Italie

Piémont

Injustement méconnue d’un point de vue touristique, cette région est l’une des plus riches d’Italie pour le patrimoine juif, avec de magnifiques petites synagogues baroques comme celles de Carmagnola, Casale Monferrato, Cherasco, Mondovi, Saluzzo. Les juifs piémontais furent les premiers d’Italie à obtenir définitivement, dès 1848, la pleine égalité. Les principales restrictions sur leur résidence ou les activités économiques autorisées avaient déjà été levées depuis 1816, dans les domaines de la dynastie des Savoie qui n’osèrent revenir complètement sur les droits accordés par Napoléon. Avec l’émancipation, les juifs émigrèrent de plus en plus nombreux vers les grandes villes, en premier lieu Turin, abandonnant les petites cités où de riches communautés vivaient jusque-là. Les juifs bénéficiaient d’une situation relativement protégée et leur insertion dans la vie économique était déjà ancienne.

Les ghettos ne furent réellement institués qu’en 1679 à Turin et au début du XVIIIe siècle dans les dix-neuf autres centres où vivaient les quelque 5000 juifs du Piémont. Outre le prêt et le commerce de la fripe, les juifs pouvaient avoir d’autres activités économiques, comme l’orfèvrerie, l’imprimerie, l’industrie textile et notamment celle de la soie.

Assez bien représentés dans les élites administratives de la monarchie des Savoie, devenus les premiers rois de l’Italie unifiée, les juifs piémontais jouaient aussi un rôle significatif dans l’économie et dans la vie culturelle. Dès la fin du XIXe siècle, de grandes synagogues furent érigées, à Vercelli, en style néo- byzantin, à Alessandria, en style néo-gothique, et à Turin avec une grande bâtisse néo-mauresque. La communauté locale avait d’abord commissionné à l’architecte Alessandro Antonelli, émule transalpin de Gustave Eiffel, une « synagogue tour » en acier, haute de 167 m, afin de célébrer tout à la fois sa puissance nouvelle et la modernité. Faute de moyens, la communauté dut finalement déclarer forfait à la moitié des travaux, et la municipalité récupéra et acheva la Mole Antonelliana, qui devint le Musée national de l’Indépendance.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, les juifs piémontais payèrent un très lourd tribut (il y avait 4000 juifs au Piémont en 1939 et moins de 2000 en 1945). Malgré cette tragédie, ils restèrent très actifs dans l’après-guerre avec des hommes d’affaires de premier plan, comme Adriano Olivetti, et de nombreux intellectuels ou écrivains, dont Primo Levi, Carlo Levi ou Natalia Guinzburg.

Mes ancêtres

« Rejetés ou mal acceptés à Turin, ils [mes ancêtres] s’étaient installés dans des petites localités agricoles du Piémont méridional, où ils ont introduit les techniques du travail de la soie sans jamais dépasser, même dans les périodes les plus florissantes, la condition de minorité extrêmement réduite. Ils ne furent jamais beaucoup aimés, ni vraiment haïs; nous n’avons jamais su qu’ils aient subi d’importantes persécutions; toutefois, un mur de soupçon, d’hostilité indéfinie, de mépris a dû les tenir séparés du reste de la population plusieurs décennies après l’émancipation de 1848. »

Primo Levi, Le Sytème Périodique, Paris, Albin Michel, 2000