Angleterre

Tom Merry, La Reine Victoria avec Benjamin Disraeli à Hughenden, 1887
Tom Merry, La Reine Victoria avec Benjamin Disraeli à Hughenden, 1887

Jusqu’en 1066, on ne trouve pas trace de communautés juives organisées dans les îles britanniques. C’est le roi normand Guillaume le Conquérant qui, lors de son invasion de l’Angleterre, encourage les juifs (marchands et artisans principalement) à le suivre. Ceux-ci, venant surtout de France (Rouen), mais aussi d’Allemagne, d’Italie et d’Espagne, s’installent à Londres ainsi qu’à York, Bristol et Canterbury. Bien considérés par les rois normands, leur fonction réside avant tout dans les affaires d’argent: usuriers, ils tiennent les finances du royaume et, lourdement imposés, ils représentent une source de revenus non négligeable.

Les sentiments antisémites s’expriment dès 1144, avec la première accusation de sacrifices humains, et connaissent un point culminant avec le massacre de York en 1190 avant de franchir une nouvelle étape : en 1217, les juifs sont contraints de porter un signe jaune distinctif. Le processus aboutit logiquement au décret d’expulsion d’Edouard Ier en 1290. Mais, si l’Angleterre est le premier pays à avoir expulsé les juifs, ils n’en furent jamais totalement absents. En effet, il existait à Londres une domus conversorum, une « maison des juifs convertis », située sur le site de l’actuelle Chancery Lane Library, et les juifs, des marranes pour la plupart, pratiquaient leur religion en secret.

La république de Cromwell, en 1649, dresse les fondations d’un véritable retour grâce à l’entremise d’un rabbin d’origine portugaise : Menasseh ben Israel, qui appartenait à la communauté d’Amsterdam. Sous Guillaume d’Orange (1650-1702), arrivent de nombreux descendants des victimes de l’expulsion de la péninsule Ibérique par les Rois Catholiques. Et, à la fin du XVIIe siècle, la pratique du judaïsme est légalisée par l’Act for Supressing Blasphemy (« Acte de suppression du blasphème »). Conséquence de cette légalisation, on construit à Londres la synagogue de Bevis Marks, l’un des joyaux du patrimoine juif de la ville, encore en service aujourd’hui.

À partir de 1750, les immigrants viennent en majorité d’Europe centrale et ils s’implantent plus au nord que leurs prédécesseurs méridionaux, vers Birmingham, Manchester et Liverpool, avec les industries naissantes du coton et de la laine.

Une nouvelle vague d’immigrants juifs débarque sur les rives britanniques à partir de 1881, chassés cette fois par l’antisémitisme russe. En 1882, 46000 juifs vivent déjà en Angleterre.

On citera, pour illustration : l’anoblissement de Moses Montefiore (1784-1885) par la reine Victoria dès la première année de son règne en 1837 ; la fondation du Jewish Chronicle en 1841, qui demeure aujourd’hui encore l’un des journaux juifs les plus vivaces; et surtout Benjamin Disraeli qui occupe à deux reprises le poste de premier Ministre (1867- 1868 et 1874-1880). On peut en conclure qu’en 1890 l’émancipation est totale, ce qui explique aussi une forte attirance des juifs pour ce pays. Pas moins de 120000 personnes émigrent ainsi entre 1880 et 1914 et la communauté compte, à la veille du premier conflit mondial, près de 250000 personnes. Mais la Grande Guerre donne naissance à un sentiment antisémite provoquant un net ralentissement de l’immigration. Cette dernière reprendra dans les années 1930, avec l’arrivée d’environ 100000 juifs allemands et centre-européens qui apportent un savoir économique et culturel. Le gouvernement britannique se déclare favorable à « l’établissement en Palestine d’un foyer national pour le peuple juif » (Déclaration Balfour du 2 novembre 1917). Sous mandat anglais à partir de 1922, la Palestine aura à souffrir de nombreux heurts entre populations autochtones et juifs. Ainsi, pour préserver les relations avec les États arabes, en 1939, alors même que le nazisme s’abat sur l’Europe, la Grande-Bretagne publie un White Paper limitant l’immigration juive en Palestine à 15000 personnes par an pendant les cinq ans à venir. La situation ne fait que se compliquer lorsqu’en 1945, les rescapés du nazisme, en route pour la Terre promise, se retrouvent à nouveau parqués dans les camps de Chypre, anglais cette fois. Toutefois, la Grande-Bretagne n’ayant pas connu l’occupation des puissances de l’Axe, on ne compte guère de déportations.

La communauté juive connaît son apogée vers la fin des années 1960, avec plus de 400000 représentants sur le territoire. Ils ne sont plus aujourd’hui que 350000 – dont les deux tiers résident à Londres – formant tout de même l’une des plus importantes communautés du monde.