’est qu’après leur émancipation complète dans l’empire austro-Hongrois, en 1867, que la communauté se développe en Hongrie, dont la Croatie du Nord est alors partie intégrante. La Croatie compte ainsi 13500 juifs dès 1880, puis 20000, très majoritairement ashkénazes, en 1900. Aux pères qui se sont investis dans les activités industrielles et commerciales, succèdent des fils avocats, médecins et journalistes, dont le croate devient rapidement la langue maternelle pour le plus grand nombre. Après la Première Guerre mondiale, qui voit le pays entrer dans le giron du royaume de Serbie, l’assimilation se fait plus difficile face à une poussée antisémite, nourrie par l’extrême-droite nationaliste locale. Les sionistes prennent le contrôle des principales institutions communautaires, tandis qu’une partie de la jeunesse juive est attirée par le mouvement communiste clandestin.Lorsque l’Allemagne envahit la Yougoslavie en avril 1941, elle installe à Zagreb un État indépendant, fantoche, sous la présidence du nationaliste fasciste Ante Pavelić. Les Oustachis, supplétifs de l’armée allemande sur l’ensemble du territoire yougoslave, s’attaquent aussitôt à la communauté juive : expropriations, exécutions sommaires et internement dans des camps de concentration (en particulier celui de Jasenovac) se succèdent avant la Solution finale. Au printemps 1943, les camps de concentration croates sont vidés de leurs prisonniers juifs, bientôt exterminés à Auschwitz. L’Église catholique romaine parvient à épargner quelques centaines de juifs mariés à des chrétiens ; d’autres fuient en zone d’occupation italienne, et des centaines d’autres rejoignent les rangs de la Résistance. À la Libération, sur les 25000 juifs que comptait la Croatie en 1941, plus des quatre cinquièmes sont morts, la moitié des survivants émigre en Israël. La communauté juive du pays, toujours active, compte moins de 2000 personnes, dont la moitié réside à Zagreb.