Serbie et Monténégro (ex-Yougoslavie)

Belgrade

Musée historique juif de Belgrade

Kralja Petra 71, Beograd, Serbie

Site de l’ancienne Grande synagogue de Belgrade

Cara Uroša 20, Beograd 11000, Serbie

Cimetière juif de Belgrade

Mije Kovačevića 1, Beograd, Grad Beograd 11000, Serbie

Communauté juive de Serbie-Monténégro

Kralja Petra 71, Beograd

Monument à la mémoire des juifs de Belgrade victime de la Shoah (Nandor Glid), Belgrade © Jonathan Davis – Flickr

Après la conquête de Belgrade par les Turcs en 1521, les séfarades supplantent rapidement en nombre la petite communauté d’ashkénazes arrivées avant eux, de Hongrie en particulier.

Sujets loyaux des Turcs, les juifs de Belgrade connaissent une première phase de relative prospérité, faisant de la ville l’un des tout premiers centres séfarades des Balkans. La yeshiva de Belgrade était ainsi connue dans toute l’Europe, grâce à la réputation de rabbins comme Meir Andel, Yehuda Lerma ou Simha haKohen, qui devaient éditer leurs livres à l’étranger, faute d’imprimerie adaptée sur place.

Les juifs souffrent cependant, à intervalles réguliers, des guerres austro-turques, à l’origine d’assauts répétés de la ville, aux XVIIe et XVIIIe siècles. Quand les Autrichiens s’emparent de Belgrade en 1688, ils saccagent une première fois le quartier juif de Dorçol, et emmènent une partie de ses habitants en captivité, à charge pour leur coreligionnaires de les racheter. Le grand rabbin séfarade de la ville, Joseph Almoslino, fait partie des victimes. Cela n’empêche pas les Turcs, à leur retour, de reprocher aux juifs de ne pas avoir fait retraite avec eux, et de leur infliger de nouvelles persécutions.

Les juifs lient ensuite leur sort, dans une large mesure, à celui du mouvement d’émancipation nationale de la Serbie, approvisionnant les insurgés en armes et en munitions lors de la révolte antiturque de 1815. Aussi, quand le sultan accorde, en 1830, un statut d’autonomie à la Serbie du prince Milos Obrenovic, obtiennent-ils une égalité de droits avec les autres citoyens. Beaucoup sont d’ailleurs employés dans les services du jeune État serbe, notamment dans l’armée où ils forment la garde rapprochée du prince, tandis qu’un d’entre eux, Joseph Slezinger, dirige l’orchestre militaire. Le prince autorise également l’impression de livres en hébreu et en judezmo.

La situation de la communauté se dégrade sensiblement sous le règne du prince Mihajlo Obrenovic, qui succède à son père en 1839. Une affaire de crime rituel forgée par des cercles antisémites éclate en 1841. Un pogrom a lieu dans la ville-forteresse de Sabac en 1865. Ce n’est qu’après le Congrès de Berlin de 1878, faisant obligation à tous les États balkaniques d’accorder une égalité complète à leur minorités ethniques et nationales respectives, que la communauté juive croît et s’épanouit dans le pays, à Belgrade surtout.

Les quartiers historiques de Jalija et Dorçol, sur les rives du Danube, deviennent rapidement trop étroits : tandis que les ashkénazes s’installent plutôt sur les bords de la Sava, la communauté séfarade monte la colline jusqu’à la rue du Prince Mihajlova et à la place Terazje, où s’ouvrent au début du XXe siècle les plus beaux magasins de la ville. Les institutions et établissements religieux restent cependant à Dorçol, un quartier qui, avant l’Holocauste lui-même, sera en grande partie détruit lors du terrible bombardement de Belgrade par la Luftwaffe en avril 1941.

C’est pourquoi il reste peu de traces de la vie des juifs à Belgrade, qui étaient d’environ 2000 avant la guerre du Kosovo en 1999. À Dorçol, un monument à la mémoire de la communauté a été érigé à la fin des années 1990 sur la rive du Danube par le sculpteur juif Nandor Glid.

Le  Musée historique juif présente, une histoire de la vie des juifs dans l’ensemble de l’ex-Yougoslavie, des collections d’objets religieux et de costumes des communautés de ce pays, ainsi qu’une collection de documents photographiques.

Sur les trois synagogues que comptait Belgrade avant la guerre, une seule sert encore de lieu de culte. Édifiée en 1926, elle est transformée en bordel militaire par les nazis, avant d’être réhabilitée après la guerre, avec l’argent des réparations allemandes.

La plus  grande synagogue de la ville, construite en 1908, a été détruite par les Allemands en 1944. Une plaque commémorative est apposée sur le site, où a été construit un musée, sans rapport a priori avec le judaïsme.

Le cimetière juif contient en particulier un impressionnant monument aux victimes de l’Holocauste, ainsi qu’aux combattants juifs des guerres balkaniques (1912-1913) et de la Première Guerre mondiale.

Un héros national

C’est dans le splendide parc de Kalemegdan, entre Sava et le Danube, qu’a été inhumé, en 1957, Moshe Pijade, le plus célèbre des juifs communistes de l’époque titiste. Pionnier du parti communiste de Yougoslavie dans les années 1920, Moshe Pijade fut l’un des principaux collaborateurs du futur Maréchal Tito pendant la Résistance. Après guerre, c’est notamment lui qui facilita le départ vers la Palestine de 6000 des 14000 juifs yougoslaves survivants du génocide, avant d’accéder à la présidence de l’Assemblée nationale.