Située sur les rives de la Mersey, Liverpool peut s’enorgueillir d’avoir accueilli, au XIXe siècle, la communauté la plus importante du nord de l’Angleterre. Aujourd’hui, celle-ci se rassemble autour de Dunbabin Road, sur laquelle est située Harold House, le centre de la culture juive de la ville.
La magnifique synagogue Princes Road
L’une des plus belles synagogues d’Angleterre se trouve à Liverpool : la synagogue de Princes Road , consacrée le 3 septembre 1874, dans laquelle on admirera particulièrement un intérieur de style victorien tardif. Il est nécessaire de téléphoner avant.

Les juifs se sont probablement installés à Liverpool au début du XVIIIe siècle. 20 y vivaient en 1790. En 1860, leur nombre s’élevait à 3000. À la fin du XIXe siècle, une partie des réfugiés russes et polonais, en route pour les États-Unis, s’y installèrent. Une communauté sépharade du Levant s’y installa à cette période aussi. La synagogue libérale date de 1928. Celle de Greenbank Drive est également considérée comme importante dans le patrimoine juif de Liverpool. Au début du XXe siècle, une yeshiva, une école et des services sociaux se créèrent.
Les projets de transformation, depuis sa fermeture en 2008, de la synagogue de Greenbank en immeuble d’appartements gardant la structure originale semblent prendre beaucoup de temps à se concrétiser.
Elle a été construite en 1936 par l’architecte Ernest Alfred Shennan, pouvant accueillir jusqu’à 700 personnes. À son apogée dans les années 1950, près de 600 fidèles en étaient membres. Le déclin de la communauté juive de Liverpool, avec seulement une centaine de fidèles dans cette synagogue au tournant du 21e siècle, força la vente de la synagogue.
Les seules synagogues actives de Liverpool sont Childwall et Princess Road, cette dernière étant surtout utilisée pour les grands événements tels bar et bat mitsvah et mariages.
En janvier 2025, l’équipe des moins de 18 ans de Liverpool a effectué une visite au musée juif Manchester, dans le cadre des 80 ans de la libération d’Auschwitz. Cela afin de permettre aux jeunes de mieux connaitre le judaïsme et l’histoire de la Shoah, ainsi que de lutter contre les préjugés.
En septembre 2024, la synagogue de Princess Road célébra ses 150 ans. De nombreux événements furent organisés : concerts, conférences, visites guidées, cérémonies…
Il y aurait, en 2025, environ 2 000 juifs à Liverpool.
Participation des juifs au rayonnement de la ville
Les liens de la population juive avec la ville sont très forts depuis le début. Reconnaissants pour l’accueil et l’accès à tous les niveaux de la société, bien plus que dans la majorité des autres villes anglaises, les réfugiés juifs encouragèrent vivement leurs enfants à s’intégrer, en premier lieu à l’école, et à participer au rayonnement de la ville.

D’où le grand nombre de personnalités locales, hommes politiques (parmi eux plusieurs maires et cela depuis la fin du XIXe siècle), avocats. Également deux familles importantes. Tout d’abord les Lewis, fondateurs du grand magasin Lewis ouvert de 1856 à 2010 (sur lequel se trouve la célèbre statue de Jacob Epstein rendant hommage à la renaissance de Liverpool après la Seconde Guerre mondiale).

Brian Epstein, le manager des Beatles
Puis, la famille Cohen, dont la bibliothèque de l’université de Liverpool porte aujourd’hui le nom. Ces deux familles ont d’ailleurs financé de nombreuses institutions locales et participé activement au rayonnement de la ville depuis bien longtemps.
Parmi les personnalités juives de la ville, on peut mentionner le dirigeant sioniste Samuel Jacob Rabinowitz, le futur Grand rabbin d’Israël Isser Yehudah Unterman et bien sûr Brian Epstein, le manager des Beatles qui découvrit le groupe dans une salle obscure et l’accompagna dans son fabuleux parcours.
Cynthia Lennon, la première femme de John, déclara même que « Brian a été effacé de la mémoire collective concernant les Beatles, que sans lui ils n’auraient jamais été propulsés ». Quant à Sir Paul McCartney il estime que si une personne devait être considérée comme le cinquième Beatles ce serait Brian Epstein.
Interview de Howard M Winik, ancien directeur du Merseyside Jewish Representative Council
Jguideeurope: Quel est le rôle du MJRC et quels sont ses futurs défis ?
Howard M Winik : Le MJRC est l’organisation-cadre de la communauté qui fournit le leadership pour les juifs de toute obédience de Liverpool, Wirral, Southport et Chester, qu’ils soient orthodoxes, libéraux, massortis ou non affiliés. Nous comptons actuellement environ 3000 membres, ainsi qu’une infrastructure bien en place qui inclut une synagogue, des écoles, un organisme d’aide sociale et un foyer d’accueil. Il y a plusieurs universités locales et nous proposons des activités pour chaque groupe d’âge.
Le nombre de membres reflète l’évolution de la vie active des 20 à 30 années passées, lorsque beaucoup de jeunes sont partis à Londres et ailleurs afin de trouver du travail. Néanmoins, notre région a connu récemment une régénération significative de la population en général, ce qui explique une stabilisation du nombre de juifs.
Un phénomène encouragé par des investissements régionaux considérables dans la science et les secteurs de la biotechnologie qui attirent des jeunes. Nous sommes donc assez optimistes concernant l’avenir. Cela dit, nous sommes entièrement autonomes financièrement et notre défi principal est de trouver des ressources pour financer les services que nous fournissons.

Comment est partagé le patrimoine juif à Liverpool ?
Nous encourageons les gens à visiter nos musées. Le Musée de Liverpool (proche du port de croisière) dispose d’une excellente section qui décrit l’histoire de la communauté juive, qui fut assez grande et vécut principalement au centre-ville. Les touristes peuvent réserver des visites dans nos synagogues locales. Parmi elles, la Liverpool Old Hebrew Congregation, située à Princes Road, présente fièrement un immeuble magnifique inscrit au patrimoine local, décoré dans un style baroque, un des plus raffinés qui soit. Elle se trouve à côté du Pier Head et du centre-ville. Des cimetières juifs locaux sont également ouverts aux visites. Celui de Deane Road a été entièrement restauré et représente un certain intérêt historique national (vous pouvez contacter la synagogue de Princes Road pour ces visites). Liverpool a également un centre Chabad et une chapellenie d’étudiants active. Nous avons partagé avec la ville de Liverpool un grand nombre d’archives historiques. Des requêtes particulières peuvent être réalisées auprès des responsables des archives, des musées ou de notre bureau au centre communautaire Shifrin.

Le Musée des Beatles consacre-t-il une part importante à l’influence de leur manager Brian Epstein ?
On y trouve un grand nombre d’informations sur les Beatles, la famille Epstein et l’histoire de la musique pop, dans ce musée et ailleurs. Brian Epstein est enterré au Long Lane cemetery, proche de la Greenbank Synagogue au nord de Liverpool. Dans ce cas également, les visites se font par réservation. Et bien entendu, nous encourageons les touristes à prendre un des bus spécialisés qui font visiter le patrimoine des Beatles lié à la ville.