France / Paris et ses environs

L’île de la Cité

Cathédrale Notre-Dame de Paris

6 Parvis Notre-Dame - place Jean-Paul-II, 75004 Paris, France

Musée de Cluny – Musée national du Moyen Âge

6 Place Paul Painlevé, 75005 Paris, France

Les sculptures du portail Saint-Anne de la cathédrale Notre-Dame de Paris nous offrent un des témoignages les plus émouvants du judaïsme médiéval. La frise en question, sculptée juste au dessus de la porte, date de la fin du XIIe siècle. Elle représente la rencontre de sainte Anne (la mère de la Vierge) et de son futur époux saint Joachim.

L’artiste inconnu prit les juifs de Paris pour modèle afin de représenter ces premiers chrétiens. Les hommes représentés portent la longue robe et le chapeau pointu qui caractérisaient les juifs du Moyen-Age.

La partie gauche illustre le mariage d’Anne et de Joachim. Au centre, le rabbin, enveloppé dans son châle de prière, tient les fiancés par la main. Tout contribue à recréer l’atmosphère d’une synagogue parisienne. L’artiste a minutieusement sculpté les petites arches, la lampe perpétuelle et les nombreux livres entassés si caractéristique de la vie juive.

Au centre, une iconographie purement chrétienne : un ange annonce au couple stérile la naissance prochaine de Marie.

A droite, Anne et Joachim portent leurs offrandes à la synagogue. Sur l’autel, un rouleau de la Torah. L’extrémité de la frise représente deux juifs discutant. Ces personnages de pierre nous transmettent les images d’un judaïsme lointain.

Portons maintenant notre attention sur les deux contreforts centraux de la façade principale. La niche de droite abrite La Synagogue vaincue, les yeux bandés d’un serpent, le sceptre brisé et la couronne foulée aux pieds. Cette state est une œuvre de Fromanger. Lui faisant pendant, à gauche :

roi de Juda
Roi de Juda, Notre Dame de Paris, galerie des Rois © Musée national du Moyen Age des Thermes de Cluny, Paris

L’Eglise triomphante, de Geoffroy Dechaume. Ces sculptures du XIXe siècle furent réalisées lors des travaux de restauration entrepris par Viollet-le-Duc afin de remplacer les œuvres originales détruites à la Révolution.

Juste au-dessus, la galerie des Rois représente vingt-huit rois de Juda et d’Israël qui, selon la tradition chrétienne, sont les ancêtres de Jésus.

En 1977, lors de travaux rue de la Chaussée-d’Antin, 364 fragments sculptés provenant de Notre-Dame et brisés à la Révolution ont été découverts. Si aucune trace n’a été retrouvée de La Synagogue vaincue, vingt et une têtes (sur vingt-huit) des rois de Juda et d’Israël ont été mises au jour. Elles sont exposées au Musée national du Moyen-Age des Thermes de Cluny.

En 1849, lors des travaux d’aménagement de la librairie Hachette, à l’angle de la rue Pierre-Sarrazin et de la rue de la Huchette, l’actuel boulevard Saint-Michel, furent mises au jour près de quatre-vingts stèles juives, dont la plupart furent données au musée de Cluny par Louis Hachette. D’autres stèles, situées à proximité du lieu de la future découverte et encore visibles au XVIIe siècle, furent transcrites par Étienne Baluze avant leur disparition. Cet ensemble exceptionnel, aujourd’hui en grande partie déposé au musée d’Art et d’Histoire du judaïsme, est le principal témoignage matériel de l’importante communauté juive établie à Paris aux XIIe et XIIIe siècles. En effet, si l’on sait qu’il y avait deux cimetières juifs à Paris au XIIIe siècle (et un troisième, rive droite, utilisé à une période plus tardive, au XIVe siècle), on conserve seulement des traces documentaires du second, fermé dès 1273.

Le cimetière juif de la rue Pierre-Sarrazin s’étendait sur une part non négligeable de la rive gauche, entre les rues Pierre-Sarrazin, Hautefeuille, de la Harpe et des Deux-Portes (le tracé de ces deux dernières rues correspondant à celui des actuels boulevards Saint-Michel et Saint-Germain). Quelques rares textes permettent d’en suivre l’histoire, notamment un document de 1283 faisant état d’un conflit avec le collège de Bayeux. Dès l’expulsion des juifs par Philippe le Bel en 1306, le cimetière est condamné à disparaître : le terrain est donné par le souverain aux dominicaines de la priorale Saint-Louis de Poissy. La parcelle revendue en 1321 au comte de Forez fut peu à peu lotie4. Il est difficile de savoir quand le cimetière commença à être utilisé, en raison du nombre de dalles fragmentaires et non datées. Tout juste peut-on noter que, mis à part une stèle dont la datation est contestée, la plus ancienne stèle datée conservée est celle d’un homme mort en 1235, ce qui semble indiquer que le cimetière n’a accueilli des tombes que pendant à peine plus de trois quarts de siècle.

La rue de la juiverie, aujourd’hui incorporée à la rue de la Cité, était le coeur du premier quartier juif de Paris dès le Ve siècle. Chassés de Paris en 636, les Juifs réoccupèrent cette rue deux siècles plus tard et s’étendirent dans le quartier. Elle était habitée principalement par des juifs riches.
Ils édifièrent, au IXe siècle, une synagogue qui était située à l’emplacement du numéro 5 de la rue de la Juiverie dans l’angle avec la Rue des Marmousets-Cité. En 1183, Philippe Auguste expulsa les juifs du royaume de France et confisqua leurs bien. La synagogue devint l’église de la Madeleine-en-la-Cité. Au siècle suivant elle fut érigée en paroisse. Elle fut fermée en 1790, vendue en 1793 puis démolie durant la Révolution française. La partie de l’Hôtel-Dieu, côté rue de Lutèce, est sur son emplacement.