Roumanie / Transylvanie

Sighet

Temple de Klaus Wijnitzer

Str. Basarabia 8, 4925 Sighet

Musée Elie Wiesel

Strada Tudor Vladimirescu 1, Sighetu Marmației 435500, Roumanie

Maison Drimer dans le Musée Village de Sighet

Strada Muzeului 1, Sighetu Marmației 435500, Roumanie

Cour Kahana

Strada Gheorghe Doja 67, Sighetu Marmației 435500, Roumanie

Mémorial de Sighet

Strada Gheorghe Doja 75, Sighet

Cimetière juif de Sighet

Strada Szilagyi Istvan, Sighetu Marmației 435500, Roumanie

Gare de Sighet

Strada Gării 2, Sighetu Marmației 435500, Roumanie

Monument demeurant de la grande ère hassidique, la synagogue demeure une curiosité architecturale
Synagogue de Sighet. Photo de Andrei Kokelburg

À la limite septentrionale de la Transylvanie, se trouve Sighet, sans doute la plus singulière et charmante petite ville de la région où coexistent toujours des populations roumaine, hongroise, rome et ruthène. Élie Wiesel, prix Nobel de la paix, romancier et auteur dramatique, vit le jour dans cette bourgade hassidique.

Les juifs se sont installés dans cette ville située dans la région de Maramite au XVIIe siècle.

La population juive est passée de 39 personnes en 1746 à 4960 en 1910, puis 10144 en 1941, ce qui représentait près de 40 % de la population locale.

 

Maison où a vécu l'auteur et prix Nobel Elie Wiesel à Sighet, visitée par de nombreux étudiants et professeurs
Musée Elie Wiesel. Photo de Tetcu Mircea Rares – Wikipedia

Sighet devint rapidement un centre important de différents mouvements religieux, principalement le hassidisme. Parmi les rabbins importants de cette ville, on peut citer Judah ha-Kohen Heller, Zevi b. Moses Abraham, Hananiah Yom Tov Lipa Teitelbaum et Samuel Danzig. Ce dernier a dirigé la communauté libérale sépharade. La majorité des juifs de Sighet étaient pauvres, ce qui n’empêchait pas leur vie religieuse et culturelle d’être très riche. Des écoles juives, yeshivot, journaux et bibliothèques se développèrent. De nombreuses personnalités du monde culturel virent ainsi le jour ou vécurent à Sighet. Parmi elles, l’auteur Hirsch Leib Gottlieb, le poète yiddish J. Holder, l’auteur yiddish J. Ring, le pianiste Geza Frid et bien entendu l’auteur Elie Wiesel. Des pièces juives furent présentées et des rencontres culturelles variées s’y déroulèrent.

Village où se trouve de nombreuses maison d'apoque transformé en musée permettant de voir comment vivaient les populations de différentes origines dans la ville de Sighet
Musée Village de Sighet. Photo de Tetcu Mircea Rares – Wikipedia

Dans l’entre-deux guerres, des milices roumaines menacèrent régulièrement les juifs de la ville. Suite à l’annexion de la Transylvanie par la Hongrie en 1940, les juifs furent envoyés de force dans les camps de travail puis placés dans des ghettos, desquels 12000 furent ensuite déportés vers les camps de la mort.

Après la guerre, près de 2300 juifs de Sighet et des environs tentèrent d’y recréer une communauté. Mais en 1970 ils ne furent plus que 250 dans la ville.

Depuis 1989, un renouveau de l’intérêt porté au patrimoine culturel juif s’est manifesté à la fois par les visites de juifs originaires de Sighet et ailleurs mais aussi par les autorités roumaines locales. Des initiatives mises en lumière par les visites d’Elie Wiesel dans la ville où il a grandi.

Statue du prix Nobel et auteur Elie Wiesel, honorant sa mémoire et son vécu à Sighet
Statue d’Elie Wiesel. Photo de Falco – Pixabay

Parmi les monuments que l’on peut visiter, il y a la  synagogue libérale sépharade, également connue sous le nom de Klaus Wijnitzer. Tandis que Sighet en possédait douze à sa grande époque, c’est la seule qui demeure aujourd’hui. Construite en 1902 dans un style moresque, elle a été restaurée récemment.

La  Maison Mémorielle d’Elie Wiesel accueille de nombreux visiteurs. Ce lieu où l’auteur et sa famille ont vécu est visité par des étudiants et enseignants locaux mais aussi issus de toute l’Europe. Des programmes éducatifs et expositions y sont organisés tout le long de l’année.

Cimetière juif de Sighet où se trouvent des plaques commémoratives des victimes de la Shoah ainsi que des tombes d'éminents rabbins ayant vécu à Sighet
Cimetière juif. Photo de Adam Jones – Wikipedia

La  Cour Kahana, située sur la rue Gheorghe Doja Street, anciennement connue comme étant la Yiddishe Gass. Nommé en hommage à une importante famille juive locale, cette demeure fut un centre majeur de la vie juive de Sighet. Elle accueillit une école, des magasins et de nombreuses rencontres culturelles. La Fondation Tarbut, qui met en valeur le patrimoine juif de la région de Maramite et plus particulièrement la ville de Sighet, y a son siège social. Tarbut organise des voyages, programmes éducatifs et restauration de ce patrimoine.

La  Maison Drimer, située dans le Musée Village de Sighet, où de vieilles bâtisses ayant appartenues à des populations de toutes origines sont présentées dans leur état d’origine, est nommée en hommage au rabbin qui y habitait et qui utilisait ce lieu comme synagogue.

Un centre important du mouvement hassidique, Sighet est donc un lieu où sont enterrés un nombre important de ses rabbins. Le  cimetière juif est visité par les touristes et des pèlerins honorant ces rabbins.

Erigé par des survivants de la Shoah, un  mémorial a été bâti sur les lieux où a été détruite une synagogue pendant la guerre. Des cérémonies commémoratives s’y déroulent régulièrement le long de l’année. Une plaque commémorant les départs des trains vers les camps pendant la Shoah a été également posée à la  gare de la ville.

Interview de l'auteur Peninah Zilberman au sujet de l'implication de Tarbut dans le partage du patrimoine culturel juif à Sighet

Rencontre avec Peninah Zilberman, fondatrice et directrice de la Fondation Tarbut.

Jguideeurope : Comment percevez-vous l’évolution de l’intérêt concernant le patrimoine culturel juif de Roumanie ?

Peninah Zilberman : En général, on constate un renouveau du patrimoine juif dans les pays d’Europe de l’Est qui furent auparavant contrôlés par des régimes communistes.

Je viens en Roumanie depuis 1998, à une époque où peu de gens s’y déplaçaient à cause de soucis administratifs, dont l’obtention de visas. Je dois admettre que depuis cinq ans les juifs témoignent d’un intérêt croissant pour la région, s’y déplaçant en famille à la recherche des lieux où demeurèrent leurs ancêtres : villages, cimetières, synagogues où leurs familles priaient et bien d’autres lieux. Tandis que les survivants nous quittent, les visites s’avèrent de plus en plus bénéfiques pour leurs proches en quête de traces.

En même temps, les communautés juives locales des principales villes comme Bucarest, Oradea, Cluj, Iasi et Timisoara mettent en place des programmes juifs pour toutes les générations, des enfants aux séniors. De nombreuses synagogues sont restaurées, attirant des touristes de toutes les confessions. Timisoara a été choisie pour être la ville culturelle européenne de 2021. La restauration de sa synagogue est enfin Presque terminée et des programmes y sont organisés.

Synagogue sépharade libérale de Sighet, la dernière en activité dans cette ville roumaine
Synagogue. Photo de Tarbut

Quels sont les lieux liés à cet héritage les plus visités de Sighet ?

Les touristes peuvent visiter de nombreux lieux, les principaux étant la synagogue, le cimetière juif, le monument à la mémoire des juifs qui furent massacrés dans les différents camps, la maison mémorielle d’Elie Wiesel, la Cour Kahana, la rue Juive, les différentes maisons où vivaient les principaux dirigeants de la communauté juive, le ghetto et également la gare d’où les juifs furent déportés.

Pouvez-vous nous parler un peu plus du lien d’Elie Wiesel à la ville ?

Le défunt Professeur Elie Wiesel (1928-2016) est né à Sighet et y vécut jusqu’à ce qu’il soit déporté avec sa famille en mai 1944. La demeure familiale a été transformée en 2003 en Musée juif nommée Maison mémorielle. Les objets montrés au musée appartenaient aux nombreux juifs qui vivaient à Sighet ou dans la région de Marmatie.

Photo du Mémorial de Sighet en hommage aux juifs assassinés
Mémorial. Photo de Tarbut

Quel sont aujourd’hui les buts principaux de Tarbut ?

Tarbut a deux buts principaux : Tout d’abord, mettre à disposition une recherche généalogique suivie de voyages à la recherche des racines familiales destinés à toutes les générations. Ces voyages se déroulent généralement entre mai et octobre. Nous couvrons principalement les régions d’où furent déportés les juifs (Transylvaniens du Nord, Bucovine, Transnistrie et Iasi) et les lieux où se déroulèrent les pogroms. Notre second but est d’enseigner aux lycéens locaux l’histoire juive de leur région, les déportations et la Shoah. Nous l’enseignons notamment à travers les arts (musique, art, écriture, pièces de théâtre) et des voyages à Auschwitz.

Organisez-vous des événements particuliers en 2020 ? 

Oui, nous en organisons un du 20 mars au 20 avril 2020. Une expo spéciale consacrée au patrimoine culturel juif se tiendra à Sighet, nommée « Traces parallèles ». Cela a été rendu possible grâce à la collaboration entre cinq pays et villes européens, présentant le patrimoine juif du passé et du présent de chacun de ces lieux : Girona, Wroclaw, Belgrade, Sighet et Tbilisi.

La même expo sera présentée au Musée d’art de Cluj, du 27 avril au 26 mai 2020. Vous pouvez nous contacter sur le mail Peninah@ftsighet.com ou vous rendre sur notre site afin de vous informer des prochains événements. www.ftsighet.com