Espagne

Majorque

Les juifs sont présents dans les îles Baléares depuis l’occupation romaine. Après la conquête de l’archipel par Jacques Ier, on note l’arrivée de nombreux juifs catalans, mais aussi du sud de la France et d’Afrique du Nord, qui viennent repeupler les nouvelles terres chrétiennes prises aux arabes. Après 1343, au moment où Pierre IV d’Aragon s’empare de ces îles, s’ouvre un véritable âge d’or du judaïsme aux Baléares. Les grandes familles juives font du commerce avec toute la Méditerranée et avec le Maghreb où elles ont mis sur pied un très efficace réseau d’agents commerciaux. Elles se consacrent aussi à l’orfèvrerie et à la bijouterie, ainsi qu’au prêt avec intérêt. Elles possèdent de belles maisons dans le call de Palma de Majorque, ainsi que des esclaves. La communauté, régie par ses propres statuts, est dirigée par six secrétaires et un conseil de trente personnalités. Parmi les savants les plus connus, citons le rabbin Simon ben Zemah Duran, grand talmudiste qui s’exila à Alger, et les cartographes Abraham Cresques et Jafuda Cresques, son fils. En 1391, le siège du call provoque de nombreuses victimes et est suivi de conversions forcées. Une partie des juifs opte pour l’exil et part pour Alger. En 1495, une accusation de crime rituel explique la conversion forcée de la quasi-totalité de la communauté, déjà fort réduite. A compter de cette date, il n’y a officiellement plus de juifs. La vie juive ne se maintient que d’une façon très diffuse, chez les chuetas ou crypto-juifs, qui forment une société très fermée d’orfèvres et de bijoutiers dont l’intégration dans la société majorquine reste, encore au XXe siècle, un problème.