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Orléans

Synagogue d’Orléans

Synagogue d'Orléans, 14 Rue Robert de Courtenay, Orléans, France

Contrairement à la majorité des autres villes de la région, la présence juive orléanaise est attestée en ce lieu dès le 6e siècle. En 585, les juifs orléanais participèrent à la cérémonie de bienvenue en hommage au roi Gontran.

Il semble qu’ils lui demandèrent la possibilité de construire une nouvelle synagogue suite à la destruction de la précédente. La communauté juive d’Orléans était assez importante en nombre au Moyen Age.

Orléans devint au 12e siècle un centre important des études juives avec des personnalités telles Isaac ben Menahem, Abraham ben Joseph, Eleazar ben Meir, Yaakov d’Orléans et surtout Joseph ben Isaac Bekhor-Shor.

Les juifs furent expulsés d’Orléans en 1182 et la synagogue transformée en chapelle. Ils purent s’y réinstaller mais sous de nombreuses conditions et impositions. Il y avait au siècle suivant un quartier de la Juiverie et deux synagogues dans la ville. Mais à la fin du 14e cette réinstallation prit fin avec l’expulsion des juifs de France.

Jean Zay

Suite au vent d’émancipation de la Révolution française, une petite communauté se reconstitua à Orléans au 19e siècle avec une quarantaine de membres disposant d’une synagogue.

Sur une plaque commémorative des soldats morts pour la France pendant la Première Guerre mondiale se trouve le nom de Léon Zay. Directeur du journal régional Le Progrès du Loiret, il était aussi le père de Jean Zay. Ce dernier nait et grandit à Orléans. Député du Loiret, il devient ministre de l’Education et des Beaux-Arts du gouvernement du Front populaire de 1936 à 1939. Il est à l’origine de nombreuses réformes scolaires et du Festival de Cannes. Il quitte le gouvernement en 1939 pour s’engager dans l’armée et partir au front. Il est arrêté par les troupes vichystes et emprisonné en 1940. Il est assassiné par des miliciens en 1944.

Germaine Tillion, Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Pierre Brossolette et Jean Zay rentrent au Panthéon. Photo de Yann Caradec – Wikipedia

La Nation lui rendra hommage après-guerre. Lors de son entrée au Panthéon en 2015 (en compagnie des autres résistants Germaine Tillion, Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Pierre Brossolette), la ville organisa une série d’événements marquant le transfert du cercueil. Un lycée d’Orléans porte son nom. Un hommage fort au professeur Samuel Paty s’y déroula suite à son assassinat en 2020.

En mai 1969, les juifs orléanais, qui représentaient environ 500 personnes, furent victimes d’une rumeur complotiste, créant un climat de tension dans la ville. Les efforts des autorités locales, des personnalités intellectuelles et la presse déconstruisirent cette rumeur.

En 2020, la ville compte 400 juifs orléanais et une  synagogue depuis 1970, située dans un ancien oratoire mis à disposition par la ville et l’évêché.

Rencontre avec Olivier Loubes, historien, membre du groupe de recherches STUDIUM (Université de Toulouse) et auteur du livre Jean Zay. L’inconnu de la République (Colin, 2012) dont une réédition augmentée est publiée cette année, sous le titre Jean Zay. La République au Panthéon (Dunod, Ekho), 2021.

Famille Zay en 1916. Jean Zay, écolier de guerre. Photo figurant dans : Olivier Loubes, Jean Zay. La République au Panthéon, Dunod, 2021.

Jguideeurope : Comment vous êtes-vous intéressé à l’œuvre de Jean Zay ?

Olivier Loubes : Par hasard et par nécessité. Le hasard fut ma nomination en tant que professeur de collège à Orléans en 1989. La nécessité fut mon travail de recherche de DEA, puis de Thèse, qui portait sur les rapports entre l’école et la nation dans la première moitié du 20e siècle.

Un jour dans la librairie Les Temps modernes à Orléans je feuillette le remarquable livre de Jean Zay Souvenirs et solitude qui venait d’être réédité et la libraire me demande ce que j’en pense. Je lui fais part de mon admiration pour ce livre et son auteur. Sur ce, elle m’avoue qu’il s’agit de son père. Cette rencontre avec Catherine Martin-Zay a changé ma vie d’historien. Catherine et sa sœur Hélène Mouchard-Zay, m’ont permis d’avoir accès aux archives personnelles de Jean Zay, avant qu’elles soient données aux Archives nationales en 2010. Depuis, j’ai écrit deux livres sur Jean Zay, un sur la création du festival de Cannes sous son impulsion, ainsi qu’une vingtaine d’articles afin de mieux faire connaitre son œuvre et son époque.

Quels furent les grands moments de sa vie le liant à Orléans ?

Comme il le disait lui-même, Jean Zay connaissait chaque pierre d’Orléans. Il y est né, y a passé son enfance, fait ses études de l’école primaire au lycée. Il y a travaillé, dans le journal de son père, puis en tant qu’avocat. Sa vie politique y démarre, en tant que député d’Orléans en 1932. Toute sa vie (sauf ses études de Droit à Paris) jusqu’à son arrestation en 1940 est liée à cette ville.

Jean Zay en mouvement devant la chambre des députés. Photo figurant dans : Olivier Loubes, Jean Zay. La République au Panthéon, Dunod, 2021.

Les engagements républicains de Jean Zay vous motivèrent notamment dans l’écriture de ce livre. S’agit-il de convictions héritées de sa famille ?

Jean Zay est né dans une famille de « fous de la République » comme les nomme Pierre Birnbaum. Avec un père juif et une mère protestante, ces minorités confessionnelles qui se sont battues avec acharnement pour cette République qui leur octroyait l’égalité de droits. La famille de sa mère, Alice Chartrain, défendra la cause du Capitaine Dreyfus. Originaire d’Alsace, sa famille paternelle opte pour la nationalité française en 1870, marquant déjà un attachement fort. Léon Zay est un républicain radical-socialiste proche des socialistes, employé du journal dreyfusard Le Progrès du Loiret, dont il deviendra le Rédacteur en chef. Jean Zay grandit dans cette famille très politisée au sein de la gauche républicaine et s’engage tôt, contribuant à fonder les « Jeunesses laïques républicaines » à Orléans. Une démarche anticipant le Front populaire, en réunissant des jeunes encartés dans différents partis de gauche. Le lien à ses parents restera très fort. Lorsque Jean Zay est emprisonné, son père (sa mère était alors décédée), sa femme et ses deux enfants logeront dans un hôtel à côté de la prison pour demeurer près de lui.

Jean Zay ministre du Front populaire sous un buste de Marianne et les deux drapeaux rouge et tricolore (juillet 1936). Photo figurant dans : Olivier Loubes, Jean Zay. La République au Panthéon, Dunod, 2021.

Ses engagements républicains sont parfois difficiles à comprendre de nos jours et pas assez mis en valeur, motivant l’écriture de ce livre qui a été publié en 2012 et ressort aujourd’hui en poche avec des ajouts, notamment sur la panthéonisation et les attaques que sa personne et sa mémoire subissent encore. Tant de personnalités se réclament de son héritage, bien que parfois très éloignées de sa vision, il était donc intéressant de présenter son engagement pour la République. Une République de type parlementaire qu’il imaginait comme une démocratie sociale garantissant le droit à l’éducation, au logement, à la santé, à la retraite…

En quoi ces engagements sont-ils importants dans nos débats contemporains ?

D’abord, parce que ces valeurs de république parlementaire et de démocratie sociale peuvent inspirer en profondeur de nombreuses réflexions contemporaines de changement de la cinquième République. On doit ajouter qu’il est important de noter que l’engagement de Jean Zay se fait aussi à une époque particulière. La dimension antifasciste de son combat n’est pas négligeable, aussi bien en France qu’à l’étranger. La création par Jean Zay du Festival de Cannes est une réponse directe à la mainmise de Mussolini et Goebbels sur le Festival de Venise. Il est à l’origine de la diplomatie culturelle, estimant que les démocraties libérales doivent ainsi montrer leur force.

Deux combats menés par Jean Zay font particulièrement écho aujourd’hui. Premièrement que l’enseignement soit de la meilleure qualité possible et partagé par tous. Puis, que la démocratisation de la culture permette une démocratie politique forte. Alliant l’action au discours, il s’est battu pour que l’éducation et la culture disposent de meilleurs budgets et d’une utilisation optimale de ceux-ci.

Famille Zay dans la cellule de Jean Zay (1941). Photo figurant dans : Olivier Loubes, Jean Zay. La République au Panthéon, Dunod, 2021.

Ses réformes scolaires sont-elles au centre de son combat ?

Pas lorsqu’il entame sa carrière politique en 1932, car il est alors un généraliste de la politique. Tous lui prédisent d’ailleurs une ascension fulgurante aux plus hautes marches, étant nommé ministre à 31 ans. Néanmoins, dans son souci de construction de démocratie sociale, ces combats pour l’école s’inscrivent au cœur de son projet, dès lors qu’il est nommé ministre de l’éducation nationale et des Beaux-arts en 1936. Si Jules Ferry voulait rendre l’école accessible à tous afin d’y former des citoyens, Jean Zay y ajoute la volonté que les élèves et les étudiants de milieux sociaux différents poursuivent le plus loin possible leurs études afin que celles-ci garantissent le fonctionnement de la démocratie sociale.