Italie / Emilie-Romagne

Bologne

La seconde porte du ghetto de Bologne © Wikimedia Commons (GFreihalter)

La présence juive à Bologne est attestée dès le IVe siècle ; on a en effet retrouvé une lettre de l’évêque de Milan mentionnant cette communauté. L’ancien quartier juif s’étendait tout près des célèbres due torri, dans l’espace délimité par les actuelles via Zamboni et via Oberdan, avec un dédale de ruelles aux noms souvent éloquents comme via dei Giudei, ou via dell’Inferno. Le ghetto fut institué en mai 1556, juste après celui de Rome, par l’édit du pape Paul IV, et, comme dans la Ville éternelle, les juifs devaient porter un signe distinctif avant de revenir le soir dans le quartier où ils étaient enfermés. Une seule synagogue resta alors en fonction, comme le précisait l’édit papal, vraisemblablement située via dell’Inferno, au no 16. Auparavant, notamment aux XIVe et XVe siècles, la communauté, florissante, comptait onze synagogues, et Bologne possédait une académie rabbinique très renommée. Les imprimeries juives de la cité étaient célèbres: celle de la famille Montero, puis celle d’Abraham ben Haïm, de la famille des Tintori, dont la presse sortit en 1482 la première version imprimée du Pentateuque avec les commentaires de Rachi. Quelques années après l’instauration du ghetto, en 1569, une première expulsion des juifs de la ville eut lieu. Ils y retournèrent en 1586, avant d’être à nouveau chassés en 1593. Dès lors, il n’y eut plus de véritable présence juive dans la ville jusqu’à l’émancipation.

Entrée du ghetto © Wikimedia Commons (Zorro2212)

Le ghetto de Bologne

Le ghetto de Bologne comptait deux grandes artères : Strada san Donato (aujourd’hui Via Tamboni), et Via Cavaliera (aujourd’hui Via Oberdan). On pénétrait dans le quartier juif par quatre grandes portes. La première porte se situait à l’entrée de Via dei Giudei ; la deuxième au croisement de Via del Carro avec Strada san Donato ; la troisième, sur ce qui est l’actuelle Piazzetta san Simone. Vous pouvez aujourd’hui parcourir ces rues relativement préservées. La seule porte encore visible est la seconde, vous pouvez l’apercevoir sous le toit voûté qui connecte l’immeuble Manzoli-Malvasia avec  l’église san Donato.

Le cimetière juif et les pierres tombales de l’ancien cimetière Via Orfei

Le cimetière juif fait partie du monastère de la ville et on y accède par l’église  Via della Certosa. Il a débuté son activité vers 1850.

Par ailleurs, on peut mesurer l’importance de la communauté juive de Bologne notamment à l’aune des pierres tombales retrouvées dans l’ancien cimetière Via Orfei, aujourd’hui conservées au  Musée Médiéval de la ville. Sont exposées quatre pierres tombales, la plus ancienne date de 1508 et porte le nom de Avraham Yaghel da Fano ; la plus ancienne de 1571 et appartenait à Rinaldo dei Duglioli.

Le Palazzo Bocchi

Situé Via Goito,  le palais Bocchi fut construit en 1545 et 1565 par Jacopo Barozzi et Sebastiano Serlio. C’est un exemple type d’architecture de la Renaissance. L’érudit Achille Bocchi y fonda son Académie littéraire. Il fit apposer sur la façade deux inscriptions. L’une en hébreu extraite du Psaume 120 « Éternel, délivre mon âme de la lèvre mensongère, De la langue trompeuse » ; l’autre en latin, tirée d’une épître d’Horace « Conduis-toi bien et tu seras roi, disent-ils ».

Pendant l’Inquisition, des vandales gravèrent des croix grecques sur les mots « Éternel » et « roi », pour avertir les membres de l’Académie des conséquences que pourraient avoir leur intérêt pour le Judaïsme.

La Synagogue de Bologne

Un petit oratoire fut fondé par Angelo Carpi dans sa maison en 1829. En 1868, la communauté en expansion loue une pièce dans un bâtiment rue Gombruti. Entre 1874 et 1877, une synagogue plus spacieuse est aménagée dans le même immeuble, donnant sur le rue Finzi.  La synagogue ouvre officiellement en 1928. Elle est détruite lors d’un raid aérien en 1943 et reconstruite en 1953. En janvier 2017, une autre synagogue et  centre communautaire a ouvert sur le même emplacement.

Mémorial de la Shoah © Simone Bossi

Le Musée juif

Le Musée juif est installé dans le palazzo Pannolini qui fut, au XVe et au XVIe siècle, l’habitation de la famille homonyme de producteurs et marchands de draps de laine. Musée d’avant-garde, inauguré en 1999, il veut permettre au visiteur de suivre et de vivre l’histoire du peuple juif depuis ses origines par des parcours multimédia et de nombreuses vidéos. Certaines salles sont consacrées à la vie des communautés juives en Émilie-Romagne dont on a retrouvé les traces dans vingt-six centres urbains de la région: des lieux de culte sont encore actifs dans cinq villes (Bologne, Ferrare, Modène, Parme, Soragna). Les autres sont centrées sur l’histoire des juifs de Bologne.

Le mémorial de la Shoah

Construit en moins de deux mois et inauguré le 27 janvier 2016,  le mémorial de la Shoah de Bologne se trouve au croisement de Via dé Carracci et Ponte Matteotti. Deux rectangles en acier se font face. Entre les deux, un couloir qui commence avec une largeur de 1.60 mètres et va en se rétrécissant jusqu’à 80 cm pour générer un sentiment d’oppression. L’intérieur des parallélépipèdes est un rappel aux dortoirs d’Auschwitz.  Le sol est en ballast, comme les pierres fabriquées par les prisonniers Auschwitz I et II. Enfin, le choix de l’acier, une matière qui rouille et s’altère avec le temps est délibéré.

Source : Communauté juive de Bologne