Italie

Trieste

Synagogue de Trieste

Via S. Francesco D'Assisi, 19, 34133 Trieste

Musée Carlo and Vera Wagner

Via del Monte 5-7, 34100 Trieste

Librairie Umberto Saba

Via San Nicolo, 30, 34121 Trieste

Musée civique Mopurgo de Nilma

Via Matteo Renato Imbriani, 5, Trieste, 34122 Province of Trieste, Italy

Risiera San Saba

Via Giovanni Palatucci, 5, Trieste, 34148 Province of Trieste, Italy

Dans le grand port de l’empire austro-hongrois, devenu italien après la Première Guerre mondiale, vécut une riche et influente communauté. Pendant le XIXe siècle et la première moitié du XXe siècle, cette dernière a profondément marqué économiquement et culturellement l’histoire de la ville. Enfermés dans le ghetto dès 1661, les juifs furent émancipés de fait dès 1771 par un édit de l’impératrice Marie-Thérèse (Toleranzpatent). Le ghetto fut officiellement supprimé en 1781. L’histoire du judaïsme triestin s’entremêle dès lors à celle du judaïsme autrichien, notamment viennois, et en a partagé toutes les splendeurs, comme en témoignent encore aujourd’hui les palais des grandes familles bourgeoises juives de la cité, les Morpurgo de Nilma, les Hierschel de Minerbi, les Treves, les Vivante, etc. Ce grand port commercial, seule ouverture de l’Empire sur la mer, était aussi une capitale intellectuelle, où les juifs, avant et après 1918, jouèrent un rôle important comme écrivains (Italo Svevo, Umberto Saba, l’éditeur Roberto Bazlen ou aujourd’hui Giorgio Voghera), comme peintres (Isodoro Grünhut, Gino Parin, Vittorio Bolaffio, Arturo Nathan). La ville fut aussi, avec Ernesto Weiss (1889-1970), le berceau de la psychanalyse italienne.

Trieste fut aussi, à l’époque de la Seconde Guerre mondiale, l’un des grands ports d’embarquement des juifs pour la Palestine. La Shoah a durement éprouvé les juifs de la ville.

La Grande Synagogue

Synagogue de Trieste
Synagogue de Trieste © Zacqary Adam Xeper – Wikimedia Commons

Construite en 1912 par une communauté qui voulait montrer sa puissance et sa richesse,  la synagogue de Trieste représente du point de vue architectural l’un des plus importants édifices du judaïsme émancipé de la fin du XIXe siècle. Sobre, spacieuse, élégante évitant tout kitsch, elle a été construite par les architectes Ruggero et Arduino Berlam sans regarder à la dépense. Les décorations, en partie inspirées par celles de certains édifices chrétiens d’Orient (syriaque), montrent aussi l’influence des styles à la mode dans la Vienne du début du siècle avec, à l’intérieur, de nombreuses mosaïques, une coupole étoilée et une splendide luminosité.

La Trieste juive

La via del Monte, qui grimpe vers la colline de San Giusto où il y avait un antique cimetière juif, reste le cœur du judaïsme de la cité.  Le musée Carlo et Vera Wagner, au no 5 de la rue, a été ouvert là même où fonctionnait un petit oratoire ashkénaze, où priaient les réfugiés allemands, tchèques et polonais qui, entre les deux guerres, émigraient vers la Palestine depuis ce port qu’ils appelaient la « Porte de Sion ». Les objets exposés, ornements et pièces d’orfèvrerie, sont parfois très anciens et proviennent aussi de Bohème et d’Allemagne.

Près de la piazza Borsa, des ruelles étroites, comme la via Ponte, donnent une idée de ce que fut cet ancien quartier peuplé encore au siècle dernier de juifs pauvres, avec quatre synagogues aux façades discrètes, mais très richement décorées à l’intérieur. Les immeubles et les synagogues furent totalement rasés dans les années 1930 à la grande joie d’une communauté juive triestine qui n’aimait guère ces restes de son passé miséreux. Une grande partie des ornements et du mobilier de ces temples est aujourd’hui en Israël.

Le Caffé San Marco, haut lieu de l’intelligentsia triestine, tout proche de la Grande Synagogue, demeure

Caffè San Marco © Wikimedia Commons (Betta27)

l’un des lieux de mémoire de la ville. Italo Svevo y avait ses habitudes comme nombre d’écrivains et d’artistes, juifs et non juifs. La tradition demeure avec des auteurs comme Claudio Magris qui a consacré à ce café de magnifiques pages dans Microcosmes (Paris, Gallimard, 1998). La décoration, de style Sécession viennois du début du siècle, est remarquable. Le café et la nourriture aussi…

Renommée dans toute la ville pour la qualité de ses produits – et la décoration de la boutique –, la pasticceria  La Bomboniera, célèbre konditorei, était aussi, jusque dans les années 1930, une pâtisserie casher, dont les gâteaux de Pourim, toujours fabriqués entre février et mars, faisaient les délices des Triestins juifs et non juifs.

Dans  la librairie Umberto Saba, fut éditée, en 1921, la première édition du Canzionere, le chef-d’œuvre du poète et écrivain. Cette librairie, qu’il géra jusqu’à sa mort en 1956, est restée telle qu’elle était en son temps, lorsqu’il recevait clients et amis, se lançant avec eux dans d’interminables discussions.

Risiera San Saba © Pier Luigi Mora – Wikimedia Commons

Le musée civique Mopurgo de Nilma

Installé dans le palais que se fit construire en 1875, Carlo Marco Morpurgo, nommé preux chevalier d’Empire pour ses mérites, ce  musée montre ce qu’était la vie quotidienne d’une très grande famille juive triestine. Au deuxième étage, se trouvaient les appartements privés avec un magnifique salon de musique Louis XVI, le grand salon azur en style vénitien, le salon rose, etc. Dans les rues avoisinantes, se dressent les palazzi, aujourd’hui transformés en immeubles d’habitations ou en bureau d’autres grandes familles juives de la ville : Hierschel de Minerbi, Corso Italia 9, ou Vivante, piazza Banco 4.

La Risiera San Saba

Les nazis installèrent, dans les bâtiments d’une ancienne usine de traitement du riz de la zone industrielle,  la Risiera San Saba, le seul camp italien qui fonctionna entre octobre 1943 et mars 1944 et d’où partaient les convois vers les camps d’extermination. Mais ils tuaient aussi sur place: 837 juifs y sont morts. Le site a été transformé en mémorial par l’architecte Romano Boico.