Suisse / Suisse romande

Genève

Synagogue Beth Yaacov

Place de la Synagogue 11, 1204 Genève, Switzerland

Hekhal Haness Synagogue

Route de Malagnou 54TER, 1208 Genève

Communauté juive libérale de Genève – GIL

Route de Chêne 43, Genève, Suisse

Communauté Israélite de Genève

Avenue Dumas 21, 1206 Genève, Switzerland

Photo de Jean Plançon

 

Fondée en 1852 par des juifs alsaciens, la communauté de Genève a reçu de la ville un terrain pour y édifier une synagogue, en signe de tolérance envers les minorités non protestantes. Située sur la place de la Synagogue, mélangeant style oriental et caractéristiques polonaises,  la synagogue Beth Yaakov, conçue en 1857 par Jean-Henri Bachofen, a retrouvé ses couleurs d’origine en 1997 : façade rayée de rose et de gris, coupoles couronnant quatre tourelles à créneaux, coupole centrale surmontée des Tables de la Loi. L’intérieur a une dominante bleu clair (arches et coupole), tandis que les vitraux et les boiseries ajoutent à la vivacité des couleurs.

La synagogue Hekhal Haness, de rite séfarade, a été érigée en 1970. La nécessité de cette construction en marbre reflète le changement ethnique de la communauté genevoise, où les juifs méditerranéens sont devenus majoritaires.

La Communauté juive libérale de Genève – GIL , créée par le Rabbin François Garaï en 1970 rassemble aujourd’hui un tiers des juifs genevois. La première synagogue francophone à avoir fait monter des filles à la Torah lors de leur bat-mitsva.

Ville connue pour ses missions diplomatiques, Genève inspira de nombreux auteurs parmi lesquels deux qui furent aussi impliqués dans des missions diplomatiques, Romain Gary et Albert Cohen. Qui ne se souvient pas des déambulations des Solal dans les rues de Genève et leur moment inoubliable à l’ONU dans le roman Mangeclous ?

Mangeclous, l’adaptation ciné de Moshé Mizrahi (1988)

Centre philosophique européen de première importance, la ville de Genève accueillit de nombreux étudiants juifs russes au début du XXe siècle, à tel point qu’ils constituent à cette époque près de la moitié des élèves. Parmi eux, Lina Stern, spécialiste de renommée mondiale du cerveau et la première femme professeur à l’Université de Genève, mais aussi Haïm Weizmann, premier président de l’Etat d’Israël, qui y enseigna auparavant la chimie.

Le centre communautaire abrite la bibliothèque centrale juive, riche de plusieurs fonds de haute qualité scientifique et artistique, ainsi que Le Jardin et un restaurant casher. C’est également un lieu  très actif dans l’organisation d’événements culturels.

Interview d’Anita Halasz, Responsable des activités culturelles de la Communauté israélite de Genève.

 

Jguideeurope : Quel lieu genevois lié au patrimoine juif vous a particulièrement marqué ?

Anita Halasz : Plusieurs, bien sûr. Le lieu dans la Vieille Ville où se situe le premier quartier juif rigoureusement fermé d’Europe est particulièrement intéressant, car, contrairement à ce qui est souvent avancé dans l’historiographie européenne, le fameux Ghetto de Venise, créé en 1516, n’a pas été le premier du genre en Europe. La primauté revint en effet à la cité de Genève qui, 88 ans avant la Sérénissime, et appliquant de manière stricte les dispositions coercitives issues du Concile du Latran de 1215, l’a créé en 1428, sous la désignation de « Cancel ». Citons également le cimetière israélite de Veyrier, seul cimetière au monde qui est traversé par une frontière politique…

Je tiens à relever un aspect particulièrement problématique à Genève : les autorités s’engagent en général très peu pour mettre en valeur le patrimoine genevois, notamment le patrimoine juif. Ainsi n’existe-t-il pas de plaques commémoratives pouvant aiguiller le visiteur qui se voit ainsi souvent contraint de devoir se lancer dans des recherches ou d’engager un guide pour lier un lieu donné à l’histoire juive ou plus largement à l’histoire genevoise. L’historien Jean Plançon et moi-même avons fondé l’association du patrimoine juif genevois afin de rendre ce riche patrimoine davantage accessible au grand public, notamment à travers un site internet contenant une foule d’informations et des newsletters régulières.

 

Vous organisez prochainement une exposition importante sur le thème de l’enfance cachée, inspiré par le cas d’Anne Frank. Comment est né le projet ? 

Ce projet est né de l’intérêt suscité dans le courant de l’année 2018 auprès de la Communauté Juive Libérale de Genève et la Communauté israélite de Genève par une exposition au Musée juif de Suisse à Bâle, intitulée « Le Journal intime. Comment Otto Frank a fait entendre, depuis Bâle, la voix d’Anne dans le monde entier ». L’exposition raconte l’histoire de la famille Frank et celle du journal intime qui, édité depuis Bâle, jouit aujourd’hui d’une renommée mondiale. Suite à la visite de cette exposition, nous avons souhaité monter un projet à l’intention du grand public autour d’Anne Frank, figure universelle, emblématique de l’enfance entrée dans la clandestinité en raison de persécutions. Le 30e anniversaire de l’adoption par l’Organisation des Nations Unies (ONU) de la Convention internationale des droits de l’enfant tombant sur l’année 2019, nous avons souhaité profiter de cet ancrage intéressant dans l’actualité, en particulier dans le contexte genevois, très international. Nous avons alors approché deux partenaires dans la commune de Cologny (canton de Genève), à savoir le Centre Culturel du Manoir qui monte régulièrement des expositions dans ses locaux et la Fondation Martin Bodmer, qui présentera en parallèle l’exposition « Guerre et Paix » en partenariat avec l’ONU et le Comité International de la Croix-Rouge (CICR). Il nous a semblé très intéressant de jeter des ponts avec cette exposition, notamment en termes de médiation culturelle. La Fondation présentera notamment un exemplaire de l’édition originale du Journal d’Anne Frank dans le cadre de leur exposition.

C’est ainsi qu’une équipe enthousiaste est née et qu’un réseau de partenariats intéressants s’est dessiné. Nous avons réfléchi à élargir le thème à d’autres exemples d’enfants entrés dans la clandestinité en raison de persécutions, depuis l’époque des Huguenots jusqu’à nos jours, afin de sensibiliser le public au mécanisme d’exclusion hélas récurrent dans l’Histoire, et à inciter le public à les examiner à la lumière des articles fondamentaux de la Déclaration internationale des droits de l’enfant (qui sera reproduite dans le cadre de l’exposition); en effet, l’adoption de cette dernière en 1959 représente le premier grand consensus international sur les principes fondamentaux des droits des enfants.

Qu’il se déroule à Genève, cela lui donne-t-il un sens particulier ?

De par le caractère international et la vocation fondamentalement humaniste du projet, Genève, capitale du droit international humanitaire, nous a semblé être le lieu idéal pour le mettre sur pied. D’ailleurs, nous sommes très reconnaissants envers tous nos généreux sponsors, publics et privés, qui partagent manifestement cette opinion. Mais je tiens à souligner que cette exposition sera proposée à d’autres musées dès 2020 ; elle sera donc amenée à voyager et à toucher d’autres publics.

 

Les thèmes choisis et les publics visés montrent l’importance de la transmission. Comment faites-vous pour expliquer le mécanisme qui pousse les enfants persécutés à entrer en clandestinité ? 

La scénographie s’articulera autour de trois thèmes : « fuir », « se cacher » « être pris » qui seront illustrés de photos, facsimilés de documents historiques et objets personnels. Des articles de la Déclaration des droits de l’enfant seront mis en parallèle avec chacun des thèmes. Des matériaux précaires seront utilisés, parois de carton, tentes et bâches pour faire référence à la fuite. La fameuse « Annexe », le lieu où Anne Frank et ses proches se sont dissimulés pendant plus de deux ans, sera représentée dans la salle « se cacher » pour donner une idée de l’étroitesse des lieux. Dans la salle « être pris », nous allons recréer l’illusion d’une prison à l’aide de panneaux qui séparent le visiteur de la fenêtre, donnant l’impression que ce dernier est privé de liberté.

Afin de pousser le public à aller plus loin dans la réflexion, un accent particulier sera mis sur les activités de médiation culturelle à l’intention des enfants et des adolescents, en collaboration avec le Département de l’Instruction Publique (Ministère genevois de l’Education), l’Association Genevoise des Écoles Privées, ainsi que les écoles juives de la place. Des visites guidées seront organisées à leur intention, agrémentées d’ateliers, de conférences, de lectures à thèmes et de débats. Un riche programme de conférences, ateliers et concert sera également prévu à l’intention du public adulte.

 

Exposition « Enfances cachées – autour du Journal d’Anne Frank et de la Déclaration des droits de l’enfant » du 31 octobre 2019 au 21 janvier 2020 au Centre culturel du Manoir – place du Manoir 4, 1223 Cologny (Genève) – programme complet prochainement sur www.comisra.chwww.gil.chhttp://ccmanoir.