Allemagne

Le Rhin et le Sud

Les plus anciens vestiges de la présence juive en Allemagne se trouvent dans la région rhénane. Le fleuve constitua longtemps la frontière orientale de l’Empire romain, et les juifs de la diaspora trouvent dans les cités forteresses de ce limes, comme Colonia Agrippina (Cologne), des conditions favorables à l’exercice de leurs talents industriels et commerciaux. Plus tard, au Moyen Âge, ils bénéficient dans ces cités, dont certaines comme Worms ou Francfort sont sous l’autorité directe de l’empereur, de la protection que le souverain leur accorde. Quelques princes-évêques, comme ceux de Spire et de Mayence, marquent leur autonomie vis-à-vis de Rome en accordant des franchises aux communautés juives, alors que la papauté prône une politique de mise à l’écart des tenants d’une religion considérée comme hérétique et rivale. Aux Xe et XIe siècles, ce judaïsme rhénan rivalise en prospérité et en vitalité religieuse et intellectuelle avec celui de l’Andalousie d’avant la Reconquista.

Bien des siècles plus tard, le judaïsme rhénan, qui doit sa survie aux tourmentes à l’habileté des juifs de cour, engendre quelques éclaireurs de la modernité : Meyer Amschel Rothschild à Francfort, Karl Marx à Trèves, Heinrich Heine à Düsseldorf et Jacques Offenbach à Cologne.

Le rabbi Meir de Rothenbourg

Ce savant de la Torah, qui attirait dans sa yeshiva des étudiants venus de l’Europe entière, prêchait le retour à la terre des ancêtres pour fuir les persécutions dont les juifs étaient alors victimes.
Il se mit lui-même en route pour Jérusalem, mais fut arrêté en Lombardie par les troupes de l’empereur Rodolphe de Habsbourg qui ne voulait pas voir ses « protégés», et surtout contribuables, fuir vers l’Orient. Emprisonné de 1286 à sa mort, le rabbi Meir avait refusé que ses amis payent l’énorme rançon exigée pour sa libération. Ce n’est que quatorze ans plus tard que l’empereur consentit à remettre sa dépouille à sa communauté. Elle fut ra- chetée par Alexander Süsskind Wimpfen, un riche juif de Francfort, qui y sacrifia sa fortune à la seule condition de reposer, après sa mort, aux côtés du rabbi Meir.