Journées Européennes de la Culture Juive 2022 & Autres Evénements

Paris

Lieu incontournable de la vie artistique juive depuis près d’un demi-siècle, la galerie Saphir est avant tout l’œuvre d’Elie et Francine Szapiro. Un couple impliqué dans les (re)trouvailles et le partage d’un patrimoine culturel qui refuse d’être perdu, malgré les coups de l’Histoire. Artistes confirmés et révélations, tant furent exposés au rez-de-chaussée de la galerie ou dans le sous-sol qui est une œuvre architecturale en soi, datant de plusieurs siècles. Francine Szapiro nous reçoit, évoquant la genèse de la galerie, mais aussi son rôle contemporain. Notamment dans le cadre des Journées Européennes de la Culture Juive, avec l’exposition « Combats plasticiens : hommage à l’Ukraine ».

 

RYBACK Issachar – Le porteur de pommes

Jguideeurope : Comment est née la galerie Saphir ?

Francine Szapiro : En 1979, j’étais une journaliste passionnée par l’art, travaillant pour l’Arche, l’Agence télégraphique juive et d’autres médias. Mon mari était un médecin passionné d’histoire, membre fondateur de la Commission française des archives juives. En cette époque de reconstruction culturelle juive, nous avions le rêve commun d’ouvrir une galerie où seraient présentés tous les aspects de cette culture, ses manifestations, les objets rituels et livres anciens… sans l’enfermer dans un ghetto, motivés par l’envie de montrer l’apport réciproque des cultures environnantes.

 

Qui furent les premiers artistes exposés ?

Il y en a eu tant ! Mon mari et moi étions passionnés par le partage de nos coups de cœur et de nos découvertes dans un lieu de rencontres et d’échanges. Et le rêve a fini par aboutir. Notre première galerie était située boulevard Saint-Germain, et fut inaugurée par Elie Wiesel autour d’une expo sur les cartes postales et le judaïsme visant à montrer la diversité du monde juif. On a commencé par exposer Alain Kleinmann, puis Shelomo Selinger. Cette petite galerie de 15 m² a accueilli de nombreuses autres grandes manifestations par la suite.

 

KIRCH Michel – Le 5ème jour

Comment percevez-vous l’évolution de l’intérêt pour l’art juif ?

J’aimerais bien un jour pouvoir me poser et raconter cela en détails. Mon mari et moi faisions partis de cette génération qui souhaita reconstruire un patrimoine détruit ou dispersé pendant la guerre. On a connu à l’époque des grands collectionneurs comme Victor Klagsbald, qui est le père de Laurence Sigal, l’ancienne directrice du mahJ. Au lendemain de la guerre, ces collectionneurs cherchèrent partout des témoignages de la vie juive d’antan, aux Puces ou en d’autres lieux de vente. Mon mari a organisé la première vente de judaica au niveau international. Les gens, réalisant ensuite que cela pouvait avoir une valeur marchande, permirent de sauver des objets picturaux ou écrits de la perte et de la destruction. Ainsi, on a vu à la galerie deux générations se succéder. Celle de ceux qui ont voulu reconstruire la vie dispersée, puis celle qui souhaita affirmer son insertion dans le siècle, la volonté d’intégration et d’assimilation, s’éloignant un peu de cette quète à tout prix de traces. Ce qui n’empêcha pas certains jeunes d’être très intéressés et impliqués dans la recherche du patrimoine culturel juif. Une volonté constatée notamment lors des Journées Européennes de la Culture Juive. Ce désir européen de rassembler est très important. Nous avons le plaisir de participer à ces journées depuis le début.

 

KANTOROWICZ Serge – Synagogue

Lors des JECJ 2022, l’Ukraine est à l’honneur à la galerie.

Nous avions présenté l’expo « Combats plasticiens » juste avant l’été avec différents artistes qu’on va reprendre. Parmi eux, l’écrivain Hubert Haddad qu’on découvre comme peintre imprégné de kabbale ou Bruno Edan, artiste décédé en 1981 à l’age de 23 ans et à qui l’historienne d l’art Delphine Durand a consacré une magnifique monographie. Trois artistes d’origine ukrainienne y participent aussi. Serge Kantorowicz, qui était réfugié en France pendant la guerre, et qui a perdu une grande partie de sa famille en Ukraine pendant la Shoah.

HADDAD Hubert – La lettre de l’abîme

Il s’est reconstruit par la peinture, travaillant dans les ateliers Maeght où il s’est lié avec d’immenses artistes. Sam Szafran est d’ailleurs son cousin. Serge a développé un monde très poétique et personnel qui sort des représentations traditionnelles. On a également accueilli à la galerie l’œuvre d’Igor Pototsky, un réfugié ukrainien rencontré récemment, considéré comme un grand écrivain, poète et illustrateur. Et enfin la jeune artiste ukrainienne Yana Bystrova. Cette artiste plasticienne traverse des moments difficiles, ne sachant pas ce que sont devenues ses œuvres restées à Kiev pour une expo. Arrivent chez nous de nombreux artistes et écrivains ukrainiens, âmes en peine qui essayent de retrouver  des liens. D’autres artistes sont présentés lors de cette expo.

BIRGA Sergio – Un Rêve

Parmi eux, Sergio Birga, décédé il y a un an. Un Florentin qui est allé à la rencontre des grands expressionnistes allemands, autrichiens et belges qui avaient survécu à la Shoah. Il s’est immergé pendant 50 ans dans l’univers de Kafka, construisant une œuvre très expressionniste autour de l’écrivain. Birga était également un immense graveur sur bois.

On a souhaité abattre les domaines de création entre la gravure, la sculpture, la peinture et même la photographie. En présentant, par exemple, les œuvres du photographe contemporain Jorge Amat, auteur d’un très beau film sur Serge Kantorowicz et de nombreux autres sur l’art et le cinéma. Sans oublier l’œuvre de Michel Kirch, fils de rabbin, dont le travail est le témoignage d’une quête identitaire et spirituelle.

La galerie est donc avant tout un lieu de rencontres, de retrouvailles et de partages d’une culture juive et qui dans le cadre de cette expo célèbre l’élan vital d’une Ukraine combattante.

Galerie Saphir, 69 rue du Temple, 75003 Paris

 

Autres événements organisés à Paris lors des Journées Européennes de la Culture Juive :

« L’Ukraine et ses confins » le 4 septembre au mahJ

« Promenade à travers la culture yiddish » le 18 septembre à la Maison de la culture yiddish

« Exilonde » le 16 octobre au Théâtre de la Comédie Nation

« Conférence musicale sur le renouveau du klezmer » le 18 octobre au Centre Medem

« Lettre à Antonio Saura » le 24 novembre à l’Institut Cervantès