Lettonie

La communauté juive de Lettonie, qui compte environ 15000 personnes, est présente dans le pays depuis au moins le XIVe siècle. Elle s’est développée dans les principautés de Courlande et de Livonie, lesquelles ont souvent changé de mains. La présence des barons baltes a contribué à germaniser le pays et les juifs eux-mêmes se placèrent sous l’influence culturelle allemande. L’annexion progressive du pays par l’Empire russe affaiblit la présence juive : seuls les juifs qui pouvaient justifier avoir résidé en Lettonie avant l’incorporation à l’Empire furent autorisés à y résider. Cependant, « germanisés » ou « russifié » (même si, pour 85% d’entre eux, la langue véhiculaire était le yiddish), les juifs se trouvèrent toujours en porte-à-faux par rapport au mouvement national letton, qui voyait en eux des agents de l’étranger. Aussi, parmi les 85000 juifs d’avant 1940 (4% de la population), concentrés à Riga et Libau, le mouvement sioniste révisionniste était très puissant : Riga est le berceau du Betar, le mouvement de jeunesse de la droite sioniste. Avant la Shoah, celui-ci avait même organisé un club nautique dont les membres donnèrent ses premiers cadres à la marine israélienne.

Hors des grandes villes, les juifs étaient fidèles à la stricte observance religieuse. La Lettonie a offert à l’orthodoxie deux figures marquantes : le rav Joseph Rosen (1858-1936), connu sous le nom de Gaon de Rogatchov, sa ville natale, ou encore celui de Rogatchover, qui officia à Daugavpils (Dvinsk) ; et le rav Meir Simha ha-Kohen de Dvinsk, connu sous le nom de Or Sameah (1843-1926), qui vécu lui aussi à Daugavpils. La Shoah a détruit 90% de la communauté. L’immense majorité des juifs établis aujourd’hui en Lettonie est venue de l’ex-URSS ; elle est donc russophone. Comme dans les autres pays baltes, cela signifie concrètement qu’ils ne sont pas citoyens des nouvelles républiques, lesquelles ont une conception ethnique de la citoyenneté, tout en n’étant plus citoyens russes. Dans les années 1970, Riga fut un centre important d’activité pour les refuzniks.

Le travail de mémoire concernant la Shoah n’a pas été accompli comme il se doit en Lettonie. Les Waffen SS lettons sont perçu par l’opinion publique comme des « patriotes » qui ont lutté contre l’URSS ; ils peuvent défiler dans les rues, en présence des autorités. En conséquence, il n’existe qu’un seul mémorial du génocide : celui de la forêt de Birkerniecki, où furent tués 46000 juifs.