France / Paris et ses environs

Le Marais

Agoudas Hakehilos Synagogue

10 Rue Pavée, 75004 Paris, France

Diasporama (art et musique juifs, objets religieux)

20 Rue des Rosiers, 75004 Paris, France

Librairie la Bibliophane

26 Rue des Rosiers, 75004 Paris, France

Miznon

22 Rue des Ecouffes, 75004 Paris, France

Le café des Psaumes

16 ter, rue des Rosiers, 75004 Paris

La Boutique Jaune – Sacha Finkelsztajn

27 Rue des Rosiers, 75004 Paris, France

Bazar Suzanne

14 Rue Ferdinand Duval, 75004 Paris, France

Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme

71 Rue du Temple, 75004 Paris, France

Mémorial du Martyr juif inconnu – Mémorial de la Shoah

17 Rue Geoffroy l'Asnier, 75004 Paris, France

Synagogue des Tournelles

21 bis, rue des Tournelles, 75004 Paris

Vue intérieure de la Synagogue rue Pavée, Paris
Vue intérieure de la Synagogue rue Pavée, Paris

Au XVIIIe siècle, on appelait les environs de la place Saint-Paul « la vieille juiverie ». Jusqu’aux premières années du XXe siècle, la place Saint-Paul portait le nom de « place des Juifs ». Ces ruelles se visitent de préférence le dimanche matin quand la vie juive reprend son cours après le shabbat.

La rue Pavée se situe à quelques dizaines de mètres du métro Saint-Paul. C’est ici le Pletzel, la petite place en yiddish. Dans cette rue perpendiculaire à la rue des Rosiers s’élève un surprenant édifice de style « nouille » classé monument historique. C’est la synagogue de la rue Pavée, dessinée en 1913 par Hector Guimard, alors chef de file du Modern style et créateur des fameuses bouches du métro parisien.

La rue des Rosiers est habitée par les juifs depuis le Moyen-Age. Quand Charles VI les expulsa de son royaume, la rue se vida de ses habitants. Après la Révolution française, 400 ans plus tard, les communautés juives nouvellement émancipées revinrent s’installer dans cette même rue ! Des historiens émirent l’hypothèse que des familles juives auraient continué à y vivre clandestinement et, lorsque l’édit d’interdiction fut levé, certains juifs rejoignirent naturellement des coreligionnaires qui les attendaient.

Au 17 de la rue des Rosiers, un oratoire en étage fut sans doute édifié quelques années avant la Révolution française. Les archives de ce lieu furent malheureusement détruites sous l’Occupation.

De nos jours, même si elle abrite de nombreuses boutiques de luxe, la rue des Rosiers, avec ses librairies, restaurants et autres échoppes typiques, n’en reste pas moins un centre important de la vie juive parisienne.

Pour les amoureux de cuisine israélienne et de son fameux pain pita, on ne manquera pas le Miznon, pensé par le célèbre chef Eyal Shani. Au menu, poisson épicé, ratatouille et chou fleur maison dans une ambiance décontractée et chaleureuse.

Bon nombre d’usuriers juifs habitaient rue des Écouffes. En ancien français, le terme « escouffe » désignait un oiseau de proie, le milan, qui servait d’enseigne aux prêteurs sur gages. Le nom de cette rue témoigne donc des métiers d’argent auxquels les autorités avaient réduit les juifs.

Jusque dans les premières années du XXe siècle, la rue Ferdinand-Duval fut la rue des Juifs. S’avisant que cette appellation pouvait choquer, la municipalité lui substitua « Ferdinand-Duval », du nom d’un préfet de Paris.

Cour intérieure du Musée d'Art et d'Histoire du Judaïsme, Paris
Cour intérieure du Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme, Paris

L’hôtel de Saint-Aignan, somptueux édifice du XVIIe siècle, abrite le musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme, exceptionnel tant par ses collections que par ses ambitions. Ce musée est l’émanation d’une triple volonté de la Ville de Paris, du ministère de la Culture et des institutions communautaires.

La base muséographique est constituée d’un ensemble réuni au XIXe siècle par le chef d’orchestre Isaac Strauss. Comme ses homonymes viennois, le Strauss français composa des valses et fit danser la société du Second Empire. Son succès dépassa vite les frontières et, passionné d’histoire juive, il entreprit de réunir, au cours de ses voyages en Europe, des objets rituels de toutes les époques. En 1890, cette remarquable collection fut acquise par la baronne Nathaniel de Rothschild, qui en fit don à l’État. Le musée regroupe également les objets exposés longtemps au musée d’Art juif – aujourd’hui fermé – ouvert après guerre à Montmartre (maquettes de synagogues polonaises en bois réalisées après la guerre par des élèves de l’école professionnelle ORT), les collections du Consistoire de Paris (couronne de Torah, Galicie, 1810) et celles de la Fondation du judaïsme français, ainsi que des acquisitions propres (peinture de Samuel Hirszenberg, Le Cimetière juif, 1892). La visite commence, au premier étage, par des textes fondamentaux et des objets symboliques. Puis, on passe d’une salle à l’autre pour découvrir un judaïsme aux multiples facettes. Les « juiveries» médiévales sont représentées par des stèles funéraires mises au jour au XIXe siècle lors du percement du boulevard Saint-Germain. L’Italie et ses ghettos sont évoqués par le mobilier sacré (un fauteuil de circoncision du début du XVIIIe siècle), l’orfèvrerie et les broderies liturgiques. Amsterdam, Londres et Bordeaux sont abordées, à travers des objets et des gravures (peinture de Jean Lubin Vauzelle représentant la synagogue de Bordeaux en 1812), comme des modèles d’intégration pour les juifs chassés d’Espagne. Une large part est faite aussi aux célébrations de l’année juive: rouleaux de Pourim, lampes de Hanoukkah, soukkah autrichienne du XIXe siècle décorée d’une vue de Jérusalem.

Edouard Moyse, Le Grand Sanhédrin, 1867 (Musée d'Art et d'Histoire du Judaïsme, Paris)
Edouard Moyse, Le Grand Sanhédrin, 1867 (Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme, Paris)

Deux sections, « monde ashkénaze traditionnel» et « monde séfarade traditionnel», proposent une vue d’ensemble, à la fois artistique et religieuse, de ces deux grands courants rituels. Un parcours intitulé « L’émancipation, le modèle français» offre une vision historique depuis la Révolution française (peinture d’Édouard Moyse de 1867 sur la tenue à Paris du Grand Sanhédrin) avec une évocation des moments phares de l’intégration. « Présences juives dans l’art du XXe siècle» propose des œuvres du début du siècle. Sous-jacente, se pose l’éternelle question de l’expression juive dans l’art à travers le folklore, les ornements, les sources bibliques et la calligraphie.

L’évocation de la Shoah se veut un mémorial, un temps de pause, dans l’itinéraire. Enfin, des salles d’expositions temporaires ouvertes aux artistes contemporains, un auditorium pour concerts, conférences et projections, une bibliothèque, une photothèque, une vidéothèque et un salon de thé complètent cet ensemble impressionnant.

Mémorial de la Shoah, Paris
Mémorial de la Shoah, Paris

Le Mémorial du Martyr juif inconnu fut édifié en 1953 par souscription internationale sur un terrain mis à disposition par la Ville de Paris. La façade présente un texte en français, en hébreu et en yiddish en mémoire des victimes de la Shoah. Devant le bâtiment conçu par les architectes Georges Goldberg et Alexandre Persitz, une vasque symbolique, sur laquelle figurent les noms des principaux camps nazis et celui du ghetto de Varsovie, éclaire une crypte en sous-sol dans laquelle brûle une flamme perpétuelle. À l’étage, dans le même bâtiment, se trouvent les salles d’exposition temporaire sur la guerre et le génocide. La bibliothèque et les archives sont exclusivement consacrées à la période du nazisme.

Synagogue de la rue des Tournelles
Synagogue de la rue des Tournelles

Vers la place des Vosges, on trouvera la synagogue des Tournelles dont le bâtiment initial, érigé en 1861, fut incendié lors de la Commune de Paris. Il fut reconstruit par Marcellin Varcellier dans un style proche de celui de la synagogue de la Victoire. La façade présente les Tables de la Loi et les Armes de la capitale. Consacrée en 1876, cette synagogue possède une ossature métallique intérieure à laquelle travailla Gustave Eiffel, plus de dix ans avant l’édification de sa tour. Les deux rangées de tribunes, toutes de fer et de fonte, servent à la fois de support et d’ornementation.

Un autre monde

« On passe le pont, on tourne à droite derrière l’Hôtel de Ville et voici un autre monde. La rue est trop étroite, les maisons trop hautes et toutes lézardées. Entre les échoppes s’ouvrent des cours tristes, avec, au fond, des lumières tristes. Il y a des mots hébreux sur les affiches, sur les enseignes, et jusque sur les étiquettes des bouteilles, à la vitrine du marchand de vin. Le brocanteur achète les vieux journaux, les chiffons, les croûtes de pain, les métaux, les rognures des tailleurs et des casquettiers. »

Edmond Fleg, L’Enfant Prophète, Paris, Gallimard, 1926