Belgique

Anvers

Synagogue Romi Goldmuntz

Van Den Nestlei 2 2018 Antwerp, Belgium

Synagogue Makhzikei HaDas

Jacob Jacobsstraat 22 2018 Antwerp, Belgium

Communauté israélite de rite portugais

Hoveniersstraat 32 2018 Antwerp, Belgium

Quartier juif d’Anvers © Michael Day

Dernier véritable shtetl d’Europe occidentale, cette ville se caractérise par l’orthodoxie et l’industrie diamantaire. Environ 80 % des juifs anversois vivaient, il y a 20 ans encore, de l’industrie du diamant, à une époque où plus de la moitié de la production mondiale transitait par les quelques rues à proximité de la gare centrale.

L’histoire des juifs d’Anvers constitue un grand roman du XXe siècle. Avec ses moments forts, ses âges d’or, mais aussi la guerre et les crises économiques et politiques.

Surnommée la « Jérusalem du Nord » pour ses synagogues et yeshivoth ashkénazes, Anvers a pourtant été d’abord une communauté sépharade, fondée en 1526 par des juifs marranes issus du Portugal. La Belgique subissant depuis longtemps les conflits des grandes puissances voisines, le sort des juifs évolua selon les empires entre tolérance, expulsion, droits civiques accordés… Le rattachement de la Flandre à la Hollande avant l’indépendance de la Belgique en 1830, ainsi que le développement des ports, favorisa un rapprochement avec la communauté ashkénaze d’Amsterdam.

De 151 juifs en 1829, Anvers en compta 35000 un siècle plus tard. Cela, principalement suite à la venue de juifs d’Europe de l’Est. Ils prirent une grande part au développement local de l’industrie du diamant. A tel point, que durant la Seconde Guerre mondiale, Cuba accueillit des juifs réfugiés tailleurs de diamants pour développer ce secteur sur l’île.

Nuchem Bodner, diamantaire anversois réfugié à Cuba pendant la guerre.

Les âges d’or, puisqu’on peut dire que deux générations en bénéficièrent, dans les années 50 puis 70, témoignèrent d’un formidable développement de la vie juive à Anvers. Anvers comptait d’ailleurs pendant ces décennies le plus grand nombre d’enfants en école juive au monde, en dehors d’Israël bien entendu. Des écoles qui n’étaient pas que des yeshivot. Au contraire, à l’image de la Tachkemoni, il s’agissait principalement d’écoles sous contrat avec l’Etat. En plus du curriculum classique, les études juives y étaient très poussées. La Tachkemoni accueillit jusqu’à 1000 élèves. Depuis quelques années, Jan Maes, un de ses anciens directeurs, effectue un travail remarquable pour retrouver les noms de victimes de la Shoah et les inscrire dans l’histoire collective belge. Un monument a d’ailleurs été érigé en souvenir des victimes de la Shoah.

En dehors des grandes fêtes et du secteur diamantaire, les juifs d’Anvers ont longtemps vécu en deux groupes : d’un côté les communautés orthodoxes et de l’autre, le reste des juifs qui se fréquentaient, allant des athées jusqu’aux disciples du Rav Kook. Ainsi, les jeunes qui fréquentaient les mouvements de jeunesse Hachomer Hatzaïr, Hanoar Hatzioni et Bné Akiva, se retrouvaient aussi aux clubs de sport Maccabi.

Le Maccabi qui eut son heure de gloire avec sa grande équipe du water polo dans les années 50-60, son équipe de foot aux victoires marquantes dans les années 30 et qui encore dans les années 80 atteignit la 4e division belge (un de ses joueurs avait d’ailleurs pour surnom Arsenal, en hommage à son amour pour le foot anglais) et son club de tennis, dont fut issu deux champions nationaux dans les années 80.

Le club de tennis du Maccabi au début des années 80

Le centre Romi Goldmunz, situé à la Nerviersstraat, était également un espace social et culturel important, parmi de nombreux lieux et associations dans la ville. Les mariages, bar et bat mitsvoth y étaient souvent célébrés dans sa grande salle jusqu’aux années 90. Cet immeuble, de par la diversité des activités a accueilli toutes les générations. La salle de soirée, où se déroulaient également des galas et défilés se trouvait au rez-de-chaussée, derrière un café-bar et une salle où était donnés des cours de bridge, une des activités préférées de la communauté juive d’Anvers. Au 1e étage, un restaurant qui accueillait notamment de nombreux écoliers à midi et une salle omnisport où étaient dressés les tables de ping pong à midi en guise de divertissement après le repas et avant la reprise des cours. Et à côté une salle pour les cours de karaté et judo. Aux étages supérieurs, une salle de jeux pour enfants, un théâtre, une bibliothèque et une salle d’expo. Et même au sous-sol une boite de nuit qui servait également pour les ados y célébrant leur bat-mitsva et bar mitsva dans un cadre moins formel que la grande salle.

Depuis 20 ans, l’évolution du secteur diamantaire, avec la disparition des tailleries et le déplacement du centre de gravité du marché, motiva un choix plus varié professionnellement pour la plupart des juifs anversois et géographiquement pour ceux qui voulaient tout de même rester dans le secteur.

Si le centre Romi Goldmunz n’est plus en activité et d’autres lieux comme la librairie de Monsieur Kahane qu’un lointain souvenir, la communauté juive est encore assez présente de par ses écoles et mouvements de jeunesse. Elle a quitté le centre-ville et a offert de grands noms au théâtre national.

Synagogue principale d’Anvers. Photo de Steve Krief

Il y a six synagogues de rite ashkénaze à Anvers. La plus grande est la Romi Goldmunz.

La synagogue Shomrei haDas (« des Gardiens de la Loi»), avec plus de 6000 membres, et l’Israelitische Gemeente Van Antwerpen, fondée en 1904, représentent la communauté de la ville.

Viennent ensuite les communautés plus orthodoxes, regroupées dans l’organisation Mahzikai. On y trouve tous les courants du mouvement hassidique, dont les Satmaer, les Gourer, les Sanzer, etc. En Europe, seule Londres présente encore une telle diversité, à Stamford Hill.

Les séfarades se réunissent dans leur synagogue, à côté de à la Bourse du diamant : la synagogue de la communauté israélite de rite portugais d’Anvers compte environ 300 familles et s’est agrandie avec l’arrivée de nombreux Israéliens. Une plaque apposée sur un mur extérieur commémore les victimes de l’attentat terroriste de 1981, revendiqué par un groupe palestinien.

La Yiddish Town, encore appelée « Pelikaan», du nom de l’une de ses principales artères, se trouve autour de la gare centrale. On y trouve divers restaurants-traiteurs dont le nom est généralement celui de la famille. Ils sont installés à l’arrière des maisons, ou situés dans une galerie. Les restaurants n’offrent aucune vue sur la rue, sauf la pizzeria USA Pizza de la rue Isabellalei, mais tous proposent des livres de prières…

Malka, situé dans la Bourse diamantaire, est réservé aux employés et à la clientèle du Diamantkring (« Cercle diamantaire »). La cuisine est glat casher – des laitages uniquement. Toute la journée, vous pouvez y déguster des boissons et des gâteaux dans la salle des diamantaires se trouvant à l’extérieur du restaurant.

Boulangerie Kleinblatt. Photo de Steve Krief

À première vue, le promeneur non initié ne se doute pas qu’il faut pénétrer dans la boucherie pour accéder au Dresdner. Il parcourt ensuite l’arrière-cour en forme de galerie avant de se retrouver dans un petit restaurant moderne. Le vestiaire, avec ses longues redingotes traditionnelles, ses chapeaux noirs, les livres de prières déposés à côté des tables, témoignent de la grande orthodoxie du lieu.

Signalons également l’excellent Blue Lagoon, situé dans le quartier diamantaire : c’est le seul établissement sino-casher du Benelux.

Anvers compte un nombre important de boucheries, de boulangeries et de magasins spécialisés en produits typiquement juifs. N’hésitez pas à faire vos provisions de gâteaux et pâtisseries chez Kleinblatt et chez Steinmetz.

Interview d’Henri Keesje, membre de la Bourse du diamant à Anvers et président de la Belgian Polished Diamond Traders Association (BVGD)

Jguideeurope : On a tous en tête les images d’Epinal de la bourse de diamants d’Anvers située dans les 100 mètres de la rue Hovenierstraat, avec des juifs qui courent de bureau en bureau ou discutent au pied des immeubles.
Henri Keesje : Lorsqu’ils fuirent les pogroms et les difficultés économiques d’Europe de l’Est au tournant du XXe siècle vers les Etats-Unis, un des points de transit principaux pour les juifs fut le port d’Anvers. Une partie a pu prendre le bateau. D’autres, limités par les quotas imposés par les Américains, s’établirent à Anvers où ils trouvèrent des opportunités de travail, principalement dans le secteur du diamant. Une génération plus tard, les juifs qui (re)venaient après la guerre, continuèrent de contribuer à l’essor de l’industrie. On retrouve encore aujourd’hui, tout autour du quartier diamantaire, des traces de cette vie juive.

Les juifs se sont installés au fur et à mesure dans d’autres quartiers, et vaquent à d’autres métiers ?
Si les juifs non orthodoxes ont plutôt quitté le quartier diamantaire, de nombreuses communautés hassidiques ont encore dans les rues adjacentes des synagogues, épiceries, restaurants, dont le célèbre Hoffy’s et d’autres commerces. Si la communauté est majoritairement ashkénaze, une de ses plus anciennes synagogues, la « Portugaise », fondée par des juifs hollandais suivant le rite portugais, est située sur la Hovenierstraat même. Dans les années 70, des juifs d’Orient, de Turquie, du Liban et de Syrie sont arrivés. Trois synagogues de rite sépharade se sont ajoutées, principalement suite à la venue de juifs géorgiens dans les années 80. Le mouvement Habad s’est également développé depuis quelques années à Anvers et dans des villes environnantes telles Edegem et Wilrijk. Les mouvements de jeunesse comme l’Hanoar Hatzioni et le Bné Akiva demeurent très actifs. Et, signe d’une bonne intégration, les juifs pratiquent aujourd’hui des métiers plus divers et sont donc moins présents dans le secteur diamantaire qu’auparavant.

Votre bureau est surtout connu pour le commerce et la distribution de marchandise et sa maitrise du la coloration artificielle de pierres naturelles. Comment est née cette vocation ?
A part la priorité absolue de s’adapter au monde du digital, dans notre métier, il est important aujourd’hui de se spécialiser dans un domaine. Mon père est un spécialiste d’importation de brut, acheteur en Afrique et en Russie. Il importait du diamant pour le revendre aux fabricants. En démarrant dans le métier, j’ai souhaité me consacré essentiellement au produit fini, à la distribution. Plus particulièrement les couleurs traitées de façon artificielle sur une base naturelle. Je me suis également spécialisé dans le sertissage invisible. Ce que Van Cleef & Arpels applique aux rubis est donc aussi applicable maintenant aux diamants. Comme pour un puzzle, on ne voit pas comment les pierres s’assemblent, débarrassées des griffes d’or. Cela rend l’objet mystérieux. On n’arrive plus à distinguer s’il s’agit d’une seule pierre ou d’un assemblage de pierres. Commercialement, qu’il s’agisse de la coloration des pierres ou du sertissage invisible, c’est beaucoup plus abordable pour le client.

Le secteur diamantaire a toujours engendré une sorte de fascination. Le lieu et ses acteurs sont-ils accessibles aux visiteurs ?
Le secteur est devenu plus transparent que jamais. L’AWDC (Antwerp World Diamond Center), l’instance suprême de contrôle dans le secteur diamantaire, est partie prenante de cette ouverture. Un musée a ouvert au centre d’Anvers. Il se trouve près de la Grande place. Lorsque les bateaux de croisière amarrent à Anvers, de nombreux touristes s’y rendent car le diamant est effectivement indissociable de l’histoire de la ville. Les tour guidés du secteur et de la communauté se sont multipliés. En effectuant une demande officielle auprès de l’AWDC, on peut facilement obtenir le droit de voir les installations et même suivre des cours de gemmologie. Moi-même parfois, je fais découvrir à des jeunes, étudiants ou touristes le quartier et ses acteurs.