Turquie

Istanbul et ses environs

La rive européenne du Bosphore et les quartiers résidentiels Sisli et Nisantas

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Le journal Shalom, édité depuis 1947 en judéo-espagnol
Le journal Shalom, édité depuis 1947 en judéo-espagnol

Somptueuse et décadente, immense et frénétique, la « ville monde », comme l’appelèrent volontiers les voyageurs occidentaux conquis par sa splendeur, est hérissée de centaines de minarets et de coupoles majestueuses, mais aussi de nombreux clochers. « Vieille main couverte de bagues tendue vers l’Europe », selon le mot de Jean Cocteau, la grande cité du Bosphore entremêle les héritages byzantins et ottomans, l’Orient et l’Europe. Dans cet extraordinaire brassage de vestiges des siècles, la présence juive peut paraître aujourd’hui discrète.

Ils sont à peine plus de 20000, une goutte d’eau dans les quelque 12 millions d’habitants de cette métropole, noyés comme tous les habitants de vieille souche, dans la masse des immigrants anatoliens qui ont déferlé sur la ville ces trente dernières années.

Les juifs d’Istanbul parlent le plus souvent turc entre eux, même si presque tous connaissent aussi le français. Seuls les plus âgés se rappellent encore du judéo-espagnol, leur vieille langue, à laquelle l’hebdomadaire Shalom (3500 exemplaires) consacre une ou deux pages dans chaque numéro. Les restaurants casher se comptent sur les doigts d’une main, souvent installés dans des hôtels pour les touristes de passage respectueux de la tradition juive. Sur les seize synagogues encore existantes, une poignée est encore en activité. Si la Shoah et les destructions du nazisme ont épargné le judaïsme turc, ses monuments et ses cimetières, la spéculation immobilière et les grandes opérations d’urbanisme des dernières années ont détruit nombre de lieux de mémoire. Une autoroute passe au milieu des sépultures juives du vieux cimetière d’Hasköy qui surplombe la Corne d’Or, et le somptueux tombeau des Camondo est entouré du grondement des camions et des voitures.

Chiviti, plaque décorative sur le mur est d'une synagogue. Ici, un plan de Jérusalem, Istanbul (1853, The Jewish Museum, New York)
Chiviti, plaque décorative sur le mur est d’une synagogue. Ici, un plan de Jérusalem, Istanbul (1853, The Jewish Museum, New York)

Pourtant, l’Istanbul juive existe toujours. On la voit l’été à Büyük Ada (Prinkipo), dans la plus grande des îles aux Princes dans la mer de Marmara, quand les familles juives, vivant aujourd’hui dispersées dans différentes parties de la ville, se retrouvent dans ce lieu de villégiature traditionnel. Commerçants prospères, hommes d’affaires, industriels de renom, médecins réputés, les juifs d’Istanbul ont presque tous quitté l’antique judería de Balat, celle d’Hasköy, de Kuzguncuk (sur la rive asiatique), ou même l’ancienne ville européenne du côté de Galata et Beyoglu, pour s’installer dans les nouveaux quartiers résidentiels. Il reste de passionnants vestiges de cette présence pluriséculaire. Moins courus des touristes que ceux d’autres cités européennes, ils n’en sont que plus émouvants. « Ces rues avaient leur langue, elles en gardent la mémoire », écrit Esther Benbassa.

La visite des lieux juifs d’Istanbul prend au minimum deux jours. Elle nécessite une prise de contact, au moins vingt-quatre heures à l’avance avec la Fondation pour les synagogues du rabbinat, pour des raisons de sécurité et parce que beaucoup de ces lieux sont fermés. Nous avons divisé ce parcours de l’Istanbul juive en quatre grandes zones.

Les synagogues en dehors d’Istanbul

En dehors d’Istanbul, il existe de belles synagogues dans plusieurs villes de Turquie. Certaines sont en ruines, mais gardent toute leur majesté comme à Erdine, la grande ville limitrophe de la frontière bulgare, où la communauté était particulièrement influente.

Au sud-ouest de l’Anatolie, dans les vestiges impressionnants de la ville lydienne de Sardes (à 90 km d’Izmir), jadis capitale du roi Crésus conquise par les romains en 133 avant Jésus-Christ, vous pourrez découvrir les restes d’une antique synagogue, datant du IIIe siècle.

Le riche port d’Izmir, l’ancienne Smyrne, grand centre de la vie juive à l’époque ottomane, conserve une demi-douzaine de synagogues intéressantes, dont la belle Giveret (Senoria), construite, dit-on, au XVIe siècle par Dona Gracia Nassi, tante du fameux Joseph Nassi, puis refaite en 1841 après un incendie. Il faut aussi citer les synagogues Shalom et Bikour Holim. Dans cette dernière, richement décorée, vous admirerez la niche ornée de magnifique peintures au-dessus de la tévah.