Autriche

Vienne

Museum Dorotheergasse. Photo de Ouriel Morgensztern

On peut distinguer plusieurs périodes dans l’histoire de la communauté juive de Vienne, et deux quartiers principaux dans lesquels elle s’est établie : une partie du centre-ville (1er Berzirk) et la Leopoldstadt (2e Berzirk).

Au Moyen-Âge, une première communauté juive s’installe à Vienne et s’établit dans la « Judenstadt » en plein centre-ville, non loin de la cathédrale, dans un périmètre délimité approximativement par les actuels Seitenstettengasse, Hoher Markt, Jordangasse, Judenplatz.

La synagogue, de style gothique, proche de celui de L’altneuschul de Prague, mentionnée dès 1294 par le nom de Schulhof donné à la place sur laquelle elle fut élevée (actuelle Judenplatz) se trouvait à proximité immédiate de la Cour.

Mise en lumière du patrimoine juif de Vienne dans le cadre du Projekt OT. Photo de Lukas Kaufmann

Il existe aujourd’hui une Judenplatz, mais aussi, non loin de là, une place nommée Schulhof, bordée par une église gothique qui ressemble à cette ancienne synagogue et en est peut-être une réplique, après que celle-ci fut détruite en 1421.

Entre 1360 et 1400, la communauté juive, forte de 800 à 900 personnes, représentait 5% de la population. En 1421, tous furent chassés ou contraints à la conversion.

À partir de 1624, un nouveau quartier, dit Unter Werd, fut accordé aux juifs, de l’autre côté d’un bras du Danube, dans l’actuelle Leopoldstadt, le long de la Taborstrasse.

Une nouvelle synagogue fut construite ; sur son emplacement s’élève aujourd’hui l’église Leopoldskirche. Ce ghetto, qui rassembla jusqu’à 132 maisons, accordait une certaine protection aux juifs, jusqu’à ce qu’il fût détruit en 1670 et ses habitants chassés de Vienne.

À partir de 1781 et de l’édit de tolérance de Joseph II, les juifs s’établirent à nouveau à Vienne et purent élever une nouvelle synagogue, construite en 1826 par l’architecte Kornhäusl dans la Seitenstettengasse, revenant donc dans le centre historique de la vie juive du Moyen-Âge.

Museum Judenplatz. Photo de Jen Fong.jpg

À partir de 1858, une autre synagogue, Leopoldtstädter Tempel, fut construite de l’autre côté du bras du Danube, non loin de l’ancien ghetto Unter Werd, attirant l’établissement de juifs dans ce quartier qu’on allait bientôt appeler Mazzesinsel, l’île des matsot. Depuis 1980-1990, c’est à nouveau dans ces deux quartiers que se concentre l’activité de la communauté juive. Dans le centre-ville, il est recommandé de visiter le Musée juif, le Musée de la Judenplatz et la synagogue. Vous pouvez, pour préparer votre visite, vous rendre sur la page consacrée à la Vienne juive sur le site internet de l’office de tourisme de la ville.

Le Musée juif

Schaudepot ©Musée juif de Vienne

Vienne, qui hébergeait depuis 1897 le premier Musée juif au monde, a ouvert celui-ci en 1990. Ce musée, qui se veut un lien entre juifs et non-juifs, est aussi une fenêtre sur le monde très riche et englouti du judaïsme viennois. Le rez-de-chaussée abrite deux expositions permanentes. La première présente des objets de la vie liturgique juive, la seconde -création de l’artiste new-yorkaise Nancy Spero- illustre l’histoire juive de Vienne. Le premier étage est consacré aux expositions temporaires. Le deuxième étage expose une rétrospective en vingt et uns tableaux de la vie juive en Autriche. Au troisième étage, une salle nommée Schaudepot (« dépôt-expo »), présente en vrac, dans des vitrines, des centaines d’objets de culte sauvés après la Nuit de cristal. La bibliothèque est la plus importante des musées juifs d’Europe. Elle comprend 25000 volumes en allemand, hébreu, yiddish et anglais. À l’entrée du musée se trouve une librairie bien fournie en catalogues et ouvrages (en langue allemande). Au même niveau, le café Teitelbaum, l’un des meilleurs de la ville, propose vins cacher autrichiens, pâtisseries viennoises et spécialités végétariennes.

Judenplatz, Vienne
Judenplatz, Vienne  ©Hans Peter Schaefer

Judenplatz

Sur la Judenplatz, l’ancienne Schulhof, s’élève depuis octobre 2000 un monument dû à l’ariste londonienne Rachel Whiteread, à la mémoire des juifs autrichiens exterminés dans la Shoah. Ce monument représente une pièce carrée, fermée, dont les murs extérieurs supportent des étagères tapissés de livres. Derrière le monument se trouve, dans la maison Misrachi, le musée de la Judenplatz, ouvert également en 2000. Il est consacré à la ville juive du Moyen-Âge et centré sur les fondations de la synagogue médiévale gothique (« Or Zaru’a »), retrouvées lors de fouilles archéologiques en 1995. Deux vidéos et des vitrines animées par ordinateur informent sur la vie juive médiévale. À l’entrée du musée, une salle équipée d’ordinateurs permet de retrouver les noms des 65000 victimes de la Shoah.

La synagogue de Vienne

Stadttempel Vienne ©WikimediaCommons (Gryffindor)

Le Stadttempel, édifié en 1826 par l’architecte Josef Kornhäusl, est la seule synagogue à n’avoir pas été détruite lors de la Nuit de cristal. Kornhäusl, très réputé de son temps, était spécialisé dans les théâtres et, effectivement, le Stadttempel est conçu comme un petit théâtre ou comme un opéra baroque à l’italienne, de forme circulaire, avec une scène et trois séries de balcons, des coulisses, un foyer.

La Judengasse, petite rue qui relie la Seitenstettengasse au Hoher Markt, était au Moyen-Âge, comme son nom l’indique, une rue centrale du quartier juif. Pour une découverte plus approfondie de l’ancienne Vienne juive, il convient de se promener dans la Leopoldstadt, l’île située entre le bras du Danube et le Danube qui fut, jadis, si peuplée de juifs qu’on l’appela « l’île des matsot ». Au hasard des rues, vous trouverez parfois une plaque indiquant un

Polnische Schul, Vienne

ancien établissement de la communauté juive. Le Leopoldstädter Tempel se trouve dans la rue qui porte encore le nom de Tempelgasse, au numéro 5. Une plaque évoque l’ancienne synagogue, ainsi que quatre grandes colonnes dues à l’architecte Martin Kohlbauer. À sa place se trouve aujourd’hui  l’ESRA, centre psychosocial traitant les troubles psychiques des victimes de la Shoah et du déracinement. Au numéro 7 de la rue, se trouve le  Centre séfarade, regroupant les associations de juifs de Boukhara et de Géorgie et leurs deux synagogues. Dans la Zirkusgasse (« rue du Cirque ») se trouvait avant la guerre le Temple turc, de la communauté des juifs venus de l’Empire ottoman. Construit en 1885, de style mauresque, il a été détruit en 1938. À sa place, un immeuble d’habitation a été bâti dans les années 1950. Une surprenante plaque proclame : « Gesunde Wohnungen, glückliche Menschen » (« Appartements sains, Hommes heureux »), tandis qu’une autre, plus petite, cachée sous un balcon, commente « Ici se trouvait la synagogue turque… » Dans la Leopoldgasse, au numéro 29, la Polnische Shul, de rite orthodoxe, construite sur trois nefs, fut détruite elle aussi le 9 novembre 1938.

Les adresses célèbres

Musée Sigmund Freud, Vienne ©WikimediaCommons (Zde)

Une connaissance de la Vienne juive ne serait pas complète sans une visite de quelques lieux où ont vécu des personnalités intellectuelles juives majeures qui ont contribué à faire de Vienne l’une des capitales de la modernité au début du XXe siècle. On pense tout particulièrement Sigmund Freud, de par son impact. Mais aussi d’autres noms qui marquèrent l’Histoire, à savoir, par exemple, Arnold Schönberg, Josef Roth, Martin Buber.

L’adresse Bergasse 19 est légendaire,  la maison de Freud : un lieu culte pour tous les amateurs de la psychanalyse. Le mobilier est d’origine, mais le fameux divan a été emporté à Londres lorsqu’il émigra en 1938, un an avant sa mort.

Centre Arnold Schönberg ©WikimediaCommons (Mister No)La maison de Freud abrite un musée, le siège de la Sigmund Freud Gesellschaft, une bibliothèque et des archives.

Né en 1874, Arnold Schönberg a fondé avec Alban Berg et Anton Webern l’ « École de Vienne » puis créa la musique dodécaphonique.

Converti en 1898 au protestantisme (de même que Mahler s’était converti au catholicisme, le « billet d’entrée dans la culture européenne »), il est retourné au judaïsme en 1933 à Paris, avec pour témoin Marc Chagall, puis émigra aux États-Unis, où il mourut en 1951, conscient qu’il ne serait reconnu qu’après sa mort.

Depuis 1998, a été créé un  Centre Arnold Schönberg où l’on peut consulter manuscrits, partitions, correspondances et archives.

Martin Buber
Martin Buber ©The David B. Keidan Collection of Digital Images from the Central Zionist Archives

Fondateur de la « philosophie du dialogue » entre les civilisations, militant et auteur de nombreuses œuvres,  Martin Buber est né à Vienne en 1878, puis a passé son enfance en Galicie avant de revenir à Vienne. De ses nombreuses rencontres et vécus dans différents pays, il partagera sa volonté de militer pour l’amélioration des conditions de vie et l’épanouissement culturel, mêlant textes anciens et mouvements intellectuels et politiques contemporains. Il s’installera en Israël où il poursuivra cette tâche. Martin Buber est mort à Jérusalem en 1965.

Dans la Rembrandtstrasse se trouve la maison où a vécu  Josef Roth. Né en 1894 à Brody, en Galicie, il a fait ses études à Lemberg (Llov) et à Vienne. L’effondrement de l’Empire austro-hongrois fut pour lui un traumatisme politique et personnel. Son œuvre mêle critique sociale et transfiguration de la monarchie autrichienne. Et dans ce tourbillon international, le devenir incertain des shtetls, subissant ces évolutions. Les romans qui l’ont rendu célèbre sont Le Poids de la grâce (1930), La Marche de Radetzky (1932), La Crypte des capucins (1938). Il mourut en exil à Paris en 1939.

Rencontre avec Michaela Vocelka, conservatrice du Musée juif de Vienne, à l’occasion de la présentation de dessins inédits de Simon Wiesenthal

Jguideeurope : Comment est née l’idée de cette exposition ?

Michaela Vocelka : Les croquis pour un café à Poznan, réalisés par Simon Wiesenthal dans le camp de concentration de Mauthausen, ont été offerts au Musée juif par le gendre d’Edmund Staniszewski.

Suite à cette acquisition par le musée, l’idée émergea de présenter ces œuvres auparavant inconnues du public dans le cadre d’une exposition.

 

Quelle fut la réaction du public lors de la présentation ? A-t-il été surprise par ces œuvres ?

Pas seulement par les œuvres et les circonstances particulières de leur création, mais également par l’amitié entre Simon Wiesenthal et son codétenu Edmund Staniszewski qui était peu connue. Aux yeux du visiteur, les dessins semblent particulièrement impressionnants car ils documentent la lutte pour la survie de Simon Wiesenthal dans le camp de concentration de Mauthausen. Ils donnent également un aperçu dans sa formation d’architecte, une partie peu explorée dans sa biographie.

Qu’est devenu Staniszewski après la guerre ? Sont-ils restés en contact ?
Staniszewki est retourné à Poznań peu après la libération de Mauthausen. Mais il était dans l’incapacité de réalisé son rêve d’y établir son « Café As ».

L’immeuble qu’il possédait avait été confisqué par les dirigeants communistes. Wiesenthal et Staniszewski se sont perdus de vue jusqu’en 1960, mais ont ensuite renouvelé leur amitié jusqu’à la mort de Staniszewski en 1984.

 

Projekt OT. Photo de Lukas Kaufmann

Quel lieu lié au patrimoine juif de Vienne recommanderiez-vous de visiter en dehors du musée ?

La découverte des synagogues de Vienne détruites peut être faites en suivant les sculptures de lumière « OT ». Lors de l’année commémorative de 2018, des symboles de lumière furent érigés dans 16 districts de Vienne dans les 25 lieux où les synagogues ont été délibérément détruites au point de ne plus laisser de trace lors du pogrom de novembre 1938. Cela, dans le but de commémorer les lieux ainsi que leur histoire www.lichtzeichen.wien